Casse-toi Cassandre ! | Causeur

Casse-toi Cassandre !

La culture est d’abord un combat contre soi-même

Auteur

Elisabeth Lévy

Elisabeth Lévy
est fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur.

Publié le 29 février 2012 / Société

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Il y a des jours où je me demande si ceux qui nous taxent de scrogneugneus passéistes n’ont pas raison. Pendant que nous nous lamentons sur la disparition de vieilles choses, comme la nation ou la culture – qui sont d’ailleurs étroitement liées, comme le montre Pierre Nora dans l’entretien qu’il nous a accordé – nous sommes insensibles, quand ce n’est pas franchement réfractaires, aux merveilleuses inventions du monde qui vient. La suppression de l’épreuve de culture générale au concours d’entrée à Sciences Po nous enrage, l’appauvrissement du français parlé et écrit, par les élites autant que par le peuple – y compris par nous-mêmes -nous désole, la part toujours plus faible réservée aux humanités nous consterne. Et nous oublions « l’épatant appétit de culture des Français » que Le Monde a récemment célébré dans un éditorial enjoignant à Cassandre d’aller se rhabiller (je n’invente rien)1.

Commentant un rapport sur l’évolution des comportements culturels des Français entre 1973 et 2008 réalisé sous la houlette du ministère de la Culture, le quotidien annonçait triomphalement une « nouvelle qui donne chaud au cœur : les Français n’ont jamais été aussi friands de sorties, de spectacles et d’activités culturelles. » Peu importe que ce rapport fasse apparaître « un tassement de la lecture » – 53 % des Français affirment spontanément lire pas ou peu. L’essentiel est qu’ils soient « consommateurs d’arts et demandeurs de partage ». On s’en voudrait de doucher cet enthousiasme en rappelant que ce qu’on nommait culture autrefois était à la fois une ascèse et un plaisir. Et il faudrait vraiment vouloir casser l’ambiance pour oser dire encore que la lecture est un « colloque singulier » et que c’est précisément parce qu’elle est une activité solitaire, parce qu’elle instaure un rapport de soi à soi qui oblige à sortir de soi, qu’elle forme l’âme et ouvre le cœur.

Le progrès fait rage jusque dans la sémantique : les mots « arts » et « culture » n’ont plus le sens poussiéreux et rigide qu’ils avaient autrefois. Les écrans sont désormais le « support privilégié de nos rapports à la culture, tout en accentuant la porosité entre culture et distraction, entre le monde de l’art et ceux du divertissement et de la communication », explique Olivier Donnat, le sociologue qui a piloté l’enquête. Selon lui, la diversification de « l’offre culturelle », comme on dit dans la novlangue du ministère de la Culture, « a peut-être amoindri le désir d’accéder à la culture dite ” institutionnelle “. Une personne qui se passionne pour les arts de la rue ou le nouveau cirque n’éprouvera peut-être pas le besoin d’aller voir la dernière pièce d’un grand metteur en scène. » Et alors ? Pourquoi faudrait-il se prendre la tête quand on peut se distraire à en mourir ?
On ne recensera pas ici les raisons pour lesquelles la culture générale et les humanités d’antan, ou en tout cas ce qu’il en reste dans l’enseignement, méritent qu’on se batte pour elles : les auteurs réunis dans ce dossier disent et fort bien tout ce qu’il y a à dire.
Il faut en revanche se demander ce qui a conduit la France à abandonner et même à mépriser ce qui a fait sa grandeur collective en offrant à chacun la possibilité de s’élever. Et sur ce point, droite et gauche sont pareillement responsables. De ce point de vue, le charivari orchestré contre le Président de la République, lorsque celui-ci s’avisa qu’il était inutile d’avoir lu La Princesse de Clèves pour officier dans une administration, fut une parfaite comédie. Les mêmes qui arboraient fièrement un badge « Je lis La Princesse de Clèves » militent pour que l’on cesse de traumatiser les enfants avec Balzac. Je me rappelle avoir entendu à RTL un de mes camarades de jeux « de gauche sous tous rapports » dénoncer avec virulence la haine de la culture que manifestait selon lui Nicolas Sarkozy, avant de déclarer en rigolant, une fois les micros fermés : « Mais il a raison Sarko ! C’est illisible, La Princesse de Clèves

On me dira, et à raison, que le public a changé – et pas seulement en raison des flux migratoires. De fait, on ne peut pas balayer d’un trait cette argumentation, brillamment exposée ici par le sociologue François Dubet, qui a accepté de jouer ici le rôle du « méchant » – qu’il en soit sincèrement remercié. Si la démocratisation de l’enseignement a échoué, ce n’est pas parce que des salauds ont décidé d’abrutir les élèves pour mieux les soumettre au marché, mais parce que c’était une tâche objectivement difficile à réaliser. Georges Steiner dit souvent que la « grande culture » ne saurait être démocratique. Peut-être. Le problème, c’est qu’il ne semble pas si aisé de faire accéder le grand nombre à la « moyenne culture » ni même à la « culture de base » : un membre du Haut Conseil à l’Education a récemment estimé que le taux de 20 % d’élèves quittant le système scolaire sans savoir lire ni écrire correctement était pratiquement incompressible. Après tout, comme l’a expliqué Richard Descoings dans Libération, « dans les générations actuelles, l’apprentissage passe par la musique et la parole au moins autant que par le lycée et l’écrit. »2 La revalorisation de l’oral dans la procédure de sélection « permettra à des jeunes de montrer qu’ils s’expriment bien à l’oral même s’ils sont mauvais à l’écrit. » Plus tard, ils enverront des fichiers audio plutôt que des courriels, qu’est-ce que ça change ?
On peut pointer les renoncements, noter que les propagandistes du nivellement par le bas ont souvent eu la chance de bénéficier d’un enseignement d’excellence, vilipender les « pédagos » et renvoyer dos à dos la gauche et la droite ; on peut dénoncer l’aberration d’un antiracisme qui aboutit à priver les enfants d’immigrés de ce que la France a de plus beau à leur offrir.

Il serait malhonnête, cependant, de passer sous silence notre responsabilité collective. La première explication de ce qui nous arrive est la disparition du bonheur d’apprendre – ce que Marcel Gauchet appelle la libido sciendi. Richard Descoings n’aurait jamais supprimé l’épreuve de culture générale si la société accordait une quelconque valeur à la culture. Le Monde ne publierait pas en « une » un article de Marie Depleschin sur « l’enfer des prépas » si le goût de l’effort n’avait pas cédé la place au plaisir de se plaindre. Si les bons livres se vendaient, on n’en publierait pas tant de mauvais. Si les parents ne dénonçaient pas sans cesse les horaires et les cartables surchargés, les enfants ne seraient peut-être pas épuisés dès qu’ils ont passé une heure assis à un bureau. Si nous ne regardions pas des émissions idiotes, il n’y aurait pas d’émissions idiotes. La culture est un combat, sans doute, mais un combat que chacun doit d’abord mener contre soi-même. Ou alors que Cassandre arrête de pleurnicher et aille se rhabiller.

Cet article en accès libre ouvre le dossier sur les humanités de Causeur magazine n°44.

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  1. « L’épatant appétit de culture des Français », Le Monde, 9-10 janvier 2012
  2. « Si je trouve que je suis trop payé ? La réponse est non », Libération, 31 janvier 2012

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 3 Mars 2012 à 9h47

      machouette dit

      Je suis heureuse d’avoir connu le lycée d’avant Descoings and c° ; Issue d’un milieu très modeste où le livre était absent c’est l’école qui m’a donné le goût des arts, de la réflexion .Vivant seule, retraitée je ne m’ennuie jamais car la lecture m’ouvre le monde et j’ai toujours en mémoire un ami, vieil homme de 97 ans qui avait toujours un dictionnaire à portée de main. Mes enfants, trentenaires,issues de grande école de commerce et 3eme cycle d’université sont toujours étonnés de ma culture et me demandent: “mais d’où connais-tu tout ça?” De cet enseignement académique si décrié aujourd’hui!

    • 2 Mars 2012 à 15h12

      Dio Gêne dit

      Répondre à un tel article n’est pas aisé tant il renvoi à réflexion mais si je pouvais faire simple je dirais:

      “Mieux vaut ne pas faire partis de l’élite quand on voit ce qu’on nous impose ou ce qu’on nous laisse”

      Mais également:

      “La culture: Si l’élite ou ceux s’en  référant ne la partage pas avec ceux qui en sont le plus démunis en se mettant à son niveau, c’est qu’ils n’en ont pas car c’est son essence même.”

    • 2 Mars 2012 à 14h11

      Alpin dit

      Oui bien sur ,la culture générale,celle dont tout dépend (C de Gaulle),et pour sur parler DES colonisations (romaines ,islamiques,turques ,européennes et DES décolonisations,du IX°siècle au XX°,serait un élément consistant de cela,
      “Masochisme colonial français, masochisme colonial allemand Publié par Bernard Lugan le 29 février 2012 dans Articles – 1 commentaire Masochisme colonial français, masochisme colonial allemand Paul Emil von Lettow-Vorbeck Paul Emil von Lettow-Vorbeck Le politiquement correct frappe également en Allemagne où l’équivalent du « massacre des Algériens » le 17 octobre 1961, est la guerre des Herero, ce conflit qui ensanglanta le Sud-Ouest africain, l’actuelle Namibie, au tout début du XX° siècle. Le 11 janvier 2004, pour le centenaire du début de la guerre, M. Wolfgang Massing, ambassadeur d’Allemagne à Windhoek, exprima ses regrets « pour la conduite de l’armée allemande à l’égard du peuple herero ». Depuis, tous les superlatifs ont été employés, certains allant jusqu’à parler de « génocide ». Or, dans cette affaire, l’acte d’accusation contre l’Allemagne est un montage datant de la Première guerre mondiale quand Français et Britanniques qui avaient besoin d’arguments « moraux » pour s’emparer de ses colonies, accusèrent l’Allemagne d’avoir failli à son « devoir de civilisation » en prenant pour exemple la manière avec laquelle elle avait réduit la révolte des Herero [1]. Le dossier passait totalement sous silence les actes atroces commis par les révoltés: familles de colons massacrées, torturées, les femmes violées puis dépecées vivantes sous les yeux de leurs enfants, les hommes émasculés puis éventrés… Le « traitement » que les Herero réservèrent à certaines femmes allemandes tombées vivantes entre leurs mains mérite d’être décrit : suspendues par les pieds à un arbre, jambes écartées, elles furent éventrées et éviscérées, comme des bêtes de boucherie… Ensuite, à ces mêmes arbres, les Allemands pendirent ceux qui s’étaient rendus coupables de ces meurtres abominables. Alors que nous n’avons que des témoignages concernant les premiers crimes, les exécutions judiciaires furent quant à elles photographiées et les clichés ensuite utilisés par la propagande alliée pour « démontrer » la « culpabilité coloniale allemande » (die koloniale Schuldluge). Pour la gauche allemande et pour les Églises qui soutiennent son combat, tous les militaires qui participèrent, de près ou de loin, à la guerre des Herero sont par définition des criminels. Y compris Paul Emil von Lettow-Vorbeck (1870-1964), légendaire officier colonial qui devrait pourtant figurer au Panthéon des gloires allemandes. En 1904, il servait comme capitaine au Sud-Ouest africain quand il fut blessé au visage lors d’un engagement contre les Herero. Commandant les forces d’Afrique orientale durant le premier conflit mondial, il résista jusqu’après l’Armistice de 1918. Au mois de mars 1919, il rentra en Allemagne où il fut accueilli en héros, paradant triomphalement sous la Porte de Brandebourg. Il reçut ensuite le commandement d’une division de la Reichwehr avec laquelle il intervint à Hambourg en soutien du corps franc du capitaine de corvette Hermann Ehrhardt et contre l’insurrection communiste. Là est peut-être la vraie raison de la haine que lui portent aujourd’hui les héritiers des spartakistes. Impliqué dans le putsch de Kapp, il fut mis à la retraite sans pension. Élu député du Parti National allemand en 1929, il siégea au Reichstag jusqu’en 1930, puis il écrivit ses Mémoires, voyagea en Europe et fut chaleureusement reçu en Grande-Bretagne. En 1935, il refusa le poste d’ambassadeur à Londres qu’Hitler lui proposait. La Seconde Guerre mondiale terminée, il subit une épuration aussi injuste qu’infondée. Privé une nouvelle fois de sa retraite, il fut contraint de s’employer comme jardinier. Quand il apprit le sort indigne qui était réservé à son ancien valeureux adversaire durant la campagne d’Afrique orientale, le maréchal Smuts organisa une souscription à laquelle participèrent nombre d’officiers britanniques et sud-africains qui firent publiquement part de leur méprisante indignation aux autorités allemandes.”

      http://www.realpolitik.tv/2012/02/masochisme-colonial-francais-masochisme-colonial-allemand/ 

    • 2 Mars 2012 à 12h49

      livia dit

      Depuis 20 ans j’ai décidé de ne plus acheter de livres, je sais c’est mal, mais ma famille m’en a légué bcp, et la place dans un appert. est limitée.
      J’ai la chance d’avoir , à 2 pas une Bibliothèque municipale qui me donne gratuitement la possibilité d’emprunter 5 livres par semaine + des revues (et la lecture sur place de la presse quotidienne)
      Il y a tjr. bcp de monde de toute sorte.
      Le gout de lire…on l’a ou on ne l’a pas , c’est certainement un peu simpliste mais c’est ce que je vois , meme chez les nouvelles générationsi un peu plus friandes de livres utiles à leurs études , que de la littérature, mais il y a un frémissement.
      Serait-ce un penchant “inné” pour certains ?

    • 2 Mars 2012 à 0h57

      Sophie dit

      Faut se le “coltiner”, quoi!

      Et c’est là le problème.

    • 2 Mars 2012 à 0h55

      Sophie dit

      “dont il faut prendre soin, préserver ”

      Et transmettre.

      Contrairement à l’inné, la culture, acquise, se doit d’être transmise.

    • 1 Mars 2012 à 20h27

      skardanelli dit

      Je crois aussi que cette idée de la culture démocratique est une vieille lune, nous avons cru, à tort, que ce qui empêchait l’homme d’accéder à la culture était sa condition de gueux. Une fois que le plus grand nombre eut accès à l’éducation, au lieu de nous rendre à l’évidence : l’homme est paresseux, les choses de l’esprit n’attirent qu’un petit nombre hormis ceux que l’on dresse dès le plus jeune âge et qui considèrent la culture comme un devoir social, nous avons cherché des raisons cachés et Bourdieu fut, la cause de cet échec à éduquer le plus grand nombre est la violence symbolique : la culture est l’arme idéologique de la classe dominante, le plus sûr moyen de maintenir les gueux dans leur condition. Bourdieu n’avait pas tout à fait tort d’ailleurs, on se rend compte à lire des descriptions de petites gens chez Proust ou Mauriac par exemple que la culture ne les concerne pas et l’on sent bien que ces auteurs n’imaginent pas que d’autres que ceux de leur caste les liront. Mais quel est le statut de l’art populaire qui sonne tellement mieux en anglais ? Je n’aime pas le Rap personnellement, mais justement qu’est-ce que le Rap ? Ou qu’est-ce que la Salsa que j’aime plutôt ? Les arts étaient autrefois des activités serviles, si l’art est intemporel, il se métamorphose, Malraux a écrit de superbe pages à ce sujet, comment imaginer que les bouleversements sociaux n’aient pas d’impact sur la culture que l’on est bien en peine de définir de toute façon. Avait-on besoin de statistiques pour définir la culture du temps où le savoir était réservé à une caste ? Se souciait-on vraiment de la définir de toute façon ? Aujourd’hui celui qui ne veut pas se cultiver ne peut à peu près invoquer aucune excuse sinon celle que ce fatras de conventions ne l’intéresse pas. Il faut voir qu’il y a aussi une inflation culturelle et je comprends tout à fait que l’on préfère se pâmer devant Madame de Lafayette, mais bon, c’est vrai, c’est un peu décalé par ces temps où Courbet nous semble bien timide tant les images de vulves encombrent l’espace sémiotique, c’est un signe oserai-je dire. Nous avons fait des choix il y a longtemps et nos parents avant nous, ce monde qui se métamorphose devant nos yeux produit sa propre culture, le problème est que peu nombreux sont ceux qui parmi nous peuvent décoder l’avalanche de signes qui nous submerge. Il faut dissocier le niveau d’éducation de la masse des pratiques esthétiques de ses élites, et du nécessaire travail sur soi pour élargir son âme et son esprit : mettre tout ça dans le grand sac informe de la culture ne fait qu’ajouter de la confusion.

    • 1 Mars 2012 à 19h06

      hathorique dit

      bien sur que la culture est élitiste, comme à l’origine l’était la culture “colture” signifiant terre cultivée dont il faut prendre soin, préserver , et cela impliquait une sélection rigoureuse des plantes aptes à survire pour mieux se développer.
       la culture a toujours été et reste élitiste,  c’est une quête permanente et personnelle vers laquelle on tend sans jamais être rassasié,  une ascèse et je ne suis pas sure qu’elle soit transmissible.   
      Il  y a dans ce pays qui est nôtre de grands intellectuels, à qui hélas on ne donne pas ou peu a parole, surtout dans les médias télévisuels publics ou privés qui sont les plus regardés, car il faut faire de l’audience, en privilégiant non pas forcément la médiocrité, mais la facilité.
       Où sont les émissions littéraires, comme celles de B. Pivot qui a donné à beaucoup le goût de la littérature , car il avait l’extrême élégance de s’effacer devant les auteurs invités pour les mettre en valeur ainsi que leurs ouvrages, de nos jours les émissions littéraires trop tardives ne mettent en valeur que des littérateurs dont je suppose qu’il écrivent non pas pour être lus, mais pour être invités dans les émissions littéraires de pur copinage.
       qu’en est il du théâtre des opéras, des concerts ??
      ” L’éducation est le point où se décide si nous aimons assez le monde pour en assumer la responsabilité et, de plus, le sauver de cette ruine qui serait inévitable sans ce renouvellement et cette arrivée de jeunes et de nouveaux venus.
      C’est également avec l’éducation que nous décidons si nous aimons assez nos enfants pour ne pas les rejeter de notre monde, ni les abandonner à eux-mêmes, ni leur enlever leur chance d’entreprendre quelque chose de neuf, quelque chose que nous n’avions pas prévu, mais les préparer d’avance à la tâche de renouveler un monde commun ».
       Hannah Arendt, La crise de la culture

       un lien sur un entretien avec Madame de Romilly, http://www.lexpress.fr/culture/livre/jacqueline-de-romilly-l-enseignement-du-grec-n-est-pas-un-luxe_809022.html

      @ – pirate  
       February 2012 à 20h08
      bien vu, même votre impertinence contre baudelairienne “ras la couenne”  halal j’espère 

      • 1 Mars 2012 à 23h40

        pirate dit

        Arf… figurez vous que c’est une amoureuse qui m’a fait découvrir l’invitation au voyage. cette jeune femme qui avait parfois de jolies idées avait fait un panoramique de Essaouira et en avait étalé les photos chez nous accompagné du poème. Moi, du coup je m’en suis servit pour une nouvelle autour du péché de gourmandise, je vous l’enverrais un de ces quatre. C’est pour cette raison, quand j’ai appris que les mômes continuaient à faire leur leçon sur l’Albatros que ça m’a désespéré de cette éducation de musée. Non pas que je sois à sautiller de joies à l’idée qu’ils apprennent grand corps malade, mais pourquoi ne leur change t-on pas le registre ? Je sais pas, vous imaginez un peu qu’on leur balance dans les pattes le Tutu de Princesse Sapho, hop là l’air de rien un peu de TNT dans leurs imaginations convenues, ou, en parallèle par exemple à l’histoire de la décolonisation, on leur fasse lire la Fête du Bouc ? Ou Histoire de l’Oeil, les Choses (ah oui les Choses pour tout ces adorateurs de l’achat compulsif) ou la Disparition ? Bah non, pas possible, on passe d’un extrême à un autre, toujours. Comment voulez vous qu’ils aient faim.

    • 1 Mars 2012 à 17h35

      Sophie dit

      La culture pour tous, ce n’est pas un leurre, c’est une connerie et une faute de français, la culture étant, par essence, élitiste.

    • 29 Février 2012 à 22h05

      Dio Gêne dit

      En fait les gens en général sont de plus en plus fainéant du cerveau et trainer sur facebook les gratifiera plus que se lancer dans la Princesse de Clêves. Il est clair que ce n’est pas un livre facile loin des mangagas ou des tonnes de magazines-usines à pubs débordant des étals librairistiques qui poussent à profusion dans les lieux de passages des potentiels lecteurs d’un jour, car si l’on n’aime pas lire un jour, on aime pas lire toujours et ça, ça ne se soigne pas. Malheureusement pour eux nous ramasseront leur cerveau aux alentours de la cinquantaine car ignorant du bien des arts, de la force de la culture, et de l’éternité du savoir, ils ne peuvent donc pas se rendre compte que ce cerveau à besoin d’être irrigué jusque la mort pour rester jeune et vif, sinon plus rien n’y pousse. Bien vu Elisabeth.

      • 1 Mars 2012 à 8h56

        pirate dit

        loin des mangagas… vous devriez peut-être en lire de temps à autre, parce que c’est un monde très riche qui va du pulp de base à de la pur littérature. C’est pas bien de jeter l’opprobre sur “les gens” quand soit même on fait des raccourcis désolant. Perso je connais des gens qui n’aimaient pas lire, le croyait-il, jusqu’à ce qu’on les mette devant un livre qui leur parle rien qu’à eux, et soudain kaboom… par exemple, gamin j’étais assez feignant de ce point de vue, et maintenant je croule sous les livres… la culture est une affaire d’apprentissage, et de curiosité naturelle, pas de règles établis. J’ai croisé des rappeux dans leur cave qui m’ont parlé avec émerveillement de Blaise Cendrars sur lequel ils étaient tombé par hasard, ou de Bukowski qui est lui-même une bonne première approche pour qui se méfie de la littérature, même si on fini par s’en défaire une fois qu’on comprend le numéro.

        • 1 Mars 2012 à 15h24

          Dio Gêne dit

          Tout à fait Thierry, on lui dira…mais savez vous qu’il existe de bon cabinets de psy pour cela?

        • 1 Mars 2012 à 17h33

          pirate dit

          ah on m’avait pas dit que vous aviez 15 ans, pardon de vous avoir dérangé, je sais l’acné tout ça les poils qui poussent, c’est compliqué parfois…

      • 1 Mars 2012 à 8h58

        pirate dit

        tiens à propos de culture… il serait bien temps de se réveiller, cette pièce à plus de dix ans…

        • 1 Mars 2012 à 15h26

          Dio Gêne dit

          Merci oui je sais, d’ailleurs je l’ai déja vu, et vous?

        • 1 Mars 2012 à 15h27

          Dio Gêne dit

          Il va sans dire que j’aurais du écrire re(voir) 

        • 1 Mars 2012 à 17h34

          pirate dit

          Non pourquoi c’est pour un concours de zizi ?

    • 29 Février 2012 à 20h08

      pirate dit

      Il n’y a pas de vrai ou de fausse culture, il y a la culture. Je suis constamment confronté à ce problème, que ce soit ma façon de parler qui plonge certain de mes collègues dans une abime d’incompréhension, ou mes références, ou ce que je sais sur tel ou tel truc… ça me désole, et ça m’isole aussi parfois. Or moi j’ai juste le sentiment d’être benêt inculte et d’ailleurs mon chemin culturel s’est fait en dehors de l’académisme scolaire, et même en lutte contre celui-ci. Jamais lu Balzac parce qu’ils m’assommait avec. Jamais lu qu’un seul poème de Baudelaire parce que l’Albatros j’en avais raz la couenne, alors que j’ai lu avec délectation du Vin et du Haschich. Et c’est effectivement un combat. Un combat qu’on a si on a simplement un peu de fierté et d’orgueil vis à vis de sa propre intelligence. Une émission débile peut devenir intéressante si on sait comment se fabrique un montage, si on connait un minimum de sémiologie de l’image, et elle peut révéler bien plus encore qu’une brillante analyse issu du crâne d’un académique emmerdeur. Pour autant, il est tellement plus facile de se laisser endormir, et de croire à cette escroquerie de Condorcet de l’élite pour tous. Il n’y a que la curiosité qui compte. Sans celle ci, on sélectionne et on ignore. Je vais écouter avec le même plaisir un gosse de la rue déblatérer dans son vocable feu d’artifice à base d’ironie et de boulet de canon, qu’un exégète maitrisant son sujet me parler par exemple de la littérature chinoise. Et pour ça il faut de la curiosité, de l’appétit, une faim constante. Et cette faim, elle s’éteint sans hâte si on se laisse envahir par ces notions de vrai ou fausse culture, comme par ce bavardage de ce qu’il faut ou non lire, entendre, voir. Je suis venu à la musique classique par mes parents, mais aussi par le cinéma, et parce que j’ai écouté les Planètes de Tchaikovsky, je sais où John Williams s’est inspiré pour composer la musique de la Guerre des Etoiles. C’est en lisant Mario Puzo et en voyant le Parrain que j’ai commencé à m’intéresser au phénomène mafieux, qui lui même m’a emmené à la littérature chinoise (Au Bord de l’Eau pour être précis) mais également au monde du renseignement ou à la géopolitique. la culture n’est pas une route toute droite avec des étapes bien délimités, et Sarkozy a malheureusement raison. Je dis malheureusement parce que par ailleurs on fini par être dirigé par des gens passablement inculte, incapable d’aligner deux phrases dans un français correct, ou faisant des contre sens sémantique, et finalement on aboutis à un babillage générale de stupidité confondante, où une même idée approximative devient une vérité d’or.

      • 2 Mars 2012 à 14h22

        D.F. dit

        Les planètes, c’est de Holst, m’est avis.

        • 2 Mars 2012 à 15h21

          pirate dit

          z’avez raison, mille pardon

    • 29 Février 2012 à 19h54

      lisa dit

      Les livres d’Histoire se vendent, pour enfants et pour adultes, les musées presentant des oeuvres classiques font un tabac, il y aura peut-être toujours une partie de la population cultivée.

      Sinon on peut se demander si à l’école on ne fait pas exprès de produire des moitiés d’analphabètes qui écouteront bien ce qu’on leur dit à la télé, si leurs parent ne sont pas cultivés, ils ne le seront sans doute pas non plus.

    • 29 Février 2012 à 19h30

      Impat1 dit

      Elisabeth Levy, vous avez raison sur tout. Mais que faire ?

       À mon avis la préservation de la vraie culture pour tous est un leurre, irréaliste dans la société telle qu’elle est devenue.

       Par conséquent, pour que cette vraie culture, la nôtre, ne se perde pas dans un avenir proche, il faut jouer l’élitisme. Assurer que la formation des élites continue de s’exercer à partir d’un enseignement sérieux, difficile mais efficace en matière de transmission des savoirs. Que “l’enfer des prépas” ne meure pas.

      Malheureusement il semble déjà acquis après la décision de son Directeur que la formation Sciences Po ne fera plus partie de la formation des élites. Les futurs Sciences Po se délecteront des “émissions idiotes”…