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Foyer, doux foyer

Les amateurs de feu de bois méritent-il le bûcher ?

Publié le 04 février 2013 à 16:00 dans Politique

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cheminee chauffage region

Le plan de protection de l’atmosphère en Île-de-France envisage de faire interdire par arrêté préfectoral les cheminées à foyers ouverts d’ici à 2015. Il s’agirait de nous protéger des particules fines (en Ile-de-France ces cheminées seraient responsables de 28% des émissions et de 50% en plein hiver), sans parler du dioxyde d’azote, du monoxyde de carbone et autres « composés aromatiques organiques ». Des pourcentages de toute manière incomparables à ceux résultant du trafic routier, comme le reconnaît madame Gassin, la vice-présidente verte du conseil régional, pour laquelle il ne faudrait pas « laisser les particules de bois cacher la forêt du diesel ». Mais ne seraient plus tolérés que les cheminées à foyers fermés (les inserts) et les poêles.

L’interdiction prévue concerne potentiellement 125 000 cheminées des zones urbaines d’Île-de-France – à comparer aux 4,5 millions de ménages de la région. Faut-il qu’ils en brûlent du bois leurs heureux possesseurs, pour atteindre les pourcentages de pollution indiqués. Or qui, en 2013, se chauffe avec un foyer ouvert en Île-de-France ? Personne ou presque. Ceux qui veulent utiliser un chauffage par bois sont depuis longtemps passés à l’insert ou un poêle, qui ont un rendement nettement supérieur et peuvent être pris en compte fiscalement au titre des économies d’énergie. On aimerait d’ailleurs savoir quel aura été l’impact de cette politique « environnementale » qui a favorisé le développement du chauffage au bois, avec certes des produits qui ont un mode de combustion moins producteur de particules fines, mais qui en génèrent en continu. Mais le foyer fermé a l’excuse de l’énergétiquement correct. On aimerait aussi obtenir des précisions sur les chiffres annoncés pour ces foyers ouverts qui ne sont qu’épisodiquement mis en marche. 28% de la pollution en dehors des mois d’hiver ? Même si le parisien est un incorrigible romantique qui ne peut séduire qu’au coin du feu, même si, pour le versaillais, la cheminée est un élément essentiel de standing social, les feux de cheminée en Île-de-France sont quand même moins fréquents de mai à octobre !

La véritable question est de savoir à quoi sert actuellement le foyer ouvert. Or il ne sert pas à se chauffer, il sert à se faire plaisir, sans autre intérêt, et c’est cela qu’on ne lui pardonne pas. Car ce ne sont pas deux conceptions du chauffage, mais bien deux conceptions du monde qui opposent foyer ouvert et foyer fermé : la cheminée, c’est la flambée aristocratique ; l’insert ou le poêle, c’est le chauffage petit bourgeois. L’un se pense comme un plaisir esthétique, l’autre comme une nécessité subventionnée.

Le foyer ouvert c’est un feu qui vit. Avec ses craquements, ses pétillements, ses projections de braises. C’est une odeur différente selon les essences brûlées, cette odeur contre laquelle on veut nous mettre en garde – et ce au moment où le possesseur de foyer fermé croit bon d’allumer à chaque réception une kyrielle de bougies aux noms improbables (« soir d’été au Kurdistan », « thé vert de Marrakech », et pourquoi pas un jour « jardin sur l’Oronte »), qui vous collent des migraines comme seuls souvenirs. Une cheminée, c’est une lumière particulière dans la pièce, cette lueur de flammes dansantes qui rend les corps plus beaux, qui estompe les fatigues. Une cheminée c’est une sensualité, on attend encore celle des poêles. On aperçoit vaguement les flammes derrière une petite vitre, tant du moins qu’elle reste propre, on sent une chaleur – parfois excessive -, on entend l’éventuelle soufflerie, et puis ? Rien. On peut rester des heures hypnotisé devant un feu, pas devant un poêle. Et quand le barbare étendait sa conquête devant sa cheminée sur une peau de bête, cela avait plus de gueule que les secousses spasmodiques du petit bourgeois sur le tapis Ikea posé devant son poêle …

La cheminée, c’est aussi la tradition et la transmission de l’art difficile du feu – ne serait-ce bien souvent que pour l’empêcher de fumer et de nous faire regretter alors les seules particules fines. Dans une cheminée, on use avec soin du petit bois jusqu’aux bûches, on les dresse, on les étag, de manière différente selon les foyers ou selon le vent qui souffle au dehors. C’est un art que l’on se transmet souvent de père en fils, car – mais c’est peut-être là encore une tare de la cheminée – c’est traditionnellement aux mâles de la maison que revient de s’occuper du feu. Dans un insert ou un poêle au contraire, n’importe qui peut mettre n’importe quoi à n’importe quel moment, et pourvu que le feu ait pris, ce qui est facile, tout sera brûlé. Le foyer fermé, c’est la technique industrielle qui triomphe de l’artisanat.

La cheminée c’est le feu – presque – sans intérêt pratique. On cuit côté face mais on se gèle le dos en même temps. Son rendement est d’une pauvreté à faire hurler un technocrate bruxellois. On l’a dit, le chauffage n’est plus sa priorité. Avec le foyer fermé si. Avec lui, on se chauffe, on fait des économies et on sauve la planète. Ce mélange sordide d’utilitarisme petit bourgeois, de mesquinerie et de bonne conscience fait du possesseur de foyer fermé un précipité de bobo, une sorte de solution chimiquement pure.

Enfin, alors que la cheminée ouverte ne laisse pas de place à l’ego – si ce n’est au plaisir de celui qui a réussi à ne pas la faire fumer -, le poêle remplace chez le mâle bobo une voiture par trop discréditée, et les discussions entre heureux possesseurs retrouvent les vieux schémas : ils ont le plus gros poêle, celui dans lequel on peut mettre le plus de bois (ah, ces bons vieux symboles phalliques) ; ils ont la meilleure marque, un modèle nordique de préférence, suédois ou norvégien ; ils discutent sans fin du taux de rendement (80% ? 85% ? plus ?) ou des éléments techniques (double combustion ? triple ? quintuple ?).

Chauffés et subventionnés, ils pourraient se satisfaire de ce qu’ils ont, mais ce serait trop leur demander. Au fond d’eux-mêmes ils savent bien qu’ils n’ont qu’un triste moyen de chauffage pratique, sans aucune classe. Ils pensent alors à la joie simple du possesseur de cheminée et l’envient. Et c’est peut-être de cette envie qu’est né le projet en cours…

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  • 8 Février 2013 à 15h38

    lavacheallais dit

    oops le “suis”, deuxième mot du message ci-dessous, est le résultat d’une mauvaise manipulation. Il faut lire : “je partage le constat….”

  • 8 Février 2013 à 15h35

    lavacheallais dit

    Je suis partage le constat de l’absurdité de ce projet d’interdiction des foyers ouverts. Le prétexte de pollution et les pourcentages farfelues qui l’accompagnent, que l’on peu comparer notamment à l’automobile et aux pollutions industrielles, prêtent effectivement à rire.

    L’article est amusant, le passage sur les bobos qui comparent la taille de leurs poêles (et de leurs tuyaux?) et le pourcentage de rendement est très bien vu. Ce type de comportement se constate avec toutes les technologies ; de la voiture à l’ordinateur, du téléphone portable au home-cinéma.
     
    Mais pourquoi reprendre l’opposition foyers-ouverts / foyers fermés de ce projet d’interdiction ? Parce qu’elle permet la métaphore de l’aristocratie et de la petite bourgeoisie ? Certes. C’est justement la faiblesse que je trouve au texte.

    Car le monde ne se sépare pas entre aristocrates et petits bourgeois. En tous cas pas uniquement. Même en rajoutant les bobos, c’est un peu juste. Et quand on a besoin de se chauffer – ce qui peut arriver, si, si… – on se soucie peu de savoir si des universitaire vont trouver ça aristocratique ou petit bourgeois. On se chauffe, c’est tout. Et à ce moment là, le facteur “rendement”, loin d’être un sujet de fanfaronnade, représente simplement le nombre de stères qu’il va falloir acheter et/ou débiter et fendre. C’est un point qui n’est pas abordé dans l’article.

    Car ce que vous oubliez de dire aussi, c’est que “l’heureux possesseur” de cheminée, tout-à-la-joie-de-sa-flambée-qui-ne-lui-sert-pas-à-se-chauffer, dispose également d’un autre moyen de chauffage, non ? Alors lequel ?
    Est-ce qu’un chauffage central (au gaz, au fioul…) ou des radiateurs électriques, ou ce vous voulez d’autre, ne sont pas aussi de “tristes moyens de chauffage pratiques, sans aucune classe” ? Peut-être même certains de ceux-là peuvent être qualifiés de “petit bourgeois”.

    Entendons nous bien, je n’ai rien contre la cheminée et le plaisir du feu, bien au contraire. Mais systématiser l’opposition foyer ouverts / foyers fermés initié par ce projet d’interdiction stupide, est pour le moins réducteur. Et d’ailleurs pourquoi ne pas envisager, par exemple, que “l’heureux possesseur” de cheminée se chauffe, en plus, avec un foyer fermé ? - puisqu’il faut bien qu’il se chauffe. 

    Et de même, on peut réfléchir à la pollution sans être un “bobo” (je ne suis d’ailleurs pas certain que le “bobo” réfléchisse vraiment).

    Que des abrutis se donnent bonne conscience en se chauffant avec un foyer fermé, ne signifie pas que se chauffer avec un foyer fermé serve à se donner bonne conscience. 

  • 6 Février 2013 à 23h53

    pvd78 dit

    Trop bon cet article, merci pour cette légèreté!
    Deux petites remarques cependant:
    1/on peut quand même (et oui c’est incroyable) être admis dans les réseaux versaillais, et posséder un insert…
    2/ pour ceux que ce projet de loi étonne,il est interdit depuis belle lurette d’avoir un foyer ouvert dans Paris intra-muros…
    Et qui s’en soucie franchement? 

    • 7 Février 2013 à 20h06

      otowig dit

      ceux qui n’habitent pas Paris intra-muros mais l’ile de france et qui en ont marre des mesures des bobosécolo  et puis tiens tant qu’on y est rien ne vaut une petite chanson pour résumer :
      http://www.youtube.com/watch?v=mlneYuBzKBg
       

  • 5 Février 2013 à 14h17

    otowig dit

    je me savais Homophobe, Islamophobe, réactionaire, antihumaniste, xénophobe (bientôt avec le projet de loi sur l’euthanasie) me voilà à présent polueurgénérantdesparticulesfines parce que j’utilise ma cheminée pour faire gagner quelques degrés qui me font économiser du gaz, et puis que c’est beau et aussi que j’ai un jardin qui me donne du bois mort. Je n’ai qu’un mot RHAAAAAAAAAAAAAAAAAAA!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

    • 5 Février 2013 à 14h19

      otowig dit

      euh.. pardon Xénophobe c’est pour le droit de vote aux étrangers, pour l’euthanasie je ne suis qu’un sadique qui prend son pied à voir mourir ses proches dans d’horribles souffrances.
       

  • 5 Février 2013 à 10h03

    kravi dit

    Serait-ce un hoax ? Si ce n’est le cas, j’ai le plaisir d’annoncer à Sophie Flamand que, dans la compétition acharnée qui l’oppose à la Belgique sur le sujet des lois grotesques, la France vient de reprendre l’avantage.

  • 4 Février 2013 à 21h25

    zapping dit

    Interdire les foyers ouverts?
    On vient de les légaliser pas plus tard que ce matin ! Paraît même qu’ils auront droit à la PMA.
    http://www.exorcismes-postmodernes.fr

  • 4 Février 2013 à 20h00

    tessar dit

    Interdire les cheminées à foyer ouvert ,pourquoi pas,mais peut être faudrait-il aussi interdire les moteurs Diesel pour limiter les micro-particules ?Non,moi,ce que j’aimerais,c’est qu’on interdise de bruler des voitures et accessoirement quelques bâtiments. C’est déjà interdit dites vous.Ah bon!
    Cette interdiction des foyers ouverts serait-elle une élucubration de technocrate?

  • 4 Février 2013 à 17h04

    eclair dit

    Cela ne dis pas que 28% hors mois d’hiver. C’est 28% sur l’année complète dont 50% par temps froid.
    C’est un phenomene connu depuis longtemps les particules d’où l’obligation de ramoner chaque année.. Par contre cela tient compte des incinérateurs ce pourcentage? 

    Cela sent surtout le lobbying des inserts pour faire interdire les cheminées. 

  • 4 Février 2013 à 16h43

    L'Ours dit

    Question cheminée,, je pratique l’ouvertitude, mais je n’ai rien contre ceux qui préfèrent la fermitude aux inserts.
    Je suis surpris qu’elle veuille interdire plutôt que de mettre un impôt cheminée.
    Allez! ça ne saurait tarder. 

    • 4 Février 2013 à 16h51

      Eugène Lampiste dit

      vous ne préfèreriez pas vous couvrir la tête de cendres, l’ours ?

      je verrais bien une superbe cérémonie publique d’autocritique, avec des flambeaux électriques basse consommation.

      • 4 Février 2013 à 17h08

        L'Ours dit

        Une cérémonie publique d’autocritique? ça durerait trop longtemps!

      • 4 Février 2013 à 17h10

        Eugène Lampiste dit

        alors ce sera directement le bûcher.

        mais à la chinoise : on enverra la facture de la taxe carbone à votre famille. 

  • 4 Février 2013 à 16h43

    smanyach dit

    Heu…c’est une plaisanterie cette interdiction ?

  • 4 Février 2013 à 16h33

    michel kessler dit

    Défendre le plaisir du feu de cheminée est louable, y compris, et vous l’avez oublié, la possibilité d’y cuire des choses (animaux, pommes de terre), mais de là à écrire “ce mélange sordide d’utilitarisme petit bourgeois, etc “à propos du possesseur de foyer fermé c’est un aller un peu loin dans la posture “je suis réac, je conchie les bobos”: il est possible d’avoir les deux et même avec le chauffage central encore (et au fioul!), un bon vieux Godin dans la cuisine (pas besoin de merdes design importées de Scandinavie) sur lequel on laisse mijoter la choucroute ou le cassoulet toute la journée, comme jadis sur la cuisinière à bois! moi aussi je peux être réac…il y a environ 75% des français qui n’habitent pas en Ile de France…et même des bouseux qui habitent dans les campagnes, très loin du RER, parfois sans téléphone portable, j’en connais qui se chauffent exclusivement avec un “colonial” et passent leur soirées, lui à tricoter, elle à monter des maquettes d’avions de chasse en chantant “C’est nous les africains”, le beagle couché devant le poèle qui ronronne, etc…

    • 4 Février 2013 à 17h27

      girafe234 dit

      Moi je connais des gens qui ne peuvent se chauffer qu’au bois, tant ils sont gênés financièrement.
      Quatre gosses, en pleine cambrousse, rien de bobos vraiment! Faut pas tout generis et.
      Christophe, êtes-vous le fils de Christine? 

  • 4 Février 2013 à 16h16

    respublica dit

    Bravo…