Comment peut-on être islamophobe ? | Causeur

Comment peut-on être islamophobe ?

On nous rabâche que le principal danger n’est pas l’intégrisme mais l’amalgame

Auteur

Elisabeth Lévy

Elisabeth Lévy
est fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur.

Publié le 12 octobre 2012 / Société

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Charlie Hebdo Mohamed Merah islamophobie

« Rien à voir » : au lendemain de l’arrestation d’une quinzaine de candidats au djihad présumés, cette formule était psalmodiée en boucle par des commentateurs terrifiés à l’idée que l’on pût faire un lien entre islam et islamisme, le premier n’ayant, répétaient-ils, « rien à voir » avec le second. Comme l’affirma l’excellent Thomas Legrand sur France Inter, ces jeunes égarés évoquaient la secte Moon plutôt que la religion musulmane. On aurait aimé lui faire remarquer que les adeptes de Moon se font rarement exploser la cervelle dans l’espoir de gagner le paradis en tuant le plus grand nombre possible de leurs contemporains et qu’on ne connaît pas de cas où l’un d’eux aurait tiré sur une épicerie cachère ; que dans les classes du « 9-3 », ce ne sont pas des scientologues qui braillent que « M’dame, Hitler, il aurait dû finir le boulot ! » ; et que même les membres de l’Opus Dei ne se livrent pas à des agressions quand des chrétiens d’Égypte ou d’ailleurs sont assassinés.
Alors, d’accord, tueurs et brailleurs ne représentent pas l’islam, mais une « maladie de l’islam » ; et on admettra volontiers que le croyant lambda et même le gamin brailleur n’ont « rien à voir » avec le tueur − ce n’est pas parce qu’on dit « Mort aux juifs ! » à 12 ans qu’on assassinera des juifs à 20 ans. Peut-on décréter pour autant que cette maladie de l’islam serait absolument étrangère à l’islam ? Quelques jours après la fin de l’équipée de Mohamed Merah, Abdenour Bidar donnait sa propre réponse dans Le Monde : « On dit d’un tel fanatisme de quelques-uns que c’est “l’arbre qui cache la forêt” d’un islam pacifique. Mais quel est l’état réel de la forêt dans laquelle un tel arbre peut prendre racine ? Une culture saine et une véritable éducation spirituelle auraient-elles pu accoucher d’un tel monstre ? »1 Bien entendu, on enterra la question et la réponse. Puisque ça n’a « rien à voir ».

L’amalgamisme, voilà l’ennemi !

Comme à chaque fois que des violences sont commises au nom d’Allah ou de son prophète, chacun a donc été invité à dénoncer le véritable danger, qui n’est ni l’intégrisme, ni l’obscurantisme, ni même le terrorisme, si minoritaire qu’il ne saurait avoir la moindre signification, mais l’amalgame − et son cortège de stigmatisation − qui pourrait conduire à confondre dans le même opprobre un milliard de croyants respectables et quelques brebis égarées. La lutte contre l’amalgame a donné naissance à ce que j’ai baptisé le « Parti du “mais” » : il est désolant qu’il y ait des victimes, mais on se demande si elles n’ont pas un peu cherché les ennuis. La violence islamiste est intolérable, mais la provocation islamophobe est insupportable. Fallait pas mettre de mini-jupe, ma fille, si tu ne voulais pas te faire violer. Il faut donc saluer le professeur Ghaleb Bencheikh qui se prononce, sans ambiguïté et sans la moindre réserve, pour la liberté. Même quand elle blesse. Même quand elle choque. Même quand elle est de mauvais goût. Même quand elle n’est pas drôle.
Pour le « Parti du “mais” », les vrais coupables ne sont pas ceux qui tuent à Benghazi ou vocifèrent à Paris, mais les irresponsables qui chatouillent sans précaution une susceptibilité islamique bien compréhensible : la vidéo « anti-islam » a provoqué la mort de l’ambassadeur américain en Libye, les dessins de Charlie Hebdo des émeutes meurtrières à Karachi.
Quant à la dérive potentiellement assassine et divinement inspirée de nos petits voyous fanatisés (qu’ils aient été vraiment dangereux ou pas ne change pas grand-chose à l’analyse), elle a été provoquée conjointement par la pauvreté et le racisme ambiant. Sans oublier le cruel manque d’imams dans les prisons : la candeur des nigauds de gauche ressassant, sans le comprendre, cet argument zemmourien − en l’occurrence qu’il y a une majorité de musulmans dans les prisons françaises − aurait été fort divertissante si on avait le droit de rire de tout, y compris de questions fort sérieuses. Tout aussi tordante était leur insistance à rappeler que la dernière cuvée d’ex-futurs- martyrs était largement constituée de « Français convertis ». Comme, en l’occurrence, ils voulaient parler de « de souche » convertis, on a vaguement l’impression que, pour eux, un Blanc n’est pas tout à fait un musulman comme les autres.
Certes, dans leur esprit, cette insistance visait à disculper l’islam de toute responsabilité dans le fanatisme de quelques-uns ; seulement, du même coup, ils avouaient que, pour eux, musulman n’est pas une religion mais une race. Grâce à cette pirouette, quiconque osant dire qu’il n’aime pas la première peut-être accusé de détester la seconde. Comme le montre Pascal Bruckner, tout l’intérêt du terme « islamophobie » est d’organiser cette confusion sémantique. L’islamophobe n’est pas un anticlérical, mais un raciste. Disons-le d’emblée, on peut être l’un et l’autre. Dans la vraie vie, la distinction entre la critique de pratiques et celle des pratiquants ne va pas toujours de soi et, chez certains, le rejet des croyances n’est que l’alibi de la haine des croyants. Bref, s’il n’y a pas d’un côté d’affreux racistes et de l’autre d’admirables humanistes, le débat ne se résume pas non plus à l’affrontement entre le courage des uns et la lâcheté des autres. La liberté d’expression n’est pas un joker que l’on peut brandir comme si la question de ses limites ne se posait même pas. Ajoutons que les religions posent un problème particulier. Instinctivement, n’importe qui sent bien qu’il est plus facile de rire des idées politiques de ses amis − les affectueuses disputes entre Jérôme Leroy et votre servante en sont la preuve − que de leurs convictions religieuses.
Je persiste à penser que la réponse de la France de 1789 est toujours d’actualité et que nos dieux doivent être suffisamment adultes pour accepter qu’on se paie leur tête sans faire trop d’histoires, autrement dit que les inconvénients de la liberté sont plus acceptables que ceux de la censure.

Mais je dois constater que des esprits éclairés, y compris dans la rédaction de Causeur, pensent différemment. Certes, ils ne joignent pas leur voix au choeur des censeurs, mais à l’instar de Jacques de Guillebon, ils trouvent que les « provocateurs » ne sont vraiment pas au niveau et que leurs pitreries ne valent pas les ennuis qu’elles nous occasionnent.
Quoi qu’il en soit, on n’a pas plus à choisir entre Voltaire et Ben Laden qu’entre Élisabeth Lévy et Pascale Clark2: entre ces deux pôles, comme dans les pages qui suivent, de nombreuses nuances sont possibles − et même souhaitées.
Certains pensent que nous sommes obsédés par l’islam. Bruno Maillé voit même dans cette obsession présumée l’un des symptômes de notre désarroi métaphysique. Peut-être, mais puisque bon nombre de Français et d’Européens semblent atteints par la même pathologie, il faut tout de même se demander d’où elle vient : de nos cerveaux malades ou de la réalité ? De même que les paranoïaques ont des ennemis et les hypocondriaques des maladies, il doit bien arriver que les obsédés soient confrontés à des sujets obsédants.

Reprenons le film des événements. Lorsque que nous avons envisagé de consacrer ce numéro à la question « Peut-on critiquer l’islam ? », les colonnes de nos journaux étaient occupées par L’Innocence des musulmans et les troubles afférents. Alors que nous venions de prendre la décision en petit comité, c’est-à-dire le mardi 18 septembre vers 19 heures, Paris bruissait, sans que nous le sachions, de rumeurs sur la nouvelle « une » « scandaleuse » de Charlie Hebdo. Et deux jours avant le bouclage de ce numéro, survenait le coup de filet antiterroriste (peut-être apprendra-t-on qu’il s’agissait de Pieds Nickelés éructant plus qu’ils n’agissaient mais l’un d’eux a tout de même tiré sur les policiers venus l’arrêter). Alors, je ne sais pas si nous sommes obsédés, mais l’islam et ses maladies ont une légère tendance à se rappeler régulièrement à notre souvenir. Et ce n’est pas l’essentialiser qu’observer, comme Cyril Bennasar, qu’ils le font souvent dans des termes problématiques. Dans l’ensemble des arguments avancés par les défenseurs d’une critique modérée et empreinte de tact, on retiendra celui de Paul Thibaud, qui explique en substance qu’avant de se moquer du sacré des autres, chacun devrait se demander ce qui est sacré pour lui. De fait, Régis Debray a bien montré que le sacré ne s’arrête pas aux frontières du divin. Et le sacré profane se défend parfois contre les ricaneurs plus férocement encore que son ancêtre religieux. À peine la chasse aux sorcières islamophobes marquait-elle une pause que la traque des scélérats homophobes battait son plein, comme si s’opposer au « droit au mariage et à l’adoption pour tous » était bien pire que se payer la tête de Mahomet, Moïse ou Jésus. On peut juger outranciers ou déplacés les propos de François Lebel, maire UMP du 8e arrondissement de Paris, qui a estimé, dans un éditorial, que si le « tabou immémorial du mariage hétérosexuel » venait à sauter, d’autres, tels que la prohibition de l’inceste, de la polygamie et de la pédophilie pourraient suivre. Ces propos discutables, et peut-être scandaleux, ne furent pas discutés; une fois de plus, des dizaines de marteaux se donnèrent rendez- vous pour taper sur le même clou, comme si la moindre dissidence menaçait de ressusciter « les heures les plus sombres de notre histoire » − chacun sait que la répression des homosexuels bat son plein en France, obligeant ceux-ci à se cacher. Ainsi la psychanalyste Élisabeth Roudinesco a-t-elle dénoncé, dans Libération, tous ceux de ses pairs qui osent émettre la moindre réserve sur cette merveilleuse avancée si conforme, paraît-il, au « sens de l’Histoire » Comme l’a affirmé péremptoirement, en guise d’argument, je ne sais plus qui je ne sais plus où, « nous sommes au XXIe siècle ! ». Tout était dit.
Reste à savoir si cela valait le coup de se délivrer des anciennes divinités pour se prosterner devant les nouvelles vaches sacrées.
 

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*Photo : Annie Assouline, sonnerie de Charlie Hebdo

  1. « Un “monstre” issu de la maladie de l’islam »,Le Monde, 24 mars 2012.
  2. Laquelle s’est surpassée, le 9 octobre, dans son interview de Latifa Ibn Ziaten, mère d’un des soldats assassinés par Mohamed Merah, qui affirmait que les jeunes qui avaient fait de Merah un héros étaient des victimes qu’il fallait sauver. Ni l’interviewée, ni l’intervieweuse ne rappelèrent que si Merah est un héros pour certains gamins, c’est parce qu’il a tué des enfants juifs. Cela aurait sans doute cassé l’ambiance.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 26 Octobre 2012 à 15h41

      pirate dit

      Faudrait suivre l’actualité un peu madame Levy au lieu de réecrire 50000 fois le même articles : l’assassinat de l’ambassadeur est un attentat revendiqué, ce que Washington vient d’admettre après avoir essayé de maquiller l’affaire par le prétexte invoqué dans votre article. Des dizaines de marteaux se donnent rendez vous dans vos colonnes pour enfoncer le même et unique clou depuis la création du mag. Ca tient moins de l’obsession que du TOC.

    • 16 Octobre 2012 à 14h53

      st2l dit

      Bonjour Madame,

      Fondamentalement, je vous aime bien, car vous êtes une femme qui défend ses convictions avec la véhémence nécessaire à se faire entendre.
      De là à vous écouter, c’est d’une autre histoire, devrai je par avance comprendre votre texte, ce qui n’est malheureusement pas le cas! En simple, que voulez vous dire, quelle cause défendez vous?

      Merci

      StLL

    • 15 Octobre 2012 à 18h51

      Alpin dit

      “Des légions des miliciens ultras, manipulés par les islamistes au pouvoir, dont le visage et le nombre sont dûment documentés par l’image et par le son, appelés indûment «Lijân himâyat al-thawra» (Comités de défense de la révolution), sont lâchés contre les progressistes et les démocrates. Ils sèment la terreur et intimident indistinctement les citoyens dans l’impunité totale. Pour exemple, l’assaut surréaliste donné le 14 septembre par des groupes jihadistes, avec la complicité avérée des forces de l’ordre, contre l’ambassade des Etats-Unis qui a failli provoquer une intervention étrangère. La dite attaque et le spectacle comique de la «traque» du chef du réseau terroriste proche d’Al-Qaïda abû-Yadh et de ses lieutenants, présumés auteurs de l’opération, en disent long sur les liens énigmatiques et complexes – et non affectifs comme le prétendait le chef d’Ennahdha, voire sur la collusion des islamistes tunisiens, qualifiés abusivement par la presse occidentale de modérés, avec la mouvance salafiste et certains groupes appartenant à la nébuleuse jihadiste.

      De la banalisation de la violence à la déflagration généralisée

      Les menaces de mort, les agressions physiques contre les opposants, la vandalisation des sièges régionaux des partis d’opposition, l’instrumentalisation de la justice dans le règlement de comptes politiques, le retour de la pratique de la torture et du viol sur les lieux de détention, suscitent des inquiétudes légitimes.

      Nos appréhensions sont d’autant plus réelles, que cette violence, perpétrée au nom de «l’inviolabilité du sacré», convertie depuis quelques temps en abcès de fixation des Frères musulmans tunisiens, vise à instaurer un climat de terreur pour contraindre les gens, à défaut de les convaincre, à la résignation et à l’acceptation d’un ordre moral, contesté et contestable, étranger à la sociabilité tunisienne, construite, malgré les vicissitudes, sur un fond civilisationnel hybride, métissé et imprégné en profondeur de valeurs d’altérité et d’ouverture.”

      “Kapitalis”:15-10-2012

    • 15 Octobre 2012 à 17h00

      Alpin dit

      Un blog tunisien fort intéressant,par des tunisiens,un peu plus préoccupés par les problèmes profanes que par les obsessions théologiques, et qui n’ont pas spécialement envie de goûter de l’islamisme:

      http://www.kapitalis.com/

    • 15 Octobre 2012 à 16h57

      Alpin dit

      @Bibi,

      Bien le bonjour.

    • 15 Octobre 2012 à 13h55

      Bibi dit

      L’invention de l’«islamophobie» par Pascal Bruckner
      http://www.liberation.fr/societe/01012303767-l-invention-de-l-islamophobie
       

    • 15 Octobre 2012 à 12h49

      Bibi dit

      Merci Guenièvre pour votre 14 October 2012 à 14h58.
      Donc le débat reste intra-musulman, d’une part entre théologiens (comment interpréter le texte?) et, d’autre part, il porte(!) sur la/les manières de pratiquer la foi. A ce titre, je ne vois pas de raison valable pour que des non-musulmans s’immiscent dans ces affaires.
      Et encore moins pourquoi il faudrait laisser Frère Tariq et ses disciples déterminer les termes du débat entre les porteurs et apologistes de pratiques clairement ou supposées incompatibles avec les pratiques républicaines, et les défenseurs des pratiques républicaines.
      Une fois de plus, ce n’est pas de foi qu’il s’agit.
       

    • 15 Octobre 2012 à 12h19

      l’oiseau bleu dit

      il y presque deux siècles déjà..
      Le Voile, un poème terrifiant de Victor Hugo (1829)

      Toujours d’actualité hélas, poème de Victor Hugo publié en 1829 dans son recueil Les Orientales,

      Le Voile

      La soeur

      Qu’avez-vous, qu’avez-vous, mes frères ?
      Vous baissez des fronts soucieux.
      Comme des lampes funéraires,
      Vos regards brillent dans vos yeux.
      Vos ceintures sont déchirées.
      Déjà trois fois, hors de l’étui,
      Sous vos doigts, à demi tirées,
      Les lames des poignards ont lui.

      Le frère ainé

      N’avez vous pas levé votre voile aujourdh’ui ?

      Le second frère

      Un homme alors passait ? Un homme en caftan vert ?

      La soeur :

      Oui… peut-être… mais son audace
      N’a point vu mes traits dévoilés…
      Mais vous vous parlez à voix basse,
      A voix basse vous vous parlez.
      Vous faut-il du sang ? Sur votre âme,
      Mes frères, il n’a pu me voir.
      Grâce ! tuerez-vous une femme,
      Faible et nue en votre pouvoir ?

      Le troisième frère

      Le soleil était rouge à son coucher ce soir.

      La soeur

      Grâce ! qu’ai-je fait ? Grâce ! grâce !
      Dieu ! quatre poignards dans mon flanc !
      Ah ! par vos genoux que j’embrasse…
      O mon voile ! ô mon voile blanc !
      Ne fuyez pas mes mains qui saignent,
      Mes frères, soutenez mes pas !
      Car sur mes regards qui s’éteignent
      S’étend un voile de trépas.

      Le quatrième frère

      C’en est un que du moins tu ne lèveras pas !

      • 15 Octobre 2012 à 19h04

        Alpin dit

        @Guenièvre,@Nadia,@L’Oiseau bleu,

        Bien le bonjour.

        • 15 Octobre 2012 à 20h19

          l’oiseau bleu dit

          Alpin
          bonjour
          à lire egalement sur Kapitalis la réaction des lecteurs. Combatifs et pas décidés à se laisser faire par Ennahda 

    • 15 Octobre 2012 à 9h37

      Alpin dit

      “L’écolière pakistanaise blessée par les talibans évacuée au Royaume-Uni”

      “Malala Yusufzai nécessite toujours des soins intensifs malgré des progrès dans son rétablissement.

      Malala Yusufzai, l’adolescente pakistanaise grièvement blessée par les talibans en raison de son combat pour l’éducation des filles, a été transférée par avion lundi vers la Grande-Bretagne pour y être soignée, a annoncé l’armée pakistanaise. «Le Pakistan a organisé avec les Emirats arabes unis le transport de Malala par avion médical vers la Grande-Bretagne», a déclaré l’armée dans un communiqué.

      Malala Yusufzai, 14 ans, a été blessée par balles à l’épaule et à la tête par les talibans à Mingora, dans le nord-ouest du Pakistan, la semaine dernière, lors d’un attentat en pein jour qui a été universellement condamné. L’adolescente avait été la première récipiendaire du prix national pour la paix créé l’an dernier par le Pakistan après s’être fait connaître à l’âge de 11 ans seulement en dénonçant sur un blog de la BBC les violences commises par les talibans dans sa région entre 2007 et 2009. Les autorités pakistanaises ont promis une récompense de 100 000 dollars pour des informations permettant d’arrêter les responsables de l’attentat.

      La jeune fille avait été transportée par hélicoptère de la vallée de Swat à Peshawar, grande ville du Nord-Ouest, puis dans le principal hôpital militaire du pays, à Rawalpindi, ville jumelle de la capitale Islamabad. Dimanche, l’armée avait fait état de «progrès réguliers et satisfaisants» dans le rétablissement de la jeune patiente. Les médecins ont arrêté la respiration artificielle pour un bref essai qui a été «réussi», mais ils ont ensuite rebranché le système «pour éviter de la fatigue à la patiente», selon l’armée.

      Des médecins spécialistes pakistanais et étrangers estiment désormais que Malala Yousufzai a besoin «de soins prolongés afin de se remettre entièrement sur les plans physiques et psychologiques», a indiqué l’armée. Des os endommagés du crâne de l’adolescente devront aussi être traités ou remplacés, a souligné l’armée qui évoque une «réadaptation à long terme, incluant des soins neurologiques prolongés».

      L’écolière avait reçu vendredi la visite du Premier ministre pakistanais Raja Pervez Ashraf, qui s’est rendu à son chevet et auprès de deux de ses amis blessés dans l’attaque de leur autobus scolaire mardi par des combattants armés du Mouvement des talibans du Pakistan (TTP), allié au réseau Al-Qaeda. Les talibans pakistanais avaient affirmé avoir pris pour cible Malala pour «son rôle de pionnière» dans la défense de l’éducation des jeunes filles et ses critiques à leurs égards.”

      “Libération” 15-10-2012

    • 15 Octobre 2012 à 6h28

      Fiorino dit

      @ Emil
      “Ainsi la France a un taux de fécondité supérieur à celui de l’Algérie (2.08 contre 1.74).”

      C’est faux, les statistiques de la CIA sont bidon.
      Le taux de fecondité en Algérie rémonte depuis dix ans d’ailleurs il est aujourd’hui à 2,9 enfants par femme

      “En Algérie, après avoir
      atteint 2,2 dans la première moitié des années
      2000, elle ne cesse d’augmenter depuis, atteignant
      presque 2,9 en 2010.”
      http://www.ined.fr/fichier/t_telechargement/48517/telechargement_fichier_fr_publi_pdf1_486.pdf.

      • 17 Octobre 2012 à 20h41

        Emil dit

        Il y a effectivement une erreur sur Wikipedia. Sur le site de la CIA Factbook il s’agit de 2,78 pour l’Algérie. Quand à la France le dernier dossier de l’Ined ne donne pas 3.99 pour les extra communautaires. Mais au plus 3.5 pour l’Algérie, 3.3 pour le Maroc-Tunisie et 2.9 pour la Turquie – Afrique.

        Avec une précision : toutes les femmes immigrées (Europe et Asie comprises) ne représentent que 10% du total des naissances. Ne contribuant qu’à augmenter le taux français de 0,1%.

        Ensuite ces chiffres ne démontrent pas que les immigrés et leurs descendants sont tous de fervents musulmans. Que tous les musulmans français ont pour idéal politique un régime islamique. Et qu’ils gardent absolument tout de leurs ancêtres sans rien intégrer de la France. Il suffit d’avoir vécu dans certains quartiers pour comprendre que les fervents musulmans ils courent pas les rues. Et que les valeurs des jeunes pommés, c’est moins le Coran que Tony Montana et Franck Ribéry.

    • 14 Octobre 2012 à 15h16

      Videorama dit

      Les mots ont un sens et se réfèrent à des réalités distinctes.
      S’il est évidemment vain de nier le lien entre islam et islamisme, il est d’autant plus pervers de vouloir faire porter à l’islam, en raison même de ce lien irréductible, la responsabilité de la barbarie humaine.
      Au mieux l’islamisme est une pathologie, au pire une barbarie (c’est-à-dire une pathologie universellement identifiable et condamnable). Mais il ne peut rendre compte en aucune façon de la religion que pratiquent actuellement des millions d’adeptes français, pas plus soupçonnables de malfaisance et de terrorisme que leurs compatriotes chrétiens, juifs, voire bouddhistes.
      L’islamisme français tire de l’islam non pas son essence, mais un certain nombre de traits caractéristiques permettant qu’on le distingue des autres pathologies sociales et des différentes barbaries (ex : hooliganisme, mafia, secte, etc). Son essence est le dysfonctionnement social (régional, national, international). Sa nature est complexe et dépasse le cadre stricto sensu de l’islam. Ses conditions d’émergence sont sociales, sans qu’on puisse identifier pour l’heure, il me semble, des frontières claires et stables, ni tous les agents déclencheurs et nourrisseurs. En France et dans le monde, il adopte des formes variées en fonction des classes, des cultures et des pays.
      Certes la tentation est grandes de rendre l’islam responsable de l’islamisme. Quand, en effet, on a eu la peau d’un Ben Laden ou d’un Merah, loin de se sentir apaisé, on n’en éprouve que des frustrations : seules quelques têtes de l’hydre ont été tranchées. Aussi l’islam nous semble un responsable tout désigné. La vérité est que l’islam se révèle aussi bien une victime collatérale de l’islamisme qu’un complice indirect. Jamais son responsable. Et si, néanmoins, en tant qu’institution sociale, et par cela même vulnérable, il devait se laisser corrompre tout entier par l’islamisme, on parlerait de lui non plus en termes d’islam, mais d’islamisme.

      • 14 Octobre 2012 à 23h33

        dan27 dit

        Justement non. L’islamisme c’est l’application stricto-sensu de l’Islam. Le reste n’est qu’une edulcoration des versets; un islam dénaturé…
        En france , la pratique de l’Islam est imparfaite mais elle évolue vers une application plus complète , une observance plus stricte des versets islamiques.
        Pour çà, on voit apparaitre un islam authentique qui s’affirme et qui revendique d’exister y compris au mépris de la république.

        • 15 Octobre 2012 à 19h03

          Videorama dit

          @dan27
          “Justement non. L’islamisme c’est l’application stricto-sensu de l’Islam.”
          Il se trouve que la majorité des pratiquants français ne se reconnaissent pas dans cet islam appliqué stricto sensu. Ils y voient une déviance. Leur donnez-vous donc tort ?
          Une religion, ce sont des textes et des interprétations de textes. Les textes demeurent, les interprétations évoluent en fonction des époques ; grâce à elles, les textes sont toujours vivants et d’actualité. Les lectures littéralistes sont une folie, surtout 14 siècles après les textes originaux..
          Voilà pourquoi l’islamisme est une pathologie sociale à ne pas confondre avec l’islam, même si dans nos sociétés malades, il lui arrache des fidèles et gagne du terrain.
          Mal employer des mots, les faire désigner autre chose que ce pourquoi ils sont conçus peut blesser. La blessure est ressentie d’autant plus vivement qu’elle aura été infligée gratuitement, par haine ou par ignorance. On peut à juste titre s’inquiéter de la montée de l’slamisme, sans le confondre toutefois avec la foi que pratique honnêtement l’écrasante majorité des musulmans de France. Cela ne coûte rien après tout, et cela a le mérite d’employer le langage de la vérité.

    • 14 Octobre 2012 à 14h58

      Guenièvre dit

      C’est le terme d’islamophobie qui fait que nous sommes souvent dans un dialogue de sourds .

      Il n’est plus possible aujourd’hui d’être opposé aux interprétations sexistes du Coran sans se voir traiter d’”islamophobe”. Ceux qui ne souhaitent pas voir de signes religieux ostentatoires et prosélytes entrer à l’école, ceux qui s’opposent aux diktats de la religion et qui s’inquiètent du retour de l’interdit religieux dans l’espace publique, ceux qui usent de la liberté d’expression en utilisant l’ironie ou la caricature sont aussitôt soupçonnés de racisme.
      Et c’est exactement ce que voulaient les extrémistes.
      Ce mot a été utilisé pour la première fois en 1979, par les mollahs iraniens qui souhaitaient faire passer les femmes qui refusaient de porter le voile pour de “mauvaises musulmanes” en les accusant d’être “islamophobes”. Il a été repris au moment de l’affaire Rushdie, par des associations islamistes londoniennes comme Al Muhajiroun ou la Islamic Human Rights Commission dont les statuts prévoient de “recueillir les informations sur les abus des droits de Dieu”. De fait, la lutte contre l’islamophobie rentre bien dans cette catégorie puisqu’elle englobe toutes les atteintes à la morale intégriste (homosexualité, adultère, blasphème, etc.). Les premières victimes de l’islamophobie sont à leurs yeux les Talibans, tandis que les “islamophobes” les plus souvent cités par ces groupes s’appellent Salman Rushdie ou Taslima Nasreen ! Loin de désigner un racisme, le mot islamophobie est clairement pensé pour disqualifier ceux qui résistent aux intégristes : à commencer par les féministes et les musulmans libéraux.

      Le mot a été introduit ensuite en France par Tariq Ramadan . Depuis, il piège nos débats mettant systématiquement en situation d’accusés tous ceux qui osent résister aux interprétations politiques de l’Islam.

      Les musulmans laïques comme Malek Boutih ou A. Meddeb sont accusés d’être des “facilitateurs d’islamophobie “. Toute opinion un peu musclée devient “islamophobe”.
      Quand Nadia écrit ici :” Il se trouve qu’en ce moment sur le front catho ça s’est bien calmé, l’église est séparée de l’Etat depuis 1905, il a fallu lui faire entrer la laïcité dans le crâne un peu de force, mais le principe est acquis” que fait-elle sinon rappeler que le combat pour la laïcité a dû s’accompagner d’une grande fermeté. Je vous laisse imaginer ce que l’on dirait si cette phrase était prononcée par C. Bennasar et destinée aux musulmans : ” Il faut leur faire entrer la laïcité dans la tête UN PEU DE FORCE .

      Enfin, on a parfaitement le droit de penser que l’Islam n’est pas compatible avec la démocratie comme le font d’ailleurs des musulmans comme Talisma Nasreen .
      http://www.lexpress.fr/culture/livre/je-me-sens-la-responsabilite-de-denoncer-l-islam_818721.html

      Ce n’est aucunement du racisme d’affirmer que certaines idées contenues dans un texte ne sont pas compatibles avec d’autres idées auxquelles nous tenons . Ce n’est qu’une opinion . On peut ne pas être d’accord mais c’est d’un débat contradictoire qu’il s’agit, pas d’une confrontation entre les uns qui seraient intolérants , racistes et propagateurs de haine et les autres qui seraient ouverts et généreux. De nombreux musulmans ont prouvé dans les années 70 et aujourd’hui qu’ils sont, comme tous les êtres humains, capables de prendre des distances avec un dogme et de s’adapter à la modernité sans renoncer à leur foi. Une minorité agissante a décidé de les faire rentrer dans le rang et nous nous trouvons de fait du côté de ceux qui veulent qu’ils ne s’éloignent pas des textes. Je persiste: on ne leur facilite pas la tâche en pensant que l’urgence et la priorité sont de débusquer dans les moindres paroles les “racistes qui seraient parmi nous”. Je ne nie pas bien sûr qu’il y en ait mais dans leur immense majorité les français ne sont pas racistes.

      “il n’y a pas de conflit entre l’Islam et l’Occident, entre la chrétienté et l’islam; il existe plutôt un conflit entre sécularisation et fondamentalisme, entre pensée logique et pensée irrationnelle, entre innovation et tradition, passé et présent, modernité et antimodernité, entre ceux qui valorisent la liberté et ceux qui ne la recherchent pas. Je défends les musulmans partout où ils sont opprimés, en Inde ou ailleurs quand ils sont en minorité. Je suis contre la violence. La violence n’est jamais une solution. Je sais que la plupart croient en l’islam d’abord par ignorance et parce que les politiciens se servent de la religion pour les maintenir dans l’ignorance. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une éducation éclairée. Il y a des siècles, des hommes ont créé l’islam. Le Coran peut être considéré comme un document historique. Je n’ai jamais dit qu’il fallait le détruire, pas plus qu’il ne faut détruire les hadith! On doit le prendre comme un élément de notre histoire passée, mais ne pas chercher à l’appliquer de nos jours. ”
      Taslima Nasreen

      • 15 Octobre 2012 à 12h43

        nadia comaneci dit

        Bonjour Guenièvre, je n’enlèverais pas une virgule à votre texte, il est parfait. Et la citation de Nasreen à faire graver au fronton des écoles coraniques. Les musulmans sont tout à fait capables de se plier à la laïcité, on a oublié en effet combien fut longue et âpre la guerre civile larvée qui a mené à la loi de 1905. Elle fut accouchée dans la douleur et la fureur, les catholiques n’ont pas mis les pouces facilement, mais elle est devenue notre socle, notre trésor chéri. “Faire entrer un peu de force” n’est pas un appel aux armes comme le laisse entendre Cyril Bennasar avec ce sens de la provocation quii fait son charme. C’est simplement être intransigeant. La laïcité n’est pas négociable.

    • 14 Octobre 2012 à 14h04

      agatha dit

      à Jesse Darvas,
      Apparemment, vous n’êtes pas capable d’imaginer que je puisse avoir une position moins tranchée que : “l’islam veut dominer l’Occident et j’ai très peur”. Cela vous permet sans doute de justifier votre radicalisme à vous.
      Il y a pourtant une foultitude de faits précis à commenter relativement à l’emprise islamique sur nos vies, ici et ailleurs.
      Exemple : en France, il a fallu faire une forte pression sur les politiques pour obtenir l’interdiction de la burqa. Autre exemple : je lis cette semaine sur le Point, une interview du chef des Frères musulmans égyptiens qui dit : “la charia est une conception de la vie, un chemin pour la vie.” et plus loin : ” la polygamie est un acquis positif pour la femme.”
      Pour moi, il y a bien matière à débat, même si vous ne l’acceptez pas sous cette forme.
      Je vous rappelle que ma 1ère intervention était juste à propos du génocide arménien où vous niiez qu’il était aussi une marque d’intolérance religieuse. J’essayais de parler de vérité historique, vous en avez tiré les conclusions politiques qui correspondent à vos propres obsessions.