Courant limpide en eaux troubles
Clearstream, un beau succès d’audience!
Publié le 01 octobre 2009 à 19:13 dans Médias
Mots-clés : Clearstream, Dominique de Villepin

Tout monde sait qu’à Paris, la qualité d’un spectacle se mesure au nombre de passe-droits qu’il faut mobiliser pour y accéder ainsi qu’à la densité des célébrités qu’on y croise à l’entracte. Autant dire que l’audition de Dominique Galouzeau de Villepin par le Tribunal chargé d’examiner des plaintes pour usage de faux et dénonciation calomnieuse dans le cadre du feuilleton Clearstream était le must de la saison avant d’avoir commencé. C’était l’endroit où il fallait être mercredi. Et je ne suis pas peu fière, pour une fois, d’y avoir été – ce qui semble indiquer que j’en suis. J’ai croisé des sommités de la politique, du journalisme et du barreau, échangé quelques mots avec quelques-unes d’entre elles, pris un air entendu quand l’un me glissait “Villepin est cuit” et affiché une moue complice quand l’autre me confiait “il sera relaxé”. Et puis, j’ai senti le souffle chaud de l’histoire, humé l’air de la tragédie. Et pas mal rigolé.
Si vous espérez y voir plus clair dans les eaux troubles de ce courant limpide, ne vous attardez pas trop ici. La vérité judiciaire, la seule qui compte en cette enceinte, paraît-il, ne m’a pas été révélée en une après-midi. Je ne saurais trop engager ceux dont la curiosité n’a pas été assouvie par les excellents conseils littéraires de Marc Cohen à se reporter aux articles de mes non moins excellents confrères qui ne sont pas là seulement pour la bagatelle pipoleuse et ont planté leur tente dans la salle d’audience depuis deux semaines (j’ai une petite préférence pour ceux de Stéphane Durand-Souffland dans Le Figaro mais je vous laisse fouiller à la recherche de perles) et pour certains, au Palais depuis 30 ou 40 ans.
On jouait donc à guichets fermés et, la veille de la représentation, les étourdis, retardataires et pipoles de seconde zone (je vous laisse choisir à quelle catégorie j’appartiens, en vrai, aux trois) s’agitaient en tout sens pour obtenir des billets de faveur. Une charmante Nathalie, amie d’amis, œuvrant au cabinet de Jean-Marie Bockel, fit l’essentiel – elle identifia la personne idoine et prépara le terrain. Celle-ci, une fort sympathique Sylvie, chargée de la presse au Tribunal (me semble-t-il), accepta d’inscrire mon nom sur une liste donnant accès au Palais de Justice sans avoir à patienter avec les touristes et le petit peuple (au moins deux heures d’attente à vue d’œil). La Justice est publique, mais parmi nous, certains sont plus publics que d’autres. Pour la salle d’audience, elle ne pouvait rien faire, assaillie de requêtes depuis le mois de juin. Sans compter celles qu’on ne peut pas refuser arrivées dans les deux jours précédents. Quant à moi, il ne me restait qu’à compter sur ma chance et ma tête de fille honnête.
Le Palais de Justice est l’un des endroits les plus romanesques de Paris, même si l’on n’y croise plus, de nos jours, que de pâles ou comiques doubles de Vautrin et Fouché. Arrivée devant “le 2″ (boulevard du Palais), autrement dit, l’entrée des artistes, je tends mon passeport à un gendarme tout-à-fait présentable qui me prête une attention distraite, alors que tourbillonne autour de lui un sympathique échalas. “Laissez-moi passer, je vous dis que je suis prévenu !» C’est trop beau : Denis Robert lui-même, avec sa bonne bouille et un air vaguement égaré. S’ensuit un échange de regards interrogateurs entre les deux gendarmes qui décident de laisser passer ce garçon visiblement inoffensif. Profitant de ces quelques secondes, je m’engage résolument vers le portique et en quelques secondes, je suis dans l’immense salle des pas perdus, devant la 1ère chambre correctionnelle devant laquelle a été érigé un vaste périmètre de sécurité. Les habitués, avocats, journalistes dûment badgés et accrédités, prévenus, parties civiles vont et viennent sous les yeux des porteurs de caméras, micros et perches agglutinés autour des barrières. Apercevant un ami, je fonce vers lui en essayant d’avoir l’air d’avoir quelque chose d’important à faire. Bingo. C’est mon jour.
À l’intérieur, règne encore un aimable bazar. On papote, on arrange sa robe, on répond aux messages. Des chaises ont été rajoutées dans tous les espaces libres. J’aperçois Jean-Michel Apathie, Jean-Pierre Elkabbach, et quelques autres gloires du PAF, celles qui ne se déplacent que pour les événements planétaires (Je me demande où est Alain Duhamel). Edwy Plenel, visiblement enchanté d’être là, ne se mêle pas à la corporation. C’est qu’il est tout à la fois partie civile, c’est-à-dire victime, un rôle qu’il affectionne particulièrement, et grand témoin. La veille, il a pu donner toute sa mesure en donnant à la Cour son avis éclairé – non, pour de vrai, il paraît qu’il a été très bon. Je ne sais pas pourquoi mais je me demande si c’est lui qui a fait porter une rose qui attend madame de Villepin devant la salle d’audience. Finalement, ça m’étonnerait, vu que la rose est emballée dans un papier tricolore.
Peu avant 13h30, on entend soudain la voix de Dominique de Villepin, diffusée par les haut-parleurs installés dans la salle, comme s’il parlait du ciel – ou de l’au-delà. Quelques secondes à peine, puis la voix s’éteint. Pas mal, comme effet spécial. Juste avant l’arrivée de la Cour, on fait entrer une petite dizaine de personnes qui, je suppose, constituent le public. Les vrais gens, quoi.
La lumière ne s’éteint pas, mais ça commence quand même. Devant moi, je peux observer le câne aisément reconnaissable de mon ami Richard Malka, l’un des avocats de Clearstream (le salaud !). Dominique de Villepin entre en scène. “Monsieur le président, Mesdames les juges, Monsieur le juge”. Bon, faut pas croire, c’est pas marrant tout le temps, surtout pour ceux qui, comme moi, ne sont pas familiers de “la réunion du 9 janvier”, “de la note du tant” et des formules un peu obscures du général Rondot. Tout de même, c’est marrant, la façon dont ces gens gouvernent. Leurs trucs de conspirateurs, la façon dont ils passent d’une remise de décoration à la gestion des secrets d’Etat. Leur habitude de se fliquer les uns les autres, leurs raisonnements tordus et leur manie de tout écrire. Peut-être qu’ils jouent très bien la comédie mais on a l’impression qu’ils y ont vraiment cru “au réseau de financement occulte qui menaçait la sécurité de l’Etat”. C’est ce que dit Gergorin, et, je suis peut-être naïve mais, là-dessus, je le crois. “Si l’affaire avait été réelle, elle eût été majeure”. Le plus étonnant est bien que d’aussi brillants cerveaux aient pu se faire enfumer par cette histoire de listings occultes. Que d’inavouables arrière-pensées et d’éventuelles manipulations aient ensuite transformé ce pétard mouillé en bombe politique ne nous apprend rien de très nouveau sur la nature humaine.
Il tient tellement le coup, DDV (son petit nom dans les carnets Rondot) que l’échange avec le président est souvent ennuyeux. De plus, on l’entend, mal, le président, au point qu’un confrère lance : “Micro !”. Il y a tout de même quelques moments cocasses. Quand il explique, par exemple, qu’il a toujours agi en conformité avec les “lignes directrices énoncées par le président de la République sur la moralisation de la vie internationale”. Il rappelle au passage qu’il avait à l’époque, la charge des affaires du monde. Et aussi quand il évoque l’été 2005, moment où ses services lui apprennent que Le Point prépare une “une”. Ceux qui pensent que c’est lui qui a balancé sont évidemment des méchantes langues mal informées. Dommage, le président ne relève pas. Il est aussi question des journalistes dans une note du patron de la DST de l’époque qui a interrogé l’un de ses agents dont le nom figure dans le listing. Dans le courant de la discussion, celui-ci a juré qu’il n’avait jamais eu de contact direct avec “les journalistes recensés comme sources ouvertes par la DST”. Sur les bancs de la presse, on regarde ailleurs.
Mais le moment le plus fort est à venir. Le président fait venir à la barre Jean-Louis Gergorin qui a été cuisiné des heures durant la veille. “Restez là, monsieur de Villepin.” Cela donne, en substance, cet échange surréaliste.
- Le président : Dominique de Villepin dit n’avoir jamais su qui était “la source”
- Gergorin : Je l’en ai informé dès le 9 janvier.
- Le président, à Villepin : Connaissiez-vous le nom d’Imad Lahoud
- Villepin : Absolument pas.
- Le président à Gergorin: Qui a eu l’idée de contacter un juge ?
- Gergorin : Cette idée a été formulée à voix haute par Dominique de Villepin au cours d’une réunion en avril. Il a ensuite fait, assez solennellement, état d’une instruction du Président.
- Le président, à Villepin : Avez-vous invoqué une instruction présidentielle ?
- Villepin : Pas le moins du monde.
L’un de ces deux hommes ment. Et il a des nerfs d’acier. Chapeau l’artiste. J’ai bien fait de venir.
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L'auteur
Elisabeth Lévy est journaliste et essayiste.
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jjacquesb dit
@ Têtu
“Au moins AUBRY et ROYAL sont des femmes bien élevées .”
Ce que vous dites d’Aubry n’est pas applicable à Royal, dont la réputation de pimbêche n’est plus à faire !
Thelonious dit
Pascal,
Gergorin et Lahoud sont également visés par les propos présidentiels mais curieusement cela ne les agresse pas…
Pascal dit
Question: Pourquoi Villepin devrait-il être le seul à déposer plainte contre Sarkozy pour atteinte à la présomption d’innocence?
Lahoud et Gergorin pouvaient se sentir aussi visés,lorsque le chef de l’Etat a parlé des “coupables”.
Non, Monsieur de Villepin,la terre ne tourne pas toujours autour de vous,dans cette rocambolesque affaire Clearstream.
Têtuniçois dit
Aubry Royal c’est de la rigolade à côté de la guerre nucléaire entre Sarkozy et Villepin .
Au moins AUBRY et ROYAL sont des femmes bien élevées .
Joëlle dit
Invité hier soir à l’émission C à dire sur la 5, Denis Robert a dit, en substance, que tout le monde mentait dans cette affaire. Il escompte pour lui-même une relaxe, et c’est plutôt détendu qu’il discutait avec le journaliste qui l’interrogeait. Il estime qu’il a été, de tous les protagonistes, le plus méfiant vis- à- vis de Lahoud, et qu’il n’a fait que son travail de journaliste.
Sür que relaté par EL, le procès devient particulièrement cocasse mais ça tombe bien, dès le départ, ce n’était pas une tragédie nationale.
ramon mercader dit
si elizabeth levy m’invite aux prochaines séances du procès clearstream (“le choc des petits titans ” “le chouic des petits tétons ” ) ………..
je promet d’être sage
et de mettre une cravate……..
L’Ours dit
Abha,
nos commentaires sont rasoirs,
mais comme vous êtes barbant,
ça fait une moyenne!
falafel dit
@ ABHA, qui a déclaré:
“Ce que j’ai toujours trouvé ahurissant, c’est ce général, censé être un grand ponte du renseignement et de l’espionage, qui, en plein XXIe siècle, alors que la technologie la plus sophistiquée est mise en oeuvre tant pour se protéger que pour attaquer l’adversaire, consigne ses impressions et ses contacts dans un calepin moleskine, comme un vulgaire Colombo.”
Je suis choquée par votre mépris envers Columbo. C’est de l’anticolumbisme primaire et je m’insurge. Où est le MRAP quand on a besoin de lui?
Sophie dit
Tout à fait, Lady. Sans compter que si on n’en causait pas, le France n’en serait pas moins “dans un caca invraisemblable”.
Lady dit
Ben justement, il faut se distraire avec les spectacles à l’affiche!
Bons ou mauvais, ils offrent souvent le reflet et la meilleure réflexion sur la réalité du monde.
ABHA dit
Bon. Yen amarre. La France est dans un caca invraisemblable et on perd son temps avec des histoires de sexes des anges. Qu’on tire au sort celui qui des deux coupables (Sarkozy ou Villepin) est l’accusé et qu’on en finisse.
Les commentaires rasoirs de ce forum sont le signe de la décadence nationale la plus patente.
L’Ours dit
DD,
j’ai lu votre billet -très intéressant – que vous avez mis en lien, mais vous prenez un raccourci saisissant au moment le plus important. Je vous cite:
” L’enquête aboutit au fait que les listings sont des trucages et l’affaire sort dans la presse”
Quel hiatus!
La presse aurait-elle été au courant qu’il s’agissait d’un trucage avant DdV? C’est peu probable et tout est là! Or si DdV a permis la diffusion de l’info sans tout avoir mis au clair avant avec les principaux intéressés, c’est qu’il y avait un espoir politique caché et peu avouable.
Par contre, le fait qu’il n’ait pas prévenu Sarko avant les résultats de l’enquête ne me choque aucunement. L’intérêt de la Nation et de la Justice étant supérieur à une connivence professionelle!
Gaétan Brunoy dit
Et pendant ce temps,
on ne parle pas des licenciements.
Odilon dit
Notons aussi que Gergorin, en accusant DDV, le trahit. Cette trahison ne le protège pas de la justice, il ne peut pas éluder ses responsabilités ainsi. Du coup, j’aimerais bien savoir pourquoi il a décidé de ne pas jouer son rôle de fusible.
Patrick Mandon dit
Rackam-le rougeaud se tient au pied de l’échafaud, depuis le début. Il attend, en compagnie des commères, il se réjouit par avance du spectacle : l’humiliation d’un ci-devant, conspué par la foule, la belle tête (que même le dessinateur du Figaro, enlaidit à plaisir) roulant dans le panier, les mèches blanches ensanglantées. Il veut sa mise à mort, il en éprouve une joie mauvaise, encore contenue, mais qui ne supportera pas d’être déçue…
Pour le moment, je ne vois pas ce qui pourrait troubler, relativement à M. de Villepin, des «juges indépendants», qui n’ont à examiner que son degré d’implication dans une affaire, certes déplaisante, de calomnie, mais aussi politique, éminemment politique. La justice n’a pas à régler les mœurs politiques, lesquelles sont fondées sur le calcul, la méfiance, le désir de nuire, la peur, la trahison, le goût du pouvoir, la manipulation.
Odilon dit
@Lady
Je vois mal Gergorin monter ce genre de combine sans en informer (à demi-mot, bien sûr) la chiraquie, et laisser à celle-ci la possibilité de lui suggérer (même jeu) de ne pas poursuivre.
Lady dit
David,
Je supputais sur l’autre fil:
Et si Villepin, alerté par les conspirateurs et voulant écarter son rival dans la course à l’Elysée, s’était saisi des listings compromettants sans savoir qu’ils étaient “trafiqués”, mais en étant persuadé que Sarkozy était bien coupable de “transactions inavouables”? Sa fureur actuelle vient plus de l’horrible humiliation de s’être fait manipulé comme un “bleu”, que de sa haine contre Sarko.
Odilon dit
Il est clair que Chirac a beaucoup plus de casseroles que DDV; ne pas inclure ce dernier dans l’accord qui aurait valu à sarko le soutien de Chirac en échange d’une “amnistie” par absence de poursuites, c’est une demi-mesure pas très glorieuse. Soit on met tout sur la table, soit on glisse tout sous le tapis.
Lady dit
On aurait du mettre Bourrel ou Maigret sur le coup! ‘Bon sang, mais c’est bien sûr!”
Si le spectacle vous a plu, c’est parce que cette troupe a trouvé une super production qui a accepté de financer le “projet” uniquement grâce à la présence de deux têtes d’affiche et quelques acteurs de seconde zone…(qui n’ont pas les rôles les moins intéressants à jouer)
La production veut faire de l’audience…c’est gagné
L’auteur, enfin joué, n’en demande pas plus, il est reconnu, son texte est habile, le suspens bien mené, j’attends la chute pour juger de “l’œuvre”
Le metteur en scène veut servir sa vision et délivrer un “message”…C’est quitte ou double!
les acteurs se donnent jour et nuit à leur personnage, ont-ils été formés chez Stanislavski? Même si, parfois, la fatigue sans doute,le jeu manque de sincérité…
Je trouve que la costumière ne s’occupe pas assez de Dominique.
David Desgouilles dit
@L’Ours
Villepin a été reçu à plusieurs reprises à l’Elysée par un Sarkozy très prévenant qui lui demandait son avis sur les dossiers internationaux etc..
A l’automne dernier, j’avais écris cela :
http://carnet.causeur.fr/antidote/comment-qualifier-la-naivete-de-dominique-de-villepin,0013