Complot rose-brun dans l’édition française
Quand un éditeur bien sous tous rapports publie Edouard Limonov
Publié le 26 janvier 2009 à 11:31 dans Culture
Mots-clés : Livres
Décidément, le ventre qui a enfanté la bête immonde est encore fécond. Sommes-nous donc périodiquement condamnés à revivre ces offensives larvées qui veulent mettre à genoux l’Empire du Bien, du Beau et de la Diversité. Oh, bien sûr, nous savons depuis le second tour des élections de 2002, quand Le Pen est arrivé en finale, que le fascisme est à nos portes, malgré vingt ans de vigilance antiraciste, de films recommandés par Télérama et de romans concernés de Didier Daeninckx. Bien sûr, nous avons poussé un soupir de soulagement quand des centaines de milliers de jeunes qui n’avaient jamais voté le firent avec leurs pieds démocrates entre les deux tours et repoussèrent l’hydre infâme, offrant un score sud-américain au président Chirac.
Mais le fascisme n’est pas seulement une bête immonde, c’est aussi une bête rusée, une vieille taupe mutante et parasitaire, capable de s’emparer d’un organisme sain et de le transformer en zombie de l’intolérance, de la haine et de l’exclusion, un peu comme dans l’immortel chef d’œuvre cinématographique de Don Siegel, L’invasion des profanateurs de sépulture.
Les lecteurs de Causeur se souviendront sans doute de l’effroyable complot rouge-brun qui au début des années 90 faillit submerger notre démocratie française. Ce complot unissait dans son lit les cheveux blonds, les cheveux gris d’intellectuels dévoyés, ex-communistes, crypto-fascistes, païens, bretons, russes, voire talentueux. On pouvait les trouver par exemple dans les colonnes de L’Idiot International, sous la plume de Jean-Edern Hallier, son chef d’orchestre nihiliste, des articles toujours plus anti-mitterrandiens, ce qui était bien la preuve de son aberration mentale. Lui qu’on croyait héritier de Chateaubriand était en fait un disciple secret d’Ernst Von Salomon, un réprouvé rêvant de Corps francs pour en finir avec ce modèle de société humaniste que représenta le second septennat de François Mitterrand, celui qui vit devenir ministre le camarade Bernard Tapie.
Ces rouge-bruns s’illustrèrent dans toute leur infamie lors du conflit en ex-Yougoslavie, prononçant régulièrement l’éloge des Serbes qui étaient alors le dernier peuple national-communiste d’Europe et qui en reçurent un juste châtiment quelques années plus tard grâce à des bombardements massifs de l’Otan. Au premier rang d’entre eux se trouvait un certain Edouard Limonov. D’aucuns le tiennent pour un écrivain majeur de ce temps, c’est surtout un monstre et ceux qui diront que ce n’est pas incompatible sont bons pour un stage de rééducation démocratique à la prochaine université d’été du Modem.
Longtemps, Limonov, qui est fourbe et cruel comme tous les rouge-bruns, fit illusion. En effet, il avait fui l’Union Soviétique pour New York en 1975 et New York pour Paris en 1980. Le problème, c’est qu’à la lecture un peu sérieuse de romans comme Autoportrait dans son adolescence, L’Etranger en sa ville natale et surtout La Grande époque où il trace le portrait ému de son père officier du NKVD, on s’aperçut avec horreur qu’il était dissident, certes, mais parce qu’il ne trouvait plus l’URSS assez stalinienne à son goût. Déjà, il voyait sous Brejnev percer Gorbatchev, et sous Gorbatchev, Elstine ce modernisateur qui rendit la Russie si attrayante en dérégulant l’économie et l’espérance de vie des plus pauvres.
Et la voilà chez nous, cette infâme créature, pervertissant nos écrivains et allant jusqu’à faire le coup de feu sur les hauteurs de Sarajevo ou en Transnistrie, cette région russe de la Moldavie qui voulait rester russe. Heureusement, nombre de Vigilants signèrent de nombreuses pétitions, des proscriptions furent dressées et des interdictions professionnelles prononcées. Le bloc central médiatique qui protège notre cher Empire du Bien (Le Monde, Libé, Télérama pour faire vite) non seulement ne parla jamais des livres de Limonov mais, en plus, contribua à réduire quasi-militairement cette atroce aberration idéologique qu’il avait suscitée. Un ouf de soulagement fut poussé, Limonov rentra en Russie et comme il avait décidément le diable au corps, il y créa aussi sec son Parti National-Bolchévique, fut arrêté et emprisonné entre 2001 et 2003.
On aurait pu penser que l’affaire allait s’arrêter là. Il y eut bien quelques pétitions que l’on fit circuler en France pour sa libération mais, heureusement, nos pétitionnaires professionnels gardèrent leur stylo au chaud car autant on a le droit de signer pour un mauvais écrivain démocrate autant il vaut mieux éviter quand il s’agit d’un très bon idéologiquement suspect.
Mais, non, le cauchemar continue et il nous revient de plein fouet ces jours-ci avec le dernier livre de Limonov, Mes Prisons, publié aux éditions… Actes Sud ! Oui, mesdames et messieurs, aux éditions Actes Sud ! La maison fondée par Hubert Nyssen était pourtant réputée sûre. Imaginez un peu, on y édite Berberova, Paul Auster, beaucoup de Scandinaves champions du partage des tâches domestiques. Autant dire que cette maison avait parfois des allures d’annexe littéraire de “Désirs d’Avenir” ou de la défunte Camif. Des livres de chez Actes Sud dans votre bibliothèque, c’était une assurance donnée aux gens qui venaient chez vous : vous étiez fréquentable, forcément fréquentable.
Et là, tout d’un coup, comme un bloc d’abîme, Limonov… `
Ce n’est plus d’un complot rouge-brun dont il s’agit ici mais bel et bien d’un complot rose-brun dont Actes Sud, qui avait déjà réédité en poche un roman posthume de l’infâme ADG, J’ai déjà donné, est devenu par on ne sait quelles obscures manœuvres le vaisseau-amiral.
C’est un jour tragique pour l’édition et la démocratie. Mais nous nous battrons. Jusqu’au bout. Les stylos pétitionnaires sont déjà dégainés. Actes Sud n’a qu’à bien se tenir.
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L'auteur
André Epaulard est président du Comité pour une littérature éthique.
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Paul Smith dit
Jusqu’à Anatole j’ai eu peur… Ensuite à Dieu Ne Plaise… Bref quelle vacuité…
Anatole dit
Questions
Sous le Rocardo perce l’orque (ado) (donc l’épaulard?)
Pour rendre à César ce qui appartient à César, ne fallait-il pas des guillemets, non à “pauvre cons” passé dans le domaine public, mais à “boutiquiers roteurs”?
John Love dit
@ Anatole
Etant donné qu’à chacune de vos questions le jury a répondu par l’affirmative, l’accusé est reconnu coupable des fait suivants:
-Fautes de goût éhontée et atteintes graves au sens esthétique le plus élémentaire.
Les circonstances aggravantes sont retenues à son encontre pour port d’un bouc et d’une petite cravate de cuir parfaitement ridicule.
En vertu du code des bonnes manières citoyennes l’accusé est donc condamné par la cour européenne des droits du post-homme à porter un tee-shirt “sexy centriste” citrouille et des tongs UMP pour le restant de ses jours. Il lui est par ailleurs demander de remplacer l’emblème de son parti par une rose, un arbre, une fleur, un âne, un fruit, un bébé… ou tout autre symbole n’évoquant pas les tribulations de l’Histoire. Enfin le Parti National Bolchévique sera renommé Maison des Démocrates Pluriels, Parti du Vivre-Ensemble, Mouvement pour le Bien Commun ou encore Union des Gens-Comme-Y-Faut.
Gabriel Fouquet dit
Oui, monsieur Epaulard, je bois. Le plus souvent avec mon ami Quentin à l’hôtel Stella. Le CULET est bien informé mais il n’empèche que “J’ai déjà donné” a d’abord été édité au Dilettante en 2007. Rien de ce qui est ADG ne saurait nous être étranger.
rocardo dit
Très bonnes questions,Anatole.
Ah,la haine des petits bourgeois libéraux et démocrates,des petits boutiquiers roteurs en somme,tellement mieux de se branler en cercle entre dandys d’extrême gauche et droite.Pauvres cons.
Anatole dit
Questions
Qu’est-ce que le Parti National-Bolchevik?
Par qui a-t-il été fondé?
Est-ce par hasard que le mot national-bolchevisme évoque celui de national-socialisme?
Est-il vrai que le drapeau du parti national-bolchevik ressemble au drapeau nazi mais qu’à la place de la croix gammée il y a une faucille et un marteau?
Est-il vrai que Limonov a écrit simultanément dans la revue communiste (rouge) Révolution et dans la revue lepéniste (brune) Le Choc du Mois?
Dans son journal, La sentinelle assassinée, Limonov dit-il au criminel de guerre Karadzic: “ Mes voeux de victoire, Radovan Karadzic ”?
Est-il vrai que l’écrivain fondateur de l’Idiot International Jean-Edern Hallier a déclaré au Monde: “ Il faut réconcilier Thorez et Doriot ” et que ledit Hallier a été condamné par la 17e chambre correctionnelle pour “qualificatifs outrageants ou abjects s’appliquant à désigner les juifs comme la lie de l’humanité”?
Ralph Milan dit
ADG un rouge-brun ? Monsieur Épaulard devrait s’acheter des lunettes moins teintées. Je pense que son rapport avec le rouge (à ADG) se limitait à sa consommation. Comme d’autres écrivains avant lui, Blondin, Debord, Manchette, ADG fascine les petits garçons sages au fond que sont restés les hommes mûrs parce qu’il dit des horreurs sans scrupules et que ça fait rougir les dames.
Docteur John Wayne dit
évidemment pépine et même encoulet vu que je viens du Gers
Libéro dit
Pan sur le bec ! Merci Paul ! Faut aussi se méfier des homo … nymes.
Paul Smith dit
Libéro dit :
Tapie a bien eu son marocain, non ? ”
Non, vous confondez avec Douste-Blazy ou Jack Lang, Tapie a eu un maroquin lui…
Pépine iériste dit
@Docteur John Wayne
“Limonov était aussi très connu pour son récit new-yorkais, le poète aime se faire enculer par des grands noirs”…..
Vous vouliez dire en CULET ?
Patrick Mandon dit
Le lièvre qu’a levé Sergueï A. Storm nous conduit au logis de l’arnaque. Il nous produit la preuve irréfutable.
Une question cependant : Sardou, bien vu en atlantiste ; mais quid de Vincent «Petite Bière» Delerm ? Vous le trouvez plus fréquentable ?
VVV dit
Le dernier bouquin du bandit Limonov est sorti en librairie. Yeah !
Marignac dit
Papier rigolo sur mon ami Limonov, pas si courant.
Quand il est arrivé à Paris en 1980, avec ‘Le poète russe préfère les grands nègres”, il faisait sensation par son audace, et parce que c’était pas un dissident tarte à la crème, tous ces pauvres cons démocrates que nous brandissaient les BHL.
Après, ses acrobaties ont toujours été assez juteuses. Il y avait Natacha Medvedeva. On se foutait bien de ce qu’en pensait la planète !