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Laurence Schifano explore “le cinéma italien de 1945 à nos jours”

Auteur

Amaury Grandgil

Amaury Grandgil
anime le blog mesterressaintes.hautetfort.com

Publié le 03 septembre 2016 / Culture

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Silvana Mangano dans le film "Riz amer".

Au début, la présentation de l’ouvrage de Laurence Schifano, Le cinéma italien de 1945 à nos jours, très scolaire, un peu aride, pourrait rebuter le lecteur. Mais une fois ouvert, ce livre se dévore comme un plat de rigatonis au porc et au citron. L’auteur a un style alerte, vif et précis. Elle passe en revue les différents genres affectionnés par le cinéma italien depuis la fin de la seconde guerre. Elle montre sa prédilection pour les « filons », l’épuisement d’un type de film ou de séries de films jusqu’à l’absurde, la parodie de parodie de parodie tels les « Trinita » ou les « Django » tournés après les westerns « spaghettis » de Sergio Leone, ce qui n’en fait pas tant s’en faut des mauvais films.

L’amateur de cinéma « bis » ou carrément « Z », de cinéphilie réputée « honteuse » le sait déjà il est vrai. Tarantino est un de ceux-là connaissant sur le bout des doigts toutes ces œuvres dont tous les « rape and revenge » ayant inspirés l’argument de base de Kill Bill. On ne compte pas non plus les pseudo Mad Max faisant suite à l’original, les « dystopies » survivalistes violentes, les films de « zombies » inspirées de La nuit des morts vivants, voire les simili « documentaires » sur les « cannibales » copiés des « Mondo », les « thrillers » sanglants, les « Maciste » repris dans les années 50 et 60 etc.

Les cinéastes italiens épuisant ces « filons » comme on presse un citron auront toujours beaucoup de recul sur leurs longs métrages. Maintenant que le ciné « bis » est « in » on en fait des chefs-d’œuvre méconnus. Il faut quand même se rappeler qu’il s’agissait juste d’épuiser un sujet au départ…

Le cinéma italien de grand spectacle profitera également un temps des Américains ayant délocalisé très souvent Hollywood à Cinecitta après la guerre.

Sur l’autre berge, réputée plus honorable, Laurence Schifano évoque l’influence majeure du néoréalisme sur toute la production italienne à partir des années 40, du Voleur de bicyclettes de De Sica aux films de Fellini en passant par ceux d’Antonioni jusqu’à ceux plus sarcastiques, plus caustiques de Dino Risi ou Mario Monicelli. Cela laissera penser certains réalisateurs de comédies plus populaires de ce pays qu’il suffit de mettre un romain ou un napolitain devant la caméra en lui donnant un canevas d’action. On le laissera improviser et cela donnera toujours quelque chose d’amusant ou d’authentique.

Il arrive que cela fonctionne réellement, par exemple avec le très drôle Pain, amour et fantaisie ou Riz amer avec Silvana Mangano dont les bas émerveilleront le jeune Antoine Doinel…

Cela aura pour conséquence les kilomètres de comédies douteuses tournées au kilomètre dans les années 70 et 80 avec des comiques transalpins lourdingues. Le lecteur quadragénaire se souviendra entre autres des films de Bud Spencer et Terence Hill, des « zèderies » vaguement sexy avec Edwige Fenech ou Corinne Cléry. Tous ces acteurs étaient moins fins que le grand Toto qui fut un comique comparable à Chaplin ou Buster Keaton, des films de « téléphones blancs » du fascisme jusqu’à Pasolini avec qui il tourne en 1966.

On me rétorquera certes que ces comiques étaient moins lourds que certains comédiens actuels portés aux nues par la critique dont ceux des films de Judd Apatow…

Le néoréalisme demande une préparation et une exigence très grandes. Cette école de réalisation naît surtout de la pénurie de pellicule et de matériel cinématographique d’après-guerre. Les cinéastes de la péninsule ne pouvaient se permettre de les gaspiller en se permettant plusieurs prises et en testant différents angles de prises de vue. Les scénaristes travaillant étroitement avec les réalisateurs y sont très importants, tels Age et Scarpelli. Il y a plusieurs femmes parmi eux, en particulier Susei d’Amico.

Le cinéma italien en 2016 n’est pas encore mort, mais il est pour le moins moribond de par le système Berlusconi toujours en place. Pour être produit, un film italien doit pouvoir être accepté par les chaînes télé du magnat amateur de chair fraîche. Il doit plaire au plus grand nombre, éviter la controverse, permettre d’y intercaler des pubs. Son avenir n’est pas rose…

Le cinéma italien de 1945 à nos jours, Laurence Schifano, 4ème édition, avril 2016.

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    • 7 Septembre 2016 à 16h22

      Hannibal-lecteur dit

      Amaury, mon peton, tu t’améliores sans cesse et tes propos prennent de la consistance. …mais pardonne ma fixette: quand oseras-tu regarder ton interlocuteur? Per favore.

    • 6 Septembre 2016 à 18h40

      DG511 dit

      “et vive Tinto Brass”: en voilà un de réalisateur de films, soi-disant “pornos” qui aime les femmes, qui sait les filmer sans être vulgaire ni, “porno”, justement. 
      Qui sait aussi ne pas laisser trainer son nom sur les génériques, quand çà ne lui plait pas, à l’instar de Caligula 

    • 6 Septembre 2016 à 18h32

      DG511 dit

      Le cinéma italien?
      Quoi de plus érotique que l’image de Silvana Mangano dans Riz amer?
      Et quel plus belle dénonciation des “fusillés pour l’exemple” que “Des hommes contre”? (qui pourrait me dire où on pourrait trouver ce film?)
      Les réalisateurs italiens, entre eux, ont la dent dure, c’est Visconti qui parle: 

      Réponse:  

      • 6 Septembre 2016 à 18h33

        DG511 dit

        Modérateur: pourquoi avoir ôté : qui dit çà: Viscontini?

    • 4 Septembre 2016 à 1h16

      Lector dit

      les cinéma italien et européen sont plus ou moins moribonds, oui, ça manque d’auteurs. Antonioni, Visconti, Fellini, Rosselini etc. sont décédés. Reste Moretti, les frères Taviani et comment déjà?, enfin bref ; en Pologne, en Allemagne et surtout en France idem ; il y a qd mm beaucoup moins de talents qu’auparavant.

    • 4 Septembre 2016 à 1h12

      Wil dit

      l’Italie vient de connaitre un tremblement de terre de presque 8 sur l’échelle de Richter qui a fait presque 300 morts,encore plus de blessés,des chefs d’oeuvres artistiques disparus et des milliards d’euros de reconstruction.
      Et je ne parle même pas de sa situation face à l’afflux de “migrants”.(l’autre jour sur une chaine italienne on avait un reportage sur un village de 170 habitants où il y avait 700 migrants)
      Sans vouloir passer pour un pisse froid,je pense qu’en ce moment,pour rendre hommage à l’Italie,il y a de meilleurs moyens que de parler de cinéma de genre…ou pas.
      mais, c’est juste mon point de vue.
      Pour rendre hommage à cette Italie que j’aime je ne ferai donc que paraphraser Laurent “le magnifique” de Médicis,prince de Florence qui a dit avant de mourir quelque chose comme la jeunesse passe vite,Soyez heureux,La vie est trop courte pour perdre son temps à être malheureux.

      • 4 Septembre 2016 à 1h21

        Lector dit

        faut dire, ledit bled en Italie se nomme “Amatrice”… A-t-on idée ! Un peu comme La Faute-sur-mer après le passage de Xynthia… prémonitoire^^

        • 4 Septembre 2016 à 1h28

          Wil dit

          C’est ça l’Italie Lector(ça va j’espère.;-))!Toujours à te tenter.
          Si c’est pas par les actrices aux gros seins,c’est pas l’art ou la bouffe…P*TAIN QUE J’AIME CE PAYS!
          VIVA ITALIA!

        • 4 Septembre 2016 à 1h29

          Wil dit

          Et vive TINTO BRASS!

        • 4 Septembre 2016 à 1h43

          Lector dit

          Slt Wil, ça roule. Chuis en communication. Sogni d’oro.

        • 4 Septembre 2016 à 1h55

          Wil dit

          Alors bonne nuit Lector.;-)

        • 4 Septembre 2016 à 2h07

          Lector dit

          si, ciao Wil, ci vediamo.

        • 4 Septembre 2016 à 18h35

          sycomore dit

          Ce bled a donné son nom à un plat de pâtes simple et goutu (comme la plupart des plat italiens): pasta à l’Amatriciana”, et c’était juste la veille du festival organisé chaque année…

    • 3 Septembre 2016 à 14h31

      Villaterne dit

      Les poitrines des actrices italiennes, leurs fesses callipyges et leurs bouches pulpeuses…… Brrrr !!!

      • 4 Septembre 2016 à 1h02

        Lector dit

        :D Gina Lollobrigida, avec deux L comme dans mamelles ^^
        Ceci dit je préférais Claudia Cardinal.

      • 4 Septembre 2016 à 20h54

        Habemousse dit

        Sophia Loren et ses formes surdimensionnées a été une des responsables de mes premiers émois : quelle plastique !