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Contre la littérature anxiolytique

Le roman peut tout. Le roman peut tout dire

Publié le 27 décembre 2011 à 17:27 dans Société

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Lolita

À quoi sert la littérature − ou à quoi devrait-elle servir ? À blasphémer. Le blasphème est la seule fiction qui puisse dépasser la réalité.
La littérature qui ne blasphème pas est une littérature anxiolytique. Elle calme, elle apaise, elle noie les chagrins et surtout, surtout, elle raconte des histoires qui se finissent bien. Le marché du livre l’exige. Prenons les histoires d’amour : c’est Harlequin à tous les étages. Le roman féminin auto-fictionnel a gagné sur tous les fronts. Le roman homosexuel aussi. Parce que cela fait longtemps que l’homosexualité n’est plus du côté du blasphème. Par les temps qui courent, le héros homo est une plus-value. On ne peut pas vouloir se marier à la mairie, adopter des enfants et se la jouer subversif, tels ces pédés blasphémateurs, magnifiques et incontrôlables, que furent Genet ou Pasolini et qui ne cessèrent de gifler leur époque.
Chez nos grands surréalistes, amour était synonyme de révolution. « Je vous souhaite de d’être follement aimée », écrit Breton en conclusion de L’Amour fou. Follement aimée, on se doute que ce n’est pour acheter un pavillon, consommer et voter pour des partis raisonnables, non, follement aimée pour faire le beau travail du négatif, celui qui bouleverse, détruit, sape toutes les certitudes politiques et morales d’une société. Bref, pour blasphémer, à l’image de « ceux qui, sans erreur possible et sans distinction de tendances, voulaient coûte que coûte en finir avec le vieil “ordre” fondé sur le culte de cette trinité abjecte : la famille, la patrie et la religion. »

[...]

  1. Alexandre Najjar, Ernest Pinard, procureur de l’Empire (Table ronde).
  2. Sur la figure suspecte du célibataire au XIXe siècle, lire Jean Borie, Le Célibataire français (Livre de poche/Biblio).
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  • 28 December 2011 à 11h40

    laborie dit

    Je sentais, ici, depuis peu, que le temps était venu où l’on pouvait être condamné pour crime d’intention ou de pensée.

  • 28 December 2011 à 11h35

    laborie dit

    Il est vrai que la cabale à propos de son journal La Campagne de France confirme ce que vous dites.
    L’Ombre gagne sera publié et les clameurs d’indignations reprendront. Les procès Baudelaire et Flaubert nous ont appris que les causes perdues ont la vie dure, longue et obstinée.

    • 28 December 2011 à 11h36

      laborie dit

      Mais POL l’avait refusé…

  • 28 December 2011 à 11h19

    laborie dit

    Voltaire pourrait-il publier Micromégas aujourd’hui?

  • 28 December 2011 à 11h08

    laborie dit

    Notre époque, toutes les époques ont voulu extirper de l’imaginaire et ses représentations, donc de la Littérature mais aussi de tous les Arts (Surréalisme, Dada …), le rapport à la réalité supposée. Cette époque comme les précédente est finalement jouissive car elle nous permet de jouir de ce qu’elle dénonce.

  • 27 December 2011 à 18h17

    L'Ours dit

    “Si nous voulons de la littérature, nous devons admettre qu’elle puisse choquer nos propres convictions, nos certitudes les plus ancrées.”

    Je suis parfaitement d’accord, mais je crois que le problème depuis quelques dizaines d’années n’est pas là. En effet il semble qu’un “produit” du monde soi disant artistique soit choquant, ou même plus  simplement “nouveau”, pour qu’une certaine doxa de ce monde crie: “au génie”!
    Il n’y a pourtant aucun rapport de l’un à l’autre, et c’est cette escroquerie intellectuelle du sensible qui est insupportable! 

    • 28 December 2011 à 11h30

      L'Ours dit

      “En effet il semblequ”il suffise qu’un produit…”
      J’avais oublié un mot.