Cop22: quel souk! | Causeur

Cop22: quel souk!

La pollution sonore

Publié le 21 novembre 2016 / Monde

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"Blablabla": si la Cop22 a accouché d'une souris, elle a surtout servi à embrouiller nos esprits en matière d'écologie.

Photo de famille de fin de sommet à la Cop22 de Marrakech, novembre 2016. SIPA. 00781775_000053

Il y a eu la proclamation de Marrakech, lue le 17 novembre au soir par l’ambassadeur pour la négociation multilatérale de la COP22, Aziz Mekouar, appelant la communauté internationale à un « engagement politique maximal » contre le réchauffement climatique, une « priorité urgente ». Il y a eu les déclarations de Ségolène Royal : « Cette COP a été beaucoup plus qu’une COP de l’action. C’est la COP de la confiance, de la détermination et de l’irréversibilité. » Il y a eu la réaffirmation de la promesse faite en 2009 à Copenhague de trouver 100 milliards de dollars par an pour les pays en développement. Il y a eu François Hollande qui a souhaité un engagement fort en faveur de l’Afrique. Et, au final, il n’y a pas eu grand-chose sinon une conférence internationale qui n’a fait que reprendre les grandes résolutions des sommets précédents.

L’une des avancées les plus notables et les plus relayées par les médias de la COP22 concerne la mise en application plus tôt que prévu des engagements pris par les Etats lors de la COP21 de Paris. Les règles qui permettront la mise en œuvre de l’accord de Paris sur le climat devront être prêtes en 2018, non en 2020. Autre bonne nouvelle : la dynamique est toujours à l’œuvre pour enrayer le réchauffement climatique, aucun Etat n’a cherché à bloquer le processus. Le négociateur en chef de Washington pour le climat, Jonathan Pershing, fait remarquer « le développement des émissions obligataires vertes », et note que « la finance commence à basculer vers les investissements durables », y voyant une « business opportunity ». Le chercheur à l’Iddri Thomas Spencer insiste même: « obtenir cette date de 2018 était un des enjeux majeurs de la COP22. […] Boucler le paquet technique à cette date permettra d’ouvrir une nouvelle phase de discussions plus politiques jusqu’en 2020. »

L’homme « hyperconnecté » en Afrique pour parler écologie.

Les énarques, les experts, les technocrates et les professionnels de la communication se réjouiront probablement de ces propos lénifiants qui donneront lieu à quelques débats d’initiés. Aux journalistes de trouver les mots adéquats pour vulgariser ce jargon. Le véritable enjeu de la COP22 aurait dû être de parvenir à faire saisir au commun des mortels ce qu’il se passe vraiment, ce à quoi il doit s’attendre et ce qu’il peut en espérer. Mais, même spécialiste, il est à craindre que tout journaliste qui s’attache à expliquer quoi que ce soit à qui que ce soit à ce propos, perde son quidam en moins de deux minutes.

De loin, la COP22 ressemble à un immense brouhaha d’où émergent de belles déclarations. De près, c’est sans doute plus spectaculaire, mais au-delà ? Certes, les grosses firmes et les Etats sont responsables, au premier chef, de la pollution, laquelle accélère le réchauffement climatique. C’est donc à eux que revient le devoir de faire des efforts. Mais alors pourquoi tel vacarme ? Pourquoi tel spectacle ? Il est regrettable que l’homme de la rue soit mis de côté par ces discours presqu’incompréhensibles, qu’il se sente impuissant à agir ; il est regrettable que la responsabilité individuelle n’ait pas été évoquée, voire convoquée. Cela nous concerne tous ! Dès les années 1930, Jacques Ellul et Bernard Charbonneau écrivaient: « Actuellement, toute révolution doit être immédiate, c’est-à-dire qu’elle doit commencer à l’intérieur de chaque individu par une transformation de la façon de juger (ou pour beaucoup par une éducation de leur jugement) et par une transformation de leur façon d’agir. »

« Bêtes sauvages et oiseaux, reptiles et animaux marins de tout genre sont domptés et ont été domptés par l’homme. La langue, au contraire, personne ne peut la dompter, c’est un fléau sans repos. Elle est pleine d’un venin mortel », disait Saint Jacques (Jacques 3:7). Ces sommets internationaux sont contaminés par la langue de la communication qui est langue de bois. Et c’est comme si nous avions tous oublié que le bruit est un des premiers facteurs de pollution. Que le bruit continu de tous nos appareils connectés qui transmettent des messages sans interruption est nuisible. Que chacun doit commencer par dompter ses instincts et ses appétits. Qu’il y a quelque chose de cocasse à promener l’homme « hyperconnecté » sur le continent africain pour lui parler d’écologie. Qu’il y a quelque chose de dérisoire à parler constamment de l’avenir de la terre et des océans mais à ne jamais regarder la nature que derrière un écran. Nous avons perdu le sens du silence comme celui de la nature. Si nous ne commençons par les retrouver, nos appels à la vertu n’y feront rien. Le respect de la terre commence par le silence. Pouvons-nous encore espérer entendre un Barrès nous dire « Un beau silence se réinstalle sur la colline. » ?

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 24 Novembre 2016 à 22h00

      hmr dit

      Comment est-il possible que toute cette agitation au sujet du sort de la terre, n’aborde pas le problème de la démographie galopante qui règne et que subit notre pauvre planète. Ces 2 à 3 milliards de nouvelles têtes-de-pipe que les démographes nous prédisent pour 2050, (et pourquoi ça s’arrêterait là?) qui voudront, bien naturel, tout comme nous, eau, nourriture, maisons, climatiseurs, frigos, bagnoles, quoi d’autre? Où iront nous chercher les ressources pour satisfaire les besoins insatiables de cette humanité toujours plus nombreuse sur cette planète de plus en plus ravagée.

    • 22 Novembre 2016 à 14h15

      rolberg dit

      Trump et tous ceux et toutes celles qui attendaient mâle alpha en finiront avec la Planète. On dirait qu’ils ne comptent pas avoir de progéniture.

    • 22 Novembre 2016 à 13h18

      Sancho Pensum dit

      “Mais, même spécialiste, il est à craindre que tout journaliste qui s’attache à expliquer quoi que ce soit à qui que ce soit à ce propos, perde son quidam en moins de deux minutes.”
      Heureusement, nous pouvons compter sur Christophe Mazurier pour nous en expliquer la teneur…
      Ah ben non, finalement, il est encore plus nul que les autres, puisque des enjeux du réchauffement climatique, il passe, par je ne sais quelle association d’idées, à la problématique du bruit, totalement hors sujet.

    • 22 Novembre 2016 à 12h26

      ti suisse dit

      (mon nouveau mot de passe, chaque fois demandé, alors différent est: KXASA68L. Pourvu qu’ça dure !)

      bref, “la Terre, ce tas de merde” puisque objet (oui-oui) de x-chantage ou de pseudo héritage (perso m’en fous) ou même de partage (aïe! me v’là gauchiste ?! pourtant elle est ronde ??)

      on l’aime ou on la quitte

      • 22 Novembre 2016 à 14h17

        rolberg dit

        Je dirais plutôt qu’Elle nous quitte, incapable de s’adapter à la folie de l’humanité.

    • 22 Novembre 2016 à 12h00

      gege26 dit

      je suis climato sceptique donc hors la loi;
      quelqu’un e t il deja entendu parler des tirs de bombes nucléaires tirées à la fois par les américains et les russes pour faire fondre la banquise afin de créer une voie maritime au nord.

      • 22 Novembre 2016 à 16h40

        alain delon dit

        Cher Gérard Depardieu, il est temps à présent pour vous d’arrêter la vodka et de refaire votre demande de passeport français

    • 21 Novembre 2016 à 21h09

      malaimé dit

      Cet article est encore plus souk que la COP22

    • 21 Novembre 2016 à 20h17

      alain delon dit

      Cop22: quel souk!

      La pollution s’honore

    • 21 Novembre 2016 à 18h13

      Franck dit

      Rien n’est plus dangereux que les gens qui veulent sauver le monde. De plus nous entrons dans une période de refroidissement climatique (nouveau cycle solaire): que vont faire tous ces idiots?

    • 21 Novembre 2016 à 18h00

      Habemousse dit

      Après le père UBU, la mère Ubu.

       Est-ce pour des raisons d’anti pollution que la France se quadrille de ralentisseurs et de chicanes, destinés à faire accélérer et freiner les conducteurs pour savoir qui passera le premier, à rétrograder ses vitesses avant de relancer la machine, à essayer six fois de suite ses amortisseurs sur les dos d’ânes installés à la queue leu leu dans des patelins tranquilles de trois quatre cents habitants qui n’ont pas connu d’accidents ni de blessés depuis un demi siècle?

      Je ne parle pas du bruit, lui aussi multiplié d’autant…

      Ces gentilles attentions, soi-disant destinées à faire baisser le nombre de morts et de blessés sur les routes, doublent la pollution et les frais d’entretien de gens qui contrairement aux nantis pour qui ils sont gratuits, dépensent toujours plus pour satisfaire les caprices des cinglés que la démocratie a mis à notre tête.

      Tous ces hommes qui imitent la caquètement des volailles en s’étourdissant de réunions en réunions font plus de bruit que ces dernières sans pondre le moindre œuf : voilà bien la preuve de leur inutilité.

      Et il faudrait, en plus, s’agenouiller devant leurs « résultats », quels résultats?

      Ils sont fous ces bobos.  

    • 21 Novembre 2016 à 16h55

      ADB dit

      Comment peut-on gober la propagande sur le dérèglement climatique ? D’abord, il n’y a pas de “bon” climat de référence, qui aurait perdu la boule : le climat est changeant depuis la nuit des temps. Ensuite, l’indice ACE, qui mesure l’énergie cumulée des ouragans/typhons/cyclones, diminue depuis environ 10 ans et a retrouvé son niveau des années 1975. Voir « mythes et légendes I et II » sur le site Pensée Unique. Rien à voir avec les affirmations aussi péremptoires qu’infondées de l’OMM, organisation qui a perdu toute éthique et toute objectivité. 

      Il est clair que, suite aux avantages de plus en plus déraisonnables accordés par les Pouvoirs Publics aux promoteurs éolien/solaire, aux frais des ménages pris en otages (croissance exponentielle de la taxe CSPE) et aux conséquences économiques néfastes de la loi de transition énergétique (surcoûts de 23Md€ en 2016, et prévision de 70 Md€/an en 2030 voir http://www.ifrap.org/…/transition-energetique-dites-la-veri…) la croissance verte est en fait une décroissance mortifère. Le rêve est irrationnel et la réalité est amère pour les citoyens…

    • 21 Novembre 2016 à 16h30

      thd o dit

      Que des questions qui sont avant tout techniques tombent dans la sphère médiatico-politique fait très peur.

      Il suffit de voir comment les choses évoluent en France, où on est en train de saboter ce qui était un atout formidable dans ce domaine, le parc nucléaire. Tout ça pour arroser les magouilleurs escrolocs avec les subventions aux éoliennes et panneaux solaires ; et pour complaire aux cons de libéraux.

    • 21 Novembre 2016 à 16h25

      Cardinal dit

      Il faudrait informer les dirigeants de l’Etat Islamique que ce n’est
      pas en mettant le feu aux puits de pétrole qu’ils atteindront les objectifs des COP 21 et 22. De Marrakech c’était pourtant facile de les en informer en arabe.

    • 21 Novembre 2016 à 16h15

      A mon humble avis dit

      Les gouvernants du monde sont gagnés par le complexe du super-héros : devenir sauveurs de l’humanité ! Vous pensez bien qu’ils n’auraient manqué une telle opportunité sous aucun prétexte.
      Comme les objectifs sont à plusieurs décennies, personne ne pourra venir leur reprocher d’avoir échoué; ils auront fait ce qu’il fallait faire: signer des bouts de papier qui ne leur coûtent rien, et faire des promesses qu’ils n’auront pas besoin de tenir. Leurs spécialités !
      Lorsqu’ils publieront leurs mémoires, ils pourront s’enorgueillir de ces actes de bravoure; s’ils vivent assez longtemps, ils pourront aussi fustiger leurs successeurs pour avoir raté ce qu’ils avaient si bien préparé. Le bonheur parfait.
      Bon, bien sûr, ce qui doit arriver arrivera, quoi qu’on fasse. Mais l’essentiel en politique, c’est toujours de faire parler de soi en bien, en récupérant ce qui est positif même si on n’y est pour rien, et accuser autrui de ce tout qui va mal, même si on en est pleinement responsable.
      Ainsi va le monde, comme on dit sur une chaîne d’infos.

      • 22 Novembre 2016 à 16h30

        Ganzo dit

        Fabius a sauvé le Monde et mon cul, c’est du poulet !

    • 21 Novembre 2016 à 16h13

      André Plougardel dit

      On a eu le Marrakech du rire avec Jamel Debouzze.Désormais ,on le Marrakech du pire avec Ségolène Royal.

    • 21 Novembre 2016 à 16h04

      Ganzo dit

      L’idée de combattre le “réchauffement climatique” hors des Hôtels 5 étoiles dans des lieux paradisiaques, tout frais payés (+voyage 1èe classe) ne viendraient pas à l’idée de ces centaines de bienfaiteurs de l’humanité.

      • 21 Novembre 2016 à 18h47

        Dominique dit

        Excellente remarque !