Des scientifiques demandent une “police” de la science | Causeur

Des scientifiques demandent une “police” de la science

Allègre met le GIEC en surchauffe

Auteur

Serge Galam

Serge Galam
est physicien, sociophysicien et citoyen.

Publié le 03 avril 2010 / Société

Ce n’était pas une blague. Le 1er avril, Libération a publié en “une” un appel de quatre cents scientifiques qui demandent aux plus hautes autorités scientifiques du pays de remettre de l’ordre dans la pratique de la science en France. Il leur est entre autres suggéré de réaffirmer leur confiance dans les travaux des signataires et de rétablir leur dignité, qui selon eux, aurait été bafouée dans les médias par une petite poignée de climato-sceptiques citant Claude Allègre et Vincent Courtillot. Tout cela au nom de l’éthique scientifique et d’un supposé pacte moral entre les chercheurs et la société.

Ce n’est pas le fond de la controverse scientifique qui est là en jeu. C’est la démarche qui est sidérante. En effet, si les signataires s’estiment victimes d’affirmations mensongères ou calomnieuses, cela relève de la loi. C’est donc à la justice, pas aux institutions scientifiques qu’ils doivent faire appel. Demander à celles-ci de trancher en désignant les bons et les mauvais est proprement effrayant quand on en envisage toutes les conséquences. Les signataires ont-ils réfléchi au précédent qu’ils ont créé ?

“Combien de divisions ?” Les climato-alarmistes se prévalent sans cesse de cet argument stalinien. Ainsi l’unanimité des 2500 scientifiques du GIEC (chiffre contestable d’ailleurs) aurait force de preuve, de même que le fait d’aligner 400 signatures démontrerait la validité scientifique des affirmations des pétitionnaires. Ce serait presque le contraire. Une avancée scientifique est toujours le fait que d’une ou quelques personnes. Comme je l’ai rappelé à maintes reprises, la science est amorale, elle ne se décide pas, ni au consensus, ni à la majorité, ni à l’unanimité. Elle se démontre, et c’est tout. Peu importe par qui et pourquoi. Et surtout, on ne tranche pas un débat scientifique, on le fait progresser.

Cette pétition n’a rien à voir avec la science, elle a à voir avec la police de la science. Des scientifiques – que l’on croyait fort sourcilleux sur leur liberté académique – demandent à leurs tutelles d’intervenir pour les défendre au nom de ce qu’ils appellent l’éthique scientifique. Ils accusent ceux qui ne sont pas d’accord avec eux d’oublier “les principes de base de l’éthique scientifique, rompant le pacte moral qui lie chaque scientifique avec la société”. Et dire que Galilée fut à l’honneur l’année dernière… Cela me rappelle cette phrase de Schumpeter sur le marxisme : “La qualité religieuse du marxisme explique également une attitude caractéristique du marxiste orthodoxe à l’égard de ses contradicteurs. À ses yeux, comme aux yeux de tout croyant en une foi, l’opposant ne commet pas seulement une erreur, mais aussi un péché. Toute dissidence est condamnée, non seulement du point de vue intellectuel, mais encore du point de vue moral.” Malheureusement, cette vision limpide énoncée dès 1942 n’a eu aucune influence concrète sur les nombreuses dérives du marxisme à travers le monde pendant plusieurs décennies, ce qui ne porte pas spécialement à l’optimisme.

Tout citoyen, et encore plus tout responsable devrait avoir à cœur d’œuvrer pour maintenir une stricte séparation, entre science et la religion bien sûr, mais aussi entre vérité et croyance scientifique. S’il est légitime que des scientifiques croient en leur modèle, cela n’en fait pas une vérité. La confusion des genres serait in fine néfaste pour toutes, et en plus ferait monter la “température humaine” de bien plus de deux degrés.

Lorsque j’ai eu connaissance, le 24 mars, de la première version de cette pétition qui était encore plus délirante que celle qui a été publiée, le contenu m’a semblé tellement grotesque , la démarche si hallucinante, que j’ai cru à un canular. Dans ce climat religieux, cette atmosphère d’inquisition, je n’arrive toujours pas à me défaire de l’idée que cette pétition était un poisson d’avril !

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    • 8 Avril 2010 à 16h59

      Odilon dit

      @timiota
      Je n’ai pas tout compris. J’accorde peu de crédit à la spiritualité pour résoudre les problèmes. Je préfère la loi: c’est plus égalitaire, et aussi plus facile à combattre si nécessaire. Au sujet de l’écologie réparatrice (article de Vignal): il faudra bien en faire, on n’y échappera pas. N’empêche que ce sera d’autant plus possible qu’il y aura moins à réparer. Ce n’est pas parce que la médecine répare bien les fractures qu’il est sage de ne pas regarder où l’on marche.

    • 8 Avril 2010 à 16h08

      timiota dit

      @ Odion, il y a eu des interventions intéressantes sur le blog de Jorion (article du 5 avril de JP Vignal).

      C’était plutôt le côté “pari pascalien” qui était passé en revue (sinon au crible).
      Ce que je résumerais ainsi : Je vous fais crédit, ainsi qu’au GIEC, de la plupart des dérives, sinon celles la memes du moins d’autres qui en découlent (dégazage méthane …).
      Là où la raison répond, “faisons ceci ou cela” , si nous admettons que le monde est rebouclé par les médias et autres boucles tordoïdes, on ne peut se baser sur ce pistolet là sur la tempe pour espérer avoir la bonne action collective. Elle se perdra dans les méandres du lobby, du complot, des nations,…
      Penser un peu “décalé” est l’autre alternative : quels sont les rêves qui instillés comme les chansons des Beatles ou autres “succès” mondiaux conduiront la spritualité des gens à intégrer un moindre consumérisme, et par voie de conséquencen un peu de décarbonitude déméthanisée. Mais l’option “la science vous dit que” s’adresse en réalité à un magma obscurantiste conduit par les puits de potentiel d’internet et des forums. Mais Mais… en faisant “avec”, tout n’est pas perdu, sauf l’esprit des Lumières. Considérez toutefois qu’en rédigeant l’Encyclopédie, Diderot eu l’humilité d’expliquer l’artisanat (lu dans Richard Sennett : ce que sait la Main : excellent pour les deux hémisphères du corps cérébelleux)

    • 8 Avril 2010 à 15h06

      Odilon dit

      @poudal
      Ce n’est pas un dogme puisqu’il y a une science derrière. Ce sont les gens qui rejettent la science qui sont dogmatiques. Puisqu’ils n’ont rien de scientifique à mettre en face.
      Maintenant, vous posez une question intéressante: qui décide de ce qui est scientifique? Hélas, il n’y a pas de Dieu qui puisse nous désigner le vrai scientifique, le véritable artiste ou le juge impartial. Nous ne disposons que de réponses institutionnelles. Ça dérange la rebellitude, mais on n’a pas trouvé mieux.

    • 8 Avril 2010 à 14h00

      Etienne dit

      @Odilon

      Oui et je vous en remercie encore. Le constat s’impose donc: les rapports du GIEC sont équilibrés, c’est leur exploitation politique qui sélectionne de la manière que vous savez et qui égare les gens. J’aimerais seulement que lorsque Jean Jouzel* explique les aspects objectifs et honnètes du travail du GIEC, il le fasse dans d’autres circonstances que dos au mur.

      * lui ou un(e) autre.

    • 8 Avril 2010 à 13h53

      poudal dit

      @Odilon
      «personne ne vous empêche de défendre raisonnablement votre thèse anti-réchauffement anthropique.» Merci beaucoup de cette autorisation, mais elle ne me concerne pas : je n’ai pas de thèse ! C’est ce que je me tue à vous dire. L’« l’hypothèse CO2 anthropique» n’est qu’une hypothèse. C’est peut-être la bonne, comme la « solariste » ou l’«océaniste». Ce n’est pas (encore ?) une théorie et cela ne doit en aucun cas être un dogme. Ce qui est insupportable c’est le «forçage» pour la faire passer du statut d’hypothèse à celle de théorie. Et le processus inquiétant pour la transformer en dogme. Un dogme, ça justifie tout, c’est même à ça qu’on le reconnaît. C’est un principe d’explication globale, un principe pour l’action. Certains ne peuvent pas vivre sans cela. Et c’est pour cela que leur pente naturelle est de refuser le désaccord avant de le criminaliser. Les tarés de Greenpeace y sont déjà. Très peu pour moi. J’adore votre adverbe raisonnablement ! Il dit tout. Gare si on n’est pas raisonnable ? Et qui décide qui est raisonnable ou pas ? Al Gore ?

    • 8 Avril 2010 à 11h52

      Odilon dit

      @Etienne
      “Regardez la précision à la décimale près des prévisions établies”
      Cette prévision est donnée avec une marge d’erreur, même si les bornes sont données avec des décimales. Et j’imagine que c’est obtenu “toutes choses égales par ailleurs”. Je ne sais pas ce que ça vaut, personnellement je ne parierais pas un centime dessus! Mais on peut quand même dire une chose: le rapport du GIEC envisage effectivement des effets positifs du réchauffement. C’était votre question.

    • 8 Avril 2010 à 11h42

      Odilon dit

      @poudal
      Vous pouvez toujours invoquer le Diable, l’Inquisition, Staline ou collectionner les points Godwin, cela ne change rien: vous êtes libre de vos opinions et de votre parole, et personne ne vous empêche de défendre raisonnablement votre thèse anti-réchauffement anthropique. Si vous refusez de la soumettre à l’épreuve de la raison, c’est que vous la vénérez comme un dogme. Et si vous êtes seulement incapable de la défendre, seul un acte de foi aveugle (aux arguments inverses) me permettrait d’y adhérer. Mais je garde l’esprit ouvert et prêt à accueillir un bon raisonnement.

    • 8 Avril 2010 à 10h32

      Etienne dit

      @Odilon

      Merci, l’extrait que vous donnez est très intéressant car il résume parfaitement la difficulté d’agir et les étonnements de Vincent Courtillot. Vous avez tapé dans le mille! Regardez la précision à la décimale près des prévisions établies; comment peut-on être aussi scientifiquement péremptoire sur des variations de production en 2080? Quelle sera l’évolution technique, semences, moyens de fertilisation, d’irrigation, etc.

      @propos des lobbies

      Interdisons-les et regardons comment cela s’appliquerait. Mais sommes nous encore dans du lobbying, à lire ces appels à délinquance? (l’article de GP).

      Bien à vous!

    • 8 Avril 2010 à 10h24

      poudal dit

      @Odilon
      Je n’ai pas d’hypothèse ! Votre « théorie concurrente » vous risquez de l’attendre longtemps. Je ne veux pas que l’on m’impose autoritairement un dogme. C’est une réaction de citoyen critique qui essaie de comprendre. Je ne suis pas stipendié par des lobbies, (le diable, pour les réchauffistes, il en faut toujours un), je n’ai pas de théorie concurrente (l’hérésie) et je ne suis ni «solariste» ni «océaniste» (les infidèles à décapiter). Mais ça, c’est au-delà de votre compréhension. Chacune de vos interventions démontre le caractère religieux de votre engagement. Vous n’êtes pas le seul à qui cela arrive. L’histoire est jalonnée d’hypothèses ou de théories qui sont devenues des dogmes. Comme l’illustre l’histoire du «marxisme». Une théorie critique de l’Histoire et de l’Économie, est devenu un dogme ossifié. C’est ce qui est arrivé au « réchauffisme anthropique». Comme toute religion, il a son haut et son bas clergé. Ses docteurs (de la foi) et ses fanatiques…obtus ?

    • 8 Avril 2010 à 8h46

      Odilon dit

      daignez accorder