Ce n’est qu’un début !, la bêtise continue | Causeur

Ce n’est qu’un début !, la bêtise continue

La philo du bistrot au bac à sable…

Auteur

Isabelle Marchandier
est membre de la rédaction de Causeur.

Publié le 08 décembre 2010 / Culture

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photo : clemmm9

Du café aux séances de thérapie en passant par les brochures corporate des entreprises, la philo est partout et n’importe où et surtout accessible à n’importe qui. Comme pour les romans de gare, on la vend avec le slogan promotionnel « La philosophie de 7 à 77 ans ». Dernièrement le record a été battu. L’âge de raison est rabaissé à trois ans. A peine sortis du biberon et des couches, le pouce encore à la bouche et le nez qui coule, les nouveaux philosophes en herbe, doudou à la main, balbutient quelques mots hautement philosophiques devant une institutrice qui se pâme, toute émerveillée et fière de sa marmaille éclairée.

Trois ans, l’âge idéal pour philosopher…

Eh oui, la philosophie a migré du bistrot au bac à sable. Et tout le monde s’en réjouit. Il n’est jamais trop tôt pour apprendre à penser, proclame-t-on. Alors, pourquoi ne pas commencer au berceau, en diffusant dans les oreilles du nourrisson non pas la douce musique d’une berceuse mais des passages de la Critique de la raison pure ? Au moins avec un tel embrigadement philosophique, il serait prêt pour le bac.

Bon trêve de plaisanterie. Pendant deux ans, Jean-Pierre Pozzi et Pierre Barougier ont filmé l’atelier philo d’une école maternelle de Seine et Marne afin d’observer « l’évolution » de ces bambins de trois à quatre ans. Ce n’est qu’un début ! est sorti sur les écrans au moment où Luc Châtel annonçait que, dès la rentrée prochaine, la philosophie serait enseignée à partir de la seconde. S’il y a débat pour savoir si l’adolescent de 15 ans est assez mature pour aborder la pensée philosophique, la question ne se pose pas pour les maternelles de cette ZEP, tout simplement parce que trois ans serait l’âge idéal pour philosopher !
Il faut dire qu’apprendre à compter, à lire et à écrire correctement est sans doute devenu superflu à une époque où beaucoup d’enfants arrivent en 6ième avec des lacunes bien installées. Autour de leur maîtresse, ces bambins apprennent à penser non pas à partir des Contes de Charles Perrault, des Frères Grimm ou encore des Fables de la Fontaine, textes pourtant si féconds mais, comme les illustres interlocuteurs de Socrate avant eux, en abordant des concepts aussi complexes et abstraits que la mort, l’amour, le pouvoir, la liberté…tout en braillant, à tout bout de champ, comme pour bien s’assurer que c’est bien de cela qu’il s’agit, qu’ils font de la philosophie.

Bambins réacs…

La maternelle devient donc le nouveau salon de réflexion où les petits disciples accouchent de leurs jeunes esprits innocents et dévoilent des vérités aussi profondes que « Quand on est amoureux, ça fait des guillis dans le ventre » ou encore « L’âme est un truc invisible qui est bleu ». Devant ces remarques qui témoignent d’une pensée en mouvement digne des plus brillantes réflexions socratiques, les voix de nos Précieuses Ridicules s’élèvent et s’exclament enchantées ils « … savent tout sans avoir jamais rien appris1
Formidable ! Platon, Descartes, Pascal, Kant, Hegel et les autres n’ont qu’à aller se rhabiller. L’enfant innocent, pas encore perverti par les préjugés culturels et sociaux, à l’esprit pur et au regard neuf, leur tire la langue parce que, lui, sait spontanément ce que, eux, ont mis des années à penser ! Il n’a que faire de leurs systèmes d’explication du monde. Lui, il s’étonne devant le monde, il s’émerveille devant sa nouveauté et le questionne.

Pourtant, à aucun moment du reportage, cette marmaille philosophante ne pose des questions. C’est le constat de ce que chacun vit au quotidien dans son environnement naturel qui domine plutôt qu’une série d’interrogations sur le monde. Instinctivement, les enfants évoquent le vert paradis de leurs amours enfantines, les disputes de couple de leurs parents, les clochards qu’ils voient dans la rue, leurs préférences de couleur de peau et leurs états d’âme qu’ils subissent passivement. Où est donc l’étonnement philosophique là-dedans ?
Il ne faut pas compter sur l’institutrice, titulaire d’un diplôme en arts plastiques et non en philosophie, pour le susciter. Jamais cette pseudo-dialecticienne maternante ne pousse ces petits disciples dans leurs contradictions.
Quelle horreur, face au vertige du questionnement, les enfants finiraient par pleurer ! Alors elle les laisse dire des absurdités comme « La liberté c’est faire ce qu’on veut », parce que ce qui importe, au final, c’est qu’ils baragouinent entre eux et de faire passer ça pour de la réflexion. Alors bienvenue à la philo infantilisée !
En tout cas, quitte à décevoir les apôtres du progressisme bienfaisant et les idolâtres rousseauistes de l’innocence éclairée, les prises de paroles des bambins révèlent bien une seule chose : l’existence d’une pensée réac et conservatrice hors pair ! Dans cette bouillie sentimentaliste ressort leur désir de trouver l’ordre symbolique de la séparation entre les sexes et les âges et la structure rassurante et traditionnelle du modèle familial. Eh oui !
Preuve que c’est davantage de l’autorité et de la transmission d’un savoir qu’un enfant de trois ans a besoin que d’un cours de philo qui, en plus, est tout sauf de la philosophie.

  1. Réplique de Mascarille à la scène 9 des Précieuses Ridicules

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 12 Décembre 2010 à 18h09

      alain jugnon dit

      thierry bruno
      j’ai l’intention de crever antichrétien et sans sépulture, vous en aurez encore pour quelques années avec l’abruti volontaire que je suis

    • 12 Décembre 2010 à 13h52

      thierry bruno dit

      Eh, pauvre Jugnon, que vous soyez athée, nietzschéen ou le dernier des bougres d’abrutis qui se disent philosophes, libre à vous. Mais laissez le christianisme tranquille, épargnez-nous votre diarrhée verbale sur un sujet dont vous ne savez rien et auquel vous ne comprenez rien.

    • 12 Décembre 2010 à 11h00

      alain jugnon dit

      oui promazine c’était une blaaague
      mais la solitude des causeurs rend con et à force de ne pas penser et de se taper l’ironie crasse et débile des articles mis en ligne ici, les causeurs ne savent à quel saint se vouer

    • 11 Décembre 2010 à 23h40

      promazine dit

      Jugnon @« j’envisage même de faire de la philosophie avec des autistes d’origine maghrébine»
      Cool ! j’ espère au moins que ce sont des autistes “A(llah)sperger “!

    • 11 Décembre 2010 à 19h02

      solitude dit

      Jugnon @« j’envisage même de faire de la philosophie avec des autistes d’origine maghrébine»

      Cette initiative j’aurais pu la deviner .Avec vos penchants religieux pour les militants de l’islam vous ne pouviez négliger de vous occuper d’enfants d’origine maghrébine. Dès fois qu’ils ne soient pas islamisés vous pourriez rectifier tout cela avec votre philosophie particulière.

      Mais des autistes d’origine maghrébine, là , je suis admirative !Il fallait y penser. Je vois que vous sélectionnez avec beaucoup de rigueur vos victimes élèves.
      Au fait .Qu’est-ce que vous enseignez à des autistes d’origine maghrébine que vous ne pouvez enseigner à des autistes tout court ?

      Est-ce que cela aurait un rapport avec :
      @ « ce qu’ils vont transformer dans l’école est bien pire que le pire imaginé par DSK »

    • 11 Décembre 2010 à 19h01

      solitude dit

      alain jugnon dit :
      11 décembre 2010 à 18:26
      @« Rendez-vous compte j’ai moi-même fait des ateliers philosophie avec des élèves sourds au lycée et avec des élèves handicapés mentaux dans le primaire .je me suis rendu compte, rendez-vous compte, que ce sont des êtres humains conscients comme les autres »
      Jugnon vous êtes méprisable. Vous sous-entendez que tous ceux qui ne sont pas des militants gauchistes(c’est votre revendication personnelle) ne considèrent pas ces élèves. Tous les enseignants qui enseignent à ces élèves sont incompétents et les négligent ?

      Une mauvaise pensée me traverse l’esprit : vous ne choisiriez pas ces élèves pour leur vulnérabilité ? Est-ce que vous ne vous présentez pas comme le bon missionnaire de votre idéologie ? Ne serait-ce pas vous le religieux fanatique ?
      Je relis pour voir si vous n’envisagiez pas de faire bénéficier des orphelins de vos générosités .Cela vous épargnerait la phase malgré tout incertaine de déconstruction de la cellule familiale et de la dénonciation de parents. Vous pourriez les modeler à votre image grand Jugnon.

    • 11 Décembre 2010 à 19h00

      solitude dit

      @ « hi hi hi ce sera très peu catholique, promis »

      De mon côté, je refuse toute ingérence politique, religieuse (y compris catholique), communautariste dans les écoles.
      Vos schémas tout faits ne fonctionnent pas avec moi. Je viens de la gauche mais je ne me reconnais pas dans cette gauche qui a oublié le peuple, la laïcité, la liberté de conscience, la lutte sociale pour du sociétal., Cette gauche qui prône le communautarisme et le refus de toute pensée non conforme à ses vues .Avec cette gauche qui prétend manipuler les enfants dès 3 ans .La tentation totalitaire. La gauche est à présent une appellation commode pour faire passer une idéologie quelque peu sectaire.
      Je suis agnostique et je lutte contre toute hégémonie des églises .Je ne réserve pas ma résistance à l’Eglise catholique comme vous , ce qui est sans danger mais aussi à ce qui me paraît plus dangereux : la multiplication des accommodements religieux envers les tenants de l’islam politique dans des domaines de la vie courante .Ce qui revient à progressivement appliquer les règles de la charia même aux musulmans qui n’en veulent pas et aux non musulmans.

    • 11 Décembre 2010 à 18h33

      solitude dit

      @ »Solitude retournez-y »
      Je préfère la solitude aux reniements et aux compromis avec ceux qui détruisent les précieuses valeurs conquises .D’ailleurs, je me sens de moins en moins seule de ce point de vue. Pour le reste, ne vous inquiétez pas , tout va bien merci.
      @ « Vous devez être un/une assidu(e) du site Liberté politique, non ? » Non. Je ne connais pas .Et vous ?
      Une
      @« n’ayez pas peur, les professeurs gauchistes ont le pouvoir dans l’éducation pour les cent ans qui viennent : ce qu’ils vont transformer dans l’école est bien pire que le pire imaginé par DSK »
      Je vois que l’ultra libéralisme de DSK ne gêne pas le gauchiste. Pas étonnant
      @ « ce qu’ils vont transformer dans l’école est bien pire que le pire imaginé par DSK »
      Faites nous part de ce qui vous fait saliver

      @ « hi hi hi ce sera très peu catholique, promis »
      Hihihi hi hi han ce sera quoi ?