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Affaire Depardieu : Lettre à Cyrano

Où réside la Liberté, voilà ta patrie

Publié le 20 décembre 2012 à 12:05 dans Économie

Mots-clés : , ,

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Mon cher Cyrano,

Bon Dieu ! Ils ne t’ont pas épargné ! Je sais bien que l’attaque en meute, à dix contre un, est une de leurs sales habitudes mais là, ils n’y sont pas allés de main morte.

Tu as eu droit à la longue litanie des signes de ta prétendue « déchéance personnelle ». Ils t’ont accusé d’être querelleur, bagarreur même parfois, de trop aimer la bonne chaire et de ne pas boire avec suffisamment de modération. Aidons-les à compléter la liste, veux-tu ? Tu aimes aussi les femmes – surtout les plus belles –, tu es un ami fidèle, un père aimant qui protège son enfant envers et contre tout, un créateur et un poète dans l’âme, un entrepreneur audacieux et – pour parfaire le tableau – tu es un homme libre. En somme, tu es un français selon notre cœur ; c’est pour ça qu’ils te détestent et c’est pour ça que nous, tes compatriotes, nous t’aimons.

Mais le pire, sans doute, c’est qu’ils t’ont accusé de trahir ton pays. J’enrage ! Toi, Cyrano, un traître ? Toi qui as si bien su  faire rimer notre belle langue ? Toi qui as si magnifiquement incarné notre histoire ? Toi qui as tant donné, sans même évoquer les impôts qu’ils te soutirent depuis tant d’années, à notre beau pays ? Je fulmine ! Il est vrai que tu aurais pu, à l’image de la meute des journalistes qui s’acharne contre toi, monnayer subsides et avantages fiscaux contre quelques mots de soutien à l’équipe en place. Mais tu n’es pas de ces hommes qu’on achète ; tu es trop libre, trop fier, trop droit pour t’abaisser à des manœuvres de larbin. Alors, quand la situation t’est devenue insupportable, tu en as tiré la seule conclusion qui s’imposait : la mort dans l’âme, tu as choisi l’exil.

L’exil. Mon Dieu ! Comment ne pas mesurer ce qu’une telle décision a dû te coûter mon vieux Cyrano ? Toi qui aimes tant ce pays et qui, comme nous autres, crèves de le voir chaque jour s’enfoncer un peu plus dans la fange. Quand tu as annoncé ton départ, pas un seul de ces imbéciles n’a imaginé que le choix d’un pays cousin et, plus encore, d’un village situé à quelques encablures de nos frontières était avant tout la marque de ton amour pour cette terre qui t’a vu naître : l’exil oui, mais pas trop loin. Faut-il qu’ils se moquent de leur pays pour ne pas comprendre le déchirement, le déracinement de celui qui fait un tel choix ?

Mais le summum de l’infamie a été atteint quand ils ont voulu te déchoir de ta nationalité. La peste soit du fat qui a osé ! Qui est donc ce fâcheux qui se croit autorisé à manier de telles menaces ? Ont-ils oublié que le dernier à l’avoir fait n’était autre que le sinistre Pétain ? Ont-ils oublié qu’à l’époque, les « traîtres » étaient ces hommes courageux qui pensaient que l’honneur était à Londres ? Ah les rats ! Les parasites ! Ils sentent que le bateau coule et, plutôt que de cesser de ronger la coque, ils préfèrent jeter le capitaine en pâture aux requins.

Maintenant, je dois bien te l’avouer, j’ai bien cru que tu allais te laisser faire. J’ai cru, un traître instant, que tu subirais l’affront sans mot dire ; que comme un vieux lion trop fatigué, tu partirais la queue entre les jambes. Mais quel démenti ! Quel panache ! Ce dimanche matin, j’ai retrouvé mon Cyrano ; chargeant sabre au clair ; à un contre cent – que dis-je cent – ils étaient mille !

Mais aujourd’hui, tu dois te sentir bien seul mon vieux Cyrano. Je ne sais pas si cette lettre te trouvera mais je devine d’ici le vide béant qui s’est ouvert dans ton cœur, la boule qui te noue l’estomac. Aussi, même si cela ne suffira sans doute pas à te remonter le moral, il est deux ou trois petites choses que je veux te dire.

La première chose, c’est que du dois partir la tête haute. Tu n’as pas démérité ; bien au contraire. Chaque centime que tu as gagné, au cours de ces quarante-cinq longues années de carrière, tu l’as mérité. C’est nous, tes compatriotes, qui te le disons : cet argent est le tien, c’est le fruit de ton travail, de ton talent et des risques que tu as pris ; c’est la mesure exacte du bonheur que tu nous as donné pendant toutes ces années ; tu ne nous dois rien, nous sommes quittes, mille fois quittes. Ils instruisent contre toi un procès en immoralité parce que tu refuses que l’on te vole plus que tu ne l’as déjà été ? La belle affaire ! Qu’ils nous expliquent quelle sorte de moralité il y a à vouloir vivre aux dépens d’un autre homme.

Aussi, tu dois savoir que ton départ est pour nous tous une bonne chose. Oh, bien sûr, tu vas nous manquer et je sais bien que, toi parti, c’est nous qu’ils vont essayer de tondre. Mais rappelle toi ce que je te disais plus haut : c’est gens-là sont des parasites, des sangsues qui ne vivent et prospèrent qu’en suçant notre sang. En les privant de subsistance – et Dieu sait qu’ils ont faim, les bougres ! – tu hâtes leur déclin et, à terme, tu nous auras finalement rendu un fier service. Aussi, je t’en conjure Cyrano : ne leur laisse pas une miette, nettoie tout derrière toi et tiens-toi hors de portée. Laisse donc les matons agiter leurs sébiles et vouer aux gémonies les évadés fiscaux de leur prison fiscale ; profite de la vie et ne t’inquiète pas pour nous.

Enfin, si le sort t’a désigné pour être le symbole de notre colère, sache que tu n’es pas seul. Quoiqu’ils disent et quoiqu’ils fassent, tu es et tu resteras l’un des nôtres. “ Où réside la Liberté, écrivait Benjamin Franklin, Voilà notre patrie” mon cher Cyrano ! C’est de cette France-là que nous – toi, moi et tant d’autres – sommes les citoyens ; cette France de 1789, une nation d’hommes libres qui goûtent fort peu les abus du pouvoir – notamment en matière fiscale. Peu importe ces bouts de papiers dont ils menacent de te priver et que tu te proposes de leur jeter au visage : tu es, je le répète, et tu resteras notre compatriote.

Allons mon vieux Cyrano, j’en ai déjà trop dit. Haut les cœurs ! Disons nous adieu, au sens que ce mot revêtait autrefois, en espérant que nous n’aurons pas à attendre jusque là pour pouvoir revivre ensemble dans le pays de nos pères. D’ici là, porte toi bien, fais donc un régime et n’oublie pas ceux qui sont restés. À ta santé !

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  • 7 Janvier 2013 à 17h23

    pascal.solal@cegetel.net dit

    Que de lyrisme pour justifier un exil fiscal.
    Mais la réalité, hélas, est plus prosaïque. 

  • 7 Janvier 2013 à 13h14

    pascal.solal@cegetel.net dit

    “Un père aimant qui protège son enfant envers et contre tout”.
    C’est une blague? 

  • 27 Décembre 2012 à 13h46

    dherblay dit

    ça commence bien…aimer la bonne chaire doit être une affaire d’orateur, Depardieu doit plutôt aimer la bonne chère, (et il ne s’agit pas d’une allusion à l’affaire DSK, c’est juste comme cela que ça s’écrit)
    Les lois de l’orthographe et de la grammaire sont dures…

    • 13 Février 2013 à 0h20

      Brighella de Tocqueville dit

      @dherblay

      “aimer la bonne chaire” n’est pas une affaire d’orateur mais une simple faute de frappe : un simple “e” en trop à la fin du mot “chair” et non pas du tout “chère” comme prétend l’arroseur arrosé… 

  • 24 Décembre 2012 à 14h21

    zelectron dit

    A part le fait que l’interprétation de Depardieu est un massacre, je reste un inconditionnel de Daniel Sorano.
    Ceci étant, je lui reconnais le droit d’aller où il veut, c’est sa liberté et un gouvernement quel qu’il soit n’a pas à s’immiscer dans la vie privée de qui que ce soit: nous ne sommes pas dans un régime de dictature de l’esprit, quoique ?

  • 24 Décembre 2012 à 14h02

    Eddie Constantine dit

    75 % d’ IRPP, c’est une énorme connerie au service de la plus méprisable démagogie. Les conséquences étaient prévisibles et Depardieu n’est que la face visible de l’iceberg.
    Quand l’impôt devient racket, le père de famille se trouve en situation de “légitime défense”.
    Le plus grave, c’est que ça ne rapporte rien, ou si peu. Pendant ce temps la France qui attend que l’Algérie rembourse 600 M à la sécu, vient de lui donner une rallonge de 150 M pour aider à l’implantation d’ entreprises françaises sur son sol, favorisant ainsi la délocalisation dont tout le monde se plaint. Et en promettant 200 000 visas par an !
    Nos dirigeants sont fous…  

  • 23 Décembre 2012 à 20h43

    lorrey dit

    145 millions ici, pas imposable là malgré un dur labeur.
    Et ce serait une honte que l’un paie autant et l’autre rien – ce qui est à l’évidence faux, il paie le pauvre, il paie même très cher….
    Oui il y a une injustice à tout ça, à savoir : Que l’on ne devrait pas pouvoir gagner autant d’argent qui vous amène à payer autant d’impôts – Ce qui n’est pas assez – et, pour paraphraser Marchais : au dessus de 4000 je prends tout.
    Celui qui ne paie pas d’impôt – ce qui est toujours faux, il faut rabâcher -, certes il devrait en payer…en étant payé en conséquence.
    A la lecture de tel article…à quoi bon lire.

  • 22 Décembre 2012 à 10h38

    fboizard dit

    “chère”, pas “chaire”. Cyrano n’est pas un cureton !

  • 22 Décembre 2012 à 7h13

    l’oiseau bleu dit

    Videorama n’a même pas le courage d’assumer ses ecrits
    L’affaire est entendue. Il a montre son inutilité 
     

  • 22 Décembre 2012 à 2h31

    eetu dit

    Je trouve que l’on est excessivement injuste avec monsieur – oui, malgré les apparences, ça reste un être humain – depardieu.
    Ce monsieur est en réel progrès: la preuve, il s’exprime maintenant par “lettre ouverte”.
    Il y a peu, il ne savait s’exprimer que par “braguette ouverte”.

  • 21 Décembre 2012 à 22h38

    l’oiseau bleu dit

    Leumpistebsans gêne ,
     
    Bibi se défend et défend ses idée
    Votre troïka attaque tous azimuts, pour le plaisir d’un bon mot – si on  peut dire –  sans rien apporter à la discussion. 
    Votre réponse en est la preuve  

    • 21 Décembre 2012 à 22h52

      Videorama dit

      @l’oiseau bleu
      Décidément c’est une manie généralisée chez vous autres d’agresser et de vous faire passer pour des victimes. La dernière personne à plaindre sur cette terre est bien ce facho de Bibi !

    • 21 Décembre 2012 à 22h52

      Eugène Lampiste dit

      oui, je sais, bibi est intouchable.

      c’est à se demander si elle ne s’est pas exilée en belgique. 

    • 21 Décembre 2012 à 23h13

      Bibi dit

      Un fake’le réclame, dénonce, rage… et alors? Ça justifie qu’on lui prête quoi que ce soit?
      Ma charité non-chrétienne à d’autres priorités.

      • 21 Décembre 2012 à 23h15

        Eugène Lampiste dit

        la belgique ?

  • 21 Décembre 2012 à 19h36

    ylx dit

    Les nostalgiques du rideau de fer ont l’air étonnés d’apprendre que l’on puisse s’échapper aussi facilement du paradis fiscal français, comme une reprise française décalée du film. “Bye Bye Lenine”. Pourquoi ne pas se mettre déjà en en quête d’un pic à glace pour faire la peau au rénégat.

    Quand au patriotisme fiscal il faut noter que 1 ménage sur deux en France ne paye pas ‘impôts sur le revenu. Des mauvais patriotes sans doute.
    Ce patriotisme il faudrait aussi le metre en avant au moment des grèves, des manifestations et arrêts de travail à répétition qui pénalisent les entreprises françaises.
    Il faudrait également sans souvenir au moment de rédiger les programmes d’Histoire de l’Education nationale.
    Il faudrait que les sacrifices économiques ne touchent pas que le secteur productif et continuent à épargner le secteur public protégé et les dépenses publiques..
    Les avantages et privilèges exorbitants du régime spécial des intermittents du spectacle – si exigeants depuis quelques jours sur les exigences de la solidarité nationale – pourraient être revus à la baisse ( sauf erreur ce régime très avantageux n’est pas financé par l’Etat, mais par la caisse Unedic des employés et cadres du secteur privé.*).
    La veine du patriotisme économique est inépuisable.

    * c’est assez cocasse d’entendre ces privilégiès de la culture étatique rappeler à Depardieu tout ce qu’il doit – en effet – à ce régime si avantageux pour eux, et si coûteux pour le salarié moyen.

    • 21 Décembre 2012 à 19h38

      ylx dit

      “s’en souvenir” et non pas “sans souvenir”

  • 21 Décembre 2012 à 18h42

    l’oiseau bleu dit

    A lire les Post des negateurs  institutionnels de Causeur, ceux  qui sous divers pseudos se repassent le sene et la rhubarbe, on sent le socialiste à bout d’arguments et réduit à l’insulte, le ” bon mot ” pas cher, 
    Pitoyable 

    • 21 Décembre 2012 à 18h44

      Eugène Lampiste dit

      si vous aimez les insultes, allez relire le “best of” de bibi et épargnez nous vos indignations sélectives.

  • 21 Décembre 2012 à 17h58

    Pierre Jolibert dit

    Du Bellay, Les Regrets, 50 :

    «Sortons, Dilliers, sortons, faisons place à l’envie,
    Et fuyons désormais ce tumulte civil,
    Puisqu’un y voit priser le plus lâche et plus vil,
    Et la meilleure part être la moins suivie.

    Allons où la vertu et le sort nous convie,
    Dussions-nous voir le Scythe ou la source du Nil,
    Et nous donnons plutôt un éternel exil,
    Que tacher d’un seul point l’honneur de notre vie.

    Sus donques, et devant que le cruel vainqueur
    De nous fasse une fable au vulgaire moqueur,
    Bannissons la vertu d’un exil volontaire.

    Et quoi, ne sais-tu pas que le banni romain,
    Bien qu’il fût déchassé de son peuple inhumain,
    Fut pourtant adoré du barbare corsaire ? »

    Non, le Scythe n’est pas l’annonce prophétique de Poutine ou du président ouzbek. Couplé avec la source du Nil, c’est-à-dire une vague allusion à la Nubie/Éthiopie, je crois qu’il s’agit d’un renvoi implicite à Hérodote, à qui les deux extrêmes Nord et Sud servent (dans son oeuvre unique, immense, admirable, etc.) de contrepoint mythique au couple antagoniste Grecs/Perses.
    Avis à la population : je cherche désespérément un passage d’Hérodote : dans mon vague souvenir il s’agit d’un officier au service d’un roi (très empereur, genre roi perse ou pharaon) qui se barre un jour pour être libre (quitte à renoncer à sa “nationalité”, c’est fou hein ?), avec quelques compagnons ; une sorte de commando l’intercepte pour lui offrir le pardon du roi en échange de sa soumission, et en lui disant qu’il n’y a rien en dehors de l’Empire universel, qu’il ne trouvera nulle part où vivre. L’ancien officier soulève son pagne en disant que tant qu’il aura ça il aura de quoi vivre et pourra fonder quelque chose. Bref, un passage très important pour toute idéologie antiimpériale, blablabla. Eh bé plus moyen de le trouver.
    Pour contrebalancer un peu la défense de Depardieu et la liberté moderne, rappelons sur quoi s’ancre aussi la liberté (regrettée et jamais atteinte) de du Bellay :

    « Ô qu’heureux est celui qui peut passer son âge
    Entre pareils à soi ! et qui sans fiction,
    Sans crainte, sans envie et sans ambition,
    Règne paisiblement en son pauvre ménage !

    Le misérable soin d’acquérir davantage
    Ne tyrannise point sa libre affection,
    Et son plus grand désir, désir sans passion,
    Ne s’étend plus avant que son propre héritage.

    Il ne s’empêche point des affaires d’autrui,
    Son principal espoir ne dépend que de lui,
    Il est sa cour, son roi, sa faveur et son maître.

    Il ne mange son bien en pays étranger,
    Il ne met pour autrui sa personne en danger,
    Et plus riche qu’il est ne voudrait jamais être. »