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Chasse au pilote en Syrie

Du changement dans l’air ?

Publié le 28 novembre 2011 à 14:25 dans Monde

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Photo : DTN News.

Jeudi dernier, sur la route reliant Homs à Palmyre, un minibus de l’armée de l’air syrienne est tombé dans une embuscade. Bilan : dix morts dont six pilotes que l’état-major syrien décrit comme « qualitativement entraînés à piloter des avions militaires modernes ». Autrement dit, il s’agit de pilotes de chasse de la base aérienne de Tiyas appartenant très probablement aux escadrons de Mig-25, Sukhoi Su-22 et su-24. Ce ne sont pas les meilleurs avions que possède Damas – cette qualité revient au Mig-29 – mais avec les Mig-23 ils assurent l’essentiel des missions dites de « supériorité aérienne ». Ces pertes sont en tout cas particulièrement douloureuses : non seulement il n’est pas facile de remplacer des aviateurs d’un tel niveau mais leur mort entraîne un effet désastreux sur le moral des troupes. Les pilotes de chasse sont effet les prunelles des yeux de toute armée moderne.

Toute la question est de savoir si les assaillants ont choisi leur cible par hasard ou sur la base d’un renseignement rudimentaire (parfois il suffit de connaître la famille du chauffeur du minibus et ses habitudes…) ou, comme le suggèrent les autorités syriennes, s’il s’agit d’une attaque planifiée d’après des renseignements précis et « frais » qui témoignent d’un soutien au sein même de l’appareil militaire syrien. Quoiqu’il en soit, ce coup dur s’ajoute à une série noire qui ne cesse de s’allonger : l’attaque contre la base des service de renseignements de l’armée de l’air à Harasta et les tirs sur le QG du parti Baas à Damas.

Pour le régime, plus aucun doute n’est permis : ses adversaires ont choisi une stratégie de guérilla pour précipiter sa chute. Avec des bases arrière en Turquie, une terre d’asile en Jordanie et quelques maquis plus ou moins protégés à l’intérieur même de la Syrie, ce qu’on appelle « l’Armée Syrienne Libre » devient une menace redoutable pour le pouvoir en place. Dans un premier temps, sonné par cette série de coups, Damas a choisi d’évoquer une responsabilité israélienne. Les pilotes abattus se préparaient, disait le communiqué officiel, à « accomplir le devoir sacré de libérer les territoires et de restaurer leurs droits usurpés », ce qui dans le jargon syrien veut dire la guerre contre Israël, qui serait premier sur la liste de ceux à qui profite le crime.

Le problème est que les tentatives de mobilisation de la nation syrienne contre l’ennemi commun ne semblent pas trouver d’écho favorable au sein d’une population qui aspire à se débarrasser d’Assad, mais aussi à récupérer le plateau du Golan perdu en 1967 et à exprimer sa solidarité avec les Palestiniens… Ainsi, le régime devra bientôt prendre une décision bien délicate : rester dans la défensive ou adopter une stratégie antiguérilla efficace, c’est-à-dire s’attaquer à ses bases arrière, sa logistique et ses terres d’asile.

Si Assad décide de contrer l’ASL et sa guérilla de plus en plus efficace sans changer de stratégie, il laisse à Ankara, Amman et leurs alliés les mains libres pour contrôler la situation explosive du pays. A force d’épuisement, il risquera alors de voir son principal atout – les forces de sécurités en uniforme et en civil – fondre comme neige au soleil. Saignés par les désertions et de plus en plus menacés dans leurs mouvements, ces hommes éprouvés par neuf mois de guerre contre leurs concitoyens, ne peuvent plus tenir longtemps. En revanche, si le président syrien choisit de cibler les bases arrière de l’ASL voire d’autoriser des « poursuites à chaud » et des opérations pénétrant en territoires turc et jordanien, il prend le risque de déclencher des hostilités régionales et légitimera par avance un viol de la souveraineté syrienne.

Tandis que le monde a les yeux rivés sur les déclarations des chefs d’Etat et les manœuvres diplomatiques à l’ONU, sur le terrain la situation évolue très rapidement et notamment le déploiement de forces navales américaines et russes dans le bassin oriental de la méditerranée et le regain d’activité de l’ASL ouvrent une nouvelle phase de la crise syrienne de l’autre. L’ironie de l’histoire veut que le pays qui soutenait une myriade de mouvements de terreur et de guérilla, risque aujourd’hui de succomber à ces mêmes artifices.

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A lire sur Causeur.fr

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  • 29 Novembre 2011 à 12h34

    Bibi dit

    Sept décennies après la rencontre historique (28.11.1941) entre Hitler et le Mufti de Jérusalem, Haj Amin al-Husseini, et leur collaboration mortelle, 64 ans (29.11.1947) après l’adoption du plan de partage de ce qui restait de la Palestine mandataire par l’ONU, son acceptation par les juifs du Yishouv et son rejet par les arabes, la technologie a évolué mais le reste?

  • 29 Novembre 2011 à 11h55

    akry dit

    Oui, mais pendant ce temps-là, au nord d’Israël, BOUM aussi, de roquettes. L’état major doute que ce soit le Hezb, qui n’a pas intérêt aujourd’hui à un embrasement, mais plus probablement de palestiniens.
    Il n’en reste pas moins qu’avec les malades iraniens, qui auraient, eux, intérêt à focaliser les regards ailleurs que chez Assad, tout est possible.

  • 28 Novembre 2011 à 19h59

    RotilBis dit

    Et pendant ce temps-là, en Iran, BOUM !.

    N’allez surtout pas croire que c’est Israël qui se/vous protège des bombes iraniennes…  

    • 28 Novembre 2011 à 22h09

      Bibi dit

      Tout le monde sait qu’à Ispahan on ne fabrique que des tapis.

  • 28 Novembre 2011 à 16h55

    saintex dit

    Pour savoir qui a vraiment motif à se réjouir et pourquoi, il faut d’abord savoir qui active cette guérilla.
    Sauf erreur, le peuple syrien n’est pas descendu dans la rue pour demander du pain. Il faut tout de même une motivation pour se faire canarder.
    Et jusqu’à ce jour, les revendications n’ont pas dépassé le niveau d’une demande de changement de régime. Sont-ils donc si martyrophiles ?

    Qui tire les ficelles, agite des marionnettes d’un “printemps” syrien ?

  • 28 Novembre 2011 à 16h53

    Alpheratz51 dit

    Article très intéressant, à quoi on peut poser la question : “y a-t-il un pilote dans l’avion ?” 

  • 28 Novembre 2011 à 16h52

    L'Ours dit

    “Les pilotes abattus se préparaient, disait le communiqué officiel, à « accomplir le devoir sacré de libérer les territoires et de restaurer leurs droits usurpés », ce qui dans le jargon syrien veut dire la guerre contre Israël”
    Ah! Bon? Mais alors Israel était dans son droit…
    Y prennent vraiment les gens pour des c.

    Sinon, j’ai eu la même réaction qu’Impat. 
    Allez faisons comme eux… et si les services secrets syriens avaient eu vent d’une préparation de désertion de ces pilotes?

     

  • 28 Novembre 2011 à 16h17

    Alain Briens dit

    Pensez vous qu’Israël se réjouisse de voir tomber un ennemi implacable, soutien du Hamas et du Hezbollah, ou s’inquiète au contraire des fanatiques sunnites qui pourraient succéder au laïque Assad ?

    • 28 Novembre 2011 à 16h28

      Bibi dit

      Personne en Israël ne se réjouit de ce qui se passe en Syrie.
      Et je ne crois pas que la laïcité est le trait le plus important du régime des Assad (le père fut pilote de l’armée de l’air syrienne).

    • 28 Novembre 2011 à 16h28

      Gil Mihaely dit

      les deux mon général

      • 28 Novembre 2011 à 16h47

        Bibi dit

        @Gil,

        Qui se réjouit en Israël?

        Et la portée symbolique du coup porté aux pilotes n’est pas sans importance.

  • 28 Novembre 2011 à 15h38

    Thalcave dit

    Quel est l’avenir de l’approvisionnement en armes du Hezbollah et du Hamas sans les bons offices de la Syrie qui sert d’intermédiaire géographique à l’Iran?
    Ne risque-t-on pas de voir l’Égypte et la Turquie prendre le relais?

    • 28 Novembre 2011 à 15h46

      Gil Mihaely dit

      Sans doute plus difficile mais ils y sont arrivés dans le Sinaï/Gaza même avant la chute de Moubarack. ça va leurs coûter plus cher. le gros problème pour eux est le Liban : Junblatte, le leader druze, change déjà de discours par rapport au tribunal international et quand il change d’avis c’est un signe que les rapports de force changent…   

      • 28 Novembre 2011 à 16h16

        Thalcave dit

        Joumblatt s’était rangé au côté du Hezbollah contre le TSL de la Haye début 2011. S’il fait volte face, c’est que le Hezbollah est en berne. Le Hezbollah et le Hamas ce sont des chites ou des sunnites? Et la Turquie? Difficile de s’y retrouver dans les buts poursuivis par l’Iran et ses alliances contre nature. Il reste que la Turquie et l’Iran sont des partenaires économiques naturels. La Turquie va tôt ou tard chercher des débouchés à ses frontières. Dans quel contexte politique? Je ne vois pas bien : en opposition avec l’OTAN?

      • 28 Novembre 2011 à 16h37

        kacyj dit

        Hezbollah : chiites
        Hamas : sunnites

         

  • 28 Novembre 2011 à 15h09

    Impat1 dit

    Il se pourrait qu’on assiste d’ici peu à l’atterrissage de quelques Mig ou Sukhoi syriens sur une piste d’un pays voisin. L’histoire libyenne se répète en Syrie.
    Mais le problème est plus ardu, car l’autonomie limitée de ces avions limite le choix. 

    • 28 Novembre 2011 à 15h31

      Gil Mihaely dit

      La Turquie n’est pas loin…