De Bastille en bunker
Publié le 18 juillet 2010 à 7:00 dans Brèves
Les Anglais ne s’en sont pas remis. Pour la première fois cette année, les quelques 3 000 invités à la garden-party de l’ambassade de France à Londres ont dû, what a shock, témoigner de leur identité.
L’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique a été gentiment mais fermement sommé de présenter son invitation personnelle et une ID avec photo. Le maire de Westminster et le High Sheriff de Londres ont fait un demi-mile pour récupérer le précieux sésame oublié dans leurs voitures. Les maris qui avaient eu la mauvaise idée d’arriver sans leur moitié de bristol ont été priés de l’attendre devant les grilles de la Résidence. Tel glorieux titulaire de la légion d’honneur, habitué depuis 1940 à entrer sur un simple bombement de torse, est resté à la porte du paradis. Soit dit en passant, juste pour rire, essayez de pénétrer dans une ambassade américaine sur votre bonne mine. Même avec la tête d’Obama, ce sera la porte. Avec une petite mallette dont vous avez oublié le code… Le pire quart d’heure de votre existence. Fouille à corps et j’en passe. Mais la réputation bonhomme de notre pays n’est plus à faire et personne ne s’attendait à une telle fermeté.
La presse brit s’émeut de cet accès de “paranoïa sécuritaire”. Après tout, pour nos amis anglo-saxons nous sommes encore le pays folklorique de la french connection et des policiers ripoux qu’on achète avec deux barrettes ou un joli ruban. Quelque part entre Un Américain à Paris et Les Aristochats. Du genre très accommodant, aimable mais pas sérieux. Mauvaise pioche. Nos soldats aussi meurent en Afghanistan. Les mêmes menaces terroristes pèsent sur nous.
Pour revenir dans un registre plus léger, à force de devoir raccompagner des invités ivres morts qui se cassent la figure sur nos marbres briqués, notre sens unique de l’hospitalité est devenu plus rationnel. Surtout quand ces derniers nous attaquent devant les tribunaux. Brassens et son étranger repasseront, depuis que l’ambassadeur d’Irlande et l’Evêque de Southwark ont redécoré le mobilier national d’une manière toute personnelle, nous avons appris la méfiance. Bunker, vous avez dit bunker ? Bienvenue au club.
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L'auteur
Agnes Wickfield est correspondante permanente à Londres.
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Bérénice dit
Pour rackam qui devinera bien sûr le nom de l’auteur.
“En démocratie, l’élu peut être vertueux, il n’en est pas moins le produit et le producteur, l’effet et la cause de la ploutocratie souveraine. Elle l’a fait nommer, il la soutient donc, elle régénère son autorité en faisant renouveler son mandat, et il la défend de son mieux contre la justice et contre la nation.
Il n’y a pas d’exemple qu’on soit sorti de ce terrible cercle autrement qu’en substituant les autorités nées aux autorités élues et le droit héréditaire au droit électif.”
Je ne serais pas contre à condition que l’autorité née grandisse honorablement.
RIRE
Impat1 dit
…”Les encyclopédistes ont écrit sous la monarchie… pas sous la révolution : ils y auraient perdu la tête.”…
En effet. Et la Révolution aurait gagné, sans doute, à laisser la guillotine à la remise. Mais après la terreur, après cette explosion d’inhumanité qui, un temps, envahit des esprits ivres d’un désir de renouveau à tout prix, après l’épouvante, vint un temps nouveau où ne régnèrent plus ni la guillotine ni les lettres de cachet. Le temps de la liberté, au moins en droit.
agnes wickfield dit
Vous n’avez pas tortJrockfalyn… Le problème des révolutions, c’est qu’on sait comment et pourquoi elles commencent, mais pas comment elles finiront. Très mal en général. Elles ont la mauvaise habitude d’échapper aux apprentis sorciers qui les ont initiées avec tout plein d’objectifs généreux.
Mais ce n’est pas une raison pour garder ces badernes inutiles que soit les rois et les reines. OK, onn remballe les lanternes et on les envoie se faire pendre ailleurs.
jrockfalyn dit
Merci Rackam pour cette anti-carmagnole.
Je vous rejoins totalement dans cette chouannerie virtuelle qui rappelle l’essentiel : le champagne ne saurait suffire à nettoyer le sang des victimes des imposteurs de la liberté. Le vomis irlandais ou travailliste ne peut pas davantage le cacher.
Il faut être anglais ou demeuré, ou demeurer angais, pour penser que le régicide est une solution de liberté… De toutes façons, guillotiner Charles est physiquement impossible : ses oreilles ne passent pas dans l’échancrure de la veuve rouge.
@ Lady Winkfield : quand on commence à pendre les aristocrates à la lanterne, on finit aussi par y accrocher les lampistes… Liberté disiez vous ? Les encyclopédistes ont écrit sous la monarchie… pas sous la révolution : ils y auraient perdu la tête.
agnes wickfield dit
Amy ? Oh yeah ! But to you I say no, no, no…
Bonne rehab après vos agapes républicaines.
Impat1 dit
…”qu’Amy Winehouse soit votre voisine d’EHPAD”…
La pire des perspectives ! J’espère que vous avez, chère W.W., beaucoup beaucoup et encore plus, de temps devant vous avant d’en arriver là.
rackam dit
Wicked Woman,
que cent corgis vous mordillent les rotules,
que le Marmite vous oigne l’occiput,
que la jelly s’insinue dans votre cervelle,
que le fish et les chips enduisent vos doigts rageurs,
qu’Amy Winehouse soit votre voisine d’EHPAD,
que cette journée soit pour vous comme un tunnel sans Manche.
Et à mercredi pour tous les autres, si elle ne les a pas dévastés d’ici-là.
Amen.
agnes Wickfield dit
Cher Impat, rackam s’est pris de passion (et de boisson) pour ces deux aimables députés du Labour, bien connus à Westminster pour avoir relooké la buvette. Je crois qu’ils ne vont pas tarder à l’adopter, la passion semble partagée.
agnes Wickfield dit
Pour ne plus être un sujet mais un citoyen, pour avoir le droit de choisir celui qui dirigera mon pays et qui pourrait même être moi si cela me chantait, pour ne plus avoir à subir de religion d’Etat et les privilèges de deux ordres qui se sont juste donnés le mal de naître et me laissent généreusement leurs miettes, deux pater et trois ave, je la reprendrais demain et tous les jours la Bastille. A la lanterne les dames patronesses, les abbés tripoteurs et les rois de droit divin inventé par eux pour eux !
Alpin dit
Bonjour à vous tous(tes).
rackam dit
Bonjour Wazoble,
Bonjour Impat,
les hilares sont les députés du Labour auxquels il est fait allusion plus haut.
Impat1 dit
…”battus anglais hilares d’avoir perdu”…
?
l’oiseau bleu dit
@ impat1
cette comptine fut reprise par Boldoflorine – boisson censée soulager des problèmes hépatiques -et ce terminait par :
Il disait ma foi c’est la première fois que je vends du foie dans la ville de Foix. Boldorine c’est l’foie
l’oiseau bleu dit
Merci Rackam
“Je suis en retrait de ce que dit le Peuple et au dessus de ce qu’il pense ”
Moïse ben Ezra
rackam dit
Alors, ils ont pris la Bastille et n’ont pas su qu’en faire.
Ils ont aboli les Privilèges, pour en instaurer de nouveaux, non-écrits.
Ils ont assassiné le Roi, pour faire place aux despotes.
Ils ont brisé les calvaires, pour installer la guillotine.
De ce temps date le besoin d’abolir et de faire le contraire d’avant.
68 est la réplique de 89.
Ils avaient la monarchie, ils ont le commerce.
Ils avaient la religion, ils ont le JT de Canal.
Ils avaient des princes et des maréchaux, ils ont des godillots, des porte-flingues, des battus, des ballotages, des recomptes de voix, des soupçons, des rancoeurs, des revanches et des abstentions.
Mais ils préfèrent l’illusion qu’ils ont de choisir eux-mêmes qui va les tromper, plutôt que de s’en remettre à qui va durer, consulter, peser, recommander, porter les espoirs du peuple dans la durée.
Et la dernière escarbille de grandeur se disperse dans les boissons anisées, un soir de canicule, au fond des verres de battus anglais hilares d’avoir perdu et d’être conviés quand même.
La République est un bois-charbon en faillite.
Salauds de pauvres.
Midas dit
Aimable chronique d’un monde qui change, helas, vers moins de savoir-vivre, en attendant que ca revienne… After the peak, the bottom, and so on!
rackam dit
Good night all of you, je vais mettre ma barbichette au-dessus de la couette.
Ou alors au-dessous….
Je vous tiens au courant.
expat dit
@ Impat ! merci trop bien. Non je ne le connaissais pas.
Impat1 dit
Expat, connais-tu ceci:
Il était une fois, une marchande de foie de la ville de Foix. Elle se dit ma foi, je vais continuer à vendre du foie dans la ville de Foix.
Impat1 dit
Mais Expat, ça sert à quoi de discutailler avec des gens de mauvaise foi ? A s’énerver, pour rien.