L’ambassadrice de l’Union européenne en Irak, Jana Hybaskova, l’a dit devant le Parlement européen, le 3 septembre dernier : des États européens achètent le pétrole de l’État islamique. Son discours a été filmé, comme tous ceux qu’elle prononce devant le Parlement européen. Il est disponible en ligne, peut être visionné par tous. Et pourtant son accusation, proférée avec un air de reproche, est passée quasi-inaperçue dans les médias (seulement reprise par i-Télé et le Huffington Post). Plus étrange encore, aujourd’hui, il est impossible d’obtenir un quelconque commentaire d’un responsable politique sur cette déclaration.

À la minute 3:54 de cette vidéo officielle du Parlement européen, l’ambassadrice l’énonce sans détour : « malheureusement, des Etats membres de l’UE achètent ce pétrole » (celui de l’État islamique). Ensuite, à la question de savoir quels sont précisément les États européens qui se rendent coupables de cette ineptie, l’ambassadrice répond aux députés européens qu’elle ne peut répondre, car « ce n’est pas une information publique ». En effet, l’ambassadrice ne répondra jamais à nos sollicitations, pas plus que le porte-parole.

Du côté de la Mission permanente irakienne auprès des Nations unies, on préfère ne pas être cité nommément et les réponses restent évasives : « tout le monde sait que le pétrole brut de l’État islamique transitait autrefois par la Syrie, et aujourd’hui par la Turquie », « mais il est impossible de vérifier sa provenance quand l’acheteur final, un Etat européen conclut sa transaction ».

Le porte-parole du Secrétaire général de l’ONU, Stéphane Dujarric, dit “ne pas avoir entendu cette déclaration” de l’ambassadrice, se contente d’une condamnation de principe de ces “sources de financement illégales du terrorisme”, et nie qu’elles soient l’objet d’un quelconque projet de résolution de la part du Conseil de Sécurité.

Le ministre des Affaires étrangères Fabius ne nous répondra jamais. Catherine Ashton, jusqu’au 1er novembre 2014, haut représentant de l’Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité restera, elle aussi, muette sur cette question, pourtant importante.

Le silence des responsables politiques sur des déclarations pourtant on ne peut plus officielles pose la question de l’intérêt de filmer les débats parlementaires.

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