Carrefour, le pays où la mort est moins chère
Réponse à Cyril Bennasar
Publié le 05 janvier 2010 à 10:03 dans Société

Dans son dernier papier, l’ami Cyril Bennasar donne l’impression non pas de justifier mais d’expliquer la logique qui a présidé à ce qu’il faut bien appeler une exécution par cinq vigiles de Carrefour d’un jeune homme coupable d’un vol de canette de bière. Jusqu’à preuve du contraire, dans les dix commandements, « tu ne voleras point » arrive quand même assez loin derrière « tu ne tueras point » et, quelles que soient les circonstances, quel que soit le passé des uns et des autres, et même dans les sociétés primitives, comme les USA par exemple, pratiquant encore la peine de mort, aucun vol même le plus scandaleux n’est passible du châtiment suprême. Sinon, chez nous, il aurait fallu restaurer la guillotine pour mal de monde au moment des affaires du Crédit Lyonnais ou d’ Elf Aquitaine. On s’est contenté pour ces voleurs qui jouaient plutôt dans la catégorie « rétrocommissions sur frégates » que « canette de Bavaria » de les envoyer dans des quartiers VIP de la Santé, ce qui a pu leur permettre à d’écrire de bouleversants témoignages sur la condition pénitentiaire pour des à-valoir bien moelleux.
Et c’est très bien comme ça, d’ailleurs : justice est faite.
Dans l’affaire de ce pauvre garçon asphyxié sous le cul d’un vigile, on peut certes voir un fait divers. Seulement, et là Bennasar a raison, il n’y a pas de faits divers. Ou pour dire les choses autrement, le fait divers n’est jamais gratuit, il renvoie toujours à un état de la société. Longtemps, par exemple, avant l’américanisation du monde, le serial killer fut un phénomène anglo-saxon pour des raisons liées étroitement au puritanisme wasp qui entretient avec la sexualité des rapports complètements angoissés, voire schizophrènes. Stéphane Bourgoin, le spécialiste de la question, explique Cela très bien.
Dans l’affaire qui nous intéresse, il est d’abord utile de se souvenir que cela se passe chez Carrefour, vous savez l’enseigne dont l’ancien PDG a voulu partir avec plusieurs dizaines de millions d’euros d’indemnité alors qu’il avait à moitié planté la boîte et que des employés du côté de Bordeaux, exactement au même moment se battaient pour une augmentation d’1€ en tickets restaurants… Carrefour dont les méthodes de management par la terreur sont connues comme parmi les plus dures de la grande distribution. Une caissière soumise à des impératifs de rentabilité se plante dans le ticket de caisse ou fait une dépression nerveuse. Un vigile, lui, se met à tuer. C’est assez logique, et j’espère que les avocats de ces quatre hommes auront l’intelligence de jouer là-dessus plutôt que de tenter de salir la victime, qui répétons-le, quel que soit son pedigree, n’avait aucune raison de ressortir les pieds devant du pays où la mort est moins chère.
Plus généralement, ce fait divers pose également la question de la manière dont une société de plus en plus libérale assure sa sécurité. En théorie, dans le libéralisme classique, la sécurité fait partie des domaines régaliens de l’Etat, avec la défense, les affaires étrangères, la justice ou la levée des impôts. Il semble que ce soit de moins en moins le cas, ici comme aux USA d’ailleurs. Cela a commencé avec les polices municipales, devenues dans certaines villes comme Levallois de véritables gardes prétoriennes au service du maire. Cela s’est poursuivi avec des corps plus ou moins mixtes comme les agents de la sécurité de la RATP. Ce gouvernement ne cesse de dire qu’il aime la police nationale, celle qui est réellement formée, passe des concours difficiles, mais son impératif idéologique du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux s’applique aussi chez les pandores. La sécurité, c’est un métier, ça s’apprend et pas avec une formation bidon pour le neveu du maire qui va devenir chef de la police municipale de Loing sur Burettes et se prendre pour Rambo quand il surveillera la sortie des bals populaires.
Imaginez un instant que, pour raison de restrictions budgétaires, les polices privées et autres escouades de vigiles soient intervenues, même en partie, lors des révoltes de la banlieue en 2005. Alors que les forces de l’ordre ont fait preuve d’une abnégation et d’un sang-froid remarquables, limitant la casse humaine au maximum, on peut penser que les cohortes de flingueurs mercenaires auraient quant à elles laissé des dizaines de cadavres sur l’asphalte et le béton.
Les sociétés qui veulent survivre ont tout intérêt à confier l’ordre public et leur défense extérieure à des gens qui ne le font pas simplement pour une fiche de paie mais sont animés aussi par un minimum de civisme ou d’amour de la patrie. Sinon, on finit comme Carthage, pays de marchands qui confiaient la guerre à d’autres, vaincue par les légionnaires de Rome qui savaient eux pourquoi ils se battaient.
Nous n’en sommes pas encore là, nous n’avons pas comme l’Amérique en Irak employé les criminels de guerre de Blackwater, cette armée privée qui s’est sinistrement illustrées dans les combats de Fallouja.
Mais l’assassinat d’un jeune homme dans l’arrière-salle d’un hypermarché, n’est qu’un des premiers symptômes de cette privatisation de l’imprivatisable, si glorifiée aujourd’hui.
Le titre, hélas, n’est pas de moi mais de l’excellent recueil de nouvelles de Thierry Marignac, Le Pays où la mort est moins chère (Moisson Rouge éditions).
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L'auteur
Jérôme Leroy est écrivain et journaliste. Dernière parution, Le Bloc (Gallimard)
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birahima2 dit
je connaissais un Marx Dormoy combatif
il est facile de prouver qu’ il est pas parti complétement en vrac , lui…
.
marx dormoy dit
Jérome, tu est à l’aise : dans l’humour, la claque dans la gueule, la raison pure, le balayage des élites, le balayage des libéraux et des libertariens, la défense des veuves et des opprimés, pétitionnaire des manifestes de marchands de bouillies imprimées, l’ineffable déclaration de Sartre :”Tout anti-communiste est un chien”. La mort ne te fait pas peur, celle des autres, 7 ans pour ce délit, 20ans pour ce crime ! Pour peu qu’un de ces salopards soit un chien épars sur l’épure, qu’a-t-il à nous dire ? Tu t’en fiches comme de l’an quarante, parce que tu es le chef des causeurs, et causer ça n’aide pas à réfléchir : c’est déjà tout imprimé depuis l’enfance.
Bon, tu es un cliché ! Je partais pour un éloge de ton style édidorial, mais je n’y arrive pas : même si nous sommes des machines j’attends un peu plus : le déchirement – évitons cette nouvelle scie… la schizophrénie – le déchirement qu’on a chez E.L. ou qu’on croit trouver dans ses envolées qui n’en finissent pas… là quand il n’y a plus d’espoir il nous reste l’espérance… mais de ça aussi tu te moques.
“Le Pays où la mort est moins chère”… vraiment ça fait chic mais ça ne veut rien dire ! Ce n’est pas vécu c’est un tas de mots sans valeur.
M.D.
birahima2 dit
Bennasar a chopé un virus : un extinction de voix ; sa femme est ravie.
Mimil dit
Pas un fait divers mais un fait d’hiver. En cette période des fêtes, on leur avait demander de cajoler le client. Hélas, qui embrasse trop mal étreint ! A quand une petite discute sur le fil, sur le couteau faut que ça rentre ou bien que ça pète. Siou plaît Monsieur Bénnasar.
nadia comaneci dit
Coriolan, fait divers, c’est vite dit. Il aurait consisté à assommer le voleur récidiviste avec un annuaire des Carrefours du monde, ce qui est en soit un abus de pouvoir manifeste mais suffisamment fréquent pour ne pas affoler le parquet. Un fait divers précisément. Or ici on a mort d’homme. Sans préméditation certes, mais pour tuer une jeune homme en pleine force de l’âge il faut déployer une belle énergie qui dépasse de très loin la proportionnalité requise en la matière. Seul face à quatre gros bras, l’amateur de corona moyen joue profil bas et ne sort pas les pieds devant. C’est là que la théorie du fait divers disparait au profit d’autres hypothèses, au choix, grosses pressions sur lesdits gros bras qui leur font péter les plombs, banalisation globale de la violence, généralisation des milices et tutti quanti. Bref, un fait pas divers du tout du coup.
coriolan dit
Mon ami, relisez l’article; je ne peux pas dire mieux.
Gris sel dit
coriolan,
il me semble que vous fiates une lecture hysterisante de l’artcile de J. L.eroy.
et si vous le lisez depuis quelque temps, vous savez que c’est tout sauf un bobo libertaire. On peut toruver a redire a son article mais pas cà!
coriolan dit
Et donc, par la grâce de M.LEROY, on est passé d’un fait divers désolant
à une grande distribution missionnant des hommes de main pour éliminer
physiquement un pauv’ bougre qui avait pris l’initiative de redistribuer
les richesses confisquées par l’ogre néo-libéral. Ergo, le voleur
récidiviste qui avait la semaine précédente déjà volé dans la même grande surface, s’est
brusquement mué en un martyr de l’altermondialisme. Les shériff de
Nottingham ont donc assassiné Robin des bois.
C’est hallucinant ce que l’idéologie libertaro-boboïsante réussit à
produire. Il fut un temps, l’état d’intellectuel consistait à utiliser
ses chaines neuroniques pour penser. Hélas, depuis quelques années, il
ne s’agit plus pour lui que de bien-penser, ce qui, malheureusement, ne nécessite
surtout pas de cerveau.
bvb09 dit
@ Venik
Chaque magasin Auchan est une PME…
Il n´y a dans la distribution QUE des PME
et je n´ai rien contre les entreprises quelles qu´elles soient grandes ou petites avec ou sans vigile noir ou blanc ou rouge, que leur patron soit pleins aux as ou non.
Venik dit
@bvb09
Certes,Aldi et leader price ont pignon sur rue.Mais si vous habitez en Allemagne vous observerez qu’il n’y a pas qu’eux et que tout lemonde ne fait pas ses courses chez eux,mais notamment dans toutes les autres superettes de quartier dont je parlais.Et puis puisque vous vivez outre-Rhin,vous devez remarquer à chacun de vos retours en France que les Français parlent essentiellement de ..bouffe,à relier donc avec l’offre de produits d’Auchan etc..alors que les Allemands se contentent par exemple vers 18 h d’un frugal Abendsbrot.
Bref je ne vois pas de contradiction entre PME et profits,ni de fatalisme de l’hyper ou de son cousin,le multiplex à pop-corn.Seulement un choix qui a permis a la famille Mulliez de constituer la première fortune de France,en arrosant au passage toutes les mairies et les partis politiques qui donnent quitus pour construire.Le vigile noir étant l’oméga du système.
birahima2 dit
Zombiland , le pays où les cageots sont même pas discount
bvb09 dit
@ Venik
En Allemagne c´est le règne des discounter Aldi et Liddl (près de 50 % du marché de l alimentaire) qui tirent tout les prix de l´alimentaire vers le bas. Les hypermarchés n´arrivent pas à gagner leur vie. Wal Mart leader mondial de la grande distrib a investi et après une dizaine d´année est reparti la queue entre les jambes.
C´est d´ailleurs pour cela que les enseignes francaises n´y sont pas bien que leader en Europe: rien à gagner, elles qui comme le dit justement Gaetan Brunoy ont des marges faibles même en France.
Le marche de l´alimentaire en allemagne est un marché de -bas- prix… parce qu´il n´investissen rien dans la bouffe (plus petit budget bouffe d´Europe).
Je précise que j´habite en allemagne que je voyage beaucoup en Europe et que je n´ai jamais rien vu d´aussi spectaculaire au niveau bouffe qu´un hypermarché francais…
bvb09 dit
@ Gaetan Brunoy
ton message du 6 janvier vers 17:35
100% D´accord
La mauvaise foi des “Beaufs de gauche” (titre d´un très bon livre sorti environ en 1995 et écrit patr un journaliste du Nouvel Obs. qui taille des croupières aux belles âmes de gauche qui envoient leurs enfants à l´école Alsacienne de Paris entre autres) est sidérante.
Le problème est que souvent cette mauvaise foi est inconsciente… Ce n´est donc plus de la mauvaise foi c´est de la C…e avec un grand C.
expat dit
aww PM – non, vexé ? ben une bonne année quand même, c’est parce que vous voyez vous, moi j’ai de la classe.
Corinne dit
“Furieusement” voulais-je dire, trop de E pour tant de N, EdeN.
Patrick Mandon dit
Catherine Nay, une allure de Reine, un port de princesse, une manière unique de dire de terribles vérités et de les faire entendre comme des compliments. Excellente à l’oral et à l’écrit, son essai sur Mitterrand se lit toujours avec plaisir. Je découvre les incongruités et les coquecigrues que profèrent sur son nom l’épouvantail ethnocentré qui se reconnaît lui même sous le sobriquet d’Oxymorue. Et, connaissant Catherine, je me dis que, lisant ce pâté indigeste baigné de bile, persillé de mauvaise graisse, elle se versera simplement un soupçon de Cristal Brut Roederer 2002, laissant sur la coupe la trace affolante de ses lèvres gonflées, qui continuent à faire rêver les collégiens…
Eh bien, alors, Expat, l’amère Ricaine ! On m’oublie ! On ne me souhaite pas une bonne année ! Elle fait la fière, la reine du Texas, depuis qu’elle a une tuyauterie neuve, grâce à un jeune plombier ! Elle ne reconnaît plus ses amis ! Vexé, le Mandon !
birahima2 dit
http://www.youtube.com/watch?v=uI1b3zxNRgs&feature=related
don’t stop me now…
Corinne dit
Et j’en profite pour souhaiter également une bonne année à Jérôme, bien sûr !