Nous sommes des centaines de milliers rien qu’en France à avoir été communistes, avant de décrocher quand nous nous sommes aperçus que nous étions victimes d’une illusion et, ce qui est pire, que nous avions été complices de l‘une des deux pires tragédies de l’Histoire.

La plupart des « ex » ont tourné cette page de leur vie sans tambour ni trompette, et sans chercher à savoir d’où provenaient leur illusion et leur faute. Ils sont passés à autre chose, pensant qu’on se débarrasse de la mentalité dans laquelle on s’est formé comme on abandonne une vieille peau derrière soi.

C’est bien leur droit. Et je ne leur jette pas la pierre, puisque je suis devenu libéral, et donc tolérant.

Je regrette seulement qu’ils n’aient fait bénéficier personne de leur erreur et de leur faute passées.

Ce ne serait pas si grave s’il n’existait plus de régimes communistes de par le monde, et s’il n’y avait plus chez nous de gens séduits par l’idéologie communiste.

Ce n’est le cas sur aucun de ces deux plans.

Si on additionne la Chine, le Vietnam, le Laos, la Corée du Nord et Cuba, cela fait un paquet de peuples sur lesquels le parti communiste exerce un pouvoir  absolu.

Quant aux gens de plume qui se piquent d’être communistes, (tout en vomissant bien sûr  le communisme réel, car ces marxistes ne voient pas le rapport entre une idéologie et sa mise en pratique) il s’en trouve même à Causeur, où rien pourtant n’est placé au-dessus de l’esprit critique.

Quelques tentatives m’ont prouvé qu’il ne servait à rien que j’essaie d’éclairer leur lanterne.

Puisque je suis inaudible, je passe la parole à Jean Lacouture, qui vient de passer l’arme à gauche, où il était déjà de son vivant.

Cet homme est incontestable : il n’est pas comme moi un anticommuniste, un traître, un renégat, un réac, un néo-cons, bref, un chien de garde de la finance internationale qui vient d’humilier l’héroïque peuple grec et ses leaders en leur imposant  une nouvelle avance de plusieurs milliards d’euros.

Je suis bien tranquille, personne à Causeur n’osera contredire le témoignage de Jean Lacouture.

Voici donc un extrait de l’examen de conscience public auquel il s’est obligé, et que Laurent Joffrin rapporte dans Libération, au risque de défriser certains de ses lecteurs.

«J’ai pratiqué une information sélective en dissimulant le caractère stalinien du régime nord-vietnamien. Je pensais que le conflit contre l’impérialisme américain était profondément juste et qu’il serait toujours temps, après la guerre, de s’interroger sur la nature véritable du régime. Au Cambodge, j’ai péché par ignorance et par naïveté. Je n’avais aucun moyen de contrôler mes informations. J’avais un peu connu certains dirigeants actuels des Khmers rouges, mais rien ne permettait de jeter une ombre sur leur avenir et leur programme. Ils se réclamaient du marxisme sans que j’aie pu déceler en eux les racines du totalitarisme. J’avoue que j’ai manqué de pénétration politique.»

Laurent Joffrin conclut : « Difficile d’être plus sincère. »

C’est vrai, on ne peut pas être plus sincère. Par contre, on peut essayer d’être encore plus lucide.

Par exemple, en se demandant sans complaisance si aujourd’hui encore rien ne permet de déceler les racines du totalitarisme chez des gens qui se réclament du marxisme.

Cela nécessite seulement de lire Marx les yeux ouverts, avant de vouloir recommencer l’expérimentation communiste in vivo.

*Photo : GINIES/SIPA/00577397_000002

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