Ces Tunisiens effacés de l’Histoire | Causeur

Ces Tunisiens effacés de l’Histoire

La liberté, c’est aussi pour les juifs !

Auteur

Maya Nahum

Maya Nahum
est auteur.

Publié le 26 janvier 2011 / Monde

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la synagogue de Tunis

Depuis le déclenchement de la révolution en Tunisie, les réactions enthousiastes et les innombrables vœux de réussite prolifèrent sur la toile de la part de juifs tunisiens, notamment sur Facebook. Ils émanent essentiellement de ceux et celles de ma génération, les bientôt -ou déjà- soixantenaires qui ont quitté la Tunisie dans l’enfance ou à la fin de l’adolescence.

L’émotion de mes coreligionnaires nés comme moi dans ce pays a atteint son apogée avec les larmes de Michel Boujenah sur Canal +, repassées en boucle sur le zapping. Soit. Je ne suis pas allée jusqu’au lacrymal mais je fais partie des contents. Un peuple qui choisit la liberté mérite un total respect, comme on dit dans les cités.

Comme beaucoup ici, j’ai partagé cette joie avec quelques amis de Tunis par mail et par téléphone. Et comme beaucoup, je suis les événements jour après jour. J’écoute, je lis, je regarde les images. Les rues, les sons, la langue arabe tunisienne, cet accent si caractéristique en français, jusqu’à cet hymne national qui nous émeut, provoquent en nous une avalanche de madeleines inattendues. La révolution de jasmin ! Même son nom nous enivre. Le jasmin, c’est notre odeur.

Mais à part quelques familles juives qui y possèdent encore leur maison et leur travail, depuis 50 ans la Tunisie n’est plus notre pays et ne se souvient pas de nous. Bien sûr, d’actives associations de mémoire du patrimoine juif entretiennent la flamme et quelques personnalités tunisiennes participent à cette mémoire, mais cela ne suffit pas.

Le pays ne nous est pas interdit, loin de là. Nous y séjournons avec joie. Comme de simples touristes. Nous y avons des amis chaleureux. Le tampon d’Israël sur le passeport n’a jamais posé de problèmes. Ben Ali avait même tenté de faire revenir les juifs tunisiens, affirmant qu’ils étaient des citoyens à part entière et qu’ils pouvaient revenir dans leur pays librement. Certains y avaient vu un appel aux investisseurs, d’autres une volonté de valoriser une identité tunisienne propre, loin des clivages religieux. Qui sait. Il faut dire que face à lui l’islamiste Rached Gannouchi, dont on entend parler en ce moment éructait sur « la honteuse poignée de mains entre le ministre des Affaires étrangères de l’entité sioniste et raciste et de son homologue tunisien… » en insistant sur le risque de « saper les fondements de l’identité arabo-musulmane ».

Aujourd’hui faisons le rêve d’une Tunisie nouvelle et libre de tout diktat. Bourguiba en son temps avait su imposer une identité propre à son pays, quitte à « adapter le Coran », comme il le revendiquait fièrement, notamment concernant le droit des femmes et l’avortement, envers et contre tous.
Pour fabriquer un avenir libre, un pays doit réintégrer son passé dans l’enseignement prodigué aux générations présentes et à venir. Or, L’histoire et la présence des juifs en Tunisie sont ignorées par les jeunes là-bas. (Combien de serveurs s’étonnent que vous parliez arabe dans un café quand vous affirmez être juive et tunisienne.)
L’histoire de la Tunisie est imprégnée par la présence bimillénaire de la communauté juive dans tous les domaines. Cette Histoire s’est achevée il y a 50 ans, sous le règne du Combattant suprême.

L’avenir du pays, qui s’écrit aujourd’hui, devra mettre fin au silence sur la présence incontournable de nos ancêtres juifs depuis la nuit des temps ainsi que leur départ.
Cet acte de reconnaissance ne sera que justice.
Et ce jour-là, nous acclamerons les révoltés avec une fraternité encore plus confiante.

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    • 29 Janvier 2011 à 15h35

      L'Ours dit

      Hathorique,

      quand mon père se souvenait de l’Algérie, une des première chose dont il me parlait, c’est du parfum de la fleur d’oranger qui descendait des orangeraies jusque sur la ville.
      Bien que l’extrait naturel soit introuvable en grande surface, j’en mets souvent une goutte dans mon café noir!

    • 29 Janvier 2011 à 15h11

      gerard dit

      Ahmed est un humoriste.
      D’abord les pays arabes ,où les juifs vivaient déjà avant la conquête musulmane sont désormais judenreine. La raison est qu’ils en ont pratiquement été chassés, violemment comme dans les pays du MO et d’Algérie où c’était explicitement la valise ou le cercueil, et ce fut souvent la fuite sans la valise, ou de façon plus insidieuse comme au Maroc, où les élites certes furent très bien traitées,et pour cause, elles faisaient tourner la haute fonction publique. Pourtant aucun Juif n’y fut jamais ministre et les places se sont raréfiées au fur et à mesure que des musulmans pouvaient accéder aux mêmes fonctions. Il faudrait aussi revenir sur l’exode massif des couches populaires vivant dans les “mellahs” où après l’indépendance ils subirent les vexations et l’humiliation, quand ce n’étaient pas les voies de fait et l’assassinat des hommes de mains de l’Istiqlal.
      C’est beau ce que vous dites Ahmed. On aimerait y croire. Mais voilà. La charia n’a jusqu’à présent pas aboli le statut de dhimmi. Et les chrétiiens de tous les pays du MO ,à l’exception de ceux vivant en Israël, en font le dur constat.

    • 28 Janvier 2011 à 19h09

      Ahmed dit

      La Tunisie est le pays de tous les Tunisiens, de nationalité ou de coeur. On est tous Tunisiens, qu’on soit juifs, musulmans, athées ou autres.

    • 28 Janvier 2011 à 13h42

      pirate dit

      “J’ajouterais qu’une « mère juive » ne permettrait pas son fils d’aller nager là où ELLE n’a pas pied.”

      Mdr, pas faux.
      Pas faux non plus sur on a tous une mère juive.