Croyant mais pas pratiquant | Causeur

Croyant mais pas pratiquant

Auteur

Renaud Chenu

Renaud Chenu
est conseiller culturel.

Publié le 15 octobre 2011 / Brèves

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En lisant l’interview d’Arnaud Montebourg dans Le Monde, où il fait preuve d’un jésuitisme très maîtrisé en assurant qu’il votera pour François Hollande tout en se défendant d’un quelconque ralliement, quelques souvenirs de mon éducation biblique me sont revenus en mémoire. Dans l’Évangile de Saint Jean, Jésus s’adressant à Pierre lui tint ce langage : « Le coq ne chantera pas que tu m’aies renié trois fois ».

Premier reniement d’envergure auquel l’intéressé lui-même avait donné une connotation religieuse, la question du cumul des mandats. Pour se justifier de « concentrer » des « contre-pouvoirs » entre ses petites mains en devenant le premier impétrant du Conseil général de Saône-et-Loire en sus de son mandat de député, il s’était fendu de ce trait d’esprit teinté d’un mépris assez condescendant à l’égard de ceux qui croient à la force des convictions et des engagements dans la vie politique : « je suis croyant, mais pas pratiquant ».

Second virage sur l’aile, plus idéologique celui-là, son combat pour imposer le système des primaires au Parti socialiste. Le chantre de la VIème République s’était ainsi jeté à corps perdu dans un système dont personne ne peut nier qu’il renforce la présidentialisation voulue par la Vème. La aussi, avec le recul, « croyant, mais pas pratiquant ».

Et enfin, après avoir déployé une redoutable énergie à prouver l’incompatibilité de son programme avec celui de François Hollande, non sans l’avoir critiqué très vertement sur ses qualités personnelles, notre reine d’un jour n’a su résister longtemps aux ors de la cour et posa ses lèvres sur la main tendue du roi « Flanby », comme il l’appelait à la verte époque où il n’était encore que petit marquis. Comment mariera-t-il sa foi à celle Manuel Valls dont il fustigea les thèses, « proches de la droite ». On ne saurait que lui suggérer « je suis croyant, mais pas pratiquant ».

Cette formule dépeint finalement assez bien un comportement qui dénote d’un très banal opportunisme, contradictoire avec des idées et des propositions souvent pertinentes et intéressantes, défendues avec fougue et, semblait-il, conviction.

Arnaud Montebourg est-il « croyant mais pas pratiquant » ? A la lumière ce dernier événement, les 450 000 citoyens qui lui ont sacrifié au minimum un euro et un peu de leur temps dimanche dernier pourront légitimement lui demander s’il est seulement croyant…

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    • 16 Octobre 2011 à 11h40

      Marie dit

      @Monge
      “car cette mascarade de primaires est contraire à l’esprit de la présidentialisation qui devait permettre de s’affranchir des partis et de créer une rencontre entre un peuple et un candidat” tout à fait vrai!

    • 15 Octobre 2011 à 21h21

      Monge dit

      “…dont personne ne peut nier qu’il renforce la présidentialisation” :
      ben si on peut, car cette mascarade de primaires est contraire à l’esprit de la présidentialisation qui devait permettre de s’affranchir des partis et de créer une rencontre entre un peuple et un candidat. Ici c’est une rencontre entre des chefs de partis que l’on présélectionne pour avoir un candidat unique d’un PARTI. Je propose pour la prochaine fois un affrontement au fort Boyard.

      Quant à Montebourg c’est le néant total, le trou noir de la réflexion politique, l’ego boursouflé du cuistre ignorant.
      Il surnomme Hollande “Flanby”, mais je crois que lui pourrait être le “mètre étalon” tel qu’on le trouve dans l’évangile selon d’Audiard :
      “Mais celui-là c’est un gabarit exceptionnel ! Si la connerie se mesurait, il servirait de mètre étalon ! Il serait à Sèvres !”

      Blanc bonnet et bonnet blanc. Cette contrepèterie célèbre est ce qui caractérise le mieux nos politiques.

    • 15 Octobre 2011 à 19h01

      kacyj dit

      Pas fan de Montebourg mais bon entre lui et Quiles, votre pote, je crois que je préfère encore l’Arnaud.

    • 15 Octobre 2011 à 11h56

      Lady dit

      Montebourg se verrait-il confier par Hollande institué, la mission de “bâtir” à court , moyen, long terme, la future orientation inévitable (protectionniste et dure) du futur gouvernement ?
      “Tu es Pierre et sur cette pierre…”
      N’oublions pas que Hollande n’est pas Jésus et Montebourg loin de la sainteté de Pierre , un vrai roc ancré sur sur la foi en Dieu et non pas sur des idées d’hommes

    • 15 Octobre 2011 à 11h20

      JMS dit

      En tout cas il sait flairer le sens du vent, il s’est rallié à Hollande dans une union contre nature des plus réjouissante

    • 15 Octobre 2011 à 10h43

      Bibi dit

      “Faites ce que je dis, pas ce que je fais”.
       

    • 15 Octobre 2011 à 10h37

      Impat1 dit

      Il me semble effectivement le voir plutôt pratiquant la politique que croyant. À sa décharge, il n’est pas le seul, on pense à Fabius qui en ce domaine fait figure de caricature.