Charlie Hebdo : Pas d’amalgame? | Causeur

Charlie Hebdo : Pas d’amalgame?

Ok, mais cela vaut pour tout le monde!

Auteur

Luc Rosenzweig

Luc Rosenzweig
est journaliste.

Publié le 09 janvier 2015 / Médias Politique Société

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« Pas d’amalgame ! », le mantra habituel consécutif de chaque attentat djihadiste, en France, en Europe ou ailleurs, n’a pas manqué d’être psalmodié par la plupart des personnalités politiques et médiatiques s’exprimant sur la tuerie perpétrée dans les locaux de Charlie Hebdo, Marine Le Pen incluse. Comme si la vindicte populaire risquait de se déchaîner contre l’épicier arabe du coin, qui n’est même pas menacé du moindre boycott, à la différence des vendeurs de machines à soda israéliennes !

Le peuple français, dans son épaisseur populaire, n’a nul besoin qu’on lui fasse la leçon antiraciste, pour la bonne raison qu’il pratique la common decency orwellienne, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose. Quoi qu’ils pensent de telle ou telle religion, quelle que soit leur opinion sur les Arabes, les Juifs ou les Zoulous, les Français n’ont pas pour habitude de se livrer à des pogroms, ni d’infliger des punitions collectives à des groupes en raison des crimes commis par quelques uns de leurs ressortissants. Ils font bêtement confiance à la loi.

Cela n’empêche pas, bien sûr, que les préjugés, les généralisations, voire les sorties carrément racistes alimentent les brèves de comptoir comme les écrits et  les spectacles : Dieudonné, à ma connaissance vit et travaille en France.

C’est à Dresde, en Allemagne, et pas à Paris ou à Lyon, que les foules se déplacent pour dénoncer l’islamisation supposée de leur pays. Alors, mesdames et messieurs les moralisateurs autoproclamés de notre nation, qui nous soupçonnez de mauvaises pensées avec une méticulosité inquisitoriale, lâchez-nous !

Et écoutez-vous plutôt pratiquer à jets continus ces amalgames que vous dénoncez avec des trémolos dans la voix ! Oui, Edwy Plenel, Laurent Joffrin, Jean Birnbaum et alii, vous êtes les rois de l’amalgame, de la reductio ad lepenum de quiconque s’interroge sur la crise de notre identité nationale et de notre société en dehors des dogmes dont vous vous érigez en gardiens. Alain Finkielkraut, puis Eric Zemmour, enfin Michel Houellebecq sont tour à tour convoqués devant votre tribunal inquisitorial. Comme dans les bons vieux procès staliniens, le verdict est établi avant même que l’accusé ne soit invité à s’expliquer.

Le comble de l’ignominie a été atteint, jeudi 8 décembre, le matin, sur France Culture par Jean Birnbaum, directeur du Monde des Livres, qui n’a pu s’empêcher de souligner la « concomitance » de la sortie en librairie de Soumission de Houellebecq, livre qui lui a « donné la nausée », avec la tuerie de la rue Nicolas-Appert. « Cela n’a rien à voir, bien sûr, mais tout le monde l’a pensé, je l’ai pensé… », minaude-t-il avant de réitérer sa charge contre le romancier, qu’il réduit aux écrits islamophobes de la britannique Bat Yé’or, comme hier il ne voyait en Alain Finkielkraut qu’un épigone de Renaud Camus. Birnbaum  c’est la version estampillée rue d’Ulm de la formule populaire « j’dis ça, j’dis rien ! ». Alors, pas d’amalgame ? Que ces messieurs commencent !

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    • 9 Janvier 2015 à 9h34

      Parseval dit

      Cette insistance, ce harcèlement même, à dire aux gens de ne pas se laisser aller vers la guerre civile en deviendrait presque suspect.
      On ne s’y prendrait pas autrement pour leur donner des idées. Les media agissent de même pour le vote FN, on ne souvient que lors du second tour des présidentielles, Marine Le Pen n’a donné aucune consigne de vote, à la différence de la presse qui a expliqué en long, en large et en travers ce qui était le plus avantageux pour elle.
      Ça les rapproche d’ailleurs de Zemmour qui lui aussi semble éprouver une excitation inavouée à la pensée d’une guerre civile. Et avec le pouvoir qu’ils ont, les prophéties autoréalisatrice peuvent marcher.
      Mais pour Houellebecq, je ne vois pas. J’ai feuilleté son livre, j’ai lu son interview sur Mediapart ; je ne comprends vraiment pas comment on peut l’accuser d’être anti-islam/musulman ou de pousser à la guerre civile.

    • 9 Janvier 2015 à 9h29

      Kov666 dit

      Très bien dit. Pour ma part quand j’entends “pas d’amalgame” je serais tenté de sortir mon révolver, mais j’ai surtout une vision d’un troupeau bêlant qui se refuse à voir le ravin en contrebas. Evidemment écoeuré par les propos de Plenel, cela va sans dire, ce ne sont pas Zemmour ou Houellebecq qui ont créé un climat propice à la naissance du terrorisme, lequel, on le sait tous, n’a pas besoin d’eux pour exister. Pour des gens comme Plenel la liberté d’expression est un concept à géométrie variable : intouchable quand elle vient de la gauche, à museler quand elle vient de l’autre bord. Pour m part, je ne défilerai pas dimanche. Toutes mes condoléances aux familles et proches des journalistes de Charlie Hebdo. Mais en entendant Lamy ce matin on ne sait plus pourquoi on doit défiler. Les manifestations spontanées étaient sympathiques car populaires; c’était le peuple qui était là. Maintenant voilà les partis politiques qui font de la récupération et brouillent le message : on ne défile plus pour la liberté d’expression, mais avec SOS Racisme and Co dans la manifestation et les propos de Lamy on a maintenant affaire à une sorte de manif anti-raciste, une sorte de nouvelle marche des beurs contre le racisme, contre la stigmatisation, pour l’immigration, pour le multiculturalisme. Désolé, pour moi c’est non, mais oui à la liberté d’expression d’où qu’elle vienne.

      • 9 Janvier 2015 à 9h30

        Éric Guéguen dit

        Espérons qu’elle est au moins consciente qu’il n’y a pas beaucoup de pays au monde qui offrent toutes les tribunes imaginables à des gens aussi fourbes qu’elle.

    • 9 Janvier 2015 à 9h12

      leopold bloom dit

      Tous ces gens, auxquels il faut ajouter Askolovitch et la plupart de leurs confrères, sont les collabos de l’islamisme.