Quand les chaînes d’info nous décrivent… ce que l’on voit | Causeur

Quand les chaînes d’info nous décrivent… ce que l’on voit

Audiodescription pour tous

Auteur

Ingrid Riocreux

Ingrid Riocreux
Agrégée de lettres modernes et auteur de "La Langue des médias"

Publié le 06 juin 2017 / Politique

Mots-clés : , ,

Emmanuel Macron et Vladimir Poutine à Versailles, mai 2017. SIPA. 00809405_000011

Parfois, les journalistes semblent considérer que nous souffrons tous de déficience visuelle.

Suivre un programme en audiodescription quand on n’a pas de problème de vue, c’est comme enfiler des lunettes quand on n’en a pas besoin. C’est pénible :

Exemple d’audiodescription (extrait) from Retour d’image on Vimeo.

Lorsqu’on veut disposer de l’audiodescription, il faut appuyer sur le bouton AD de la télécommande. Mais en regardant les cérémonies de passation de pouvoir, puis le G7 et enfin, la rencontre Macron-Poutine, je me suis demandé si je n’avais pas appuyé sur ce bouton par erreur.

Autre exemple :

Tous les commentaires que nous entendons en accompagnement de ces images n’ont pas le même statut, la même fonction.

Il y a les explications qui permettent de mieux comprendre ce qui se passe: « qui accueille Emmanuel Macron, le chef du protocole? ».

Il y a les informations inutiles: « il a 60 mètres de tapis rouge à parcourir ».

Et il y a l’audiodescription pure : « la voiture arrive », « les deux hommes se serrent la main ». Cette redondance du discours par rapport à l’image devrait servir à souligner la solennité de l’instant, à insister sur les gestes symboliques mais, invasive, elle perd totalement cette fonction. Ainsi va-t-elle, notamment, se noyer dans un discours qui relève de la scénarisation psychologique : « ils échangent un petit sourire ». C’est surtout l’attendrissement et l’émotion de la journaliste que l’on sent dans le ton de ce commentaire.

Il faut d’ailleurs mettre sur ce même plan les informations qui ressemblent, par leur ton, à des éléments importants, mais qui sont seulement des manières de meubler ou…

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux

  • Article en accès libre. Pour lire tous nos articles, abonnez-vous !

    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 11 Juin 2017 à 13h03

      Danshu dit

      Excellent décryptage, aussi incisif, spirituel et fin que les précédents. Vous lire est jubilatoire. Merci

    • 7 Juin 2017 à 23h28

      Livio del Quenale dit

      à voir comment la majorité des français votent, ont est en droit de se demander, si effectivement ils sont capables de voir ce qu’ils regardent.
      De là, par cette aubaine, le pouvoir en profite pour bourrer les crânes. 

    • 7 Juin 2017 à 18h33

      Schlemihl dit

      Bonjour Mesdames et Messieurs … il est 17 heures dix . La foule des émeutiers sort en ce moment de l’ angle des rues Clampart et du passage Mornifle – Blaizoin en brandissant les têtes de Monsieur le Ministre de l’ agriculture et de Monsieur le Ministre de la marine sur des piques improvisées . Le temps est superbe après l’ ondée . La foule , qui semble manifester une grande irritabilité , pousse en ce moment des cris hostiles au gouvernement . Je crois avoir entendu ” à mort ” ” tuez les tous ” …oui , en effet , on crie aussi ” crevez les ” ” au poteau ” . Il est 17 heures 17 . Les émeutiers , situés devant l’ Hôtel de Vivienne , remarquable exemple d’ architecture du XVII ème siècle , semblent avoir l’ intention d’ incendier plusieurs immeubles . On distingue parfaitement plusieurs citoyens qui accourent avec des jerrycans d’ essence . Des coups de feu partent en ce moment du numéro 54 , ancien siège du Gaulois , le célèbre quotidien d’ Arthur Meyer . 17 heures 24 , , échange nourri de coups de fusil entre les personnes se trouvant en dehors et en dedans de l’ immeuble en question , qui est un spécimen typique d’ architecture haussmaénienne du Second Empire . Ah ! une vieille dame vient de tomber sur le trottoir , apparemment victime d’ une balle perdue . Les coups de feu se multiplient , le nombre de morts et de blessés parait important . Toutes mes excuses , la personne chargé de l’ image près de moi vient de recevoir un projectile entre les deux yeux , on va venir d’ urgence procéder à son remplacement , ça y est Mesdames et Messieurs l’ image est revenue , toutes nos excuses pour cet incident . La moitié de la rue brûle , de multiple personnes se jettent par les fenêtres pour échapper aux flammes , la foule les achève à coup de pied , juste devant l’ entrée de Saint Onuphre des Oeillets , merveilleux spécimen d’ art néo gothique , des tirs de mitrailleuse se font entendre , la rue est jonchée de cadavres , le perchiste à mes côtés vient d’ être tué , allo

    • 7 Juin 2017 à 16h43

      Hannibal-lecteur dit

      Chère Ingrid, votre critique semble cibler le phénomène du commentaire en tant que tel, or …il ne peut guère être différent, et en outre, il semble que le spectateur ordinaire ne craigne pas cette redondance image-description de l’image. À croire qu’il n’a pas confiance dans ce qu’il voit : il lui faut confirmation par l’ouïe .
      En fait ce qui ressort le plus clair de votre propos , c’est que les journalistes chargés de cette fonction sont de piètre qualité. Au lieu d’observer l’aspect original qu’une circonstance pourrait prendre, ils ne regardent que le banal, ce que tout le monde voit : le contraire d’une observation : une contemplation. 

    • 7 Juin 2017 à 15h38

      marie210917 dit

      Les petits journaleux TV souffrent de “macronite aiguë”….

      Diantre comme le président est viril avec sa poignée de mains : vraiment cela en deviendrait risible si ce n’était pas dramatique.

    • 7 Juin 2017 à 15h32

      G. COLLET dit

      Pas tout à fait d’accord..
      Ils nous disent ce que nous pouvons et devons voir …et nous limitent à leur vacuité professionnelle.

    • 7 Juin 2017 à 0h18

      Cardinal dit

      Ce n’est pas nouveau, c’est ce que font les commentateurs sportifs qui nous décrivent le match que nous voyons depuis que la TV existe.

      • 7 Juin 2017 à 15h20

        rolberg dit

        Bien oui, jusqu’aux états d’âme des joueurs. 

    • 6 Juin 2017 à 18h31

      JeanBart dit

      “Quand on voit ce qu’on voit, et qu’on entend ce qu’on entend…”

      • 7 Juin 2017 à 4h07

        Nolens dit

        “, … qu’on dit ce qu’on dit et qu’on fait ce qu’on fait, … “.
        Ce sont des réflexions profondes auxquelles nous sommes habitués de la part des BHL, Onfray et autres rigolos des cafés du commerce.

    • 6 Juin 2017 à 17h59

      gerard jourdain dit

      vous montrez le problème de recyclage que vit le monde de l’information.
      ceux qui s’appuyaient sur l’image, doivent commenter..;mais quoi?
      c’est du léo zitrone ….60 ans après….

      • 7 Juin 2017 à 15h21

        rolberg dit

        Ouais, comme un retour à la radio.

    • 6 Juin 2017 à 16h34

      A mon humble avis dit

      Les commentaires sont sans intérêt, mais les images n’en ont pas davantage!
      Une voiture arrive; un type en descend; il serre la main d’un autre, etc.
      Qu’est-ce qu’on en a à cirer? Rien.
      Les chaînes d’infos (tous les journaux télévisés d’une façon générale) transforment tout en événement, pour justifier de diffuser des images dénuées du moindre intérêt.
      Les chaines d’infos continues ne devraient fonctionner que lorsque ça le mérite, et pas 24h/24; les JT ne devraient durer que 10-12 minutes, le reste (c’est-à-dire les 2/3 du journal) n’étant que reportages et interviews qui ne servent qu’à meubler.

      • 6 Juin 2017 à 16h44

        Méridor dit

        Très juste !
        On est dans la société du spectacle.

      • 6 Juin 2017 à 21h08

        Villaterne dit

        Fut un temps où M6 faisait une information qui s”appelait le “six minutes” !
        C’était très bien et très suffisant !

      • 7 Juin 2017 à 15h22

        rolberg dit

        Bientôt il faudra sans doute arranger les matchs sportifs pour qu’ils cadrent dans la structure d’information.