Deux femmes du monde
Sylvie Kauffmann et Pascale Robert-Diard ne chassent pas en meute
Publié le 16 juillet 2010 à 12:17 dans Médias

Le Monde aurait refusé de publier les désormais célèbres enregistrements des conversations téléphoniques de Liliane Bettencourt.
La rumeur n’était pas arrivée au bord du lac finlandais où je me purifiais des miasmes de l’Hexagone, mais elle ne manqua pas de s’offrir à moi dès mon atterrissage à Roissy. Ainsi, Le Monde aurait refusé de publier les désormais célèbres enregistrements des conversations téléphoniques de Liliane Bettencourt. Ils auraient été proposés en première exclusivité à la chroniqueuse judiciaire de ce quotidien, Pascale Robert-Diard, par Me Olivier Metzner, l’avocat de Françoise Myers-Bettencourt qui veut faire passer sa vieille mère pour folle. Pascale Robert-Diard explique sur son blog comment les choses se sont passées.
Comme cette journaliste n’est pas une perdrix de l’année, et qu’elle traîne dans les prétoires depuis quelques lustres (au moins deux), elle a vu venir Olivier Metzner avec son air chafouin essayant de lui fourguer “du lourd” susceptible de faire d’elle l’héroïne du feuilleton politico-judiciaire de l’été. Il s’agissait, bien entendu, des enregistrements pirates réalisés par l’ex-majordome de Liliane Bettencourt que Médiapart et Le Point trouvèrent assez croustillants pour être publiés in extenso sur le web plénélien et le papier glacé de l’hebdo dirigé par FOG. Ces deux médias se sont complaisamment prêtés au rôle de “lessiveuse” d’une information faisandée, qui acquiert une blancheur toute neuve après passage en machine.
Au risque de passer pour un affreux régionaliste, je salue les vertus savoyardes incarnées dans la circonstance par Pascale Robert-Diard, native d’Arêches-Beaufort : on n’achète pas, dans les alpages de la marchandise avariée pour la revendre avec bénéfice aux touristes de passage, même si l’on se trouve dans une situation d’extrême dénuement. Quelle tentation, pour un quotidien au bord de la cessation de paiement, de faire un coup susceptible de faire exploser les ventes, et de calmer les angoisses des candidats-repreneurs Bergé, Niel et Pigasse ! Surtout que le risque est quasi nul : quelques envolées lyriques sur le “droit de savoir” du public rédigées d’une plume alerte par un hiérarque du journal auraient fait passer la pilule auprès du dernier carré des lecteurs du Monde qui estiment qu’il est immoral d’écouter aux portes, et de rendre publics les échanges entre un avocat et sa cliente.
Journalisme de procès-verbal
La directrice de la rédaction, Sylvie Kauffmann, n’est pas savoyarde, mais alsacienne et épouse d’Alsacien. Ce couple ferait d’ailleurs un tabac s’il se produisait en public pour interpréter le célèbre duo de l’opérette Lischen et Fritzschen de Jacques Offenbach : “Che suis alsacienne, Che suis alsacien etc.”. Disons, pour résumer, que son éthique du journalisme est relativement éloignée de celle de l’homme qui occupa jadis son fauteuil, l’incontournable Edwy Plenel. Elle ne considère pas le métier d’informer comme la forme moderne d’une inquisition à laquelle seuls les détenteurs du pouvoir, pervers par essence, seraient soumis, ce qui permet d’utiliser comme viatique moral cette fin justifiant les moyens des jésuites de jadis. Dans une analyse publiée dans Le Monde du 13 juillet, elle vend la mèche, au risque de se faire mal voir des autres professionnels de la profession : le prétendu journalisme d’investigation, comme l’exercice du pouvoir politique, est susceptible de dériver vers des pratiques nauséabondes que Kauffmann désigne sous le nom de “journalisme de procès-verbaux”. En la matière, la position du journaliste n’est pas très différente de celle du majordome qui écoute aux portes avec la technologie du XXIe siècle : c’est une sorte de valet de comédie qui vient crier sur le devant de la scène les mots que lui souffle son maître depuis la coulisse. En l’occurrence, le maître est un avocat qui veut gagner à sa cause le poids de l’opinion publique pour compenser les faiblesses juridiques de son dossier. À lire les commentaires publiés sur lemonde.fr à la suite de ce papier de Sylvie Kauffmann, il semble que les lecteurs soient en majorité du côté des bateleurs de l’information du genre Plenel : “on nous cache tout, on nous dit rien, journaleux, politicards même combat !”, telle est la litanie des offuscations du peuple-lecteur à propos de la thèse défendue par Kauffmann, pourtant nuancée et donnant toute sa place au rôle de contre-pouvoir de la presse dans une démocratie digne de ce nom.
Tout cela me ramène à des temps très anciens, où ma géniale prof de philo d’hypokhâgne, Jeannette Colombel, qui fut aussi – bien plus tard dois-je préciser par galanterie – celle de Pascal Robert-Diard, nous faisait plancher sur le thème “morale et politique” avec Kant, Sartre et Camus. C’était au moment de la guerre d’Algérie, mais les notes que j’avais prises à l’époque pourraient encore me servir si elles n’avaient été victimes de la critique rongeuse des souris. À l’époque, Plenel était en culotte courte, et n’allait pas tarder à découvrir dans Leur morale et la nôtre de Lev Davidovitch Bronstein, dit Léon Trotski, de quoi alimenter sa bonne conscience inoxydable. Heureusement, deux femmes d’honneur peuvent me permettre de rêver, quelques instants, que le journalisme est un beau métier.
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L'auteur
Luc Rosenzweig est journaliste.
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Minos dit
zoo-phill dit :
20 juillet 2010 à 16:58
:)))
Minos dit
Dandy de Grandchemin dit :
20 juillet 2010 à 22:00
C’est rien que des calomnies!!!!!!!!!!!! :)))
Graphisto dit
Je me demande bien à quoi va pouvoir servir Le Monde, prochainement. Il suit actuellement un drôle de ligne éditoriale, droite comme une faucille, ou comme le chemin de Faye (Rabelais, Gargantua). C’est bien difficile de s’asseoir entre deux chaises.
Dandy de Grandchemin dit
Marie,
Commencez par ôter les oeillères qui bornent votre champ de vision. Et nous verrons ensuite si le dialogue est possible. Pour l’heure votre regard se braque sur le furoncle qui orne votre nez. Il a pour nom UMP. Le problème est que vous le prenez pour un bouquet de fleurs. Méditez là-dessus, dernière nouvelle du jour :
“Nous avons bien été contactés, à compter de novembre 2006, par Patrice de Maistre, confirme au Monde un responsable de Proway, un cabinet parisien de chasseurs de têtes. Nous avons fourni quatre très bons candidats à M. de Maistre, qui cherchait des spécialistes issus des “family offices”. Il les a reçus… en mars 2007. Puis nous n’avons plus eu de nouvelles. Et nous avons appris par la presse que Mme Woerth avait été embauchée.”
expat dit
@ Alpin : et je dirais la seule façon d’échapper à la folie ?
Alpin dit
@Bérénice,
Aujourd’hui,vous êtes par trop nietzschéenne,en toute trahison.
La question serait plutôt:
“Le bonheur est-il possible sans une dose suffisante de vérité?”
N’oubliez pas que le cher Frédéric considérait que la capacité à supporter cette
même vérité signait l’ouverture à la vie.
pirate dit
Il est excellent cet article, il aurait été écrit au temps du Watergate, notre ami le journaliste UMP aurait hurler que Gorge Profonde est un salaud de profiteur bolchevik et le Washington Post un repaire de rouge. Le genre de type qui doit penser que le Figaro est un journal d’opposition, voir socialiste, et que le Monde est donc un modèle de probité, comme le prouve le rapport sur l’alcoolisme de Halliday ou les récentes déclarations de l’escroc qui plumait la vieille dame (non je ne parle pas de la gourmette à l’Elysée lui il plume tout un pays) mais quand même nous explique le plumitif de l’UMP c’est insane que le petit peuple sache ainsi la vie privée de sa classe politique et de sa haute bourgeoisie. Ah la lala la déontologie élastique c’est beau.
zoo-phill dit
Merci aux “artistes” pour tous les fou-rires que vous me procurez, non, vraiment, merci à Vous !
Allez je m’y essaye moi aussi, ” le califat mondial se construit grâce à la traque fiscale des forces islamo-gauchistes qui construisent leur empires dans les galeries souterraines de notre pays ! ”
Non ne dites rien, je sais, je ne suis qu’une naine, dans l’ombre des géants ^^
Bérénice dit
@Bernard
Le déni de réalité est une des choses au monde les mieux partagées ( cf. les cris d’orfraie de ceux qui ne supportent pas qu’on leur mette le nez dans l’islamisation sociétale française ).
Personne n’en est exempt.
Mais comme le demandait E. Zola : la vérité conduit-elle au bonheur?
Marie dit
@Dandy
Il vous est indispensable d’injurier? en fait votre volonté n’est pas le dialogue mais de tuer les fils des articles qui vous déplaisent!
Dandy de Grandchemin dit
Bernard,
Je crois que Marie est la fille de la Bachelote. Allez, je ne résiste pas :
http://www.dailymotion.com/video/xdya4g_roselyne-bachelot-soutient-eric-woe_news
Ouarf !!!
Bernard dit
@ Marie
Je n’essaierai pas de vous convaincre mais pour dire qu’il n’y a pas “l’ombre d’une preuve”, il faut être d’une mauvaise foi sidérante:
- L’intervention du Ministre est prouvée par les écoutes et vient d’être reconnue par de Maistre (oui, celui que Woerth avait rencontré “une ou deux fois seulement”);
- Le contrat de travail à 200 000 € annuels est un fait;
- La remise de la légion d’honneur par Woerth est un fait;
- La fraude fiscale est un fait reconnu par le clan Bettancourt (rappatriement des sommes exfiltrées en Suisse);
- L’absence de contrôle fiscal en dépit des éléments transmis par le Parquet au Ministre est un fait.
Après, libre à vous de marteler qu’il n’y a pas l’ombre d’une preuve mais à part les encartés UMP les plus fanatiques, vous ne convaincrez pas grand monde.
Dandy de Grandchemin dit
@Marie. Votre post, comme d’habitude dans le déni minable, me donne l’occasion de relever un autre mensonge de Woerth. Il avait en effet argué que la demande de breloque n’émanait pas de son ministère.
Pas de bol, le Canard a vérifié, ben si ! Oui je sais le Canard rien que des calomniateurs, valent pas mieux que Plénel et sa clique…
Sauf qu’ils reproduisent le document de demande de breloque… Sûrement un faux, hein…
Marie dit
@Bernard
“mais du trafic d’influence d’un Ministre de la République qui abuse de sa situation pour obtenir un poste grassement rémunéré pour son épouse au service d’une fraudeuse fiscale dont le gestionnaire se retrouve décoré, probablement pour avoir si bien servi son pays”
Que d’assertions sans l’ombre d’une preuve sauf à croire M de Maistre bien en peine dans cette histoire, quand à la Légion d’honneur je vous conseille vivement de demander des comptes à la comission de la Légion d’Honneur qui a accepté la candidature de ce monsieur.
la suspicion est de mise en ce moment semble t il…la rumeur grande amie des français beurk!
Marie dit
@Bernard
en plus de mes deux liens dans mon commentaire du 16 juillet en voici un autre
http://pasidupes.blogspot.com/2010/07/baudis-woerth-vs-plenel-meme-combat.html
Bernard dit
@Marie
Je ne parle pas des secrets de la famille Bettancourt dont je me contrefiche mais du trafic d’influence d’un Ministre de la République qui abuse de sa situation pour obtenir un poste grassement rémunéré pour son épouse au service d’une fraudeuse fiscale dont le gestionnaire se retrouve décoré, probablement pour avoir si bien servi son pays.
Et je ne parle que de ce qui est avéré, laissant volontairement de côté l’aspect financement illicite de Sarkosy, pour lequel il y a au moins des indices troublants.
Libre à vous de vous désintéresser de ce genre d’informations mais dans ce cas, ce sont vos neurones qui sont au chômage technique.
Quant à la comparaison avec l’affaire Beaudis qui ne reposait que sur des rumeurs et des accusations d’une poignée de psychopathes, elle est tout simplement grotesque mais bien digne des Estrosie, Morano et Consorts, la nouvelle “élite” promue par Sarkosy.
L'Ours dit
A la lecture du post de Dandy, je révise un peu ma position.
En effet, même si je me doute que c’est plus pour des raisons politiques et mercantiles que Médiapart a fait ce choix -je rappelle que ce ne sont pas les écoutes qui m’ont choqué mais le choix de la divulgation sans vérification et au compte-goutte – il est vrai que le fait de donner petit à petit des informations permet une chose: donner le temps à la personne visée de… mentir effrontément!
Cela revêt à mes yeux un intérêt certain!
Dandy de Grandchemin dit
Marie,
en limitant les choses au strict factuel :
1) Woerth nous dit “ben De Maistre, j’le connais pas”.
Merde on s’aperçoit qu’ils se sont vus régulièrement et pas au détour d’une porte. Qu’il lui a remis sa breloque.
2) Woerth nous dit “ma meuf, j’savais même pas qu’elle avait un boulot chez ce gusse”.
Re-merde, l’intervention de notre Eric est avérée pour pousser Christine. D’ailleurs y’a tellement pas conflit d’intérêt qu’elle démissionne. Et que c’est LUI qui annonce sa dém’, quel gentil mari.
3) Un peu dans le même style, Woerth dément le conflit d’intérêt entre son poste de trésorier et de ministre du budget. Et refuse d’abord de démissionner pour ne pas donner raison à ses détracteurs.
Sauf que malheureusement si, puisque re-re-merde, contrairement à ses promesses, il démissionne.
Marie dit
@Margait
J’adore votre page d’accueil!
Marie dit
@Margait
“En France, nous sommes encore sous l’Ancien Régime.”
c’est sûr le gouvernement use et abuse de lettres de cachets!
Mais ce n’est pas grave continuez à croire en une certaine presse parce qu’en 2012 cela risque d’^tre beaucoup moins drôle pour beaucoup!