Une vie en périphérie | Causeur

Une vie en périphérie

Portrait d’un périurbain

Auteur

Jacques de Guillebon

Jacques de Guillebon
journaliste, essayiste et éditeur.

Publié le 31 mai 2014 / Politique Société

Mots-clés : , , , ,

graffiste

On les appelle par défaut les « petits Blancs » ou, quand on est un peu lettré en sociologie, les représentants de la « France à la Guilluy », du nom de ce géographe qui, dans Fractures sociales, a révélé ce dont on se doutait confusément sans parvenir à bien l’énoncer : le phénomène de « péri-urbanisation » de la petite bourgeoisie et de la classe ouvrière, d’abord expulsées des centres-villes par la « gentrification » ou la « boboïsation », puis repoussées hors des banlieues proches par les immigrés récents. Dire « petits Blancs » est évidemment aussi réducteur que de considérer les habitants des grandes cités HLM comme exclusivement maghrébins ou africains. Il y a parmi eux nombre de petits-enfants ou d’arrière-petits-enfants, métissés ou non, des premières vagues d’immigration nord-africaine, à qui une relative ascension sociale a permis de concrétiser leur « rêve pavillonnaire ». S’il a fallu autant de temps pour identifier cette population française pourtant très nombreuse, c’est précisément parce qu’elle ne constitue pas, et pour cause, une classe propre, dans le sens socialiste habituel qui requiert que la classe aie conscience d’elle-même. Et pour cause, disons-nous, parce que leur éparpillement sur le territoire, leur déracinement ou leur ré-enracinement tout frais empêchent ces hommes et ces femmes de voir qu’ils ne sont pas solitaires dans leur poursuite individuelle de la tranquillité et du confort matériel. « Comme le Spectacle les aura durement traités », disait Debord en 1978, dans In girum imus nocte et consumimur igni. Parlant de leurs parents, il levait déjà, prophétiquement, un voile sur l’avenir : la désaffiliation, la désappartenance, si l’on peut se permettre ces mots grossiers, qui vendaient en fait à ces salariés, dans l’illusion de la maîtrise de leur destin, la perte de leur inscription dans une histoire propre, qu’elle soit familiale, culturelle, provinciale ou nationale. Population perdue, oubliée de l’Histoire, vouée au néant ? Pas si sûr. Elle aussi a encore ses rêves, ses utopies, sa volonté de changer la vie.

[...]

*Photo: Hannah

  • causeur13

    Article réservé aux abonnés

    publié dans le Magazine Causeur n° 71 - Mai 2014

  • X

    Article réservé aux abonnés

    Déjà abonné, connectez-vous


    mot de passe oublié | Vous n'arrivez pas à vous connecter ?
     

    PAS ENCORE ABONNÉ ?

    causeur13
  • La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 2 Juin 2014 à 23h57

      améoui dit

      Ah mais oui, je ne connais personne à Combs la Ville. Il y en a un qui s’appelle Mohammed Mehoui et l’autre Hubert de Vallambreuse. Ils sont voisins et ils ont des maisons identiques. Un dimanche matin en revenant de chez le boulanger qui est à trois bornes ça fait chier, ils se sont rencontrés et ont tapé une causette.
      Hubert : On est pas mal ici et on a des belles maisons.
      Mohammed : Oui, et la mienne vaut plus cher que la tienne.
      Hubert : Mais c’est les mêmes
      Mohammed : Ah mais oui, mais moi mon voisin s’appelle Hubert de Vallambreuse.

    • 1 Juin 2014 à 10h33

      Ralph K.Krüger dit

      @ Oups :

      Merci pour l’info ! Sur ce coup là, on ne voit pas beaucoup les politiques gesticuler ni même défendre le pouvoir d’achat.

      La grosse arnaque des taxes et contributions des factures EDF :

      40 % de votre facture est désormais constituée de taxes,
      sur une facture moyenne de 200 €, vous avez environ 120 € de consommation réelle d’électricité (H.T.)…

      Pour en revenir au sujet :

      Oui, il y a une vie en banlieue… La dernière fois que je suis allé près de Paris, j’avais planté ma caravane pas très loin de Villeneuve St Georges. J’allais au marché, la vie grouillait, des étales colorées, une population non moins colorée, tous vivaient une banlieue sereine, pas très riche peut-être, mais l’on pouvait voir des sourires, des clameurs.

      On pouvait voir aussi les rames de train, qui passaient la grande boucle avant d’entrer en gare, l’aluminium couvert de graffitis, qui pouvaient surprendre, mais en posant son regard avec une certaine insistance, le graphisme assez travaillé, était intéressant et avait, finalement, une belle esthétique…

      Quand à Paris, depuis la politique désastreuse mise en place par Chirac, du tout bureau, la capitale se vide de sa substance, elle est devenue triste. Les cadres supérieurs tentent quelques repas de quartiers, histoire de se persuader qu’ils ont fait un bon investissement en achetant un placard à balais très cher, mais rien de très excitant…

      Et ça a continué sous une municipalité de gauche, plus préoccupée à faire briller les lumières du luxe qu’à loger le citoyen. Après on s’étonne que Paris végète, elle devient la capitale dortoir, plus un bruit et tout doit-être propre.

    • 31 Mai 2014 à 23h38

      nadia.com dit

      Debord, c’est pour faire joli ou pour avoir l’air intelligent ?

      • 1 Juin 2014 à 10h30

        _Georges_ dit

        Non, c’est pertinent. Par contre, “la terre qui ne ment pas” (Maurras), elle nous bouffe tout cru pareil. Ou du recyclage écolo-décérébré des pires littérateurs. Rien ne se perd pour ces gens-là.

        • 1 Juin 2014 à 16h44

          Schiczu dit

          Bien vu le Maurras en citation blanche !
          Effectivement le Maurassien nouveau recherche un peuple vers lequel descendre comme au bon vieux temps des débuts.

        • 2 Juin 2014 à 19h33

          Pierre Jolibert dit

          ?
          la phrase d’E. Berl était une citation blanche de Maurras ?

        • 2 Juin 2014 à 23h29

          Schiczu dit

          Juste, c’est Berl par Pétain. J’aurais du vérifier.

        • 2 Juin 2014 à 23h41

          _Georges_ dit

          Je ne suis pas tombé loin.

    • 31 Mai 2014 à 17h45

      Nolens dit

      J’ai raccompagné un copain à Combs-la-Ville il y a 1 mois et demi. On sort de la francilienne (N 104) et on est brusquement en plein champs. C’est une banlieue pavillonnaire desservie par le RER D, ligne sympathique où les petits blancs mon nettement minoritaires, ils ont le droit d’en avoir marre des noirs et des arabes, cependant ils sont là et le vote FN, même à 50% ne les fera pas repartir.
      Cette histoire est-elle vraie, est-elle romancée ou édulcorée, je n’en sais rien, toujours est-il que faire des graffitis partout est une occupation polluante à tous les points de vue.
      C’est mon point de vue, ce n’est pas de l’art, mais les goûts et les couleurs … 

      • 2 Juin 2014 à 23h51

        améoui dit

        Ah mais oui, mais quel est ce droit d’en avoir marre des noirs et des arabes.

    • 31 Mai 2014 à 16h17

      oups dit

      Je suis totalement hors sujet mais je ne peux pas résister à la diffusion de cette information :
      Le parlement européen vient de juger illégal le prélèvement EDF des 10 % surfacturés au titre de l’aide à l’établissement public ( idée des écolos pour subventionner , parait-il les énergies nouvelles ) , nous pouvons donc demander le remboursement de ces 10 % de nos factures d’électricité , rétroactivement depuis 2 ans .
      Une manne inattendue qui me donne plein d’énergie nouvelle!

    • 31 Mai 2014 à 16h16

      oups dit

      Je suis totalement hors sujet mais je ne peux pas résister à la diffusion de cette information :
      Le parlement européen vient de juger illégal le prélèvement EDF des 10 % surfacturés au titre de l’aide à l’établissement public ( idée des écolos pour subventionner , parait-il les énergies nouvelles ) , nous pouvons donc demander le remboursement de ces 10 % de nos factures d’électricité , rétroactivement depuis 2 ans .
      Une manne inattendues qui me donne plein d’énergie nouvelle!

    • 31 Mai 2014 à 14h09

      Belle dit

      J’ai été très étonnée par le manque de réactions journalistiques, tous bords confondus, quand Jollande a osé dire chez Bourdin” j’aime les gens, je veux dire les gens DE PEU”.
      On imagine juste trois secondes les réactions si Sarko avait fait une sortie aussi puante! 

      • 31 Mai 2014 à 14h35

        Villaterne dit

        Ne voulait-il pas dire plutôt “les gens de pieu ” ?

        • 31 Mai 2014 à 14h48

          Belle dit

          Euh..

        • 1 Juin 2014 à 10h55

          eclair dit

          avec des gousses d’ail?

        • 1 Juin 2014 à 11h02

          _Georges_ dit

          “Andouille ou fripouille, il faut choisir. Avec moi, la république sera exemplaire.” F. Hollande

    • 31 Mai 2014 à 14h04

      Belle dit

      La photo illustrant l’article est… Parfaite:-))