De quoi Al Doura est-il le nom ?
La vérité du reportage incriminé réside ailleurs que dans les images qui le composent
Publié le 05 juin 2008 à 13:18 dans Société
Mots-clés : Mohamed Al Doura
Nous ne savons pas qui a tué Mohamed Al Doura. Ce qui semblait à tous une évidence, y compris à l’auteur de ces lignes, revient désormais comme une question, suite aux diverses investigations et procédures judiciaires déclenchées à la suite du reportage de Talal Abu Rahma et Charles Enderlin. La responsabilité de l’armée israélienne, qu’un officier avait reconnue dans les suites immédiates de la fusillade, reste en effet à démontrer, contrairement à ce que nous étions nombreux à croire. Peut-être aurons-nous un jour l’aveu de l’homme qui tenait le fusil, ou une preuve irréfutable de sa nationalité. On peut toutefois avancer sans grand risque de se tromper cette fois-ci, que cela ne changera rien. Car il ne s’agit pas en l’occurrence du redressement d’une éventuelle erreur judiciaire à la manière de Gilles Perrault dans Le Pull-over rouge. L’”affaire Al Doura” n’est qu’une péripétie d’un conflit armé et d’une occupation au cours desquels des centaines d’autres enfants ont été tués.
On peut certes rétorquer que cette « mort en direct », selon le cliché médiatique, a joué un rôle important dans l’escalade de la violence à la fin de l’année 2000. En réalité, personne n’en sait rien et l’on peut penser au contraire, et c’est mon cas, que cet événement n’eut qu’un effet marginal sur le cours de la deuxième intifada. Quoiqu’il en soit, nous ne sommes sûrs que d’une chose : les images diffusées par France 2 furent une aubaine pour les uns et un désastre pour les autres. La question importante qui me semble posée ici n’est donc pas “qui a tué Al Doura ?” mais, que Badiou me pardonne : “De quoi Al Doura est-il le nom ?” Autrement dit, ce qui est en cause ici est moins l’identité du ou des tireurs que la raison pour laquelle ces tirs ont eu lieu.
Rappelons qu’ils se sont produits à Gaza, dans les alentours immédiats de la colonie de Netzarim, dont Sharon disait, avant de changer d’avis, qu’elle était aussi importante pour Israël que Tel Aviv. Elle a été, comme chacun sait, évacuée comme les autres colonies de Gaza en 2005. Je suis passé peu de temps auparavant dans ces parages. Regardant (de l’extérieur) à quoi ressemblait une colonie juive à Gaza, je n’y ai vu que des ouvriers agricoles thaïlandais cultivant des agrumes sous serre et sous bonne garde israélienne. Dans les environs, comme c’est souvent le cas autour des colonies, la plupart des maisons avaient été vidées de leurs habitants, le paysage était celui d’un chantier de destruction. Que défendaient les soldats israéliens à Netzarim ? La sécurité d’Israël ? Le droit des juifs à vivre la promesse biblique ? La suite a montré ce qu’il en était. Ils défendaient la politique israélienne, ou plutôt l’option politique du moment.
Accuser les soldats israéliens d’être des tueurs d’enfants est une absurdité devant laquelle ne reculent pas certains militants de la cause palestinienne. S’indigner devant de telles accusations ne mène nulle part, car la réalité est bien que ces soldats tuent aussi des enfants, parce qu’ils sont des occupants en butte, comme toute force d’occupation, à une hostilité généralisée. Qu’on lise, entre autres, les témoignages de ceux d’entre eux qui se sont rassemblés sous le mot d’ordre “Breaking the silence”, si l’on a encore besoin de se convaincre de la violence quotidienne et silencieuse de Tsahal en Palestine. La mort de Al Doura, tué par un inconnu lors d’un échange de tirs entre résistants et occupants aurait pu n’être qu’un dommage collatéral parmi d’autres, regrettable et fugace. Par la grâce de la télévision, elle est devenue un symbole pour les uns, un outrage pour les autres. Le partage ne se faisant pas selon le degré de confiance accordée aux images mais en fonction du jugement porté sur cette situation.
La vérité du reportage incriminé réside ailleurs que dans les images qui le composent, puisqu’elles ne sont en fait que l’allégorie de l’injustice faite aux Palestiniens pour certains, la démonstration des procès haineux faits aux Israéliens pour d’autres.
Il n’y a donc pas lieu de s’étonner que la vérité factuelle de ce reportage compte moins que sa signification symbolique, et pas seulement parce que le pathos est l’une des marques du conflit du Proche-Orient. C’est plus généralement la question du statut de l’image de reportage qui est posée ici et qui vaut, en dehors même de toute considération sur la Palestine et Israël, que l’on s’y intéresse. Ce n’est pas mon propos et je me bornerai à rappeler qu’un film quel qu’il soit est affaire de cadrage et de montage. Autrement dit, il ne s’agit pas d’enregistrer la réalité mais de la mettre en scène et que les images d’un reportage ne sont pas plus “vraies” par elles-mêmes que les mots d’un récit.
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L'auteur
Rony Brauman est médecin.
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manoff dit
Je découvre le personnage de Rony pour la premiere fois. Je suis musulman.
J’ai lu avec attention les participations à ce forum.
J’ai fais des études de mathématiques et de physique, mais je suis fasciné par l’histoire.
à mon avis, il faut obliger les politiques à étudier l’histoire, c’est une source de sagesse et de leçons inestimables.
De civilisation en civilisation, la meme erreur a toujours eu comme conséquence la décadence et la dégringolade.
les empires tombent lorsque la justice disparrait, la science changent de camps lorsqu’on devient arrogant, les peuples se soulèvent lorsque les plus forts cèssent d’etres des humains.
C’est une loi empirique, pour la vérifier, il suffit de remonter le temps de deux siècles.
ce que sèment les hommes politiques aujourd’hui, les génerations futures le verront. L’action politique n’est pas inscrite dans un projet globale visant à préparer le futur, au contraire, elle est la réponse à un besoin immédiat et on ne voit jamais loin au delà du résultat souhaité.
L’histoire nous renseigne que les oppresseurs ont toujours fini par payer, que ce qui croient en la justice ont toujours été récompensés.
Aucune civilisation n’a réussi à dominer le monde, l’occident ne sera pas l’excéption car aucune excéption avec l’histoire.
Avant, la chute du mur de berlin et la décomposition de l’URSS, l’idéologie occidentale était dirigé contre ce clan, meme le cinéma suivait le mouvement, le méchant est toujours un russe qui vient du froid espionner ou tuer enfants et femmes.
J’ai vécu la transition, j’ai vu le profil d’un autre ennemi se dessiner malgré lui, celui du musulman; on dirait que l’occident a besoin d’un ennemei eternel pour se realiser.
L’autre fait toujours peur, surtout si la différence est percéptible, on cherche l’homogénité, ca nous réconforte, ça nous épargne une réflexion fatiguente: pourquoui l’autre est différent?
La haine engendre la haine, la tolérance engendre la tolérance, le sang appelle le sang et aucun sang n’a plus de valeur que les autres sangs; la courbe de chaque civilisation est postive au début, elle atteint le sommet (à ce point la dérivée est nulle: pas de progression , stagnation) la suite est logique c’est la pente, la chutte, la dégringolade….
Qu’est ce qui reste des nazi, rien si ce n’est les horreurs qu’ils ont commis, pourtant tout le monde ignore que le programme saptiale américain est né en allemange.
la mémoire est sélective.
Ludovic-Lefebvre dit
A force de sombrer dans le symbole à tout prix, nous tombons surtout dans le ridicule. Rony Brauman se vautre dans le même travers que Bernard-Henri Lévy dont il est pourtant un fidèle détracteur dans le domaine humanitaire. Le signifiant plutôt que le signifié, la parabole plutôt que la vérité, mais on peut en faire passer des outrances ainsi et puis, en niant le réel, il va s’améliorer de lui-même ? Pas dans ce cas en l’occurrence.
Ludovic-Lefebvre dit
Un point de vue différent ne suscite pas de rancune chez moi, mon cher Patrick. Je pensais d’ailleurs exactement comme vous, il y a encore peu de temps et puis j’ai vu cet idéal républicain tomber dans le caniveau avec la place que prit le communautarisme, les associations racketteuses et j’en viens à me dire que les petits gars de la LDJ avaient eu le nez creux, qu’ils avaient compris la dérive de la société française avant les autres et les dangers qui apparaîtraient pour les juifs dans la compétition victimaire. Ils ne sont plus les seuls menacés depuis belle lurette et risquent bientôt d’être dépassés par le nombre. Bernard Antony n’est pas dans un processus très différent du leur. Je ne suis pas catholique et ne le deviendrais pas, cependant que des forces leucodermes se construisent , s’organisent me semble une nécessité à bien des niveaux, ne serait-ce que pour aider la LDJ. Suis-je aux anges de ce réalisme ? Certainement pas. Seul une monarchie, une France forte et fière d’elle même pourrait pleinement me satisfaire, mais tel le protozoaire, cette algue unicellulaire, je m’adapte au mieux à mon isotope. Devons-nous dans notre lucidité, mon cher ami bretteur, nous suicider pour ne pas céder à ce qu’est devenue la société, pour ne pas trahir nos idéaux ou au contraire prendre les armes que l’on peut trouver et nous battre ?
Patrick dit
À Ludo Lefebvre
N’empêche, Ludo, Bernard Antony est un personnage disons… encombrant. Je ne l’ai pas lu, mais j’avoue que, pour l’avoir entendu, il y a longtemps, il ne m’en donne pas envie. Et puis son christianisme sent la sueur. Libre à lui, bien sûr, libre à vous, aussi, d’apprécier sa prose et ses thèses ou, simplement, «d’y aller voir». Quant à moi, ces «cathos gros mollets» me donnent envie de fuir, comme les «énervés d’Israël», d’ailleurs, qui se répandent en propos orduriers.
Sans rancune.
Ludovic-Lefebvre dit
Bellar,
Pour répondre à votre point d’interrogation, Dominique et Marie-Thérèse Urvoix sont deux fameux islamologues français très techniques et précis que j’ai découvert grâce à Anne-Marie Delcambre, professeurs d’université ayant une longue carrière y compris dans les pays arabes, ils font partie de ceux qui ont beaucoup contribué à me faire comprendre les savants musulmans, l’idéologie de l’islam. Je ne sais plus si c’est à travers eux que j’ai découvert le fameux égyptien Ibn Kthub qui se rattacha à l’idéologie des frères musulmans après un retour aux États-unis où il avait été très choqué de la tenue des femmes en ces années soixante. Il écrivit la majeure partie de son oeuvre en prison et est l’inspirateur du renouveau de l’islam, du concept de guerre en temps de paix qui s’applique actuellement dans l’islamisation de l’Europe… à connaître pour appréhender des Al qardawy et compagnie.
Et oui, après le onze septembre, j’ai voulu comprendre qui étaient les autres et mon opinion a radicalement changé en les découvrant, si de nombreux occidentaux pouvaient en faire autant, avoir cet esprit naturellement curieux, ils comprendraient nombre de comportements qu’ils associent à tort à des causes sociales.
Finkielkraut a compris cela par l’observation sans concession, en se sortant de l’émotionnel qui justifie, je pense et apparemment, s’il connait Fallaci qui est peu instruite sur le sujet, je m’aperçois en l’écoutant qu’il n’a lu ni le Coran, ni la Sunna, ni les islamologues, il n’en serait que plus éclairé.
Bonne lecture donc.
Ludovic-Lefebvre dit
Bernard Antony est effectivement un catholique à la limite du communautarisme, mais il apporte une vision différente donc intéressante, complémentaire, c’est mon coté encyclopédia universalis, j’aime élargir les horizons, en prendre et en laisser. Il n’y ait nul auteur qu’il ne faille lire, ne serait-ce que pour savoir de quoi ils parlent au juste. Si rebatté ou Mein kampf me tombent entre les mains, je les lirais, sans aucun soucis, je pense être assez grand et fin pour faire le distingo nécessaire. Je suppose qu’il en va de même pour presque tous. Comme j’ai lu “l’idéologie française” et ai su me dépatouiller à peu près, je pense, avec cette prose épaisse comme de la pâte à crêpes et les vérités et contre-vérités qu’elle contient ou encore le “mai 68 expliqué à Nicolas Sarkozy” de Glucksman père et fils .
Patrick dit
À Bellar,
Vous n’imaginez pas ce qu’il peut y avoir de follement drôle dans votre joie anticipée de lire la prose de M. Bernard Antony.
Vous iriez donc chercher des alliés jusque dans les toilettes de l’enfer ! Ou plutôt, pour ce qui touche au bonhomme, dans les latrines des grenouilles de bénitier…
Je vous avais repéré comme un navrant personnage, je ne m’étais pas trompé.
BELLAR dit
@Ludovic -Lefebvre
Merci à vous, je vois que nous avons pratiquement les mêmes lectures. Je ne les connaissais pas tous, notamment : les époux Urvoix (?), Henri Lammens et Bernard Antony. merci encore j’ai de la lecture pour l’été.
Ludovic-Lefebvre dit
Je pense bien sûr à Anne-Marie Delcambre, mais aussi, les époux Urvoix, Bat ye’ or (l’auteur d’Eurabia), Robert spencer, Henri Lammens, Roland Jacquard, Bernard Antony et j’en oublie. Daniel Pipes reste une sommité en matière d’Islamologues internationaux, il est de surcroît objectif dans son travail et ses réflexions comme la plupart de ceux cités plus haut.
BELLAR dit
@Ludovic-Lefebvre
Merci de bien vouloir me (ou nous) communiquer les noms d’autres têtes bien pensantes
Ludovic-Lefebvre dit
Bellar et Bibi,
Vous me semblez avoir bien compris la situation, la France état de Droit a le Droit qui marche sur la tête donc perd son Etat et sans effectivement un virage à 180°, nous sommes cuits.
Non seulement Mark Stein est traduit et édité en France, mais aussi des islamologues comme Daniel Pipes. Nous en avons d’ailleurs quelques uns tout à fait excellents et lucides, mais vous n’êtes pas prêts de les entendre sur les chaînes hertziennes ou seulement cablées. Je n’insulterais pas votre intelligence en vous expliquant pourquoi.
Bibi dit
Merci BELLAR,
Je vais le recommander à quelques amis qui ne lisent que le français, dans l’espoir que la traduction a conservé la causticité steynienne.