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Commencez l’année avec Martine Carol et Paul Meurisse

Le Bel indifférent et Caroline chérie en DVD

Publié le 05 janvier 2013 à 9:20 dans Culture

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caroline cherie carne

Pendant la trêve des confiseurs, le cinéma français a quitté les pages « Culture » de nos quotidiens pour se réfugier à la rubrique « Fiscalité ». Cet exil comico-tragique traduit nos fêlures identitaires. Peu à peu, jour après jour, notre art de vivre à la française, cette exception culturelle qui nous faisait bomber le torse lors des réunions internationales n’est plus qu’une vieille pelisse usée jusqu’à la corde, même notre fameux « vivre ensemble » a du plomb dans l’aile. La mondialisation nous a gobés tout cru. Haché menu, segmenté, étiqueté, communautarisé, le français erre dans une société hyper-marchande sans but ni espoir. Il ne croit plus en rien, il n’a plus le temps, trop occupé à survivre. « Le ciel redevenait sauvage, le béton bouffait l’paysage » comme le chantait Serge Reggiani. Les hommes politiques ont beau gesticuler, les experts nous alarmer, les patrons nous accabler, l’Europe nous désoler, le quidam se fout de ce grand cirque médiatique. Il s’est mué en petit individualiste, en petite frappe qui protégera (coûte que coûte) sa famille, son clan, son écran plat et advienne que pourra.

Lino Ventura dans L’Aventure, c’est l’Aventure faisait déjà ce constat accablant et prémonitoire en 1972 : « Le Capital, c’est foutu, la société de consommation, c’est foutu, les voitures, c’est foutu, la Vème, c’est foutu… ». Au moins, il y a quarante ans, on s’amusait de nos contradictions et de nos peurs. Le rire avait une vertu essentielle : dégoupiller nos frustrations. Ces derniers jours, le cinéma s’est résumé à un lexique du rentier en goguette. Les mots « dialogue », « scénario », « jeu » ont été remplacés par « gestion », « patrimoine », « succession » et même l’incongru « passeport » a joué les vedettes américaines. C’est bientôt Noël alors tentons de résister à cette sinistre blague belge. Pour cela, les films des années 50/60 sont un excellent baume au cœur, ils apaisent, ils cajolent et surtout, ils aèrent l’esprit. Ils sont, en effet, aussi légers que la plume des hussards, élégants que Kiki Caron à la piscine Deligny, sensuels que Geneviève Page tournant pour Luis Buñuel, potelés qu’une Renault Dauphine et académiques qu’un édito de François Mauriac. Ils sont un extrait d’insouciance, un parfum de bonheur perdu. Ne cherchez pas en eux le germe de la provocation, ils sont politiquement corrects et pourtant, sous leur apparente innocuité, ils sont redoutablement addictifs. J’ai choisi deux acteurs vintage pour illustrer cet étrange phénomène d’attraction. À ’approche des fêtes, Martine Carol et Paul Meurisse ressuscitent en DVD*. Les cinéphiles sont aux anges !

Martine n’était pas seulement la plus belle poitrine de cinéma d’après-guerre mais l’actrice du désamour. Contrairement à ce qu’on a trop souvent dit et écrit sur elle, son corps de rêve ne l’empêchait pas d’émouvoir; bien au contraire, c’est parce qu’elle était atrocement belle et désirable que son visage portait en lui, la tragédie des êtres seuls, inconsolables et inadaptés au monde. Grâce à la série des Caroline Chérie, Martine Carol a connu une gloire éphémère puisqu’elle disparaîtra en 1967 à seulement 47 ans. Elle ouvrit la voie à BB, rencontra Pierrot le fou, subjugua John Ringling, le propriétaire du cirque Barnum ou René Coty. Elle fut, en somme, notre plus belle ambassadrice de charme.

En matière de charme, Paul Meurisse n’était pas en reste non plus. Succulente scansion, maintien aristocratique, œil frisant, qu’il soit chef de réseau dans L’Armée des ombres ou Commandant Théobald Dromard dans la série des Monocle, au théâtre français ou dans les cabarets de la rue Arsène Houssaye du temps de la môme Piaf, Meurisse était partout où il se trouvait : un prince. On aimerait qu’à la ville, certains acteurs d’aujourd’hui s’expriment ainsi : « Il se peut que mon allure ait quelque chose de légèrement démonstratif, très français » ou « Je compose pour les mélomanes pas pour les juke-boxes ».

Coffret DVD Caroline Chérie – La trilogie – Réalisateurs : Richard Pottier & Jean Devaivre – Studio Gaumont

DVD Du mouron pour les petits oiseaux - Marcel Carné – Studio Gaumont

 

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  • 5 Janvier 2013 à 13h01

    schaffausen dit

    @ Thomas Morales
    Ce n’est pas Lino Ventura qui fait le constat “tout est foutu” mais celui qui interprète le rôle de son fils dans le film, à savoir Xavier Gélin …