Comment Charlie s’est fait hara-kiri | Causeur

Comment Charlie s’est fait hara-kiri

Quand le trouillomètre atteint des sommets, l’humour trinque

Auteur

Patrick Mandon

Patrick Mandon
éditeur et traducteur.

Publié le 24 septembre 2015 / Culture Politique Société

Mots-clés : , , , , ,

charlie hara kiri choron charb

Il y a longtemps de cela, vers 1965, j’avais un ami, pour ainsi dire un jumeau choisi. Nourris de Baudelaire et de tous les grands audacieux, nous voulions du neuf. Nous étions volontiers sarcastiques, et nous aimions « les femmes atroces dans les quartiers énormes » (Apollinaire). Nous cherchions une voie d’égarement, une frontière éloignée : la revue Bizarre nous avait mis sur la piste, ainsi que deux ou trois exemplaires d’une publication américaine extravagante, trouvés par hasard, Mad.

Puis il y eut Hara-Kiri, mensuel fondé par Georges Bernier, alias le professeur Choron, et François Cavanna. Le titre fonctionna comme un piège à mâchoires sur notre curiosité en exil. Nous eûmes d’emblée la certitude de tenir notre sécession. Nous fûmes emportés par ses détournements de sens, ses scènes de cauchemar légendées d’une main gantée de fil barbelé, ses filles dénudées, niaises, qui plaçaient leurs seins dans des bols, ses récits étranges qui n’étaient pas exactement surréalistes, mais d’où surgissaient le rire et la peur. Autant de dessinateurs autant de styles ; semés dans toutes les pages, des dessins, des « crobars », des traits jetés. Hara-Kiri était un chien de mégarde dressé à mordre jusqu’à ses maîtres. Il s’en dégageait une impression de fête barbare, pleine d’éructations de soudards malins. Ce journal était en état d’insurrection.

Choron et Cavanna savaient reconnaître le talent et lui donner sa chance. Ils réunirent une pléiade d’énergumènes résolus à ne plus rien sacrifier au goût et à la raison officiels.

[...]

guignols couverture causeur

Également en version numérique avec notre application :

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00504665_000001.

  1. La Reine des pommes, Éditions du Square, scénario de Melvin Van Peebles d’après le livre de Chester Himes The Five-Cornered Square ou A Rage in Harlem (titre du film qu’en tira Bill Duke en 1991).
  2. Le Chinois du XIVe, Wombat, illustré par Roland Topor ; Melvin Van Peebles signait aussi « La chronique du gars qui sait de quoi il parle ».
  3. Pour en savoir plus sur le professeur au fume-cigare, lire Choron et moi, de Sylvia Lebègue, préface de Jackie Berroyer, L’Archipel, janvier 2015.

  • causeur 27

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    publié dans le Magazine Causeur n° 27 - Septembre 2015

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    causeur 27
  • La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 1 Octobre 2015 à 8h42

      thierryV dit

      Tous les mouvements naissant vivent cette période enivrante de la conquête ,de la camaraderie et de la soif de nouveauté . Puis vient le moment , terrible , de l’obligation de résultat . Et là , les révolutions mangent toujours leur créateurs . Elles se nourrissent de leur propre insuffisance . Une sorte de pacte passé avec le diable qui viendra forcement réclamer son dû au jour dit .
      Dernier enterrement de cette époque et vécu comme tel , inénarrable réunion “télévisée” en présence de membre gouvernementaux , lançant à la face du monde leur douleur ouvrière devant cette perte de camarades morts pour la cause . On se serait crû dans un théâtre de banlieue , à l’époque ou quelques “révolutionnaires inspirés tentaient de sensibiliser le peuple aux thèses de libération de l’homme par le combat de classe .
      J’en était gêné pour eux , avoir a ce point dévoyé la mort de collègues fauchés par les barbares de chez nous . Il ne manquait plus que le portrait de Staline accroché au mur .

    • 29 Septembre 2015 à 10h32

      Patrick Mandon dit

      Pour ceux qui repasseront par ce fil, encore ceci : l’information, hier, a confirmé la rumeur, Luz et Pelloux quittent la rédaction de Charlie Hebdo. On peut comprendre leurs motifs officiels : lassitude, traumatisme, impossible oubli etc.
      J’ignore ce que deviendra cet hebdomadaire, et je ne souhaite pas sa disparition. Mais la question se pose de sa « nécessité » humoristique. Sa rédaction, décimée, peut-elle encore rebondit et renouveler son inspiration ? Dans quelle veine satyrique devrait-elle puiser, pour donner une énergie neuve à sa publication ? C’est paradoxal, cette situation ; avant l’attentat, les recettes financières baissaient dangereusement, après l’attentat, la caisse est pleine. Que vont-ils faire de l’argent accumulé ? Quelle forme d’humour leur permettra de revenir ?

      • 30 Septembre 2015 à 18h05

        Colonel DAX dit

        Bonsoir Patrick Mandon,

        Avant de tenter de repondre a vos 4 questions…

        Suis l’animateur principal de DAX
        (coll. qui n’abandonne pas la “partie” / beau projet de CAUSEUR et / l’assaut quotidien des souillons festifs — mais C. a sa part de reponsabilite en laissant au depart s’exprimer des fumiers et des fumistes)

        J’ai lu Charlie Hebdo, souvent sans adherer a un projet bebete de flinguer, notamment, mais systematiquement, l’homme d’eglise et l’agent de police.
        Je n’ai jamais ri devant un dessin de Charb, de Wolinski (ni ailleurs), de Cabu (ni en BD). Jamais.
        Riss, Tignous, Luz, Honore, Petillon, L. Thouron…, en revanche…

        Sans aimer particulierement Charlie Hebdo, donc, j’ai eu une peine immense, en janvier, peine a peine corrigee par la certitude de l’attentat.

        J’avais ecrit a Charlie H. plusieurs mois avant, suite a un papier sur la consommation de viande de chien en Chine (dont evidemment, et a bon escient, ils avaient a redire), pour leur signifier qu’ils n’avaient qu’a fermer leur claque-merde : relativisant tout et n’importe quoi, il leur fallait logiquement accepter que l’on massacre du canin a l’autre bout du monde.

        C’est Charb qui repondit.

        Sa reponse — “On emmerde la tradition, on emmerde la culture, on emmerde…”
        Je me suis dit : “Ils vont au casse-pipe”.
        Ils ont fait du tabassage-touzazimuts un principe, un credo, un dogme : 0 reflexion, meme quant a leur devenir, leur (sur)vie…

        Vos questions a present :

        - Sa rédaction, décimée, peut-elle encore rebondit [sic] et renouveler son inspiration ?
        >>> Le monde est pourri a (presque ?) point. Si la mouche qui vient s’y poser en est elle-meme issue, rien de tres puant n’en sortira. C’etait deja le Charlie de ces dernieres annees : ca puait bon.

        - Dans quelle veine satyrique [sic] devrait-elle puiser, pour donner une énergie neuve à sa publication ?
        >>> Je me suis limite plus haut au policier et au pretre, parce que ce sont les cibles faciles de ce temps ricaneur. Charlie emmanchait — c’est une necro, hein ?! — tout le monde, mais DIEU que c’est facile avec les institutions visibles ! Que Charlie troque le cureton et le flic pour le sociologue et le banquier !

        - Que vont-ils faire de l’argent accumulé ?
        >>> la bringue

        - Quelle forme d’humour leur permettra de revenir ?
        >>> l’emotion vous amene a vous repeter…

        Bien a vous

        DAX

        • 30 Septembre 2015 à 23h52

          Patrick Mandon dit

          Mes respects, mon colonel,
          Vous énumérez les gloires de HK et subséquemment, pour les principaux (Wolinski, Cabu), de Charlie H. Mais vous oubliez celui que je considère comme le plus important de tous, Reiser. Que dois-je déduire de cet oubli ? que vous n’avez jamais ri en découvrant une planche de ce garnement surdoué du « crobar », qui semblait contempler sa propre peur ? ou bien que, par une manœuvre de l’inconscient, on omettant de le nommer, vous le sortez du lot de ceux qui « ne vous ont jamais fait rire » ?
          Je redis ici que le Charlie H. de ces récentes années ne m’intéressaient plus vraiment. J’avais été conquis, emporté par HK, puis par CH première manière, je ne pouvais donc considérer M. Val ou Mlle Fourest que comme des intrus. Et puis, j’aspirais à autre chose.
          J’aime assez votre interprétation de ma supposée répétition :
          - Quelle forme d’humour leur permettra de revenir ?
          >>> l’emotion vous amene a vous répéter…

          Mes respects renouvelés, mon Colonel, et toutes mes félicitations pour votre acharnement à défendre ces valeureux soldats de l’armée française, injustement accusés en 1916.

    • 28 Septembre 2015 à 20h13

      Fioretto dit

      Ah oui idiogene c’est vrai que c’est pareil la peine de mort pour un meurtrier ou pour un jeune manifestant mineur…
      Comme quoi les musulmans t’intéressent dans leur causes quand c’est exploitable contre l’occident. 

      • 28 Septembre 2015 à 20h17

        i-diogene dit

        Bof, 

        AUx USA, il les gardent en prison jusqu’ à leur majorité avant de les exécuter..!^^

    • 28 Septembre 2015 à 18h55

      alainpeulet dit

      Leur première page sur le petit Aylan est à vomir ….! Qu’ils arrêtent la parution de ce torchon … Les Pelous et Cie peuvent se retirer , ils sont à l’abri du besoin …! Je ne les regretterais surtout pas et quant au “fameux” esprit du 11/01 , cette escroquerie , cette récupération avec son défilé pitoyable , il sera commémoré comme il se doit en 2016 , juste histoire pour Adolfo Valls et Fanfan la Combine de bomber le torse et faire les gros yeux … virils , les gaillards…surtout sur les plateaux de TV face à une “bimbo” blonde  complaisante !!! Et bon vent !!!