La contre-culture, tout contre | Causeur

La contre-culture, tout contre

Barbey comme Debord ont critiqué radicalement les idolâtries de leur temps. Une parenté troublante

Auteur

Jérôme Leroy

Jérôme Leroy
est écrivain.

Publié le 07 avril 2013 / Culture

Mots-clés : , , , ,

contre culture barbey debord

Ouvrons d’abord L’Ensorcelée de Barbey d’Aurevilly, écrivain dandy, catholique et réactionnaire, dont les Romans reparaissent en Quarto dans la remarquable édition de Judith Lyon-Caen. On tombe, dès la première page, sur une description de la lande de Lessay. Pour Barbey, ce paysage fait partie des « haillons sacrés qui disparaîtront au premier jour sous le souffle de l’industrialisme moderne ; car notre époque, grossièrement matérialiste et utilitaire, a pour prétention de faire disparaître toute espèce de friche et de broussailles aussi bien du globe que de l’âme humaine ».
Intéressons-nous ensuite à ce que dit Guy Debord, le critique de la « société du spectacle », dont il est souvent question dans Contre-cultures !, un collectif sous la direction de Christophe Bourseiller et Olivier Penot-Lacassagne. Debord, dans In girum imus nocte et consumimur igni, note, à propos de ses contemporains : « Ils sont transplantés loin de leurs provinces ou de leurs quartiers, dans un paysage nouveau et hostile, suivant les convenances concentrationnaires de l’industrie présente. Ils ne sont que des chiffres dans des graphiques que dressent des imbéciles. »
Tout de même, cet air de famille a quelque chose de troublant qui ne pouvait que stimuler le mauvais esprit de Causeur. Voici Barbey et Debord communiant dans la même détestation de leur époque respective. Est-ce à dire que Barbey d’Aurevilly le monarchiste était un « situ » ? Et Debord le révolutionnaire, un antimoderne ? Léon Daudet et Philippe Muray ont bien montré qu’une certaine bêtise mortifère propre au « stupide XIXe  siècle » avait su se métastaser jusqu’à nos jours. Et si la contre-culture, selon Bourseiller et Penot-Lacassagne, a bien été cette protestation protéiforme contre un temps béatement persuadé de son excellence, alors pourquoi ne pas considérer Barbey, écrivain marginal à la postérité tardive, comme son pionnier involontaire et paradoxal ? Cette filiation paradoxale n’efface pas les différences entre le situationniste et le réactionnaire, mais elle devrait au moins troubler les amateurs de représentation binaire du monde.

[...]

Contre-cultures !, sous la direction de Christophe Bourseiller et Olivier Penot-Lacassagne, CNRS, 2013.

  • causeur1

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    publié dans le Magazine Causeur n° 1 - Avril 2013

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    causeur1
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    • 8 Avril 2013 à 18h16

      kravi dit

      @ Twisk
      Rassurez-vous, la binarité sexuelle m’apparaît toujours comme indispensable et surtout indépassable, n’en déplaise aux idéologiques du gender.
      Ça me rappelle cette anecdote sur De Gaulle :
      « Voyez-vous, Malraux, dans la vie, il y a deux sortes de gens. » S’apercevant alors qu’il allait émettre une banalité, il s’interrompit quelques secondes, puis poursuivit : « il y a ceux qui pensent qu’il y a deux sortes de gens, et les autres. »

    • 8 Avril 2013 à 12h47

      fabien dit

      Y a-t-il une liberté pour celui qui se définit “contre” ? La liberté est pour celui qui se définit indépendamment. Et dès lors il n’y a rien de plus légitime pour celui qui porte son projet que de vouloir qu’il soit reconnu le plus largement possible.
       

    • 7 Avril 2013 à 19h02

      kravi dit

      “Troubler les amateurs de représentation binaire du monde”
      Voilà, c’est pour de telles expressions dans de tels papiers qu’à certains moments je me surprends à éprouver quelque sympathie à votre égard.

      • 7 Avril 2013 à 23h12

        nonopetirobo dit

        “Who, the hell, cares?”

        • 8 Avril 2013 à 9h19

          kravi dit

          Qui s’intéresse à votre question ? Je m’adresse à JL

        • 8 Avril 2013 à 12h00

          Molotovodka dit

          Bon esprit Kravi. Refus d’échanger. Et JL s’intéresse-t-il plus à vous?

          Pour revenir à l’article, Spinoza est une bonne lecture pour éviter la la vision binaire du monde

        • 8 Avril 2013 à 12h34

          kravi dit

          Vous voyez une demande d’échange dans le commentaire de nonopetirobo ? Moi j’y vois un « casse-toi, pauv’ con ! »
          Et d’accord pour Spinoza.

      • 8 Avril 2013 à 16h13

        Twisk dit

        J’espère juste que vous ne vous êtes pas mépris sur le sens de “troubler les amateurs de représentation binaire du monde”, qui signifie ici “troubler ceux qui croient à un vrai clivage droite-gauche (ou libéral-conservateur)”.
        Sait-on, en ces temps de progrès de l’idéologie queer, ce que d’aucuns vont aller s’imaginer…

      • 8 Avril 2013 à 16h13

        Twisk dit

        kravi, j’espère juste que vous ne vous êtes pas mépris sur le sens de “troubler les amateurs de représentation binaire du monde”, qui signifie ici “troubler ceux qui croient à un vrai clivage droite-gauche (ou libéral-conservateur)”.
        Sait-on, en ces temps de progrès de l’idéologie queer, ce que d’aucuns vont aller s’imaginer…

        • 8 Avril 2013 à 16h15

          Twisk dit

          Crotte, mon message deux fois. Un bug.