Marine Le Pen, la stratégie de l’échec | Causeur

Marine Le Pen, la stratégie de l’échec

Les divisions du FN ne font que (re)commencer

Auteur

David Desgouilles

David Desgouilles
Blogueur et romancier.

Publié le 08 mai 2017 / Politique

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Libéral, européiste et multiculturaliste, Emmanuel Macron tenait de l'adversaire idéale pour Marine Le Pen. C'était sans compter sur les limites de la candidate frontiste, battue à plates coutures hier soir.

Marine Le Pen, Paris, 7 mai 2017. SIPA. AP22049727_000001

On aura beau dire que Marine Le Pen a doublé les voix de son père quinze ans plus tôt, son score est en-deçà de ce qu’elle pouvait espérer le 24 avril dernier. Après avoir commencé la campagne de second tour sur les chapeaux de roue, Marine Le Pen a perdu la main à mi-course. Alors que le soutien de Nicolas Dupont-Aignan pouvait lui être a priori profitable, elle a signé un accord laissant croire qu’elle tergiversait sur la question monétaire. Puis, incompréhensiblement, elle a abordé le face-à-face avec une agressivité et une hargne incompatibles avec la fonction présidentielle, décevant jusqu’à certains de ses militants et électeurs.

Déception en rase campagne

Après six ans d’efforts pour dédiaboliser son parti, elle a donné au pays l’image exacte forgée par ses adversaires. Nul doute que la posture de candidate ricaneuse a pesé dans le score obtenu par Emmanuel Macron hier soir avec près des deux-tiers des suffrages. Car l’échec de Marine Le Pen est là : alors que ce second tour se structurait sur le clivage qu’elle souhaitait, par rapport à la mondialisation et la construction européenne, alors que près de la moitié des électeurs du premier tour avaient voté pour des candidats rétifs à la mondialisation heureuse, le candidate frontiste n’en a finalement obtenu que le tiers.

>> A lire aussi: Youpi, la haine est finie! L’édito d’Elisabeth Lévy

Le problème, c’est donc elle et son parti. On nous rétorquera sans doute que les barrages construits autour d’elle, le fameux cordon sanitaire politico-médiatique en constituent la raison principale. Mais Marine Le Pen avait appris à faire avec. Et le débat de mercredi devait justement permettre de créer des brèches dans les fameux remparts. Au lieu de cela, elle les a sciemment renforcés. Désormais, la voilà à nouveau chef de guerre pour les législatives. Sa défaite constituera-t-elle un frein à la mobilisation des électeurs ou profitera-t-elle au contraire du désordre chez Les Républicains, écartelés entre ceux qui veulent d’ores et déjà travailler avec le président élu et les autres, menés pas le pâle François Baroin ? Assistera-t-on à des remous au sein même du FN alors qu’elle a annoncé dès hier soir la création d’un nouveau parti, en partenariat avec la formation de son nouvel allié Dupont-Aignan ?

Marion en embuscade?

Marion Maréchal-Le Pen n’a pas hésité à montrer sa déception et a regretté certains atermoiements, notamment sur l’euro. On dit la députée de Vaucluse hésitante quant à son avenir politique. Des rumeurs annonçaient même qu’elle ne serait pas candidate à sa succession dans sa circonscription ; sa présence hier soir du côté de Carpentras semble le démentir. Alors que Florian Philippot semble à la fois affaibli par le score de Marine Le Pen et par l’arrivée dans le dispositif de Nicolas Dupont-Aignan qui le rend moins indispensable, Marion Maréchal Le Pen a sans doute une carte à jouer. Il n’est d’ailleurs pas impossible qu’elle s’entende mieux avec le leader de DLF que son rival Philippot. Le résultat des législatives pèsera énormément dans les équilibres ; élection ou non des principales personnalités, nombre de sièges obtenus. Si Marion Maréchal Le Pen parvenait par exemple à prendre la tête d’un groupe parlementaire dont sa tante serait absente, il pourrait y avoir de l’électricité dans l’air. Pas sûr d’ailleurs, que cette hypothèse contribuerait de manière plus efficace à la dédiabolisation. Une nouvelle guerre des Le Pen pourrait bien avoir lieu. La saga familiale n’est pas terminée. Le nouveau président élu ne s’en plaindra pas.

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    • 13 Mai 2017 à 13h59

      AMA dit

      Qu’on le veuille ou non, le FN a été l’élément principal et central de la campagne présidentielle. Tout s’est déroulé “contre lui”. Tout s’est estompé derrière la menace que pourrait représenter son programme, ce qui évitait de parler de celui des autres. C’est lui qui a déterminé le choix final.Son score fait de lui un mouvement de masse, un élément dominant de la vie politique future, mais gravement handicapé par la nature fragile de ses dirigeants. Aura t’il la capacité de se donner un vrai chef, un homme d’état, là est la question centrale?

    • 13 Mai 2017 à 12h40

      ti suisse dit

      le Menhir, -animal politique, a donc une héritière (chic!) et là surprise.. j’apprends qu’un si gros caillou se divise..
      Ah on n’arrête pas le progrès ! (sans offense pour les Celtes)

    • 10 Mai 2017 à 23h30

      Alex Z dit

      Dans la Ve république, on élit des hommes ou des femmes, pas des programmes ou si peu. La preuve encore avec l’élection de Macron. On a élu le petit jeunot parce qu’avec bobonne, il forment un couple sympathique, pas pour son programme, dont tout le monde se fiche par ailleurs car personne ne le connaît.
      Si les hommes ou les femmes ne savent pas se tenir à table, ils auront beau avoir les meilleurs programmes pour la France, ils ne seront jamais élus. C’est comme ça. Fillon a appris à ses dépens que l’absence de morale n’est pas appréciée d’une majorité de français si un français sur 5 s’en accommode. Problème, au lieu de se faire tout petit, il a sabordé son propre parti par la même occasion.
      MLP a aussi appris à ses dépens, que se comporter comme une polémiste hystérique et raconter n’importe quoi dans un débat télévisé suivi par 16 millions de français, l’excluait obligatoirement des intentions de vote d’une majorité. C’est comme ça ! C’est pas le parti, c’est pas le programme, c’est la candidate elle-même qui s’est sabordée en direct.
      Et qui c’est qui a gagné ? Le petit jeune sympathique, malgré une campagne ignoble de la part de ses adversaire, y compris dans ce journal, qui n’a fait en définitive que le renforcer.

      • 11 Mai 2017 à 1h44

        Cozis dit

        Votre “petit jeune sympathique”… à d’autres ! Ce Rastignac sans affects accumule les postures et ignore les convictions. Il enterrera la démocratie sous le marketing, et il touchera le jackpot en vendant la France par appartements.

        • 13 Mai 2017 à 0h41

          Alex Z dit

          C’était juste une image. Ceci dit, on verra bien ce qu’il fera, il ne faut pas être exagérément pessimiste trop tôt. De toutes façons ça ne peut pas être pire que si c’était Juppé, Mélanchon, Hamon, et les autres.
          Les français en avaient assez des vieilles tronches des professionnels de la politique et de leurs casseroles. Ils ont plébiscité un homme neuf.
          L’avenir nous dira s’il fera pire ou mieux que les deux précédents. En tout cas, je ne pense pas que ce soit le type à capituler devant la moindre difficulté comme ont pu le faire les autres.

    • 9 Mai 2017 à 19h53

      Martini Henry dit

      Et l’autre con de Jean-Marie Le Pen qui la traite de déserteur alors que c’est lui qui a tout fait pour faire du combat national un repoussoir pour tout le monde… Il a même interdit à la droite “classique” de continuer à aborder ces thèmes, comme le faisait alors le RPR…
      Sa responsabilité est immense dans l’état de notre France d’aujourd’hui.

    • 9 Mai 2017 à 18h33

      Fioretto dit

      Les analyses de Desgouilles toujours pertinentes … Marion Le Pen arrête la politique :)
      http://www.leparisien.fr/politique/marion-marechal-le-pen-arrete-la-politique-09-05-2017-6932910.php

      • 9 Mai 2017 à 18h41

        t hdo dit

        Tant mieux, ça évitera aux magouilleurs LR et aux journalistes d’essayer de semer la zizanie pour avoir une ligne “plus libérale”. Quelle connerie, alors que la majorité des Français a voté pour des candidats qui proposent le contraire…

      • 9 Mai 2017 à 20h06

        Simbabbad dit

        Oui et c’était évident, elle l’avait déjà laissé entendre. Je la comprends, la pauvre. Comme ça les médias vont arrêter de l’instrumentaliser pour leurs combines et leurs conneries.
        Bonne chance à elle et son enfant.

    • 9 Mai 2017 à 17h51

      Martini Henry dit

      On se dirige bien, comme je vous le disais, vers un retrait de Marion de la vie politique. Je ne saurai que trop l’approuver dans ce sens.
      On ne perd pas sa vie à tenter de sauver un pays qui ne veut pas être sauvé. Elle a bien d’autres choses à faire de sa vie que de la consacrer à se battre contre des moulins à vent.
      http://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/2017/05/09/35003-20170509ARTFIG00176-fn-marion-marechal-le-pen-envisage-de-renoncer-a-ses-mandats.php?utm_term=Autofeed&utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Twitter#link_time=1494338269

    • 9 Mai 2017 à 11h48

      un éléphant dit

      L’avenir dira.
      Peut-être constatant l’existence encore et toujours de ce plafond de verre ( qui a cru un instant que le MLP puisse être élue ? ) un meilleur résultat aurait pu constituer un frein à “une nécessaire évolution du FN” …
      L’avenir dira.

    • 9 Mai 2017 à 10h48

      lafronde dit

      La Présidence de la République est devenu l’institution nuisible à la République, depuis que Mitterrand y est arrivé.

      Le déficit budgétaire devenu chronique avec lui.
      Notre Droit a perdu sa souveraineté au profit du Droit européen.
      Notre Droit est passé des droits-libertés aux droits-créances.
      La République n’est plus “française” ses citoyens n’y ont plus aucun droit préférentiel.
      Le Constructivisme de la politique de la Ville remplace la libre administration des communes.

      Ces maux ont été aggravés par les ambitions de Chirac-Jospin et la satellisation des Législatives à la présidentielle. Or celle-ci n’est pas l’élection démocratique qui sont les Législatives. voir l’article de Maxime Tandonnet sur Atlantico.

      La présidentielle est l’élection émotionnelle mediatique et centralisée. Outil idéal des dictateurs modernes (aidé des medias partisans et complaisants). Les Législatives sont décentralisés, proche du citoyen (se passe fort bien des medias) et font appel au débat public local, donc à la Raison.

      En juin chacun pourra choisir. Soutenir ou se résigner au coup d’Etat mediatique, et voter pour un régime présidentiel progressiste, “que rien n’arrêtera” annonce Macron. Ou chercher à restaurer nos droits par une République parlementaire. Dans ce cas il faut une opposition conservatrice déterminée à se battre.

    • 9 Mai 2017 à 10h43

      GAB251 dit

      Si vous trouvez les messages de Monsieur Emmanuel Macron indignes que dire de ceux de Mélenchon-Le Pen faits de haine et de violence. Robespierre ou Ravachol très peu pour moi.
      Oui il faut d’abord apprendre l’orthographe monsieur; quand on publie, ce qui n’est pas mon cas dans ce cadre, “Emmanuel Macron tenait de l’adversaire idéale”, en sous-titre dit assez bien votre désinvolture sur le fond et la forme. Je méprise des gens comme vous mettant Monsieur Emmanuel Macron sur le même pied que Le Pen. Nous avons la chance insigne en France d’avoir des gens jeunes, pleins d’espérance etd’amour, ce qui n’est pas votre cas.

    • 9 Mai 2017 à 7h11

      francause dit

      Les idées du FN ont déjà porté leurs fruits. Elles ont fait indéniablement évoluer le discours de tous les candidats qu’on a entendus, depuis Sarkozy sur l’immigration, en passant par Fillon sur la guerre en Syrie, Mélenchon sur la souveraineté… mais on l’a vu: pour gagner des élections, il faut s’unir. Maintenant, la création d’une opposition crédible, diplomate et constructive est urgente, car il faut une alternative à l’européisme libéral débridé qui ne profite qu’à l’ Allemagne, et endette tous les autres. C’est quand même bête d’avoir fait la dernière guerre mondiale pour maintenant faire allégeance à l’Allemagne en matière d’économie, de finance, de frontières et de collaboration atlantiste!

      • 9 Mai 2017 à 18h45

        t hdo dit

        Oui, c’est bête, et c’est encore bien plus bête que 65% des Français viennent de veauter pour une telle ligne…le tout au nom du refus du pétainisme !

        Mort aux cons.

    • 8 Mai 2017 à 23h51

      fox23 dit

      Le triste spectacle du débat n’est pas un faux pas ou un hasard. MLP est, outre politicienne, avocate et a prouvé par le passé qu’elle savait s’exprimer en public et donner la bonne répartie à son adversaire. Alors ?
      Elle a seulement montré là ses limites de jeu. Comme son père avant, elle ne veut pas du pouvoir, l’opposition est plus confortable, surtout que son programme était mauvais sur bien des points.
      Je crains qu’elle ne soit qu’une impasse où viennent se retrouver les laisser pour compte de cette mondialisation. Jamais, ne serait-ce que par ses origines, elle ne pourra se mettre vraiment en avant dans la défense du peuple.
      Elle est un défouloir bien pratique pour nos amoureux de l’Europe et de la mondialisation, ce n’est pas pour rien qu’on la souhaite puissante mais marginalisée.
      Les classes sociales restant fidèles à cette erreur ne sont pas prêts d’avoir LA bonne réponse à leurs interrogations et leurs souhaits de modification.
      Pourquoi Asselineau, au-delà de ses quelques erreurs de présentation, a été systématiquement mis de côté, sauf durant le dernier mois ?
      Parce que le vrai risque pour les macroniens et autres gavés, il est là, pas chez le Pen.
      Par contre, qui peut honnêtement s’associer avec lui ? Qui veut honnêtement sortir la France des bourbiers que sont Europe, euro et OTAN ?

    • 8 Mai 2017 à 22h08

      lumièr dit

      Soyons sérieux. Le FN tire sa force d’un électorat populaire qui ne peut aspirer au pouvoir. Afin qu’une partie du peuple relégué puisse retrouver sa place autre que les bobos, il faut que le FN se saborde, qu’il se fasse hara kiri.

      François Asselineau a démontré qu’il est le meilleur candidat pour une libération nationale, il connaît le dossier de ce qu’est un État vraiment souverain comme il connaît la technostructure de l’U.E. Nicolas Dupont Aignan a démontré dans une verve plus politicienne qu’il est aussi un candidat souverainiste crédible.

      Dupont Aignan, F.Asselineau et également F.Philippot devraient se rencontrer et s’unir pour la cause commune d’une France qui ne se laisserait pas absorber dans une globalisation qui n’est pas démocratique et qui sert seulement le capital financier.

      La souveraineté c’est la démocratie et la laïcité, ce n’est pas un enfermement.

      Asselineau, Dupont Aignan et Philippot ensemble sont en mesure théoriquement mieux que les Lepen afin de mettre en phase une souveraineté moderne et ouverte.

      Le boycott médias a empêché de connaître F.A.

      Le système a tout fait pour promouvoir le FN afin de le battre. C’est pourquoi le FN doit disparaître.

      Les Lepen devraient quitter la politique et Marine Lepen n’est pas une femme qui doit se mortifier davantage, elle ne pourra rien faire contre l’étiquetage reçue.

    • 8 Mai 2017 à 19h58

      Lafaux dit

      Marion maréchal le Pen peut incarner une droite libéral-conservateur avec un peu de souverainisme voir même une droite décomplexée pas adepte des normes gauchistes-féministes. Elle peut procéder de différentes façons pour incarner sa ligne c’est aussi une des cadres du FN qui souhaite des rassemblements avec d’autres élues voire formation elle se définit comme à 80 % compatibles avec la droite LR. Elle a du potentiel politique c’est certain. Pour son retrait de la politique elle a dit également qu’elle prendrait le temps de le faire et qu’elle n’a jamais voulu faire de politique toute sa vie.