Contre de Gaulle
Deux romanciers racontent la face cachée du règne gaulliste
Publié le 21 novembre 2010 à 16:00 dans Culture
Mots-clés : Alice Ferney, Charles de Gaulle, Emmanuel Sabatié, Livres

Il semblerait que la gaullomanie – cette idéologie reposant sur l’idée que de Gaulle est un demi-Dieu, non seulement un grand homme d’Etat, mais aussi un grand moraliste, un grand écrivain et même un type rigolo comme tout – ne puisse désormais que refluer, écrasée sous le poids de ses affabulations. Ses partisans se contentent de brandir des idées générales ou des slogans propres à flatter ce goût pour l’exaltation sous l’empire duquel chacun d’entre nous est prêt, à différentes périodes de sa vie, à faire n’importe quoi. Les opposants du Général, eux, ont toujours invoqué des faits, sanglants pour la plupart. Le plus brillant de ces opposants fut Jacques Laurent, dont le Mauriac sous de Gaulle est un bijou de vérité, d’ironie et de courage.
Mythomanie sanglante
La postérité du gaullisme risque ainsi d’être contrariée par le souvenir des victimes qui jonchent sa route. Et c’est par le roman – quoi de mieux qu’un roman pour rendre compte de la réalité ? – que cette mythomanie sanglante est écornée aujourd’hui.
Les écrivains parfois écrivent de manière parallèle sans s’en rendre compte, évidemment : ce n’est qu’à la publication qu’on s’aperçoit par exemple que deux romans sortis en même temps ont pour cadre principal le mois d’août 1962, et un sujet commun : la trahison.
Dans Je ne vous oublie pas, (Cherche-Midi), Emmanuel Sabatié fait resurgir du néant les supplétifs de l’armée française pendant la guerre d’Algérie. Son roman commence dans l’atmosphère propre aux périodes dites de « libération », que l’auteur restitue à merveille et qui donne d’emblée au récit une dimension universelle. Un harki cherche à gagner la France avec sa femme et ses deux enfants. Il n’est pas possible d’en écrire plus, car ce roman, que l’on lit d’une traite avec la sensation d’une douleur physique au ventre, n’est pas de ceux que l’on chronique distraitement avec des mots choisis et élégants. Il rappelle simplement la sauvagerie des hommes dès qu’ils sont livrés à eux-mêmes, et surtout lorsqu’ils sont encouragés par le pouvoir en place.
Vieil homme cruel
C’est justement le sort de ces supplétifs qui constituent les plus belles pages du roman d’Alice Ferney Passé sous silence (Actes Sud) et qui, parmi d’autres motifs, ont conduit Bastien-Thiry à commettre son geste désespéré au Petit Clamart. Alice Ferney convoque ainsi cette belle figure (sous le nom de « Donadieu »), qu’elle oppose au fameux général au menton mou (« Grandberger », dont la description physique page 60 vaut le détour). Elle n’en rajoute pas : son récit est précis, d’une objectivité que ne renierait pas un historien pointilleux. De Gaulle n’est pas dénué de qualités : indifférent au danger physique, par exemple.
Mais cette confrontation à distance entre Grandberger « vieil homme cruel » et Donadieu « l’homme d’exception » n’est pas à l’avantage du premier et éclaire toute la période, bien mieux que cinquante ouvrages universitaires sur la guerre d’Algérie. Elle nous rappelle par exemple que l’armée avait vaincu la sédition, rendant ainsi possible toutes sortes de solutions, y compris éventuellement l’indépendance sans les massacres.
Il présente l’intérêt, aussi, de nous restituer le vrai Bastien-Thiry : ce n’était pas un « activiste » (terme bien commode pour fusiller les gens en insultant vaguement leur mémoire), il n’a jamais été membre de l’OAS, on ne lui connaît aucune opinion politique (sauf peut-être gaulliste, justement). C’était un des plus brillants scientifiques français, haut gradé, promis à une belle carrière, père de trois filles. Pas vraiment le profil du tueur fascisant que la légende gaulliste (comme ces deux termes, « légende gaulliste », vont bien ensemble !) a colporté.
Ces deux écrivains prouvent ainsi la supériorité, parfois, du roman sur d’autres formes d’écritures : les historiens se perdent en nuances ou même, dans le cas des harkis, ont carrément déclaré forfait.
Peut-être est-il enfin temps de laisser le Général à ses procès truqués, à sa justice aux ordres, à sa cruauté d’avoir livré aux bourreaux des Algériens qui avaient cru à ses promesses, à ses petits matins blêmes où l’on fusille à la sauvette, à son Paris outragé et à son Québec libre.
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L'auteur
François Marchand est écrivain.
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thierry bruno dit
pro-Algérie française, sans “s” évidemment.
thierry bruno dit
à Grandgil.
un premier point : pour moi, “gaulliste” ne veut rien dire. Pour reprendre l’expression de Bernanos, “ces hommes sont de la même race” .Et De Gaulle, Bernanos, Mauriac…..ne sont pas de la race des Morand ou Laurent. Que ce soit à partir de 1958 que De Gaulle vous pose problème, c’est déjà bien que vous ne reniez pas celui de 40. Ce que font la plupart des pro-algérie françaises, les assassins de l’OAS et ce à la plus grande joie des mous ou des traitres de 40 tels Morand ou Laurent.
Je ne vais pas débattre infiniment sur ce qu’a fait De Gaulle en Algérie et surtout, encore plus vain, sur ce qu’il aurait pu faire. Le syndrome du yakafokon, très peu pour moi. Cela fait trente ans que je lis ces critiques, trente ans que les faits ne me font pas changer d’avis (et pourtant, j’ai lu des anti-gaullistes féroces et en vieillissant, j’en arrive à avoir pitié pour eux).
Quant à choisir mes lectures selon mes opinions, vous faites erreur : ce sont mes lectures qui ont formé mon opinion. Et pour ce qui est de la qualité littéraire, Jacques Laurent, je persiste à dire que ça vaut pas grand-chose et Morand, l’infâme Morand, il écrit bien mais c’est vide. Je ne suis pas d’accord avec les opinions politiques d’Aragon (puisque vous le citez) mais sa poésie est superbe et profonde. Morand, c’est creux, c’est inexistant.
Grandgil dit
C’est toujours très vague Alpheratz, vous vous basez sur des on-dits et des préjugés personnels. Ce n’est pas crédible.
arnaud.reglat-boireau dit
je ne sais plus qui a dit “si on ne fait pas l’Algérie française,nous aurons la France algérienne ” . 50 ans plus tard était ce si ridicule?
Alpheratz51 dit
Grandgil dit :
23 novembre 2010 à 13:09
Tixier se présente encore en 2010 ? Il est président du FN ? Il s’est rasé la barbe et teint en blonde alors ?
…………………………
Le Pen était Directeur de campagne de Tixier Vignancour en 1965. Les chiens ne font pas des chats.
La haine de De Gaulle chez les pieds noirs a poussé quasi majorité d’entre eux dans le vote extrémiste.
Les pieds noirs Ps et de Gauche c’est plutôt à partir du milieu des années 70 avec la montée en puissance de Mitterrand ( et toujours la haine du Gaullisme incarnée )
ps: Un de mes meilleurs amis, enseignant et membre du PS depuis 1973,
ne passait pas une journée sans dire “putain de De Gaulle, sale raton, sale crouille, putain de melon etc….) . Il était d’Oran. Je suppose que, vivant dans le djebel, j’ai échappé à cette haine avant lui.
Sophie dit
@ Impat
“Il serait dommage de le laisser clore sans rappeler la troisième grande œuvre du Général, la constitution de la 5ème république, qui nous a sorti de l’impuissance de la 4ème.”
Rendant la 6ième inéluctable, Desproges dixit! ;-)
Grandgil dit
Pauvres hussards, que leur reprochez vous, de bien écrire, d’être libre de toute vulgate idéologique quand ils écrivent ?
Grandgil dit
Attation,
Si Mauriac était effectivement gaulliste, Bernanos ne l’était pas mais soutenait le Général car il n’y avait que ça à faire pendant la Guerre si on était un homme libre, moi c’est en 58 que la conduite du général me pose problème, pas pendant la guerre.
Et 40 n’absout pas les ratés quant à la Guerre d’Algérie.
Si vous vous basez sur vos opinions pour lire les écrivains, vous allez passer à côté de quelque talents.
Moi qui suis catho, je lis et apprécie Bataille, je lis Aragon avec grand plaisir, je sais que Chardonne était une fripouille tout comme Paul Morand mais ils écrivent remarquablement.
thierry bruno dit
grandgil,
désolé d’avoir mal orthographié Bastien-Thiry. En revanche, c’est sûr que si vous comparez les hussards aux nouveaux romanciers, on peut les trouver “bons”. Mais dans la littérature française, ça vaut pas grand-chose .D’ailleurs, c’est amusant de constater que des Mauriac, Malraux et Bernanos, parmi d’autres étaient pour De Gaulle. Cela a quand même plus de gueule que Jacques Laurent et…qui d’autres d’ailleurs dont on puisse se souvenir ?
à Saul. Vous dites qu’en 1954, tout le monde était pour l’Algérie française. Hélas le gouvernement aussi, alors que nous sortions d’une guerre de décolonisation, la guerre d’Indochine. Quelle terrible absence de lucidité de la part de ses politiciens qui ont engagé notre pays dans un combat d’arrière-garde sanglant, et ne sachant comment le conclure, bien heureux de filer le drame à De Gaulle et de s’en laver les mains ensuite, quitte à donner des leçons plus tard.
à porc. Ne parlez d’honneur, c’est manifestement un mot dont vous ignorez le sens. Et chacune de vos phrases est un naufrage de la pensée.
Mousquetaire dit
@Saul
La raison d’état ?
Bien sûr que cela existe, bien sûr que je reconnais que cela peut exister, mais le problème c’est que dans 90 % des cas, avec les gaullistes, quand on parle de “raison d’état” c’est en fait la défense d’intérêt partisans, c’est à dire d’intérêts personnels.
Donnez-moi deux bonnes raisons pour justifier l’existence du SAC ? Où est l’intérêt de l’état quand les nervis gaullistes du SAC sont des truands de la Carlingue (Gestapo française) comme Boucheseiche et Le Ny, ceux qui enlèveront Ben Barka ?
Donnez-moi deux bonnes raison pour justifier la présence de Foccart, personnage gravement compromis dans la collaboration avec les nazis de l’organisation TODT (qui a fait disparaitre les témoins de ses turpitudes…) comme principal collaborateur de De Gaulle en charge des affaires africaines et malgaches alors qu’il est commerçant fort prospère dans l’import export avec l’Afrique ?
Le conflit d’intérêt sous la IVeme n’a pas attendu JF Copé…Y a-t-il eu conflit d’intérêt caricatural que Foccart / l’Afrique ?
P. Péan dans sa bio de Foccart a fort bien expliqué les raisons de la présence de Foccart auprès de De Gaulle : nous ne sommes pas dans la raison d’état mais dans ce que le gaullisme a de palermitain. Une formule empruntée à Clémenceau parlant de Mandel, citée par De Marenches à propos de De Gaulle et Foccart est bien crue mais parlante : “Quand je pète, c’est lui qui pue !”.
Nous sommes donc dans 95 % dans la raison d’état dévoyée….
Quad Pater dit
Le “débat” est inutile, Saul.
Admettons que 100% des Français d’origine européenne (ou juifs) nés en Algérie étaient des pourris-vendus au FN (FN qui n’existait pas en 62 mais bon, admettons, ou parlons juste d’extrême-droite. Allez, ils sont tous d’extrême-droite).
Et après, qu’est-ce qu’on fait ? C’est le sens de ma question à Procope. Qu’est-ce qu’on fait ? il faut tuer les pieds-noirs restants ou attendre qu’ils crèvent pour que le FN baisse dans les sondages ? je tue mes parents, nés là-bas, je me tue, moi qui suis aussi né là bas ?
Ça sert à quoi de se disputer sur les vrais chiffres de la répartition du vote pied-noir ? le plus jeune vrai pied-noir a 48 ans et il se fout pas mal de l’opinion de Procope et autres limités qui tiennent absolument (pourquoi ?) à le faire passer pour ce qu’il n’a jamais été.
“les peids-noirs, des colons”. Bande de nases !
Mousquetaire dit
Il y a 3 semaines après le téléfilm de Moatti sur de Gaulle, un documentaire, excellent à mon avis, réunissait 5 spécialistes : S. Bernstein, E. Roussel, C. Nick, M. Vinock et B. Stora.
Y était expliquée la duplicité de De Gaulle pour revenir au pouvoir en 58 sous la pression des paras d’Alger, via l’opération Résurrection.Y était expliqué que de Gaulle qui n’avait aucune chance de revenir au pouvoir légalement, a tout fait avec sa clique pour faire tomber la IVeme et se poser alors en recours.Tout cela est parfaitement expliqué dans l’ouvrage de C. Nick “Résurrection”.
Le bilan de ce retour au pouvoir par un putsch en disant “Je vous ai compris à Alger et Algérie française” à Mostaganem, d’après C. Nick : entre 300 et ’400 000 morts supplémentaires(les morts algériens, les morts français, les 17 Octobre 61, le 5 Juillets 61 à Oran, les harkis massacrés, etc…). En effet, la décolonisation était en marche depuis la loi cadre de Deferre en 56 et les gaullistes ont mené sous la IVeme République une politique imbécile sur la question coloniale, alliés qu’ils étaient avec les ultra de la droite nationale.
Il faut rajouter à ces exploits algériens, les morts des massacres de Sétif en 46 où De Gaulle a essayé de refiler la patate chaude aux autres…
Quand on regarde ce bilan froidement on ne peut que se rappeler ce que disait L. Vallon du gaullisme : “L’utilisation permanente de la bêtise par le génie”.
Génie, peut être mais souvent mauvais génie !
Saul dit
@ Alpheratz51,
sans doute est ce donc plus nuancé alors.
d’ après les pieds noirs que je connaissais ( et connais encore pour certains ), il y avait éffectivement aussi cet antagonisme entre “européens” (algériens d’ ailleurs, c’ était le nom qu’ on leur donnait ) et musulmans, mais il existait aussi des relations de “bon voisinage” ( pas d’ autre mots ) et une certaine mixité, quelques uns par ex racontaient qu’ à l’ école, musulmans et pieds noirs ne se regardaient pas en chiens de faïence etc
que la population pied noire n’ était pas elle meme très riche ( un juteux que j’ ai connu allait meme jusqu’ à dire que les différences dans ce pays étaient plus sociales qu’ ethniques… )
Mousquetaire,
raison d’ état ?
tout les grands souverains et chefs d’ état ont accepté les compromissions avec l’ éthique et la morale, c’ est inhérent à la fonction j’ imagine
Thelonious dit
Procope, bonjour,
Si les “colons” pied-noir, que vous les considériez comme des merdes ou pas, se sont sentis cocus, c’est parce que De Gaulle leur a promis quelque chose et s’est ensuite ravisé. Personne n’aime se sentir trahi.
en outre, notre brillant général n’avait aucune idée au départ pour régler le problème de l’Algérie.
Quant à la rue d’Isly, que vous considériez encore et encore les pied noirs comme de gros nazis en puissance ou réels, l’armée française leur a tiré dessus. Point barre. Des Français ont tiré sur des Français. Moi, qui que soit mon frère, même une grosse saleté, je ne lui tire pas dessus.
Mousquetaire dit
La gaullâtrie est comique voire ridicule quand on quelque goût pour l’histoire, celle qui n’est pas falsifiée.
Jeudi dernier un documentaire sur Planète consacré à Foccart donnait un petit goût de ce qu’a été le gaullisme “palermitain” : les magouilles, les crimes en Afrique comme en France, les crimes du SAC,les enrichissement scandaleux, les conflits d’intérêt, etc..
Pour la falsification de l’histoire par les gaulliste, Pierre Péan a écrit dans « l’homme de l’ombre » biographie non autorisée de Jacques Foccard à la page 197 :
« Les gaullistes qui, derrière mépris affiché pour la politique partisane, ont toujours été d’extraordinaires manipulateurs de l’histoire, on « relu » dans les années 60 le discours de Brazzaville du 20 janvier 1944 comme si le Général, en grand visionnaire, avait déjà prophétisé l’évolution de l’Afrique et la décolonisation. Cette relecture, qui s’est progressivement imposé à la majorité des Français – parmi lesquels hélas, trop d’historiens – est aussi déformée que le hold-up perpétré souvent par les mêmes gaullistes sur l’histoire d’ensemble de la Résistance. »
Il n’y a là qu’une petite partie des mensonges mais l’essentiel est dit : une grande partie du mythe est basée sur des mensonges et plus c’est gros, plus ça marche : exemple, la “vertu” du Général.
Comment quelqu’un d’aussi “vertueux” peut-il avoir eu comme plus proche collaborateur un homme au CV aussi sulfureux que Foccart ?
J’attends des réponse…argumentées !
Grandgil dit
L’article que j’ai mis en lien prouve que ce que j’énonce n’est pas une illusion pourtant, vous vous basez, Procope, sur des présupposés négatifs et sur rien de tangible.
Quad Pater dit
Procope vous dénoncez si je comprends bien le débarquement en France il y a 50 ans d’un million de colons d’extrême droite. Soit. D’ailleurs certains sont encore vivants, une partie a même fait des enfants depuis.
Ce que je ne vois pas, c’est où vous voulez en venir. Où est le danger ? Qu’est-ce qu’il faut faire maintenant selon vous ?
Procope dit
Pour compléter votre information et clore le sujet sur cette évidence, puisque vous semblez avoir des doutes !
http://tempspresents.wordpress.com/2009/05/18/abderahmen-moumenles-pieds-noirs-et-le-front-national/
Procope dit
@Grandgil dit :
23 novembre 2010 à 11:46
“Un esprit de géomètre aussi précis que le vôtre ne donne pas plus de précisions, Procope, un pourcentage des pieds noirs votant FN par exemple ?
Un article sur le sujet”
http://www.cairn.info/revue-po…..1-p-75.htm
L’article dit bien le rejet de la gauche et pour ma part je ne connais pas un pied-noir qui ne m’ait pas dit :”De Gaulle nous a fait cocus”.
Peut-être à droite votent-ils ” cocu ” et RPR, ce que je sais c’est que toutes les villes qui sont passés au FN, sont toutes des villes avec une forte population ” pied-noir ” et, en disant cela, j’ai bien conscience d’enfoncer une porte ouverte.
Gardez vos illusions et que grand bien vous en fasse.