Après l’Irak et la Syrie, Daech risque de s’implanter au Sahel | Causeur

Après l’Irak et la Syrie, Daech risque de s’implanter au Sahel

Entretien avec Olivier Hanne

Auteur

Kevin Erkeletyan
Journaliste

Publié le 07 novembre 2016 / Monde Religion

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Pour Olivier Hanne, la défaite annoncée de l'Etat islamique en Irak et en Syrie n'entraînera pas la fin de l'organisation. En appelant ses troupes à se battre jusqu'au bout, le calife Baghdadi entend poser les jalons du djihadisme pour les prochaines générations. Du Levant à l'Afrique sahélienne, Daech n'a d'ailleurs pas dit son dernier mot.
daech moussoul mali sahel

Hôpital de Bamako après la prise d'otages de novembre 2005. Sipa. Feature Reference: AP21825850_000002 .

Kevin Erkeletyan. N’importe quelle armée rationnelle, dans la situation militaire où se trouve actuellement Daech, aurait tendance à vouloir négocier pour limiter les conséquences de sa défaite. Or le calife Abu Bakr al-Baghdadi fait le contraire. En quoi son intransigeance est-elle profitable à l’avenir de l’organisation ?

Olivier Hanne.1 D’abord, si la situation en Irak semble jouée, il reste encore des poches et des villes encore sous le contrôle de Daech, notamment au Sud de Mossoul, à Hawija et dans la vallée du Tigre. Sécuriser l’Irak prendra donc des mois. Dans ce contexte, le calife devait impérativement rappeler à ses fidèles qu’il n’est pas question de laisser tomber ou de reculer. En Syrie, Al-Baghdadi peut encore espérer tenir plusieurs mois, peut-être même un ou deux ans.. Face aux Kurdes, l’Etat islamique ne recule plus. Si bien que la perte de territoires en Irak ne doit pas impliquer une démobilisation des troupes en Syrie. Il était donc impératif pour le calife de remotiver ses troupes, de leur rappeler qu’elles pouvaient reprendre le dessus.

Prépare-t-il ainsi l’avenir de la mouvance djihadiste, au-delà de Daech ?

Le discours actuel d’Al-Baghdadi crée en effet toutes les conditions d’une mobilisation de nouveaux groupes dans cinq, dix ou vingt ans. Il doit montrer qu’il n’a jamais plié, jamais abandonné son idéologie, son message djihadiste. Il doit véhiculer l’image d’un homme qui, comme Oussama Ben Laden, malgré les défaites et les coups qu’il a personnellement pris (il a été ciblé trois fois par l’armée américaine) n’abandonne pas. Après la chute de Daech, dans un ou deux ans peut-être, l’ensemble des combattants pourra faire vivre une mystique de l’Etat islamique auprès des jeunes générations, notamment auprès des enfants qui sont nés des mariages entre djihadistes.

Après la probable perte de l’Irak, sur quels territoires Daech risque-t-elle de rediriger son action ? En Libye ?

Impossible. A Syrte, les combattants de l’Etat islamique sont sous pression des milices islamistes. Quant à l’Est du pays, il est globalement sous le contrôle de l’armée du général  Haftar, qui travaille indirectement avec les forces européennes. Il sera donc très difficile pour l’Etat islamique de s’y relancer. Si la guerre au Yémen reprend malgré la fragile trêve actuelle, l’Etat islamique peut espérer s’y implanter, en profitant des réseaux qu’Al-Qaïda a bâtis ici depuis vingt ans. Mais c’est sur un autre continent que Daech peut espérer s’implanter. Ainsi, la bande sahélo-saharienne est en train de s’enflammer. Depuis environ six mois, le centre du Mali – plus seulement le Nord – connait des morts, des attentats  tous les jours. Des attentats ont aussi lieu au Burkina Faso et un énorme risque djihadiste existe au Sénégal.  En Mauritanie enfin, dans le Sahara occidental, vient d’être créé un groupe djihadiste qui s’est revendiqué de l’EI.

L’accent mis sur le monde musulman signifie-t-il que l’Europe est désormais à l’abri ?

Pas du tout. Il s’agit juste d’une phase pendant laquelle les objectifs stratégiques de l’Etat islamique sont ailleurs. Nous reviendrons dans l’œil du cyclone un jour ou l’autre, c’est évident. Sans compter l’attrait pour Daech d’éventuels radicalisés en France qui va probablement se poursuivre.

Dans son dernier message, al-Baghdadi ne parle pas de l’Europe, si ce n’est par une vague allusion à la fin. Mais ce n’est lié qu’à un discours, une propagande récente et immédiate. Daesh multiplie les évolutions de stratégie en permanence. On appelle ça du « déprofilage ». Ils changent de visage quasiment tous les six mois en fonction de l’actualité et des problèmes qu’ils rencontrent. Ils se sont d’abord  profilés sur un territoire avant de se « déprofiler » sur une opération terroriste de grande ampleur, l’année dernière au Bataclan. Et aujourd’hui, ils font évoluer à nouveau leur profil en revenant à des fondamentaux qui sont ceux d’Al-Qaeda, en appelant à nouveau, par exemple, à la solidarité palestinienne, ce qui était, il y a peu, complètement secondaire dans le discours de Daech.

Au-delà ce nouveau levier de mobilisation, quelles formes pourraient prendre Daech à l’avenir ?  

En Irak, les hommes de Daech vont devoir se faire discrets et se relancer dans la résistance nationale sunnite. On peut tout à fait assister à un retour de fierté sunnite qui passerait par une résistance soi-disant laïque au régime chiite. Tout dépendra de l’attitude du gouvernement chiite dans les prochaines années. Sera-t-il  capable de pacifier la société ? S’il y a partage des ressources et du pouvoir, les choses peuvent éventuellement se calmer. Mais ce n’est pas l’hypothèse la plus probable. S’il y a encore confiscation du pouvoir et des richesses aux dépens des minorités sunnites, d’anciens djihadistes, trouveront dans la mystique de Daech un souvenir qui les animera encore. Daesh va marquer les esprits encore longtemps pour pouvoir réanimer de nouveaux groupes. C’est la seule organisation qui ait tenu tête à 70 pays dans le monde pendant trois ans.

 

  1. Olivier Hanne est agrégé et docteur en Histoire, islamologue et chercheur associé à l’université d’Aix-Marseille.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 8 Novembre 2016 à 6h35

      Dark Horse dit

      L’erreur et de résumer le problème à une prétendue organisation que l’on nomme Daesh. Histoire de donner un nom à un mal que l’on aurait identifié. Car là, il y a erreur sur le diagnostique. Car ce qu’on identifie comme une petite grippe, et en réalité un cancer généralisé. 
      Ce qu’on nomme Daesh est avant tout une idée. Une idée partagée pleinement ou partiellement par une majorité de musulmans dans le monde. Une idée que l’on retrouve dans la lecture du Coran. C’est pour cela que ce que l’on localise en Syrie, et “peut-être demain au Sahel”, et en réalité présent dans tous les pays. Et cela prend de l’ampleur. Cela se déclare. Les attentats, les prêches, les voiles, les burkinis, les burkas, les barbus, les mosquées qui de multiplient, les centres de cultures islamiques, la violence dans certains quartiers qui les rendent hermétiques à la police et à la république, les policiers incapables d’assurer l’ordre et leur propre sécurité, les pseudo “biens pensants compatissants”, les dirigeants assouvis, et avides de pétro-dollars. Le résultat le plus visible, en est l’effacement d’une culture, au profit d’une autre. Des églises transformées en mosquées, des vestiges détruits, des crêche interdites mais des fêtes musulmanes célébrées par notre capitale. Un président élu sous des drapeaux arabes. Et encore et toujours la recherche d’excuses et de prétexte pour pardonner la barbarie, et excuser l’inexcusable. 
      Ce n’est donc pas de la Syrie et du Sahel, ou de tout autre pays musulman, où l’idée est présente depuis des siècles, qu’il faut se soucier, mais du reste du monde qui n’est pas encore, musulman.  

      • 8 Novembre 2016 à 10h21

        AGF dit

        Vous avez tout dit et justement dit. Mais on reconnaitra que vous aviez raison quand la catastrophe annoncée sera achevée et que les compatissants d’aujourd’hui se diviseront en deux groupes ceux qui sont toujours contents de courber l’échine, les Plenel, Juppé , Valls etc pour ne citer que les contemporains d’autant plus arrogants qu’ils seront réduits à la condition de valets, et ceux qui se mordront les doigts parce qu’ils n’auront pas compris à temps que le but final est l’islamisation de la planète. Alors ils se souviendront ,peut-être, des discours de Boumedienne ou d’ Erdogan qui n’ont jamais caché leurs intentions. Le flot des idiots utiles (et enrichis) qui ne cesse de grossir permet à l’Islam de réussir son projet et d’avancer tranquillement à visage découvert (sauf pour les femelles bien entendu).

    • 7 Novembre 2016 à 14h31

      golvan dit

      @ AGF à  14h21
      Eh oui j’y ai pensé, un président américain qui ose proclamer dans son “fameux” discours du Caire que la civilisation occidentale doit beaucoup à la l’islam !  

    • 7 Novembre 2016 à 14h17

      rolberg dit

      « Après l’Irak et la Syrie, Daesh risque de s’implanter au Sahel »
      Allons un petit effort. Risquer de… ne convient pas. Pourrait ferait plus français.
      Voir tes dictionnaires. 

    • 7 Novembre 2016 à 12h50

      Pol&Mic dit

      “toute religion n’est pas bonne à mentir” (et à se croire “supérieure”)

      • 7 Novembre 2016 à 23h03

        rolberg dit

        Et toute religion est mensonge érigé en vérité.

        • 8 Novembre 2016 à 10h37

          AGF dit

          Simplement qu’en Europe c’est l’Islam est la seule religion dont les fidèles n’ont aucun scrupule à assassiner avec la bénédiction de la MAJORITE de leurs imams.
          Alors Rolberg “pas d’amalgame” s’il vous plaît avec des religions qui sont peut-être attachées à leurs mythes mais foutent la paix aux gens.

    • 7 Novembre 2016 à 11h41

      golvan dit

      Sans les magouilles occidentales, en particulier américaines, Daesh-Etat islamique ne serait rien.
      Qui peut faire croire que des colonnes de pick-up Toyota n’étaient pas clairement identifiés par des images satellites et immédiatement détruites sans possibilité de se cacher ( on n’est pas dans la jungle vietnamienne)  si on avait voulu réellement faire disparaître cette bande d’abrutis dès son apparition ?
      On a laissé ces fanatiques s’implanter, conquérir des villes, se cacher derrière des civils otages, répandre leur barbarie, laissé les Turcs dont la famille corrompue d’Erdogan commercer avec eux, et tout ça en parfaite connaissance de cause, même s’il ont un peu débordé au niveau des exactions…
      Alors venir maintenant bavarder sur ce que vont devenir ces fous musulmans comme si c’était un phénomène auquel on ne peut rien est un peu ridicule.
      Aussi ridicule que prétendre qu’on ne peut rien au fait que des imams répandent en France leurs prêches haineux à des abrutis vivant majoritairement d’aides sociales et de trafics divers.  

      • 7 Novembre 2016 à 14h21

        AGF dit

        Avez-vous pensé à qui gouverne l’Amérique?
        Pour la France nous l’avons sous les yeux …en prenant bien garde de ne pas l’écraser à cause de l’odeur.

      • 7 Novembre 2016 à 16h32

        mitch-savoy dit

        A le complotisme a de long jour devant lui autant que l’état islamique!

    • 7 Novembre 2016 à 11h23

      A mon humble avis dit

      C’est une guerre sans fin, mondiale, comme celle contre la drogue.
      Daech n’est pas un État dans lequel le pouvoir en place souhaite conserver un territoire, et sauver sa peau et ses privilèges dans les batailles en cours en négociant avec des rivaux, mais une des toujours plus nombreuses organisations qui visent l’islamisation de toute la planète, sans souci pour la vie terrestre.
      Si le califat irako-syrien tombe, le drapeau du djihad sera toujours levé ailleurs. Le calife n’est pas un dictateur dont la mort signifierait la fin de sa dictature, mais une réincarnation du Prophète éternel : s’il disparait, d’autres viendront, ici ou là, pour reprendre le combat, qui durera tant que le monde entier ne sera pas soumis à Allah et à la charia.
      Ce qu’on appelle la radicalisation n’est autre qu’une addiction à une drogue dure, où l’on recherche un paradis qui semble réel pour les intoxiqués.
      Les autorités occidentales cèdent à l’islam comme ils cèdent à la drogue : les légalisations progressives du cannabis et les ouvertures de salles de shoot sont les signes que, comme elles disent, “le combat cotre la drogue étant perdu, il est devenu nécessaire de l’accepter”. C’est une anticipation de ce qui se passera à terme : “le combat contre l’islam est perdu, alors mieux vaut se soumettre.
      On se rappelle les déclarations des soit-disant pacifistes dans les années 80: “plutôt rouge que mort”. Nous entendrons bientôt: “plutôt musulman que mort”.
      Il ne sert à rien de fermer quelques mosquées salafistes avec de grandes déclarations faussement autoritaires, pendant qu’il s’en ouvre des dizaines qu’on ne voit pas. Pas encore…
      On tolère les voiles de plus en plus couvrant, le halal, les menus sans porc dans les cantines publiques, le ramadan devenu banal, et de quoi débat-on dans le cadre de la laïcité ? De la légalité des crèches et de la forte tentation de les interdire… N’est-ce pas déjà une capitulation ?
      Le monde libre est en train de perdre, et il ne le voit même pas.

      • 8 Novembre 2016 à 10h31

        AGF dit

        Mais si il le voit. Sa volonté de “multiculturalisme” se réalise au delà de ses espérances. Nous avons un 1er ministre espagnol qui comme Hidalgo ne rêve que de Catalogne et de Barcelone cette ville jonchée de déchets à visage humains, notre ministre de l’ EN (pour ce qui en reste) “franco” marocaine se demande pourquoi en France on parlerait français, notre ministre de la Culture est une “franco-marocaine” juive qui ,obligée du Roi du Maroc, n’a pas moufté lors de la honteuse résolution de l’Unesco sur Jérusalem.
        Non seulement tous ces gens là voient très bien ce qui se passe mais ils en sont les moteurs.

    • 7 Novembre 2016 à 11h08

      keg dit

      Daesh, état sans capitale (car le sans “e” final; ils en a), peut se délocaliser au gré des anti-daesh (et non anti sèches). Il disparaît là et renaît ailleurs. C’est ce que l’on appelle une capitale nomade. Les musulmans du mahomet n’étaient-ils pas nomades avant Médine et sa MEK.

      http://wp.me/p4Im0Q-1mL

    • 7 Novembre 2016 à 10h55

      politshouk dit

      Il aurait été préférable pour tout le monde d’aider daesh a créer son pays sur les décombres de la Syrie.
      Un pays si fanatique qu’il soit est beaucoup plus facile a contrôler qu’une idéologie sans territoire
      La preuve flagrante en est l’Iran bastion shiite fanatique, une dictature musulmane avec laquelle le monde aime bien traiter.

    • 7 Novembre 2016 à 9h16

      laborie dit

      Bla, bla, bla!….

    • 7 Novembre 2016 à 9h04

      AGF dit

      Seulement au Sahel?
      Avec les “couilles-molles” corrompues qui ” gouvernent” (sic) l’Europe occidentale et se partagent le fromage distribué à un petit nombre à Bruxelles, DAESH s’implantera définitivement en Europe (et probablement aux USA) avant d’achever sa conquête de l’Afrique.