Mail Facebook Twitter RSS

Inscrivez-vous à la Newsletter

Recevez chaque lundi la synthèse de l'actualité de toute la semaine



X

Christophe, le retour

Les Paradis reperdus de l’auteur des Mots bleus

Publié le 28 avril 2013 à 9:24 dans Culture

Mots-clés : , ,

christophe paradis retrouve

Ils sont rares les artistes qui, en quelques années, sont passés allègrement du statut de pire ringard que la terre ait porté à celui de génie transcendantal en contact direct avec le cosmos.
Christophe avait un temps poussé très loin le bouchon du kitsch sociopathe : pochette signée Kiki Picasso en 1990, déclaration d’amour publique à la princesse Stéphanie de Monaco (“Allô Stéphanie ne raccroche pas je t’en prie“), râteau public (“J’l'ai pas touchée, elle voulait pas“)… si Nabilla lit cette chronique (une chance sur trois cent mille milliards de neurones), elle s’interrogera sûrement : « Le mec la touche pas parce qu’elle veut pas ? Non mais allô quoi ! ».
En 1996, la publication de Bevilacqua, album en apesanteur sans tubes, a sauvé la carrière de notre Alan Vega national, le réhabilitant ad vitam æternam. La radicalité de la démarche a séduit la critique, avide de ruptures conceptuelles. Depuis, Christophe soigne son image d’esthète en quête d’ivresse des profondeurs cinématographiques et musicales. Il se voit comme “un metteur en scène qui ne fera jamais de films” et ne conçoit ses albums qu’avec des rushes électromagnétiques et de vertigineuses sueurs froides. L’exercice atteint les sommets avec Comm’si la terre penchait… (2001) et Aimer ce que nous sommes (2008), agrégats de brillances modales en taffetas, à la gélatine fragile.
Adopté par les figures internationales de la French Touch (Air, Sébastien Tellier, Daft Punk), Christophe refuse l’étiquette de chanteur et se revendique davantage comme un artisan, qui prépare sa palette musicale comme un peintre. Même les interviews de l’ex-yéyé s’inscrivent dans un processus esthétisant, s’appuyant sur une mise en scène en abyme (toujours en nocturne, avec éventuellement l’ajout d’une réverbération dans la voix). Chaque entrevue tourne ainsi à la performance artistique, comme un prolongement naturel de son œuvre, dont la nouvelle pièce, Paradis retrouvé, vient de paraître.
L’objet – “témoignage sonore des années 70/80″ – possède la particularité de compiler des “expérimentations musicales”, autrement dit, des enregistrements non retenus par le passé. D’habitude, la divulgation officielle de maquettes et autres chutes de studio survient à titre posthume ou dans le cadre de rééditions attractives contenant de la matière inédite (Bonus), argument de poids pour les fans. Sortir un album de démos du vivant du créateur confine à la sacralisation de son œuvre, à la mythification du personnage, à son culte rayonnant avec son consentement bien légitime. Coup marketing machiavélique ? Christophe prétend avoir voulu rendre hommage à son ancien producteur Francis Dreyfus, qui avait eu l’idée de cette compilation “work in progress” avant de disparaître en 2010. Jean-Michel Jarre, autre poulain prestigieux de l’écurie Dreyfus, a rendu en 2011 un hommage similaire à son producteur historique, avec la publication de Essentials & Rarities. Dreyfus aurait-il soufflé la même idée à tous ses anciens protégés ?
Cependant, l’écoute de Paradis retrouvé laisse un goût amer : le sentiment d’inachevé ne s’accorde pas vraiment avec l’œuvre de Christophe, lui qui nous a tant habitués à un perfectionnisme viscéral ne laissant échapper aucune approximation, remettant sans cesse l’ouvrage sur l’établi, pendant des années. Christophe a beau aligner les références culturelles dans la plaquette promotionnel (Boulevard du crépuscule, Bogart, Suicide, Sissy Spacek, John Carpenter, Lennon, etc.) et nous parler d’art dans une rhétorique dadaïste, voire raëlienne (“je mélange synthé et piano, une espèce de collage qui fait que l’harmonie d’un instrument prend en compte celle de l’autre, il peut y avoir des frottements magiques, après tu ralentis les vitesses, après, c’est un art“), ce Paradis retrouvé ne tient pas ses promesses d’éternité sur toute sa longueur.
À l’exception de quelques morceaux (dont L’italiano, pour son numéro de latin lover en mode pleureuse, et l’électro-bluesy Hommage à Jean-Michel Desjeunes), il manque à l’ensemble la dramaturgie impressionniste des paradis perdus et reperdus de Christophe.
On attendait l’exhumation de notes bleues, après les spleenétiques Mots bleus, on a droit à un mausolée resté en friche, sans supplément d’âme.

Paradis retrouvé, Christophe.

Article en accès libre. Pour lire tous nos articles, abonnez-vous !
Participez au développement de Causeur, faites un don !

voir les commentaires / réagir         envoyer
 

A lire sur Causeur.fr

La rédaction de commentaires nécessite d'être inscrit

4

Déjà inscrit, connectez-vous

mot de passe oublié | Vous n'arrivez pas à vous connecter ?
 
  • 1 Mai 2013 à 13h19

    ALMFBTYPP dit

    Depuis l’album de 1977, the best before 2002 et 2008 , et malgré le coté faiseur quelque peu insupportable , Christophe reste un grand compositeur et j’aime beaucoup les paradis retrouvés . Alain Chamfort fait peut être mieux mais quoi de mieux que la chanson Chiqué Chiqué mis à part la nuit je mens de Bashung et les albums de Daniel Darc et les concets de ces 4 sont ( étaient ) si bien

  • 30 Avril 2013 à 11h07

    Habemousse dit

    J’ai entendu, à l’époque ou j’écoutais France Inter au réveil, un de ses animateurs confondre le nom du chanteur avec celui de poète : je n’avais pas rêvé, Christophe était adoubé, le plus sérieusement du monde, poète parmi les poètes ; après quelques instants de flottement je suis allé prêter l’oreille à d’autres ondes….

  • 28 Avril 2013 à 14h25

    chartreux dit

    article incomprehensible et chiant!
    je prefère réecouter les mots bleus, et Aline, et Bevilacqua!
    Vive notre Christophe !

    • 29 Avril 2013 à 13h53

      Naif dit

      Ben moi j’ai trouvé l’article interessant. je craignais d’ailleurs que ce soit encore un de ces articles de crypto-groupie qui nous vente le soupe du chanteur “révolutionnaire” au combien différent et supérieure à la soupe ambiante….
      Pour les mots bleu je vous laisse savourer les couleurs indigeste d’un chanson larmoyante que l’on ne peut même pas comparer aux véritables auteurs anglo-saxons de son époque  tellement le match est perdu d’avance.