Délivrez-nous des précautionneux !
Radiofréquences et OGM sous le feu des ayatollahs verts
Publié le 20 octobre 2009 à 11:02 dans Société
Mots-clés : Écologie, Principe de précaution

“On ne peut formellement montrer l’inexistence d’un risque…”
Dans leur grande honnêteté scientifique, les membres de la commission d’experts sur les radiofréquences de l’Agence française pour la sécurité sanitaire et l’environnement (Afsset) ont inclus cette clause de modestie dans leur rapport récemment remis au gouvernement. Il s’agissait d’établir si les ondes émises par les téléphones portables et antennes-relais disséminées sur le territoire constituaient un danger pour la santé.
Ce rapport, qui recense et évalue toutes les études réalisées à ce jour sur cette question, publie les auditions d’experts français et étrangers –physiciens, biologistes, médecins – est parfois hermétique pour les non-spécialistes, mais ses conclusions sont nettes et sans bavures. Dans l’état actuel de nos connaissances, rien n’établit de manière certaine que l’usage du téléphone portable ou la résidence à proximité des antennes-relais provoque des désordres graves de la santé des humains. Même la question de l’hypersensibilité magnétique, qui rendrait certains sujets plus vulnérables que d’autres à l’exposition aux radiofréquences, est renvoyée au registre de l’hystérie faute d’avoir pu être mise sur le compte de désordres cellulaires induits par ces ondes aussi malfaisantes qu’invisibles…
Mais comme on ne peut pas formellement démontrer l’inexistence d’un risque, ne serait-ce qu’en raison du manque de recul nécessaire pour évaluer les effets à long terme d’une exposition continue, les experts missionnés ne se sentent pas autorisés à trancher une fois pour toutes de la question. Ce sont des scientifiques, et non des idéologues. Ils proposent donc quelques vagues mesures de précaution, notamment pour les enfants, qui, si elles ne font pas de bien, ne font pas de mal.
Cela permet à nos habituels prêcheurs d’apocalypse de brandir leur “principe de précaution” comme les inquisiteurs de jadis arboraient leurs crucifix avant de brûler les hérétiques. La moindre incertitude, l’hypothèse que, peut-être, au bout de quatre-vingts ans l’utilisation intensive du GSM dézingue quelque neurones supplémentaires dans le cortex des vieillards du futur devrait, selon eux, nous inciter à instaurer un ” moratoire” sur le développement de la téléphonie mobile, comme les écolos ont réussi à freiner, dans nos contrées, le développement des OGM. Le fonctionnement de nos chevaliers blancs de l’environnement est maintenant bien rodé : le nouveau engendre de l’inquiétude dans une population méfiante vis-à-vis de technologies toujours plus compliquées et sophistiquées. Les idéologues de la décroissance et autres militants de la nouvelle austérité attisent cette inquiétude pour la transformer en panique, rendant ces technologies responsables des calamités présentes et à venir : cancers divers et variés, Alzheimer précoces, malformations des nouveaux nés et autres drames sanitaires effroyables.
Comme le discours inverse ne mobilise pas des affects aussi puissants que la peur de la mort, et se fonde sur la notion de “risque acceptable” dans l’état actuel de nos connaissances, il est facile de le caricaturer et de faire passer ceux qui le tiennent pour de dangereux irresponsables.
La téléphonie mobile tue, certes, mais principalement dans le personnel d’un établissement qui est chargé de sa diffusion et de sa maintenance. Elle réduit également l’espérance de vie de ceux qui, pour des raisons professionnelles, se trouvent joignables et corvéables à merci par leur hiérarchie. On conviendra que les ondes mystérieuses n’ont que peu de responsabilité dans cette mortalité et le développement de ces pathologies.
Les fantasmes entretenus autour de la nocivité physique du portable offrent même un prétexte aux chefs d’établissements scolaires pour se défausser sur un prétexte sanitaire pour interdire son usage à l’école. Comme s’il était grossier de priver les gamins de leur gadget pendant les heures de classe parce que c’est comme ça et pas autrement !
Alors que fait le gouvernement quand il est confronté aux bataillons des associations paniquardes ? Il fait un ” Grenelle” ! Après celui de l’environnement qui accoucha d’une funeste taxe carbone dont nous vous avons déjà entretenu, s’annonce le Grenelle des ondes où devront dialoguer ceux qui savent, et ceux qui parlent sans savoir, mais gueulent fort. Puis viendra, sans doute, celui des nanotechnologies à propos desquelles l’on entend déjà gronder les faux prophètes de malheur.
En 1992, à l’occasion du Sommet de la Terre, quelques milliers de scientifiques de haut niveau, parmi lesquels une bonne centaine de Prix Nobel, lançaient l’appel de Heidelberg où l’on pouvait lire :
“Nous soulignons que bon nombre d’activités humaines essentielles sont effectuées soit dans la manipulation de substances dangereuses, soit dans la proximité de ces substances, et que le progrès et le développement ont toujours nécessité de plus en plus de contrôle contre les forces hostiles, et ce, dans l’intérêt de l’humanité. Nous considérons donc que l’écologie scientifique n’est rien de plus que le prolongement du progrès continuel vers une vie meilleure pour les générations futures. Nous avons l’intention de faire valoir les responsabilités et obligations de la science à l’égard de la société. Nous prévenons toutefois les autorités en charge de la destinée de notre planète contre les décisions soutenues par des arguments pseudo-scientifiques ou des données fausses et non-pertinentes.”
C’était au siècle dernier, hélas !
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L'auteur
Luc Rosenzweig est journaliste.
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Shonarchan dit
@ Zoumit
Flatté que je sois devenu votre sujet de conversation.
Mais je suis navré de voir que les articles de Causeur se succèdent dans la médiocrité, en particulier celui-ci, de Luc Rozensweig, qui ne semble pas avoir compris ni même tenté de creuser le moins du monde le sujet qu’il évoque…
Shonarchan dit
@ Odilon
Non, ça n’a strictement rien à voir avec de la transmission de chaleur… Vous n’avez rien compris.
Shonarchan dit
@ Gaetan
“…directeur scientifique à Sciences Po.”
Eheheh… rien que le nom m’amuse.
Remarquez il aurait pu être charcutier chez Renault…
nadia comaneci dit
Des décennies Gaétan ? Je n’en crois rien, la croissance chinoise est exponentielle, l’alliance sacrée du capitalisme débridé et de la dictature autour de la consommation effrénée peut se faire des cheveux blancs, la génération montante des enfants uniques, gâtés et pourris ne tardera pas à demander des comptes aux vieux caciques. Ce jour là vous revendrez en vitesse votre 2 pièces avec terrasse sur l’avenue du prolétaire rouge et vous rentrerez à la caverne.
Sinon, je vous suis sur les délocalisations, elles profitent aux patrons comme aux clients, ravis d’acheter trois francs six sous ce qui leur coûterait le triple produit dans l’union.
nadia comaneci dit
REG
The sourire was of course included in the program.
Sophie dit
Oui, Gaëtan épistémologie. Je vous l’accorde et je le copierai 10 fois.
Rahm Emmanuel Goldstein dit
“et, surtout, toujours retomber sur ses pieds.”
Words taken out of my keyboard. Mais vous oubliez ze sourire…
FélixRenédeSessandre dit
@ Gaétan Brunoy
“la démocratie représentative, désormais incapable de s’appuyer rationnellement sur la technocratie éclairée”
La technocratie éclairée, ça fleure bon le despotisme éclairé. Y en a qui y croient, surtout en France, pays de tradition monarchique. Mais souvent on récolte le despotisme, mais pas l’éclairage. J’aimerais avoir votre opinion sur le comportement d’Axel Kahn, le guide suprême des technocrates du vivant.
nadia comaneci dit
La poutre, celle qui a élu domicile dans l’oeil du voisin et les conflits asymétriques, à défaut de barres, sont mes spécialités. Agilité, élasticité et, surtout, toujours retomber sur ses pieds.
Gaétan Brunoy dit
@Nadia
“Quand les prix chinois ne seront plus attractifs parce que les salaires auront augmenté, nos usines rentreront au bercail et Gaétan chez Maman.”
Nadia, vous n’êtes pas sérieuse. Cette échéance n’arrivera pas avant des décennies. La vie des affaires a malheureusement pour nous une constante de temps nettement plus courte.
Pour l’instant, les industriels délocalisent, et plus seulement du travail non qualifié, parce qu’ils y sont contraints sous peine de disparaître. C’est un peu facile, pour la classe politique de gauche, de cibler les méchants capitalistes, tout en laissant toutes les frontières ouvertes aux importations parce que ça fait du pouvoir d’achat pour les pauvres et les fonctionnaires (clientèles de gauche).
En fait, électoralement parlant, c’est le beurre et l’argent du beurre : parce que ces minutes de la haine quotidienne dans tous les journaux, ça draine aussi des voix.
La délocalisation ? Cherchez à qui profite le crime.
Rahm Emmanuel Goldstein dit
Si, si. Au jeu de la poutre comme aux barreaux asymétriques, la souplesse est impressionnante.
nadia comaneci dit
REG. Vous n’imaginez même pas à quel point.
Rahm Emmanuel Goldstein dit
Nadia Comaneci – toujours élastique.
nadia comaneci dit
Gaétan, la Chine a redécouvert les mérites d’un système primitif auquel elle avait résolument tourné le dos depuis la révolution pour s’enfoncer avec délice dans le collectivisme qui n’a jamais hélas produit que de la pénurie… à savoir la loi du plus fort ou de la jungle si vous voulez, salaires de misère, pas de droit du travail et capitalisme rouge. Les usines tournent à plein et bon an mal, une proportion modeste de Chinois, mais qui se chiffre tout de suite en millions d’individus, accède au nirvana consumériste. Je ne désespère pas que leur nombre ira croissant, mais vous devrez dire adieu à votre modèle économique, avec la prospérité les peuples ont la fâcheuse habitude de devenir plus regardants sur leurs droits politiques et sociaux. Quand les prix chinois ne seront plus attractifs parce que les salaires auront augmenté, nos usines rentreront au bercail et Gaétan chez Maman.
Gaétan Brunoy dit
@en passant
“ma compétence ne sera pas différente de celle de ma concierge : quand on saute par la fenêtre on tombe…”
Ah ah ! Et que pense votre concierge des centrales nucléaires ? Son bon sens lui suffit-il à en apprécier le rapport bénéfices/risques ?
C’est pourtant ce qui se passe avec l’agit-prop écolo qui est en train de démolir notre démocratie représentative, désormais incapable de s’appuyer rationnellement sur la technocratie éclairée, et réduite en ochlocratie à la merci des démagogues et des charlatans.
Charlatans dont vous passez bien entendu sous silence leurs propres conflits d’intérêt : parce qu’ils en vivent, de l’arrachage d’OGM ou des fermetures de centrales nucléaires ! Ils en font des carrières ! Y’a bon les mandats, les indemnités, les caméras et voitures de fonction ! Par ici le pouvoir ! Pourris jusqu’à la moëlle, vos Bové, Duflot et compagnie, soi-disant vierges et purs chevaliers blancs de l’intérêt général !
Gaétan Brunoy dit
@Nadia
La Chine fait imperturbablement 10% de croissance par an, record mondial, et croissance pratiquement jamais égalée par nos glorieux pays dans leur glorieux passé de pionniers du développement techno-scientifique (avant qu’ils ne sombrent dans le redistributionnisme socialisant, appelé aussi syndrôme du doigt du cul).
Et ce qu’il vente ou qu’il neige dans la conjoncture mondiale. Il y a un moment où il va bien falloir admettre qu’ils sont mieux gouvernés que nous. Qu’ils ont une ambition collective. Et qu’ils arrivent malgré tous leurs défauts à des résultats qu’aucun autre pays en développement, y compris l’Inde démocratique, n’atteint.
@Sophie
“épistémiologique” est un magnifique lapsus, je le retiens !
en passant dit
@ Gaëtan (fin)
Exemples :
François Gros, qui n’est pas médecin ni statisticien, mais Pastorien, va être amené à donner son avis sur le test diagnostic Abbott qui concurrence le test Pasteur.
Axel Kahn, qui étudie la glycolyse dans le foie, va donner son avis sur les risques de dissémination du maïs OGM en plein champ. Puis il est embauché par Rhône-Poulenc, seule société qui fabrique des OGM en France. Mais là, on dépasse le problème du conflit d’intérêt. Il est piquant de constater que le franchouillard de droite est plein de respect pour cette « autorité » scientifique qui repose en fait sur la com’ et le réseau médiatique, et met le mandarin communiste « humaniste » et « spécialiste d’éthique » (lol) sur un piédestal.
en passant dit
@ Gaëtan (suite)
La question pour laquelle un dirigeant requerrait mon expertise pourrait être : si l’on saute de un mètre, est-ce qu’on risque de se faire mal ? La question peut être motivée par le fait, par exemple, que l’escalier de secours s’arrête à un mètre du sol, et que ça coûterait très cher de l’amener au sol. Mais là encore, j’ai beau être scientifique, je n’ai pas étudié le problème. En fait, il n’y a aucun scientifique travaillant dans le domaine, qui en fait n’existe pas en tant que discipline scientifique. Je peux déclarer mon incompétence, mais le dirigeant va trouver un autre scientifique, tout aussi incompétent, qui acceptera d’évaluer le risque. Là où ça se complique, c’est quand le scientifique, en plus d’être incompétent, est intéressé, c’est-à-dire que son avis va influencer sa rémunération. Cela s’appelle un conflit d’intérêt…