Défense des hommes infidèles
Oui, chère Sylvie Brunel, l’amour, c’est la guerre !
Publié le 09 décembre 2009 à 17:22 dans Société

Jean-Honoré Fragonard, Le verrou
Ce matin, pour ma gym, j’ai eu le droit à “femmes entre elles”. C’était sur France Inter, une discussion entre Sylvie Brunel, future ex-épouse Besson, auteur d’un Manuel de guérilla à l’usage des femmes, et Pascale Clarke, dont la tessiture fait merveille dans le genre intimiste confie-toi-moi-aussi-j’ai souffert. Le genre nous les femmes.
Je m’empresse de préciser que je n’ai pas lu le livre de Sylvie Brunel et que je ne suis pas sûre de le faire. Je me sens toujours gênée d’être invitée dans l’intimité de personnages réels – dont l’un, de plus, n’a rien demandé et la littérature m’apprend plus que n’importe laquelle de ces confessions qu’affectionnent pas mal de mes confrères. Exhiber la midinette qui sommeille en chacune de nous serait le signe qu’on est une femme libre. Pour ma part, si j’ai besoin de tuyaux, j’irai les chercher chez Stendhal et quelques autres, pas dans un “manuel”. Pourquoi pas des cours de rupture amoureuse ou des formations au divorce (je me demande, avec effroi, si ça n’existe pas) ? Cela dit, la Brunel ne manque pas de panache. On peut ne pas aimer l’arme qu’elle a choisie. Au moins ne se laisse-t-elle pas achever sans combattre. De plus, tout au long de l’émission, elle a résisté de façon plutôt réjouissante à Pascale Clarke, qui voulait absolument lui faire dire que tous les hommes sont des salauds et qu’en prime le sien est un traitre.
Allez savoir pourquoi, j’ai éprouvé le besoin de me désolidariser de cette grande confrérie que l’on m’invitait à rejoindre. Merci les filles, “nous”, en ce domaine, très peu pour moi. L’histoire de la femme bafouée, vous en parlez comme si c’était le lot éternel du beau sexe, mais je ne me vois pas dans le rôle – et pour tout dire, mes copines non plus. Je refuse d’être enrôlée dans votre armée des victimes des hommes. À la guérilla proposée, on peut préférer la tendre guerre, le jeu sérieux, amusant et cruel du désir qui vagabonde, disparaît et renaît, et que nulle époque n’a jamais réussi à enfermer dans les liens du mariage ou de la convention, ni dans les exigences de la morale. Tous les coups ne sont pas permis. Mais c’est une guerre. On n’est pas chez les bisounours. Il y a souvent du sang sur les murs, parfois au sens propre.
Ceux et celles qui rêvent, comme l’excellente Caroline Fourest d’un monde sans hommes ni femmes “où l’on admettra que le genre peut être indéterminé ou choisi, et non dicté par le sexe biologique”, feraient mieux de cesser là leur lecture. “Il faut espérer, écrit-elle encore, que la différence des sexes, si communément admise, sera un jour relativisée.” On aimerait savoir pourquoi il faut espérer. Pour ma part, je trouve cette perspective parfaitement terrifiante.
Peut-être l’antique division entre les hommes et les femmes est-elle une construction, mais alors une construction anthropologique et mythologique de grande ampleur, qui a peut-être vaguement quelque chose à voir avec la biologie. La reproduction, la chasse, le dedans, le dehors, l’appel un peu mystérieux (et souvent casse-pieds) qui pousse le mâle à s’assurer, une fois sa semence répandue dans l’une, qu’il est toujours un homme, autrement dit qu’il peut avoir celle qu’il n’a pas. Vieille affaire revisitée depuis des millénaires et récemment pimentée par la conquête de l’égalité. Pour faire court, brutal et donc réducteur, quand on aime les hommes libres, l’infidélité fait partie du lot. Réelle ou fantasmée, avouée ou cachée, elle est dans la nature – au moins reptilienne – de l’homme, comme piquer est dans celle du scorpion. Ce qui, bien sûr, n’empêche nullement les femmes de la pratiquer avec bonheur.
On me dira à raison que la répression de la nature est aussi une loi de l’humanité biblique. On n’est pas obligée de choisir le modèle pour qui le passage à l’acte doit se répéter indéfiniment au point que la nouveauté elle-même devient l’unique objet du désir. Le genre “je cours le jupon pendant qu’elle élève les enfants avant de me caser avec une petite” peut sembler un peu convenu, moyennement élégant et carrément déplaisant pour celle qui est quittée. Mais le style “je reste par devoir” est à périr d’ennui. Si un infidèle ne vous convient pas, changez-en, le monde en est plein.
Si vous n’aimez pas les lâches, ça se complique, parce que ça, on peut penser que c’est carrément dans les gènes masculins, ainsi que l’a joliment dit Nicolas Rey dans une chronique un peu facile mais charmante, dans laquelle il s’attendrissait sur le sort du malheureux qui s’apprête à quitter femme et enfants. “Il y a du courage dans la lâcheté”, a-t-il conclu. Non, Nico, dans la lâcheté, il y a de la lâcheté. Ce n’est pas ce que vous avez de mieux. Mais on vous pardonne si on sait que, sur le champ de bataille, vous serez-là, prêts à combattre pour nous. Autrement dit, si vous vous conduisez en gentlemen.
Qu’on ne se méprenne pas. Heureusement, les êtres humains concrets échappent aux archétypes. Ils ont la liberté de jouer avec eux, d’en conjuguer plusieurs – tous les hommes, même les plus camionneurs, ont un côté gonzesse. Dans la vraie vie, on n’a pas le choix entre le collectionneur qui croit pouvoir fusionner ses fantasmes avec le réel et bobonne en version mec ; et pas non plus entre épouse au long cours et maitresse d’un jour. On peut aimer les vertiges de la possession sans renoncer à sa souveraineté. La domination change de camp, la proie et le chasseur échangent leurs rôles. On gagne, on perd, on rejoue. On rit, on pleure, et on rit d’avoir pleuré. On s’enchaîne et on se libère, on conquiert et on se soumet. Mais si on admet qu’il y a entre les hommes et les femmes des divergences aussi inaliénables que leur liberté elle-même, on ne s’ennuie jamais. L’ardente Sylvie Brunel aurait-elle passé trente ans de sa vie avec un homme fidèle, un amoureux 24/24, qui rapporte le pain et vous salue tous les soirs d’un “bonsoir ma chérie !” ? Confesserait-elle aujourd’hui, en même temps que sa rancœur, sa nostalgie et peut-être son espoir?
Dans les joutes oratoires où les femmes excellent à enserrer l’autre dans les fils d’une rhétorique impitoyable – logique plus mauvaise foi : le cocktail qui rend fou -, une phrase constitue une arme redoutable : “Ce n’est pas pareil !” Et, bien sûr, c’est irréfutable puisque que ce n’est jamais pareil. Ces considérations s’appliquent donc aux hommes en général, pas aux miens en particulier. Eux, c’est pas pareil.
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L'auteur
Elisabeth Lévy est journaliste et essayiste.
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Sophie dit
Pas grave, Aristote. Je suis certaine que Madame Aristote sera très persuasive!
Aristote dit
@ Sophie
Et ma femme qui tous les matins me dit que je suis le plus beau ! Pourquoi avoir vendu la mèche. Je suis désespéré !
Sophie dit
Et certains matins, au réveil, la barbe naissante, la tignasse en bataille, etc… il faut se retenir pour ne pas rire quand on leur dit qu’ils sont beaux. Mais c’est la garantie d’une bonne journée, alors on se résout à ce pieux mensonge. Les femmes simulent, c’est vrai, mais peut-être pas quand on croit!
Lisa dit
@Sophie,
Comme ils disent dans “Mars et Venus”, les femmes ont besoin qu’on leur dise qu’on les aime, les hommes ont besoin qu’on les comprenne, et qu’on leur dise qu’ils sont beaux.
Sophie dit
“C’est bien ce qui vous rend si fascinantes… et parfois si exaspérantes. Avouez qu’à côté, nous sommes tout de même plus rustiques.”
Tout à fait. Pour être heureuse avec un homme, il faut l’aimer un peu et le comprendre beaucoup, ce qui n’est d’ailleurs pas très compliqué. Pour être heureux avec une femme, il faut l’aimer énormément et ne pas du tout essayer de la comprendre.
Phoebus dit
De menus travaux contre un verre ? Quoi, même pas de don gratuit ! Mais où est passé l’altruisme féminin tant chanté et loué ? ;-o
Zyva dit
Phoebus, Balvenie ? Là vous m’avez collée !
Par contre, ici, c’est plutôt Irancy, Coulanges, Chablis et Epoisses, Soumaintrain.. si vous n’avez pas d’amoureuse à embrasser juste après. Et j’aurai bien quelques menus travaux pour vous ensuite, ne rangez pas la clé de douze !
Phoebus dit
@ Lady
C’est bien ce qui vous rend si fascinantes… et parfois si exaspérantes. Avouez qu’à côté, nous sommes tout de même plus rustiques.
@ Zyva
Besoin d’autre chose ? Euh, à tout hasard un petit verre de Balvenie et quelques amandes grillées et salées ? ;-)))). Non, ne frappez pas !
Lady dit
Eh oui, nous sommes multiples comme la clé universelle.
Zyva dit
Phoebus, vous avez dit clef de douze ? Hop ! et voilà !
Rien d’autre ? :)
Phoebus dit
@ Sophie
C’est jamais pareil, vous aurez remarqué. Un homme qui nettoie sa voiture durant deux heures, c’est une perte de temps. Une femme qui fait fait reluire son parquet durant le même laps de temps, c’est une tâche effectuée pour le bien commun de la famille.
Un homme qui installe un luminaire, c’est du bricolage. Une femme qui repasse, c’est une tâche ménagère. Définition de la tâche ménagère : ce que les femmes font.
Ca me fait penser à une des mes “ex-patronne” qui sur une discussion assez semblable avait fini par conclure : ben oui, les femmes sont de mauvaise foi, et alors ?
Ben alors c’est pas du jeu, car face à ça, “nous” les hommes, ont est démunis et si on la ramène, on sait bien ce qui va se passer. Privés de dessert. Sexe faible, mon oeil !
@ Zyva
Et une femme à qui on demande une clé de douze dans la boîte à outils, elle va la trouver vous pensez ? Ah oui, mais pardon, c’est pas pareil !
Alpin dit
@Bonjour Sophie,
A vous toute seule vous êtes en train de trouver la synthèse savoureuse du bonheur
et de l’humour,…Humm…Joli coup!
Sophie dit
Rackam, vous êtes injuste.
Je rends régulièrement hommage à mon chéri! Et je ne suis pas la seule. Enfin, la seule à mon chéri à moi, du moins je l’espère, mais pas la seule à rendre hommage aux époux modèles.
Qui a dit qu’on ne pouvait pas mettre la barre de plus en plus haut?
Remonter la tirette avec les mains de velours et trouver le beurre dans le frigo, c’est incompatible?
corinne alias Zyva dit
Sophie, Lady, je plussoie itou à tout.
Mais qu’ouï-je de mon oreille ultra-sensible ?
Comme une plainte là, dans le fond,
un lamentin, un amant cible
qui se plaint d’être pris pour un pion ?
accourons mes soeurs d’un mouvement de cils
consolons nos pauvres compagnons
Reconnaissons leur rôle utile
surtout un, pour lequel ils ont quelques dons..
rackam dit
J’attends en vain des excitées
L’hommage à l’époux très fidèle
Toujours voulu, jamais cité
Amant réglo, mari modèle.
Au lieu de ça, voici les folles
Babillant dans leurs clairs froufrous
Leurs chéris lavent les casseroles
En espérant tirer verrou.
Sophie dit
@ Lady
“Il paraît qu’un homme qui sait aimer une femme, est celui capable de révéler en elle toutes les femmes…de la plus pure à la plus salope.”
Je plussoie, comme dirait l’autre. Vous êtes la finesse incarnée. C’est pour cela qu’on aurait bien tort de vagabonder, attachons-nous au meilleur étalon et laissons-le dégoter l’ingénue et la maquerelle.
Pour son plus grand plaisir.
Et le nôtre.
Sophie dit
Inspirez-vous Zyva!
Sans complexe.
C’est la reine mère qui a décrété que l’amour que c’est la guerre. Donc, tous les coups sont permis.
Sophie dit
@Phoebus
“Pourquoi les hommes ne trouvent pas le beurre dans le frigo ? Peut-être parce que ce n’est pas eux qui l’y ont mis ? Et si les femmes ont autant d’ordre, comment se fait-il qu’elles ne retrouvent jamais leurs clés (mouchoirs, mobile, ticket de train, rouge à lèvres, vibromasseur…) dans leur sac? Mmmmh ?
A la maison, c’est pas pour me plaindre, mais ma compagne doit toujours vider la moitié de la commode avant de retrouver le papier qu’elle cherche et qu’elle a “classé”, c’est à dire, fourré dans le premier tiroir venu.”
C’est pas pareil!
Pourquoi?
Parce que!
Zyva dit
Phoebus, pourtant ça se tient..
Les hommes ne trouvent pas le beurre dans le frigo parce qu’ils ne l’y rangent jamais, et les femmes et leur sac à main… excusez-moi mais c’est probant ! On cherche toujours, c’est vrai, mais on trouve, nous !
C’est de mauvaise foi je sais,mais à la guerre comme à la guerre ! et c’est vrai que je me suis inspirée des théories planétaires assez aléatoires du bouquin en question, mais inspirée seulement ! :))
Lady dit
Rackam, j’ai dit une femme à la fois!
Allez-y confiant et patient, vous me direz merci.