On n’interrompt pas Ruth Elkrief! | Causeur

On n’interrompt pas Ruth Elkrief!

Les journalistes doivent rester les vedettes du débat

Auteur

Samuel Piquet
Professeur

Publié le 06 avril 2017 / Politique

Mots-clés : , , , , ,

Ruth Elkrief lors du débat à 11 candidats, avril 2017.

En s’attaquant violemment à François Fillon et Marine Le Pen lors du grand débat, Philippe Poutou a ravi de nombreux téléspectateurs et internautes, clouant au pilori deux des candidats que beaucoup de Français adorent détester et bénéficiant sans doute de la grâce accordée aux successeurs de Christine Angot. Et même s’il en aura sans doute exaspéré également plus d’un, que ce soit par le ton employé, la désinvolture générale qu’il a manifestée tout au long de l’exercice ou sa volonté de ramener sans cesse le débat politique sur le plan moral, il sera parvenu à emporter à plusieurs reprises l’adhésion du public habituellement très formaté des débats télévisés.


Philippe Poutou : “Fillon, que des histoires… par CNEWS

Mais pour Ruth Elkrief, ce qui est gênant, ce n’est pas que M. Poutou invective les candidats en les appelant uniquement par leur nom de famille. Non, ce qui offusque la journaliste, c’est que certains spectateurs osent répondre par des applaudissements à ce qu’elle-même s’applique à faire ressembler à un show en cherchant par ses questions à dresser des candidats l’un contre l’autre ou en leur coupant sans cesse la parole pour leur poser des questions auxquelles ils sont précisément en train de répondre.

Le journaliste moderne, en effet, n’est pas là pour passer les plats, il doit être le centre du débat. Si polémique ou irrévérence il y a, il faut qu’il en soit l’instigateur. Il peut y avoir des « dérapages » mais à condition que ceux-ci soient contrôlés, autrement dit initiés par les questions des journalistes.

Mais surtout, son travail doit être visible par tous. Et comme Ruth Elkrief ne peut pas se montrer en train de téléphoner ou de préparer un sujet sur son ordinateur comme les journalistes de FranceTV info ou de Cash investigation, elle rappelle sa présence en interrompant les candidats à tout va au cas où l’exposition du programme de l’un d’eux deviendrait trop fluide et lui volerait la vedette. Ou pire, qu’un « petit candidat » parvienne à déclencher les rires d’une partie du public.

Qu’on applaudisse une réplique de M. Poutou et que certains de ces applaudissements n’émanent même pas de son propre camp mais d’autres spectateurs ou de Jean-Luc Mélenchon lui-même, c’est un inacceptable débordement car comme la journaliste le rappelle après avoir invité à plusieurs reprises le public à ne pas applaudir la double intervention du candidat du NPA : « On est dans un débat présidentiel, chacun donne son opinion mais peut-être pas de réactions, vous êtes chacun derrière vos candidats, un peu de sérénité et de l’écoute pour tout le monde ! ».

Applaudir un candidat ne serait donc pas une réaction sereine et risquerait de priver d’écoute les autres intervenants. Mais c’est surtout le « vous êtes chacun derrière vos candidats »qui interpelle. Si les soutiens réagissent à ce que disent leur candidat, tout va bien puisqu’ils accomplissent leur devoir. Mais gare aux réactions trop spontanées qui risqueraient de gâcher toute cette mise en scène. Le cirque télévisuel autorise les mises à mort mais interdit les applaudissements.

On veut bien inviter les « petits » candidats, à condition qu’ils restent à leur place. Il ne faudrait pas qu’ils fassent trop d’ombre aux favoris des sondages et encore moins aux journalistes, les véritables stars des débats. Ruth Elkrief est déjà trop bonne d’accepter qu’on l’interrompe aussi souvent.

  • Article en accès libre. Pour lire tous nos articles, abonnez-vous !

    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 10 Avril 2017 à 20h18

      walkyrie dit

      Pourtant elle n’a pas fait d’étincelles la Ruth au dernier débat…

    • 8 Avril 2017 à 19h55

      guenievre dit

      Pour les avoir fréquenté il y a une vingtaine d’année, je connais le côté vautour de cette profession. Il y a très peu de vrais journalistes. Ils ne se comptent même pas sur les doigts d’une main. Aujourd’hui, c’est à celui qui sera le plus irrévérencieux vis à vis de leurs invités, quel qu’ils soient. Il n’ont aucun respect pour leur profession, ils se prennent pour des stars et ne respectent absolument pas la charte de Munich 1971, qu’ils ont pourtant tous signés à la remise de leur diplôme.

    • 8 Avril 2017 à 19h42

      ilus dit

      Les journalistes prennent vite la grosse tête et pensent qu’ils sont devenus indispensables. Parfois ils se font virer et ils s’étonnent alors que le ciel leur tombe sur la tête. Pauvre corporation souvent donneuse de leçons qui, évidemment, vont dans le sens de leur sensibilité pour ne pas dire de leur clan.

    • 8 Avril 2017 à 18h10

      Tonio dit

      Ruth Elkrief n’est pas la première, ne sera pas la dernière de ces journalistes qui squattent les émissions et la place des intervenants; ces journalistes-là ne font de la télé que pour plastronner, pontifier au dépens des invités réduits au rang de faire-valoir impuissants.
      Ils sont indignes de leu métier ces journalistes-là …

    • 8 Avril 2017 à 10h14

      José Bobo dit

      Je trouve tout à fait insupportable, comme l’auteur de cet article, cette habitude de couper la parole aux intervenants lorsqu’ils sont justement en train de répondre à la question qui leur a été posée ou de ne pas attendre la fin de leur tirade pour leur en poser une autre. par contre il me semble normal que les spectateurs se tiennent tranquilles puisqu’ils ne sont en aucun cas représentatifs de l’opinion publique : il serait scandaleux de laisser s’exprimer la claque d’un candidat !
      El Krief n’a pas été la pire de toutes, de loin, regardez les roquets de “L’émission Politique” !