Colombie: le prix Nobel sans la paix | Causeur

Colombie: le prix Nobel sans la paix

Un lot de consolation au goût étrange

Auteur

Alexis Brunet
est professeur de français langue étrangère.

Publié le 11 octobre 2016 / Monde Politique

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Que l’on ne s’y méprenne, loin de moi l’envie de jeter la pierre au président Santos, qui a eu le courage de prendre le risque de voir s’effondrer six ans de négociations avec les Farc par le sacrosaint référendum. Car si cette récompense confère à la situation du pays un parfum kafkaïen, elle relance aussi les espoirs de paix.
Uribe Santos

Santos et Uribe, octobre 2016. SIPA AP21959596_000008

Le scandale a éclaté trois jours après le référendum. Un bras droit de l’ancien président –et pourfendeur du plan de paix- Alvaro Uribe  déclare que la stratégie de la mobilisation pour le « non » au plan de paix fut de « rechercher l’indignation des citoyens ». Ajoute qu’il s’agissait d’« indigner les riches sur l’impunité et l’avenir politique des Farc », et les pauvres sur « les garanties financières » promises aux rebelles. Et bien sûr, de faire avaler à une partie de la population qu’elle serait réduite à survivre dans un nouveau Venezuela si la paix passait. Si Alvaro Uribe n’a pas tardé à se séparer de ce traître de bas étage, il n’a pas démenti ses propos pour autant. L’opinion colombienne est pour sa part choquée, car elle réalise que ce n’est peut-être pas celui (Santos) qu’elle croyait qui s’est moqué d’elle.

Avant cela déjà, les propositions de modification du traité de paix par l’ancien président avaient quelque peu sonné creux : conserver les amnisties prévues par le traité envers les Farc et les étendre aux crimes de guerre de l’armée (qui n’aurait ainsi pas l’occasion de mentionner le nom de l’ancien président devant un éventuel tribunal international). Etait-ce bien la peine de faire tant de scandale et de saboter tout ce qui avait été si difficilement mis en place pour proposer ça ? Pour l’ancien chef paramilitaire, l’ancien président pardon, la réponse est oui. Tous les moyens semblent bons -y compris relancer la guerre civile quelques années- pour étendre son pouvoir. Cela explique pourquoi son camp a répété des mois durant que les Farc instaureraient une dictature qui amènerait les homosexuels au pouvoir, que les retraités seraient bientôt ruinés, que les chauffeurs de taxis se feraient confisquer leurs taxis, que le centriste Santos était en réalité un ami intime de Fidel Castro et bien sûr, que Dieu était avec le « non».

62,6 % d’abstention

Il serait cependant déloyal de mettre toute cette déroute sur le dos de ce pauvre Uribe ou sur celui des partisans du « non ». Un facteur au moins tout aussi important -et sur lequel « analystes » et « spécialistes » ne sont guère loquaces- c’est le taux considérable d’abstention à ce référendum. Pour des départementales passerait encore, mais sur un sujet aussi grave que la fin de cinquante-trois années de guerre, on peut aisément déduire que la rupture entre le peuple et ses élites est très largement consommée pour qu’on en soit arrivé là. En effet, les politiciens de Colombie ont la réputation d’être corrompus à foison, de tromper constamment le peuple pour arriver à ses fins et de voler l’argent des impôts (qui sont en plus élevés), ce qui est en partie vrai. Rien d’étonnant à ce que le « tous pourris » y soit encore plus légion qu’en France. Peu de personnes faisant confiance à Santos -enfant de l’oligarchie presque aussi impopulaire que Hollande chez nous- il est extrêmement regrettable mais rationnel que beaucoup soient allés jusqu’à se désintéresser d’un sujet aussi fondamental que la fin de leur guerre civile et ses huit millions de victimes.

Santos l’a tout de même eu, son trophée. Les mauvaises langues diront que c’est tout ce qu’il souhaitait. A mon avis ce n’est pas le cas. Cet homme sérieux et sur la réserve me paraît même sincère lorsqu’il déclare souhaiter « rechercher la paix jusqu’à la dernière minute de mon mandat parce que c’est le chemin à suivre pour laisser un pays meilleur à nos enfants ». Seulement ça ne suffit pas. Gustavo Petro, ancien maire de Bogota, estimait avant même le référendum que cette paix ne prendrait corps sans une restructuration en profondeur de la société. Sans doute a-t-il raison. Il est affreusement commun de voir des  gens faire la manche en Colombie. « Laisser un pays meilleur à ses enfants », comme le prétend Santos, passe évidemment par la fin de la guerre civile mais aussi par de profondes réformes, entre autres dans le social, l’éducation et la santé. Reste qu’avec cet étrange prix Nobel, voici les Colombiens propulsés sur le devant de la scène internationale. Puisse cette récompense leur faire prendre conscience que cette paix n’est pas un sujet de seconde zone réservé aux habitants des campagnes ou de la jungle, mais qu’elle est l’affaire de tous.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 12 Octobre 2016 à 21h54

      jacques dit

      Est ce que l’accord de paix apportera la paix en Colombie ? Absolument pas. Laissez moi vous expliquer.
      En cas d’accord de paix, les FARC les plus radicaux n’abandonneront pas le combat et soit rejoindront l’ELN (l’ELN a rejoint les négociations de paix mais rien ne dit qu’il va abandonner la guerre) ou une nouvelle organisation (si l’ELN décidait de signer un accord de paix)
      Quand aux FARC les moins idéologues, ils se lanceront dans une carrière de criminel.
      Il faut être stupide pour croire que des gens qui se battent depuis des années (certains sont combattants depuis leur enfance) deviendront des citoyens modèles. Il suffit de voir ce qui s’est fait par le passé (démobilisation des guérillas communistes dans les années 90 et démobilisation des paramilitaires). Beaucoup d’anciens guérilleros et paramilitaires sont devenus des criminels. Quand on a pratiqué la guerre pendant pratiquement toute sa vie, il est dur d’abandonner la violence et de devenir un citoyen modèle.
      Cet accord de paix n’apportera en rien la paix, il renforcera les narcotrafiquants et l’ELN (ou une nouvelle guérilla).
      Le font 1 a déjà dit qu’il n’abandonnera pas le combat. Je parie qu’en cas d’accord de paix, seul une minorité de FARC deviendront d’honnêtes citoyens.

    • 12 Octobre 2016 à 21h43

      jacques dit

      Il est clair que les coûteuses concessions accordées aux FARC en matière d’impunité, de pouvoir politique et de soutien économique ne reflètent pas la force relative de la guérilla au moment où elle a décidé d’entamer les négociations de paix. Un conseil lisez ce très bon article: http://www.cato.org/blog/some-reasons-why-colombians-rejected-peace-deal Gustavo Petro est un gauchiste ex-guérillero pas vraiment la personne la plus objective sur le sujet. En plus, ce mec est un incompétent totalement corrompu qui a passé son temps à magouiller à la tête de Bogota

    • 12 Octobre 2016 à 21h38

      jacques dit

      Et la campagne pour le oui n’était pas mensongère peut être ? En gros, leur argument se résumaient à dire: voter non équivaut à voter à la guerre. voter oui c’est voter la paix. Aujourd’hui, on voit bien que c’est faux vu que les négociations continuent. Si les gens ont votés non ce n’est pas parce qu’ils sont pro guerres mais parce qu’ils sont écoeurés de l’impunité des guérilleros. On offre même des sièges au parlement aux membres des FARC. Est si difficile à comprendre que pour bcp de gens ayant souffert à cause des FARC c’est difficile à accepter ? Manifestement, les gauchistes ne comprennent pas cela. Oui, c’est vrai, dans le camp du non, il y a eu l’argument faux que le oui ouvrait la voie à un régime communiste. C’est malheureux qu’il ait été employé mais c’est loin d’être le seul argument avancé. Il y a eu de solides arguments avancés dans le camp du non. Le nier est être de mauvaise foi.Uribe a 70 % de popularité contre 13 % pour Santos.
      Je contaste que l’auteur a oublié de dire que Santos a pratiqué ce que l’on appelle « mermelada » (à savoir l’utilisation pure et simple des fonds publics pour obtenir des votes en graissant la patte et par clientélisme électoral) Le gouvernement a utilisé l’argent public pour faire de la propagande. A part accusé les opposants de l’accord d’être d’extrême droite et d’être contre la paix ils ont pas réussi à donner le moindre argument. N’oublions pas que l’accord garantit que le gouvernement apportera un soutien financier au parti politique des FARC et à la diffusion de leurs idées. En outre, l’État va financer un « centre de réflexion et d’éducation politique.
      Les FARC ne recevront pas dix sièges comme l’on le dit mais 26. le gouvernement a donné de manière déguisé 16 sièges en plus: http://www.elespectador.com/noticias/paz/curules-de-farc-el-congreso-ni-muy-poquito-ni-muy-exage-articulo-651582

    • 12 Octobre 2016 à 21h34

      jacques dit

      Article de propagande. Pour l’auteur qui accuse le méchant Uribe cette ordure. Réfléchissez un peu: pourquoi les FARC acceptent de négocier un accord de paix ? Car ils sont affaibli. Qui les a affaibli ? Uribe. Santos lui même a reconnu que c’est l’affaiblissement des FARC qui les a poussé à négocier l’accord. Santos a fait parti du gouvernement d’Uribe. Il a même été ministre de la défense. Vous croyez qu’il avait aucun lien avec les paramilitaires peut être ? Soit vous êtes naif soit vous êtes stupide. Uribe a été un excellent président c’est lui qui a permis à la Colombie de se développer économiquement, il a fortement diminué l’insécurité. Oui, il a été amené à faire des affaires avec des gens peu recommandables mais on est en Colombie. C’est pas comme la Belgique état de droit avec une faible criminalité. On ne peut pas être président de la Colombie et ne pas être amené à faire des choses douteuses. Facile de l’accuser quand on ne fait rien. L’important c’est ce qu’il a fiat était dans le bien de la colombie et non pas dans son intérêt personnel. Bcp de politiciens colombiesn mériteraient d’aller en prison car eux ils font des choses douteuses dans leur intérêt personnel. La classe politique colombienne est très corrompue.
      Sur les paramilitaires, pourquoi on oublie toujours de dire qu’une bonne partie des paramilitaires venaient des guérillas d’extrême gauche ? Oui dans les années 90, il y a eu des accords de paix avec l’ELP et d’autres guérillas d’extrême gauche. Or, une partie des guérilleros démobilisés ont rejoint les paramilitaires. Autrement dit , les paramilitaires ont été renforcés par ses accords de paix (qui étaient censés amené plus de paix).La gauche dénonce les paramilitaires (à juste titre) en oubliant qu’elle les a renforcé (en faisant tout pour qu’il y ait ses accords de paix).

    • 12 Octobre 2016 à 12h33

      François dit

      Suite : L’église est une institution Matrile, femeliste, régulée en contre-pouvoir par une Curie masculine. Sans femmes point d’église, et sans église la répudiation serait toujours à l’ordre du jour. Elle l’a aboli en 1215 au concile de Latran.
      Il a dénoncé, récemment et à deux reprises le maternalisme sclérosant et anesthésiant de cette vieille femme qu’est l’Europe et freine des 4 fers pour ordonner des femmes prêtres comme continue de penser que le mariage des prêtres serait une erreur. Il a raison. Il faut faire barrage à ce femelisme vampirique, insidieux, castrateur et totalitariste. C’est la tyrannie de la faiblesse qui use et abuse d’un législatif de plus en plus liberticide.
      La démarche des Najat Belkacem ou de ses acolytes d’Osez le féminisme est réelle. Il s’agit bien de faire du garçon « une fille comme les autres » et du père une « mère-bis » C’est arrogant, prétentieux mais surtout destructeur de cette identité masculine qui faisait la fierté d’être un H-omme.
      Des formations sont organisées dans collèges et lycées pour « déviriliser » les garçons. Leur apprendre à exprimer leurs émotions. Pleure « comme une fille », il n’y a aucune honte à le faire. Sûrement et plus tard tu pourras t’inscrire au moindre prétexte au secrétariat d’état aux victimes…
      C’est fait pour !
      Ce serait une honte d’être un garçon et la dénonciation d’Éric Zemmour de la féminisation de nos sociétés est une réalité. Il suffit de regarder les vestiaires de nos footeux, ce sont désormais des salons de coiffure ; ou de se souvenir de ce qui inquiétait E.Badinter qui parlait de l’androgynisation de nos garçons. C’était il y a 15 ans.

      • 12 Octobre 2016 à 22h00

        François dit

        Jai demandé à Causeur de supprimer mon commentaire qui n’a rien à sur cet article mais…
        Excusez-moi.

    • 12 Octobre 2016 à 12h20

      beornottobe dit

      si les Etats-Unis et la France ne s’en mêlaient pas peut-être serait-il possible d’envisager la même chose en Syrie
      (mais c’est vrai que les Etats-Unis veulent IMPOSER leur vision à tout le monde)

    • 11 Octobre 2016 à 18h16

      alain delon dit

      Juan Manuel Santos est le pseudo de Jean-Louis Borloo

    • 11 Octobre 2016 à 16h17

      A mon humble avis dit

      On reconnaît sans problème l’intérêt des prix Nobel décernés à des scientifiques: reconnaissance de découvertes méritoires, effectives et prometteuses; financement de recherches futures; encouragements à la recherche en général.
      Mais à quoi peut bien servir le Prix Nobel de la Paix ? Surtout quand il est décerné à titre de promesses de paix douteuses, à des personnalités qui n’ont rien à financer, et dont la vaine glorification ne sert aucun projet de paix.
      On trouvera justifié ce prix décerné en 2014 à la jeune pakistanaise Malala, pour la protection de l’enfance et le droit à l’éducation; mais que dire de celui décerné à Obama en 2009 pour … n’avoir encore rien fait, en supposant qu’il fera quelque chose parce qu’il est noir ? Espoirs d’ailleurs déçus.
      On pourrait dire que Santos le mérite plus que ceux qui ne le méritaient pas du tout … Voire. N’est-ce pas seulement parce qu’il a consenti beaucoup (trop) d’avantages aux criminels et qu’il est devenu président au moment où les FARC sont exsangues, qu’il a réussi à obtenir un accord, dont le rejet par le peuple colombien est loin d’être sans raison ?
      Le Parlement norvégien s’honorerait en ne décernant pas son prix tous les ans, faute de candidat méritant. Ou en le réservant à des inconnus dont les engagements et les efforts méritent d’être connus et encouragés.

      • 12 Octobre 2016 à 10h58

        Ex Abrupto dit

        OBAMA: mais voyons, c’était de la discrimination positive!!!!