Contre la littérature anxiolytique
Le roman peut tout. Le roman peut tout dire
Publié le 27 décembre 2011 à 17:27 dans Société
Mots-clés : Baudelaire, blasphème, Ernest Pinard, Flaubert

Lolita
À quoi sert la littérature − ou à quoi devrait-elle servir ? À blasphémer. Le blasphème est la seule fiction qui puisse dépasser la réalité.
La littérature qui ne blasphème pas est une littérature anxiolytique. Elle calme, elle apaise, elle noie les chagrins et surtout, surtout, elle raconte des histoires qui se finissent bien. Le marché du livre l’exige. Prenons les histoires d’amour : c’est Harlequin à tous les étages. Le roman féminin auto-fictionnel a gagné sur tous les fronts. Le roman homosexuel aussi. Parce que cela fait longtemps que l’homosexualité n’est plus du côté du blasphème. Par les temps qui courent, le héros homo est une plus-value. On ne peut pas vouloir se marier à la mairie, adopter des enfants et se la jouer subversif, tels ces pédés blasphémateurs, magnifiques et incontrôlables, que furent Genet ou Pasolini et qui ne cessèrent de gifler leur époque.
Chez nos grands surréalistes, amour était synonyme de révolution. « Je vous souhaite de d’être follement aimée », écrit Breton en conclusion de L’Amour fou. Follement aimée, on se doute que ce n’est pour acheter un pavillon, consommer et voter pour des partis raisonnables, non, follement aimée pour faire le beau travail du négatif, celui qui bouleverse, détruit, sape toutes les certitudes politiques et morales d’une société. Bref, pour blasphémer, à l’image de « ceux qui, sans erreur possible et sans distinction de tendances, voulaient coûte que coûte en finir avec le vieil “ordre” fondé sur le culte de cette trinité abjecte : la famille, la patrie et la religion. »
[...]
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Inédit
Article inédit
publié dans
Causeur n° 42Décembre 2011

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L'auteur
Jérôme Leroy est écrivain et journaliste. Dernière parution, Le Bloc (Gallimard)
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7laborie dit
Je sentais, ici, depuis peu, que le temps était venu où l’on pouvait être condamné pour crime d’intention ou de pensée.
laborie dit
Il est vrai que la cabale à propos de son journal La Campagne de France confirme ce que vous dites.
L’Ombre gagne sera publié et les clameurs d’indignations reprendront. Les procès Baudelaire et Flaubert nous ont appris que les causes perdues ont la vie dure, longue et obstinée.
laborie dit
Mais POL l’avait refusé…
laborie dit
Voltaire pourrait-il publier Micromégas aujourd’hui?
laborie dit
Notre époque, toutes les époques ont voulu extirper de l’imaginaire et ses représentations, donc de la Littérature mais aussi de tous les Arts (Surréalisme, Dada …), le rapport à la réalité supposée. Cette époque comme les précédente est finalement jouissive car elle nous permet de jouir de ce qu’elle dénonce.
L'Ours dit
“Si nous voulons de la littérature, nous devons admettre qu’elle puisse choquer nos propres convictions, nos certitudes les plus ancrées.”
Je suis parfaitement d’accord, mais je crois que le problème depuis quelques dizaines d’années n’est pas là. En effet il semble qu’un “produit” du monde soi disant artistique soit choquant, ou même plus simplement “nouveau”, pour qu’une certaine doxa de ce monde crie: “au génie”!
Il n’y a pourtant aucun rapport de l’un à l’autre, et c’est cette escroquerie intellectuelle du sensible qui est insupportable!
L'Ours dit
“En effet il semblequ”il suffise qu’un produit…”
J’avais oublié un mot.