De Gaulle, Fillon: d’une inculpation l’autre? | Causeur

De Gaulle, Fillon: d’une inculpation l’autre?

Quand l’histoire bégaie

Auteur

Jean-Claude Allard
est Général de division (2° S).

Publié le 27 mars 2017 / Histoire

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De Gaulle à Tunis, 1943. Wikipedia

« Qui imagine un seul instant le général de Gaulle mis en examen ? » En lançant ces mots, François Fillon commettait deux erreurs : une erreur tactique parce qu’il n’imaginait pas la manœuvre qui allait le prendre à revers et une erreur historique parce que le général de Gaulle fut réellement inculpé et condamné. Certes, nous pouvons dire, rétrospectivement, qu’il y avait de la grandeur dans l’insubordination du général qui a permis le retour de la France dans le concert stratégique des Nations et nous ne nierons pas qu’il y a quelque chose de dérisoire dans les fautes, pour l’instant supposées, du candidat à sa succession. Un premier constat qui ne permet pas de les rapprocher. Et pourtant, tout comme l’histoire a réhabilité le général, pouvons-nous affirmer qu’elle ne réhabilitera pas le candidat ?


Fillon : “Je n’ai jamais rêvé être président de… par publicsenat

La dimension stratégique de cette présidentielle

Voyons les faits dans les années 1930-1945. Dès 1924, de Gaulle, jeune officier dénonce l’ennemi allemand en train de sombrer dans le national-socialisme, tout en fustigeant dans ses écrits, les carences de l’État français, de la société et de l’armée. Il a d’ailleurs une idée arrêtée du pouvoir politique : « A quoi tient l’empire du politique ? Une cabale de cour, une intrigue de conseil, un mouvement d’assemblée le lui arrache dans l’instant » écrit-il dans Le fil de l’épée. Passons, même si la citation est intéressante, le cœur du sujet n’est pas là.

Par sa ténacité à alerter le pouvoir politique, ce général inconnu se voit appeler, par un gouvernement en désarroi, au poste de sous-secrétaire d’État au ministère de la Défense Nationale et de la Guerre, dans le Cabinet de Paul Reynaud, du 6 au 16 juin 1940. Durant ces dix jours, il bouscule les politiques pour les convaincre de poursuivre la guerre, puis devant leur refus, il décide seul de représenter la France en obtenant du Premier ministre britannique, Winston Churchill la reconnaissance de Chef de la France libre. Cette France « […] Elle sait, elle sent, qu’elle vit toujours d’une vie profonde et forte1 Dans sa biographie du général, Jean Lacouture parle du « rebelle » pour la période 1890-1944.

Le rebelle doit être condamné

Le gouvernement Pétain ne peut supporter cette rébellion. Le 4 juillet 1940, un conseil de guerre réuni au Palais de Justice de Toulouse le juge pour « refus d’obéissance et incitation des militaires à la désobéissance » et le condamne à quatre ans d’emprisonnement et à cent francs d’amende. Un jugement insuffisant pour le gouvernement qui veut éliminer ce gêneur. Il le fait inculper2 et juger par contumace par une cour martiale réunie à Clermont-Ferrand le 2 août 1940. Elle le condamne « à la peine de mort, à la dégradation militaire et à la confiscation de tous ses biens présents et à venir, ainsi qu’aux frais envers l’État, pour trahison, atteinte à la sûreté extérieure de l’État, et désertion en temps de guerre ».

Comme nos parents et grands-parents, nous vivons dans « une drôle de guerre » : notre armée guerroie sur deux continents, patrouille même dans nos rues et y fait usage de ses armes ; notre police s’épuise à surveiller mille et un « radicalisés » en en laissant d’ailleurs autant « sous les radars »3; nos démocraties se lézardent, laissant le vent mauvais de l’islamisme se glisser dans nos cités ; des émeutes secouent régulièrement nos territoires perdus ou plutôt les territoires dans lesquels nous laissons en perdition des populations que l’État devrait protéger ; des peuples au Proche-Orient, en Asie, en Afrique vivent dans la peur de l’idéologie islamiste ; le projet Europe vacille ; l’allié turc se dérobe à ses obligations dans la lutte contre l’État islamique puis accuse des dirigeants européens de « nazis ».

La diversion des clercs

Mais la France, ses « clercs », son peuple se passionnent pour les costumes des candidats à la présidentielle, les robots comme futurs distributeur de « cash », la mise sous perfusion financière universelle. Tout cela ressemble furieusement à une version modernisée de « Tout va très bien, madame la marquise » qui enjolivait les années 1930. Assurément, il n’y a pas lieu de s’alarmer, « nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts », comme le proclamait déjà Paul Reynaud en 1939.

Dans ce climat, un candidat à la présidence, un seul, semble troubler la fête. Il parle de Vaincre le Totalitarisme islamique, d’approfondir et diversifier notre politique étrangère au regard de nos intérêts et de notre sécurité et non de nos passions passagères. Est-ce un nouveau « rebelle » ? Un factieux ou un résistant en puissance ? Faut-il le faire taire ?

  1. Discours du 24 juin 1940 diffusé en réponse à la signature de l’armistice par le gouvernement Pétain.
  2. L’« inculpation » est devenue « mise en examen » en 1993.
  3. Cette expression curieuse est empruntée à la journaliste commentant l’affaire d’Orly au journal de 20 heures du 18 mars 2017 (France 2).

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 29 Mars 2017 à 19h07

      IMHO dit

      Il serait temps de fermer ce rade, on n’y voit plus que des biffins en ribote qui viennent y picoler, qui s’incrustent et chassent les habitués du quartier .
      Ça me rappelle la Maube dans les années soixante !

    • 28 Mars 2017 à 20h02

      MikeCarson dit

      La partialité rend stupide et la conclusion de cet article en est le parfait exemple. Rien ou pas grand chose ne rapproche le Fillon d’aujourd’hui du Général De Gaulle sinon quelques mots. Car dans les actes, passés ou peut-être à venir, tout les sépare. À l’aube de sa carrière politique, notre ancien premier ministre eut-il une crédibilité gaulliste mais depuis, les temps ont changé ; il a fallu durer. Entre ses convictions et cette carrière, Fillon a choisi : Au Diable la souveraineté du Peuple (Traité de Lisbonne, gouvernement de la zone euro) ! Au Diable, l’Europe des Nations ! Au Diable, la solidarité nationale dans l’effort (bouclier fiscal, suppression de l’ISF, etc.) ! Au Diable la communauté une et indivisible (discrimination positive) ! Au Diable l’Histoire de France (Napoléon, rayé des programmes)! Au Diable l’éthique !

    • 28 Mars 2017 à 18h55

      nico dit

      « Pour servir les idéaux et les intérêts de la gauche, la droite est l’instrument idéal. »
      Eric Zemmour
      « Le lien entre politique migratoire et attentats n’a jamais été établi. »
      Benoît Disparu, porte-parole de campagne de François Fillon
      « Le sujet des effectifs de police qui alimente régulièrement les polémiques est en réalité un sujet marginal. »
      François Fillon
      « Disons le clairement : c’est un leurre et une démagogie sans nom que de prétendre rétablir les frontières nationales. »
      François Fillon
      « Je suis perplexe quand j’entends qu’on voudrait interdire le voile à l’université, parce que j’y vois une atteinte à la liberté individuelle. »
      François Fillon
      http://les-minuscules.blogspot.fr/2017/01/le-mirage-fillon.html
      Nl

    • 28 Mars 2017 à 18h35

      clorouk dit

      “Un candidat à la présidence, un seul” écrit le général Allard. Marine Le Pen pour sûr.

    • 28 Mars 2017 à 17h59

      Oddo dit

      Comparer de Gaulle et Fillon? Ce n’est pas sérieux ! La réflexion politique est morte. Les références de Fillon à de Gaulle sont indécentes. Le général Allard a le droit de soutenir Fillon, mais le devoir de garder la tête froide !