Derrière Mélenchon, le printemps des staliniens | Causeur

Derrière Mélenchon, le printemps des staliniens

Le nouveau printemps du totalitarisme mondain

Auteur

Luc Rosenzweig

Luc Rosenzweig
Journaliste.

Publié le 06 avril 2012 / Politique

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Dans les dîners en ville de la capitale, il est du dernier chic de faire son « coming out » mélenchonien, à la suite de quelques pipoles qui annoncent sur Youtube leur ralliement au candidat du Front de gauche, comme le psychanalyste mondain Gérard Miller, ou l’actrice Sophie de la Rochefoucauld, arrière-petite-fille de Pierre de La Rochefoucauld (1853-1930), duc de La Roche-Guyon, petite fille du comte Jacques de La Rochefoucauld (1897-1981) et de Jacqueline de Cassagne de Beaufort (1902-1966), et fille du cinéaste Jean-Dominique de La Rochefoucauld1. La conversation portera alors sur la question de savoir si le tribun issu du trotskisme est en train de plumer la volaille stalinienne, ou si, à l’inverse l’ancien « lambertiste » Mélenchon n’est pas devenu l’idiot utile permettant aux héritiers de Staline retranchés place du Colonel-Fabien de se refaire une santé électorale. On se gardera bien, ici, de se prononcer sur cette question cruciale, qui fera l’an prochain les choux gras des maîtres de conférences à Sciences Po tout contents d’expliquer la généalogie du mélenchonisme à un public d’étudiant(es) en état de pamoison.

Mais il faut bien constater que le printemps des sondages dont bénéficie Jean-Luc Mélenchon a fait éclore des plantes dont les graines, telles celles des végétaux du désert, attendaient depuis deux décennies la pluie salvatrice. Ainsi, on avait cru qu’avec la mort de Jeannette Vermeersch en 2001, l’espèce Stalinistus galliensis s’était définitivement éteinte. Grave erreur ! Il existe encore, dans notre pays, des gens qui considèrent que la chute du mur de Berlin et la dissolution de l’URSS ont été une catastrophe pour l’humanité. Il ne s’agit pas, pour eux, de se raccrocher à « l’hypothèse communiste » d’Alain Badiou, qui fait du passé table rase pour ne penser la révolution qu’au futur, mais d’affirmer que le « socialisme réellement existant », en URSS et dans les pays satellites ne manquait pas de vertus. J’exagère ? Je renvoie les sceptiques à la réécoute, sur le site de France-Culture de l’émission Les retours du dimanche diffusée le 1er avril, et qui n’avait rien d’un canular, hélas ! Cette émission avait convié un estimable professeur de philosophie à la Sorbonne, Jean Salem, qui vient de publier un petit livre, Elections, piège à cons ?, qui veut mettre en garde les possesseurs d’une carte d’électeur contre les illusions provoquées par l’idée stupide d’en faire usage à l’occasion du prochain scrutin présidentiel. Pourtant Salem n’est pas sectaire : il ira voter Mélenchon au premier tour, et s’abstiendra au second. Issu d’une célèbre famille de communistes orthodoxes2, Salem peut sans susciter la moindre contradiction chez ses hôtes de France-Culture développer une analyse historique décoiffante. L’URSS et l’ensemble des forces progressistes à travers le monde ont, selon lui, été victime d’un complot ourdi par les Etats-Unis de Ronald Reagan, qui ont contraint l’URSS à courir au suicide économique en la forçant à une course aux armement démentielle. Ce complot visait, toujours selon Salem, à soumettre les classes laborieuses du monde entier à la domination sans partage du capital. Sans le bouclier d’un « socialisme réel » puissant, il n’est pas d’espoir pour les opprimés d’espérer leur émancipation.

Il est symptomatique qu’un tel discours puisse aujourd’hui trouver des médias pour le relayer, et des oreilles pour y prêter attention. Vingt ans et des poussières après l’effondrement du communisme soviétique, arrive à l’âge politique une génération qui n’a pas eu l’expérience sensible de la guerre froide, de l’existence, moins d’une heure d’avion de la France, de pays où l’on emprisonnait les dissidents, muselait la presse, et procédait à des parodies d’élections où les sortants étaient régulièrement reconduits avec 95% des voix au minimum. Il arrivait même que l’on construise des murs pour empêcher les habitants de ces « démocraties populaires » d’aller voir à côté si l’herbe n’était pas plus verte.

Cette génération, qui pour la première fois est appelée à élire un président de la République française a tout à fait le droit de revisiter cette histoire à la lumière de ses propres aspirations. Les vieux staliniens sortent donc de leurs tanières où ils s’étaient terrés pendant vingt ans, et s’engouffrent dans la brèche que leur ouvrent les Hessel et les Mélenchon. Ce phénomène ne concerne pas que la France. Pour la première fois depuis la chute du mur de Berlin, Margot Honecker, la veuve, exilée au Chili, du dernier satrape stalinien de la défunte RDA a accordé un long entretien à une chaine de télévision allemande. Cette dame, âgée aujourd’hui de 84 ans, saine de corps et d’esprit, s’étonne encore aujourd’hui que certains de ses concitoyens ait eu l’idée saugrenue de tenter, au péril de leur vie, de franchir le « mur de protection antifasciste » édifié par son défunt époux à Berlin « La question que nous nous sommes toujours posée, c’est: “pourquoi ont-ils pris ce risque ?” Ils n’avaient pas besoin de faire cela, pas besoin de franchir le Mur. C’est quand même dur de payer de sa vie une telle stupidité » explique-t-elle candidement. Et d’ajouter que si Honecker n’avait pas été lâchement abandonné par Mikhaïl Gorbatchev, la RDA aurait pu réaliser des grandes choses. Enfin, Margot Honecker, qui fut ministre de l’éducation de RDA de 1963 à 1989, et responsable de l’endoctrinement marxiste-léniniste des enfants dès la maternelle se plaint amèrement du montant « scandaleusement insuffisant » de la pension mensuelle de 1500 € (net d’impôts) que lui accorde le gouvernement de la RFA3. En Allemagne, ces propos ont provoqué un scandale. En France, ils sont passés inaperçus, sauf du Figaro. On aurait bien aimé entendre l’ami Jean-Luc à ce sujet.

  1. Je me moque, mais j’ai tort. Sophie de la Rochefoucauld est une militante de longue date de toutes les causes impliquant des « sans » (papiers, logis etc…)
  2. Jean Salem est le fils d’Henri Alleg, dirigeant du Parti communiste algérien, arrêté et torturé en 1957 par la police française en raison de son soutien actif au FLN.
  3. N’ayant pas été condamné, car son procès a été suspendu en 1992 pour raisons de santé, Erich Honecker a bénéficié jusqu’à sa mort d’une pension versée par les autorités allemandes, comme à tous les anciens fonctionnaires est-allemands, à l’exception des membres de la police politique. Margot Honecker touche aujourd’hui la pension de réversion de son défunt époux.

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    • 15 Avril 2012 à 19h02

      Etoile Vesper dit

      Merci pour cet article qui nous rappelle la réalité de l’aveuglement des amis du stalinisme, et l’absence totale de remords de la veuve d’Honecker. Merci de nous rappeler l’idéal qu’invoque Mélenchon quand il entonne l’Internationale. Mais que l’on ne se méprenne pas : ceux qui, dans les beaux quartiers, font mine de s’enthousiasmer pour la verve du guignol Mélenchon savent fort bien qu’ils ont en réalité affaire à un futur repenti qui savourera sa douillette réussite dans un quelconque ministère ronronnant au service du PS. 

      • 11 Avril 2012 à 20h53

        laborie dit

        Voyage chez les Mélenchéviques….

    • 11 Avril 2012 à 12h20

      livia dit

      GPS
      8/4 à 15h

      Qquns comme vous sont plus attentifs que d’autres heureusement !

      La révolution citoyenne (?) que propose JLM n’est p-etre pas forcément celle à laquelle les électeurs pensent et exprimeront dans les urnes, allez savoir.

    • 9 Avril 2012 à 22h23

      Marie dit

      Vu à Aigues Mortes le local du FDG à pleurer …je n’avais pas mon appareil photo, dommage c’était à diffuser !
      tout comme ceci
      http://www.youtube.com/watch?v=iJeZP_xH-Pc

    • 8 Avril 2012 à 22h46

      ylx dit

      @ livia
      “JLM virent de reconnaitre que ces fans sont plus des CPS…”
      Ces CPS ont-ils besoin d’attendre Melenchon pour distribuer tout ce qu’ils possèdent aux démunis “près de chez eux”. Je leur rappelle ce passage des Evangiles : ”
      Jacques était un négociant qui avait bien réussi. Il était séduit per Jésus qu’il souhaitait suivre comme l’un de ses apôtres “Que puis-je faire pour pouvoir vous suivre, demanda-t-il à Jésus ?”. Il lui répondit “Vends tous tes biens et suis-moi.”