L’écrivain François Bégaudeau est un farceur. En 2008, peu après la sortie du film Entre les murs, adapté de son roman éponyme, il avait fait croire à toute la presse sa volonté de racheter le Football club de Nantes, dont il est un ardent supporter. Passionné de sport, Bégaudeau s’est naturellement vu confier par le journal Le Monde une chronique titrée « Viril mais correct » dans laquelle notre polisson assermenté de la gauche la plus alignée donne régulièrement son avis crucial – emprunt à une si précieuse sagesse humaniste ! – à propos de l’actualité footballistique.

Le farceur s’est trouvé bien dépourvu face à la ridicule comédie burlesque que les « Bleus » ont jouée en Afrique du Sud, lors de la Coupe du Monde… Bibi-Fricotin dut trouver une explication logique à ce sombre désordre, polir un « angle » journalistique original, pourfendre ces philosophes réacs qui ont la tendance dégueulasse à appeler un chat un chat, et un voyou un voyou. Bégaudeau dut, en somme, tenter de justifier le comportement carnavalesque de ces atroces « Bleus » médiocres, vulgaires, et parfaitement inexcusables. C’est l’exploit qu’a réalisé notre poulain, dans une chronique atterrante publiée mardi dernier dans les pages du journal du soir. Selon Bégaudeau il faut donc cesser d’accabler ces malheureux joueurs qui se comportent comme des petites frappes décervelées, mais « oser » s’interroger sur la non-adaptabilité (imaginaire ?) de l’encadrement du foot français à des joueurs issus de mondes socio-culturels différents.

Le problème, c’est la vieille France

Mais écoutons plutôt l’entêtante prose de cet homme qui sait plus que quiconque penser-en-rond : « Depuis vingt ans, la baguette a été confiée à des quinquagénaires prénommés Aimé, Roger, Jacques, Raymond ou encore Robert (comme Duverne), tous rejetons d’une France ouvrière et rurale dont la nostalgie se donne aujourd’hui de Gaulle pour nom de code. Très clairement, ceux-là ne savent pas faire avec le prolétariat de banlieue qui peuple aujourd’hui les clubs. » Oui. Voilà. La vieille France profonde et ouvrière. Roger. Raymond. C’est dit. Enfin non, pas vraiment. La partition des « Bleus » serait ainsi émaillée de couacs déplaisants car l’entraîneur ne serait pas tout à fait un black ou un beur, âgé de 22 ans (et écoutant du rap dans son Ipod) ?

C’est donc vers cette logique que s’oriente cette navrante réflexion ? Misérable duplication, soit dit en passant, d’une paresseuse pensée pédagogiste voulant que les profs s’adaptent continuellement aux élèves. Demain les entraîneurs devront-ils aussi s’adapter aux incivilités chroniques de joueurs grossiers et mieux payés qu’eux ? Gageons qu’il s’agit seulement d’une nouvelle facétie provocatrice de ce sympathique farceur de Bégaudeau, qui va pourtant devoir supporter encore quelques années – douloureusement, on l’imagine ! – la présence à la tête de l’équipe de France d’un entraîneur face-de-craie ; un certain Laurent Blanc, successeur désigné de Raymond Domenech. Tout blanc. Même pas musulman converti. Yo ziva ! Trop pas ! Trop la haine ! Et l’idéologie black-blanc-beur dans tout ça ? Ta race ! Fin de partie.

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