Cher Julien Coupat
Lettre ouverte à un enfermé
Publié le 06 avril 2009 à 11:14 dans Société
Vous êtes en prison. De deux choses l’une : ou vous êtes coupable, ou vous êtes innocent. Si vous êtes coupable, avouez que c’est de bonne guerre. Pensez à ces centaines de personnes qui ont passé chacune six heures de plus que prévu dans un train. Multipliez, reconnaissez que ça vaut bien quelques mois de taule pour vous tout seul. Déduisez les heures de Jérôme Leroy, il a su en faire bon usage. Allez, à quelques heures près, pour le temps perdu disons qu’on est quitte. Mais le coût pour la SNCF, les dégâts à réparer, les voyageurs à dédommager, qui va payer ? Pas vous, on est d’accord. Non, c’est plutôt moi (le fasciste en chef ou monsieur tout le monde, le lecteur tranchera ) un peu en billets de train, un peu en impôts. Ça s’appelle la solidarité. Alors vous comprendrez qu’on s’attache à décourager les vocations. Et puis, si vous avez choisi la voie de la révolution, c’est le métier qui rentre, que voulez-vous. La révolution, c’est un peu comme la religion, dans la sphère privée, ça n’emmerde personne, sur la place publique, c’est une autre histoire.
Vous vous attaquez à la société, ce n’est pas une mince affaire. Moi qui n’ai pas votre témérité, je ne m’attaque qu’au bois. Car, comme nous l’enseigne Bruce Lee dans Opération Dragon, “le bois ne rend pas les coups”. La société est plus susceptible. Quand on lui chatouille les caténaires, elle éternue. Et vous voilà en prison, tout soufflé. Si cette épreuve vous met un peu de plomb dans la tête, au figuré, ça fait beaucoup moins mal. Dans la société sans police pour vous arrêter que vous appelez de vos vœux, vous auriez bien pu vous faire lyncher par un comité d’usagers en colère. Avouez que vous auriez pu tomber plus mal que dans la patrie de Voltaire, Rousseau et Sarkozy.
Si vous êtes innocent, là, c’est ballot, je dois le reconnaître.
Si vous vous êtes contenté de poêter avec vos potes et qu’on tente de vous faire taire, c’est salaud. C’est rigolo mais c’est salaud. Mais à toute chose malheur est bon. Si vous étiez de ces ultragauchistes jamais contents, l’âme un peu noire, incapable d’être totalement heureux parce que la faim dans le monde et la guerre en Irak, vous verrez, vous allez sortir avec l’air de l’imbécile heureux qui plonge dans la béatitude parce que le ciel est bleu et qu’il y a du papier dans les chiottes. Le bonheur par effet de contraste, vous allez voir c’est radical.
Et puis pensez à la notoriété acquise derrière les barreaux. Martyr de l’Etat policier sarkozyste, votre gloire est faite. De Plenel à Denisot, la Société du spectacle vous attend. Qui sait si vous ne finirez pas rédacteur en chef-adjoint à Libé, consultant chez RSCG ou aux Guignols de l’Info.
Mais cela n’est pas le seul bénéfice que vous allez pouvoir tirer de cette aventure. Avez-vous vu dans les manifestations en votre soutien ces attroupements d’étudiantes en mal de Ché, un peu naïves, un peu crédules et à point pour le Grand soir ? Pensez à ce vivier de jeunes filles dans un âge où la cervelle est déjà molle mais la fesse encore ferme, ça va vous changer de la rudesse de vos codétenus justement emprisonnés. À la libération, vous allez pouvoir enfourcher le train qui siffle plus d’une fois et partir à l’assaut de toutes ces vallées et de toutes ces collines.
Alors, on dit merci qui ? Merci Alain Bauer, merci Alliot-Marie.
Julien, courage, vous tenez le bon bout.
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L'auteur
Cyril Bennasar est menuisier.
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REstif dit
Mon cher faux Restif je risque réellement de vous paraître discourtois mais Chronos se dérobe résolument en ces jours chargés jusqu’à la gueule. Le destin, ou son frère jumeau, celui qui est entré dans les ordres, la providence, n’a pas voulu que nous ayons cette petite collision en des jours moelleux et oisifs (quand au fils maudit, la hasard, personne ne lui parle dans la famille). Ne soyez pas trop dur envers ma pauvre angoisse numérique : tout masque contient un peu de nos égratignures, en cette grimace l’ego est un de nos égaux (hé…go !), bref il reste toujours un peu de chair accroché au domino. Merci du livre que vous me signalez. J’ai encore beaucoup à découvrir sur Restif. Mais c’était plus court que Giacomo ! moins prétentieux que Jean Jacques et plus rythmé que Mercier. Pour l’orthographe, j’avoue que je tiens à ce « f », cette sifflante qui souffle au cœur du nom un petit vent leste et coquin. Cordialement vôtre, à vous relire d’ici une quinzaine car je m’enlève vers les bruyères bretonnes loin d’internet, ses ris et ses pompes. (Je mettrais un mot sur Causeur à l’occasion. La vie a de ces détours…bien agréables ! (Cyril Bennasar…soyez bon ! et pardonnez …)
Restif “le faux” dit
Hé bien, cher Restif,
voilà qui fait immensément plaisir !
Je dois vous avouer qu’à la lecture de votre geyser numérique scandalisé j’étais un tantinet inquiet de votre sens de la courtoisie et des manières ! (un fou dangereux amoureux fou de Restif de la Bretonne, prêt à défendre en chat sauvage hystérique son « nétiquette »). Je suis très agréablement rasséréné à la lecture de votre seconde intervention, de constater que je n’ai pas affaire au pire des goujats, mais bien à un être réfléchi et véritablement sensible à la littérature du grand Restif.
J’aime ce que vous dites de sa langue, moins cambrée et effilée que celle de Saint Simon. Egalement moins composée, et posée ; plus vive, plus pesamment présente. Moins artificieuse, quoique dans l’artifice – et naïve, au premier sens, oui, vous avez raison.
Mais poursuivons notre compte des anges sur la pointe effilée d’un couteau – je connais des causeurs qui vont nous haïr de détourner ainsi la suite de réactions sans fin sur le « cas-coupat » par nos discours ampoulés ! – :
je trouve assez élégante la graphie « Restif » , mais ne suis pas autrement dérangé de voir écrit « Rétif », d’autant que l’intéressé avait de l’orthographe – pardon : de l’ortografe – une idée bien à lui, proposant dans son Glossographe : « une ortografe facile, invariable et conforme à la prononciation ». Connaissez-vous la publication récente (2006, je crois) de Mes Inscripcions (1779-1785) (l’auteur tenait beaucoup au « -cion») suivies du Journal (1785-1789) aux éditions Manucius ? Cette suite (« illisible » !) de traces maniaques formées d’abréviations et de termes latins est un trésor pour parvenir à une plus grande connaissance de l’homme Restif/monsieur Nicolas (c’est selon : distinguer le masque de celui qui le porte importe peu en l’occurrence).
Je porte une immense sympathie à ce graphomane fou qui griffait la pierre des quais de l’île Saint-Louis de ses inscripcions, afin de ne pas perdre trace de son vécu, des dates, noms (travestis là encore), des idées et affections de l’âme qui le traversèrent.
Que Cyril Bennasar nous pardonne ce parasitage intempestif ! Je suis proprement ravi de cet échange, quitte à passer auprès de nos petits camarades non pour des compteurs d’anges, mais bien pour des enc… de mouches ! Au plaisir de vous recroiser, pour rejouer ensemble sous un nom autre, que vous (seul ?!) saurez bien reconnaître (je crois avoir trouvé).
rocardo dit
Monsieur Massilia,je n’ai pas écrit “étrons humains”,mais “étrons”.Tout court.Et vu l’état des locaux universitaires à Rennes,le terme n’est pas si mal choisi,même si je veux bien convenir qu’il est excessif.Et ce qui est excessif devient insignifiant,comme l’avait dit un autre étron(dans un bas de soie).
REstif dit
Mon cher “Restif ” si courtoisement peu rétif, merci de votre aimable mot. Oui, j’ai été vif et je m’en excuse, surtout devant votre ton si sympathique. Donc pardonnez à cette irritation, à ce trait de narcissisme appuyé, mais il se trouve que bon nombre de lecteurs de Causeur le sont aussi d’Ilys j’ai donc cru le pire, immédiatement…Gauchement quoi !. Et puis…bah, c’est bébête à dire, mais bien que sans blog je suis un tout petit peu connu sur la réacosphère depuis que j’y traîne mes (lourdes) guêtres…
Je suis également touché de savoir que Mr de la Bretonne a pu assez essaimer dans le coeur d’un de ses lecteurs pour féconder un tel hommage. Je suis ces derniers temps en un nouveau piqué dans “Mr Nicolas” et vraiment je tiens Restif pour un grand auteur. Je ne regarde assurément pas Jean Dutourd comme le Flaubert du siècle, mais dans une préface aux Nuits révolutionnaires il n’a pas eu tort de le comparer à Saint Simon (et non Saint Simon du ruisseau comme dirent certains). Les deux langues sont certes différentes, il y a quelques chose de moins effilé et cambré chez Restif, il est plus plantureux, plus “peuple”. Mais nous lui devons de ces tableaux …Et une certaine naïveté (au sens premier) de ton bien plus authentique que chez Rousseau. A vous lire je veux croire que vous ne m’en voudrez pas de ce geyser numérique fleurant l’irritation ; le sentiment d’être dépossédé d’un masque qu’on avait finir par croire sien a de ces effets….Vous le comprenez bien, je le sais à vous lire.
En vous remerciant très sincèrement votre proposition de me laisser ce travesti. Vous êtes l’obligeance même. Cordialement votre R….
Ps Je trouve aussi que l’initiative de la pléiade d’écrire le nom RETIF est douteuse. Mr Nicolas fut imprimé sous le nom de Restif, Le drame de ma vie aussi je crois. Puis on le trouve orthographié chez des écrivains classiques (par exemple dans le Hugo des Misérables) en tant que ReStif . C’est bien la graphie classique. (Discussion sans grande importance mais la vie est faite de ces instants donné au jeu. Fut une époque où l’o comptait combien d’anges peuvent tenir sur la pointe d’un couteau…
Restif “le faux” dit
Cher Restif authentique,
ne vous emportez donc pas si vite, et attendez un peu de voir se démêler le quiproquo plutôt que de vous précipiter à voir en votre homonyme un voleur. J’espère d’ailleurs que votre prénom véritable ne court pas les rues, sans quoi je crains que vous ne passiez vos journées à invectiver les malheureux baptisés du même nom en les traitant d’usurpateurs.
Sachez que je n’ai nullement cherché à m’emparer de votre “pseudo” (comme vous dites)pour la bonne et simple raison que j’IGNORAIS votre existence. Désolé de vous décevoir. Ca n’est pas davantage une forme d’hommage à votre personne, ceci est bien regrettable !
J’éprouve donc, croyez-le bien, tout à fait le même sentiment désagréable que vous à voir que nos noms sont identiques, et que, n’étant que des “noms” sans visage sur internet, nous voici confondus.
Je me réjouis néanmoins de faire votre connaissance (certes dans des conditions qu’on pouvait souhaiter meilleures!), et d’apprendre ainsi qu’il existe un autre Restif portant comme moi dans son estime le digne écrivain auquel seul revient la légitimité du nom.
Il va me falloir dissiper cette situation confuse ; vous avez sur moi le privilège des “3 ans” que vous invoquez, je m’incline donc, et trouverai bien un autre nom masqué, à la manière de celui que nous admirons, qui glissait sans vergogne d’une dénomination à l’autre concernant certaines personnes de sa connaissance.
Vous voudrez bien accorder foi à ma sincérité, et m’ôter cette vilaine accusation de vol, au profit de la malheureuse coïncidence.
Quant à “oncle Restif”, la vulgarité en était volontaire : c’était une réponse ironique à Hank qui m’envoyait gentiment paître en m’apostrophant ainsi : “Oncle Restif, vous êtes injuste”.
Que les causeurs me pardonnent cette pénible digression qui ne concerne que Restif et moi-même.