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Comme un air de revenez-y…

Vingt ans après, les dirigeants hongrois renvoient la censure

Publié le 03 janvier 2011 à 14:00 dans Monde

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photo : Zoli

Depuis l’an 2000 et la mise en quarantaine diplomatique de l’Autriche pour cause de Jörg Haider et de son FPÖ, les choses ont bien changé. Au niveau européen, personne, aujourd’hui, ne l’ouvre pour menacer sérieusement la Hongrie et son dictatorial Premier ministre, Victor Orban, d’une mise au ban communautaire ou d’une suspension temporaire de leur droit de vote. Et pourtant, à quelques jours de l’inauguration de la présidence hongroise de l’Union européenne, aucun gouvernement, à l’ouest de la Biélorussie, n’a pris des mesures légales aussi drastiques pour limiter la liberté des médias.

Votée en deux temps, la nouvelle loi sur les médias n’est entrée en vigueur que depuis le 1er janvier 2011, mais les journalistes hongrois n’ont pas attendu son application pour dénoncer le retour de la censure après deux décennies de parenthèse démocratique. « Si ce tas de merde était réellement mis à exécution, il faudrait alors oublier ce que c’est que la liberté d’expression en Hongrie », prévient Endre Bojtar, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Magyar Narancs. Aussi invraisemblable qu’il puisse paraître dans une Union européenne sensible au plus haut point à toute manifestation d’autoritarisme, ce scénario a pourtant de fortes chances de se réaliser.

Les premiers amendements à la loi sur les médias ont été introduits en Hongrie dès juillet 2010. Grâce à la majorité absolue obtenue au Parlement après les élections d’avril, le Fidesz − le parti conservateur de Victor Orban − s’est placé en position de pouvoir modifier ce que bon lui semble, y compris la Constitution. Dans ce contexte, la création d’un Conseil des médias, dont le Président sera désigné par le Premier ministre pour un mandat de neuf ans, est apparu comme un épiphénomène. Après tout, ont aussi été restreintes les prérogatives du Tribunal constitutionnel et de la Cour des comptes, tandis que la direction de la Banque centrale et la Présidence de la République étaient confiées à des hommes forts du parti.

Cependant, le nouveau Conseil des médias est parfaitement susceptible de jouer un rôle déterminant dans la légitimation de ce que l’éditorialiste du Washington Post qualifie de « poutinisation de la Hongrie ». C’est en effet au Conseil que revient, depuis l’adoption de la nouvelle loi par le Parlement hongrois, la décision de sanctionner les médias dont le contenu aurait porté atteinte à la morale, fait l’apologie de la violence, mais qui, surtout, serait « politiquement déséquilibré ». Inutile de préciser que le caractère extrêmement vague des termes employés laisse au Conseil, exclusivement composé de membres du Fidesz, une marge d’interprétation quasi illimitée. D’autre part, les sanctions encourues par les rédactions pour la publication d’un article jugé « déséquilibré » témoignent de la ferme intention du premier pouvoir d’en finir avec le quatrième. Concrètement, il s’agit d’amendes dont le montant peut s’élever à 90 000 euros pour un titre de presse ou un site internet, et à 700 000 euros pour les médias audiovisuels. Les rédactions ne seraient en droit de faire appel de la décision du Conseil qu’une fois l’amende payée. En outre, les prérogatives accordées au Conseil l’autorisent à suspendre un programme ou une émission pour une période allant de quelques minutes à une semaine, de même qu’à fermer une chaîne de radio ou de télé. Pis encore, les journalistes seraient contraints de révéler leurs sources si la nouvelle autorité décidait que la sécurité de l’État en dépend.

La liberté de la presse au service de la « régénération de la nation »

Pour tenter de désamorcer les critiques dans son pays, le gouvernement Orban soutient que la nouvelle loi, non seulement garantit efficacement la liberté des médias, mais de surcroît contribue à augmenter leur qualité dans la mesure où les journalistes veilleront à ne rendre publiques que les informations fiables. C’est une façon de voir, car la récente déclaration d’Annamaria Szalai, proche collaboratrice du Premier ministre élue à la tête du Conseil des médias, sur la nécessité de mettre la liberté de la presse au service de la « régénération de la nation », laisse plutôt croire en un abandon délibéré de la liberté de la presse.

L’une des rares personnalités européennes à réagir face à cette dérive, Jean Asselborn, ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, a demandé s’il était souhaitable qu’un pays comme la Hongrie préside l’Union européenne. Bien d’autres questions mériteraient pourtant d’être posées, à commencer par celle de savoir quelle serait la manière la mieux appropriée de réagir et d’agir. Le « cas Haider » a clairement démontré que, si l’établissement d’un cordon sanitaire isolant la brebis galeuse procure un sentiment immédiat de bien-être au troupeau, il ne résout en rien le problème. Cette solution semble encore plus inadéquate au « cas Orban » car celui-ci, fort de son passé d’opposant démocratique et de la gestion désastreuse du gouvernement socialiste auquel il a succédé, paraît être tout au plus une brebis égarée.

En visite officielle à Budapest, fin décembre, Herman Van Rompuy s’en est sorti en prononçant un discours assez flou et embarrassé sur les « valeurs européennes ». De retour à Bruxelles, le Président du Conseil européen n’a pas fait davantage de commentaires. Qu’aurait-il pu dire ? Que depuis le temps, il aurait fallu établir une législation uniforme, approuvée et applicable par et dans tous les pays-membres, afin d’empêcher toute tentative de contrôle des médias par un quelconque pouvoir politique. Une simple régulation, au niveau européen, des procédures de désignation et des modalités de fonctionnement des instances comparables au Conseil des médias hongrois aurait de fortes chances de s’avérer efficace. Il faut bien admettre, en effet, que le problème avec l’actuel gouvernement hongrois ne consiste pas dans le fait qu’il serait « fasciste », mais qu’il éprouve un mépris pathologique pour les médias officiels et pour les élites bien-pensantes. Serait-ce vraiment propre à la Hongrie ? Tout le monde est-il certain de ne pas connaître quelques hommes politiques français qui souhaiteraient sanctionner, et plus lourdement encore si possible, le contenu « politiquement déséquilibré » des médias ? Pourtant, si ma mémoire d’ex-scoute communiste est bonne, dans cette partie du monde au moins, la pulsion à surveiller ce que les gens seraient autorisés à lire, entendre, voire penser, caractérisait la gauche plutôt que la droite.

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  • 6 January 2011 à 9h54

    Porc dit

    Je déplore le traité de Trianon.

  • 6 January 2011 à 2h32

    Pierre Waline dit

    C’est assez lamentable: il se passe un drame en Hongrie et vous etes tous en train de vous complaire a glauser sur la France…
    Il aura donc fallu cette loi pour attirer l’attention, mais tout ce qui se passe la-bas depuis huit mois, Orban nous en a réservé bien d’autres tout aussi scandaleuses, parfois ridicules sans parler de la mise au rebut de la Cour constitutionnelle (sois belle et tais-toi!), de la main-mise sur les Fonds de pension privés, du licenciement sans motif dans la Fonction pubique, etc., etc.
    Le plus triste est de constater l’absence de réaction de l’opinion hongroise. voire son entetement a maintenir Orban et son Fidesz en tete des sondages. A cela dfeux raisons qui ont tout lieu d’inquiéter:
    - le succes de la propagande nationaliste et xénophobe du gvt (instauration d’une journée du souvenir de Trianon, droit de vote aux Hongrois ressortissants des pays voisins, campagnes violentes contre les investisseurs étrangers (a commencer par les Francais),..
    - manque d’intéret total pour la notion d’Etat de droit et les valeurs de la démocratie auxquelles on préfere largement sa petite – en fait grosse – voiture et son frigo… A chaque manif organisée a Budapest, nous retrouvons a quelques centaines a peine, que ce soit pour défendre la presse, l’emploi ou les Roms.

    Maintenant, une petite remarque a l’auteur du papier: vous parlez de “gestion catastrophique du gvt socialiste”. Avez-vous vraiment bien suivi ce qui s’est passé sous les 2 précédents gouvernements ?

  • 5 January 2011 à 16h13

    zoumit dit

    Air,
    Ah, parce que vous avez bien sûr argumenté dans votre post de 12H37 pour nous affirmer que la presse, dont libé n’était pas de gauche?
    Argumente-t-on pour prouver qu’il pleut? non, on regarde dehors. Mais encore faut il ouvrir les yeux…
    Heureusement, le ridicule ne tue plus, surtout à gauche…

  • 5 January 2011 à 13h54

    Air dit

    @ Zoumit

    Trés constructif.. c’est vrai, vous osez tout;; sauf se risquer à argumenter.

  • 5 January 2011 à 13h20

    zoumit dit

    ” Libé n’est plus à gauche”…
    Celle là, il fallait l’oser! Mais c’est vrai qu’il y en a qui osent tout!…

  • 5 January 2011 à 12h37

    Air dit

    “Mon point c’est que dans la production de l’information la hiérarchie actionnariale pèse peu par rapport à l’opinion moyenne des rédacteurs, ”

    Et bien, allez travailler dans un journal, et vous aurez la démonstration du contraire…
    Un journaliste est orienté à l’origine.

    Votre point de vue est faux. le changement de libé depuis son rachat par rotchchield est bien une preuve.
    Libé n’est plus à gauche, et il faut vraiment être au fin fond de la droite pour le croire.

    le journaliste de gauche c’est un fantasme de la droite qui l’a rassure dans ce rôle de victime qu’elle adore et arbore..
    Auf final, il suffit de compter dans la presse écrite et télé : la droite est dominatrice et en plus se vend le mieux.

  • 4 January 2011 à 21h54

    zoumit dit

    85% des journalistes sont de gauche!
    Ce n’est pas moi qui le dit, mais J.F. Kahn, de Marianne que l’on peut difficilement accuser l’un comme l’autre d’être à droite…
    Alors oui, la presse soutient le pouvoir, mais uniquement quand il est de gauche!

  • 4 January 2011 à 18h21

    Aristote dit

    Je suis d’accord avec Benjamin.

    Si on veut, on peut s’informer sans trop de difficultés. Google, pour commencer, aussi les internautes qui donnent des liens, et quelques mois de navigation suffisent à repérer les commentateurs dont les suggestions sont souvent pertinentes. Parler anglais, au moins le lire, aide beaucoup, mais n’est pas absolument nécessaire.

    Au temps où le Monde dominait le journalisme dit sérieux, était-on mieux informé ? Ses partis pris éditoriaux étaient alors au moins aussi accusés que ceux du Figaro d’aujourd’hui, et il était plus difficile de trouver ailleurs.

    La disparition probable des journaux imprimés n’est pas un problème pour l’accès à l’information. Leur baisse de qualité est aussi l’effet de la pression économique qui s’accentue sur eux. Elle prélude et elle contribuera à cette disparition.

  • 4 January 2011 à 17h44

    Porc dit

    La presse française avait déjà mauvaise réputation sous la III°. Il était courant d’affirmer qu’elle était la moins chère du monde.
    La vraie difficulté est de parvenir à s’informer de façon crédible, sans être professionnel et sans en faire une activité à plein temps. Ce n’est pas une question de quantité mais de fiabilité. On ne peut s’en sortir que dans des domaines techniques, à condition de s’y connaître.

  • 4 January 2011 à 16h16

    Gaétan Brunoy dit

    Si on veut élever le débat la vraie question c’est de réfléchir aux moyens de garantir une information authentiquement pluraliste. Dans une démocratie, on ne peut pas laisser le quatrième pouvoir (en réalité pas loin d’être le premier, comme le pense E. Lévy) aux mains d’une corporation de journalistes dont les opinions, et partant les choix éditoriaux, sont sociologiquement biaisés par rapport à l’opinion populaire.

    De quel droit la gauche, sous prétexte qu’elle enrôle dès leur plus jeune âge (facs de lettres, ESJ) les bataillons de travailleurs intellectuels précaires parmi lesquels se recrutera l’armature des diverses rédactions, organiserait ainsi librement un quasi-monopole rampant de ses idées dans les médias ?

    Et tout ça sous couvert d’un total libéralisme (liberté de presse et d’expression), au moins aussi hypocrite que le libéralisme économique. Le libéralisme de la presse, c’est un peu le renard socialiste libre dans le poulailler de l’opinion.

    La solution est connue : c’est l’éthique du métier, le professionnalisme, qui devraient faire s’effacer les convictions personnelles dans la production de contenu journalistique. En France, on en est loin, chacun se rêvant plutôt son propre éditorialiste, directeur éclairé de la pensée de la masse.

    Donc je pense qu’il faudrait mettre en place des quotas. 50% de journalistes qui votent à gauche, et 50% qui votent à droite, dans chaque rédaction. Révolutionnaire.

  • 4 January 2011 à 15h57

    Gaétan Brunoy dit

    @JG

    Je n’ai pas supposé que le capital était de droite puisque j’ai même surtout donné des exemples de capitalistes de gauche, flagrants dans la presse française (Libé, Le Monde, le Nouvel Obs).

    Mon point c’est que dans la production de l’information la hiérarchie actionnariale pèse peu par rapport à l’opinion moyenne des rédacteurs, qui est elle très à gauche pour des raisons sociologiques et culturelles bien connues (en gros, profession intellectuelle mal payée, plus un idéal militant de contre-pouvoir).

    Une consigne de la direction sera rejetée par la SDJ, ou sinon elle sera publicisée et dénoncée par des “confrères”, de sorte que la censure a très peu de chances d’aboutir, et joue plutôt le rôle d’amplificateur involontaire du scandale. Le pouvoir politique l’a très bien compris qui préfère manier les contre-feux et le relativisme plutôt que les interférences directes (modèle Berlusconi).

    N’oubliez pas non plus l’autonomisation possible des journalistes à travers des modèles économiques très peu coûteux (internet : ASI, Médiapart, Rue89, Backchich, etc).

    Ce qui est marrant c’est qu’à vos yeux toutes ces évidences d’une prospérité manifeste de la médiacratie de gauche ne sont pas encore suffisantes, parce que vous êtes probablement encore plus à gauche vous-même (tendance hystéro-acrimed ?). Vous êtes vous-même une preuve de mon propos.

  • 4 January 2011 à 14h09

    JG dit

    A Brunoy : quand je parlais du capital, je n’ai jamais dit qu’il était plus de droite que de gauche. Je dis même l’inverse. Sortez de vos réflexes de libéral-conservateur : vous n’êtes plus seul à défendre le capital, la gauche DSK le fait aussi. Vous avez perdu votre monopole radical.

    Quant à votre assertion : “Les actionnaires n’ont aucun poids sur les rédactions, et encore moins sur l’information, voilà la vérité”, elle est strictement mensongère. Ou alors, vous êtes vous-même désinformé par la presse de droite…
    Je vous fais visiter quand vous voulez des rédactions totalement inféodées aux intérêts de leurs actionnaires.

  • 4 January 2011 à 13h10

    Gaétan Brunoy dit

    @JG

    “la mainmise du capital sur la presse” : la bonne blague. Non seulement cette rengaine était entonnée jusqu’à plus soif par la gauche pour mieux décrédibiliser les maigres médias de droite, mais maintenant, devant l’évidence de la mainmise du grand capital de gauche (Perdriel, Bergé, Niel, Pigasse, Rothschild etc.), il faudrait croire que nos pauvres soutiers communisants de la pige et de l’articulet n’ont plus les moyens d’intoxiquer librement l’opinion.

    Qui fera un jour le procès de ce déséquilibre structurel dans la sociologie et la culture journalistique, qui garantit une domination écrasante des idées de gauche dans le paysage médiatique, à l’exception de quelques réserves d’indiens ?

    Les actionnaires n’ont aucun poids sur les rédactions, et encore moins sur l’information, voilà la vérité. La réalité de l’orientation des différents médias, blogs internet compris, a-t-elle moins d’importance que les fantasmes idéologiques ?

    Qu’un gouvernement conservateur en Hongrie s’avise de s’attaquer au problème, et aussitôt on s’étrangle : “régénération de la Nation” ! Oh le vilain mot, pour Mme Dalmayer ! L’ordre normal des choses, en Europe, serait-il que les nations dégénèrent ? Je me réjouis que ceux qui en profitaient doivent maintenant s’en déshabituer.

  • 4 January 2011 à 12h30

    JG dit

    Ah, Dalmayer, vous avez été “scoute communiste”, tout s’explique. On aimerait savoir en effet en quoi la démocratie interdirait à un gouvernement soucieux du bien de son peuple d’édifier quelques règlements limitant certaines expressions de la presse.
    Il est vrai que nous n’avons aucun exemple de ces restrictions en France, depuis la condamnation de la diffamation au “droit à l’image”, en passant par les lois mémorielles, ou le confinement de la pornographie. Ne parlons pas de la pédophilie, du racisme, de l’antisémitisme ou de l’injure au Président de la République. Ne parlons surtout pas du conditionnement interne des journalistes (je le sais, j’en suis un – il faut bien nourrir ses enfants) et de la mainmise du capital allié naturel de tous les pouvoirs, de gauche comme de droite, sur les grands organes de presse. N’évoquons même pas la pression des publicitaire sur les lignes éditoriales. Mais non, tout cela n’existe que chez les demeurés d’Europe centrale ou de l’est.