Le dandysme, en somme | Causeur

Le dandysme, en somme

Un dictionnaire monumental sur le sujet vient de paraître

Auteur

Christopher Gérard

Christopher Gérard
écrivain et critique littéraire belge

Publié le 24 septembre 2016 / Culture

Mots-clés : ,

Richard Dighton, The Dandy Club, Wikipedia

« Forme dégradée de l’ascèse », s’il faut en croire Albert Camus, le dandysme inspire et fascine pour le meilleur et pour le pire. Aux essais tantôt subtils (Kempf, Delbourg-Delphis, Carassus, Scaraffia…), tantôt aussi pédants que confus (no names), vient s’ajouter une somme, le Dictionnaire du dandysme, que publient les très-austères éditions Honoré Champion : plus de sept cents pages riches en références et en réflexions, au fil desquelles le lecteur retrouvera quelques grandes pointures, mêlées, hélas ! à l’un(e) ou l’autre cuistre – je pense e.a. à l’illisible auteur de la note consacrée au(x) Genre(s), cette faribole d’outre-Atlantique. Exception qui, je m’empresse de le souligner, confirme l’excellence de l’ensemble.

Libre ou corseté ? Impertinent ou vaniteux ? Original ou excentrique ? Ce Dictionnaire redéfinit la figure si complexe, si ambiguë du dandy, ainsi que la métaphysique qui sous-tend sa posture. Les grandes notions ont droit à leur note : d’Anglomanie à Oisiveté, de Boulevard à Mélancolie. Vampire fait l’objet d’une savante recherche qui me fait l’honneur, grâce à Vogelsang, de trôner aux côtés de Bram Stoker, Charles Nodier et Ann Rice. Parmi les personnes, une quarantaine, les inévitables Byron, Brummel et Barbey, côtoyés par Stendhal et Balzac, en effet essentiels. Et Cocteau, Lorrain, Drieu, Montherlant, Matzneff. A la bonne heure. Toutefois, en lieu et place de Duchamp et Gainsbourg, j’aurais préféré retrouver Aragon et Barrès, Praz et Fraigneau …  Ne boudons pourtant pas notre plaisir, qui est vif.

Erudit, rigoureux, l’ouvrage fera date ; ses références stimuleront la réflexion. Des entrées sont dédiées aux attributs du dandy, de la cravate (« Elle est à la toilette ce que la truffe est au dîner », Balzac) aux gants (« Beaucoup d’amis, beaucoup de gants, – de peur de la gale » Baudelaire). Enfin, les personnages : Des Esseintes, Messieurs de Phocas et de Bougrelon …

Une somme, oui, pour mieux cerner la silhouette intemporelle d’un  rebelle sceptique, furieusement insulaire, qui lutte contre la douleur que suscite en lui une société en pleine régression.

 

Alain Montandon dir., Dictionnaire du dandysme, Honoré Champion, 724 pages, 110 €.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 25 Septembre 2016 à 8h21

      Habemousse dit

      Question : est-ce que ce pauvre George Dandin de Molière n’aurait pas inspiré les anglais quelques dizaines d’années auparavant ? Ne serait-ce que dans le nom ?

    • 24 Septembre 2016 à 19h52

      Villaterne dit

      Le dandysme n’aurait jamais existé si on n’avait pas préalablement inventé le miroir!
      L’acte ultime du vrai dandy est le suicide !

    • 24 Septembre 2016 à 14h18

      André Plougardel dit

      Mettre 100 euros !Pour un chômeur comme moi c’est de l’argent.

      • 24 Septembre 2016 à 14h26

        alain delon dit

        Boire ou s’instruire, il faut choisir

        • 24 Septembre 2016 à 14h53

          André Plougardel dit

          Alain Delon, très bon acteur, excellent acteur de cinéma, génie du septième art ,acteur culte pour moi,une idole.Un dieu.Une référence.Mais l’homme, l’homme de tous les jours,celui qui va acheter sa baguette de pain,qu’est ce qu’il était con!

        • 24 Septembre 2016 à 15h26

          alain delon dit

          Avez-vous souvent croisé des Prix Nobels chez votre boulanger?

    • 24 Septembre 2016 à 14h16

      André Plougardel dit

      Les chômeurs de luxe.Les dandy ,des plougardel de luxe