Candidats: qui a le style le plus efficace? | Causeur

Candidats: qui a le style le plus efficace?

Quand la forme s’habille comme le fond

Auteur

Patrice Brandmeyer
Patrice Brandmeyer est consultant en style et "relooking"

Publié le 16 avril 2017 / Politique

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Si les principaux thèmes de campagne (Emploi, Sécurité, Europe,…) constituent le fond (et le cœur) des (d)ébats présidentiels, dans quelle mesure la forme, je veux parler du style et de l’allure des hommes politiques, a-t-elle, ou non, une influence sur leur image, et, plus concrètement, une incidence sur le vote des électeurs ?

Pour tenter d’y répondre, les deux soirées (télé)visuelles des 20 mars et 4 avril se révèlent un bon indicateur stylistique.

Pour chaque candidat, c’est une opportunité (une aubaine ?) de porter la tenue idoine, en cohérence avec sa ligne programmatique, d’imprimer un style, socle d’une image assumée, et de susciter, sinon l’adhésion, du moins une envie… motrice du bulletin le 23 avril prochain. L’effort peut paraître futile mais s’avérer utile. Tour d’horizon vestimentaire le 20 mars dernier!

« Avoir du style, c’est trouver son style »

Limité au quatuor des « ON » (Fillon, Hamon, Macron et Mélenchon) – si l’on oublie Marine Le Pen – le 1er débat n’a fait ressortir qu’une monotonie de bon aloi, entre les trois premiers (se seraient-ils concertés avant ?), portant le sempiternel costume bleu marine-chemise bleu clair-cravate bleu marine, propre mais sans caractère. Tenue convenable pour éviter toute déconvenue (l’image de la cravate de travers de François Hollande hante encore les esprits) !

Cette uniformisation, proche du mimétisme, n’est-elle pas au fond symptomatique d’un manque de singularité des programmes de chaque candidat ? Les idées fortes deviennent moyennes… comme les looks de ceux qui les défendent ! Le fond révèle la forme… et inversement.

C’est donc naturellement Mélenchon qui tira, lors de ce débat, son épingle du jeu, arborant un look mi bobo-mi prolo (veste noire de travail de la marque « le laboureur » – ça ne s’invente pas ! -, chemise blanche et cravate lie-de-vin, plus noble que le rouge) réussissant l’exploit d’avoir adopté une tenue en harmonie avec un électorat, pourtant hétérogène. Etre proche des ouvriers, comme des cadres supérieurs… mais avec style et élégance.

Et quid de ce lien, de cet équilibre entre le style et les idées de chaque prétendant ? Là encore, le fondateur de « la France insoumise » s’en sort avec les honneurs : il a su faire évoluer son image au fil des ans (rappelez-vous son costume noir endimanché qu’il portait en 2012 !) pour trouver une réelle identité. Sa coiffure, légèrement hirsute, vient parachever ce look de frondeur soigné, tendance « intellectuel de gauche » tranchant volontairement avec celle, beaucoup plus lisse et attendue, de ses concurrents les plus sérieux (les 3 autres « ON »).

Ainsi, Emmanuel Macron, chantre et héraut d’un renouveau économique et social, et dont on attendait une certaine originalité stylistique, s’est étonnamment fondu dans une image très policée et aseptisée que ses costumes bleu marine à revers étroit, coupés correctement mais sans relief, lui confèrent.

Tenue assez similaire de celle de Benoît Hamon… qui avait, lui aussi, opté pour un costume très formel et une cravate bleue marine. On regrettera toutefois que le combat cravate rouge, apanage de la gauche, contre cravate bleue, préférence plutôt droitière, n’ait pas eu lieu.

François Fillon, quant à lui, reste fidèle, depuis des lustres, au revers cranté de ses (fameux) costumes d’Arnys, tailleur germanopratin que la France entière a découvert il y a quelques semaines, synonyme d’élégance française un brin surannée, plutôt en phase avec une partie de son électorat traditionaliste. En ces temps de turbulences judiciaires, changer d’image serait peut-être risqué ou, qui sait, salvateur !

Trois semaines plus tard : le débat réunit cette fois, non plus 4 mais 9 candidats masculins. Comment se distinguer au sein de cet aréopage élargi ? Nos 4 principaux prétendants vont-ils changer de tenue ou miser sur une constance stylistique ?

La réponse est plurielle : si Mélenchon et Macron, surfant sur des sondages prometteurs, n’ont strictement rien modifié à leur tenue initiale, François Fillon a simplement troqué sa chemise bleue contre une blanche (à la recherche d’une image virginale ou rédemptrice ?). Mais c’est le candidat socialiste, en quête de sursaut électoral, qui a le plus « cassé » son image : une cravate parme a remplacé la bleu marine, le costume bleu marine s’est mué en noir pour un look plus coloré, autrement plus accrocheur. Certes, on n’atteint pas le parangon de l’élégance (l’association noir-parme est un peu hasardeuse) mais l’effet est plutôt réussi : image plus dynamique, look tonique.

Des cinq autres « petits » candidats masculins, c’est sans nul doute Philippe Poutou qui fit sensation, nanti d’un modeste tee-shirt gris à manches longues à boutons (façon tunisienne), symbole populaire d’un discours désinvolte, parfois irrespectueux. En cohérence parfaite avec ses électeurs et ses idées, il s’est ainsi démarqué, entouré du souverainiste Dupont-Aignan, au look bleu-blanc rouge très patriotique… et des iconoclastes Cheminade, Asselineau et Lassalle.


Philippe Poutou : “Fillon, que des histoires… par CNEWS

L’enjeu plombe l’audace

Hormis ces quelques exceptions, comment expliquer cette frilosité vestimentaire ?

D’abord, la fonction présidentielle incite au manque d’audace : nos hommes politiques actuels sont écartelés entre la volonté naturelle de se distinguer par leur image, au risque de déstabiliser une partie de leur électorat et la nécessité impérieuse, presque obsessionnelle, de plaire au plus grand nombre, de véhiculer une image consensuelle… qui les contraint à la banaliser en optant pour un look très conventionnel et conformiste.

En second lieu, l’absence de culture vestimentaire qui fait tant défaut au landerneau politique français : épaule naturelle ou rembourrée, revers de veste large ou plus étroit, poche à rabat (avec ou sans ticket) ou poche plaquée, veste deux boutons ou faux trois boutons, chemise à col français ou cutaway…? Autant de détails qu’il faut maîtriser selon son physique et qui conditionnent un style, une allure.

Certains de leurs prédécesseurs ont fait fi de cette morosité bien française pour affirmer un vrai style, en adoptant des tenues immédiatement identifiables tant par leur coupe, à l’instar d’Edouard Balladur, portant un très ajusté et très british costume 3 boutons à poche-ticket de Savile Row, que par l’association des motifs et couleurs comme Jack Lang avec ses duos chemises vichy rose (ou mauve) à col anglais, cravate noire et étroite, portées sous ses costumes noirs soigneusement choisis chez Mugler. Plus récemment, c’est l’actuel Premier ministre, Bernard Cazeneuve, qui portait, il y a quelques jours, une splendide cravate verte du meilleur effet associée à une chemise bleu clair et un costume, bien coupé, bleu marine… rehaussé d’une pochette blanche. Fidèle à lui-même : classique mais toujours chic, ajusté et raffiné. Trois références masculines, trois sources d’inspiration, bien au-delà du strict cadre politique.

Lacan prétendait que « le style, c’est l’homme même ». Force est de constater qu’y inclure l’homme politique français relève presque de la gageure.

Nos représentants sont, en matière de style, très prudents ; leur impéritie stylistique n’est pas tant d’en manquer (on peut leur pardonner)… mais de ne pas oser en avoir !

Endosser l’habit de président de la République n’est certes pas chose aisée, mais la solennité de la fonction ne doit pas empêcher pour autant le futur hôte de l’Elysée de gouverner « stylé ».

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 18 Avril 2017 à 22h24

      Livio del Quenale dit

      Hannibal-lecteur du 18 Avril 2017 à 9h11 
      -
      Ayant été au contact du public une grande partie de ma vie , comme vous, je pense que l’allure, et leur tenue en dise long sur les gens.

      Avec un peu d’expérience on peut instantanément à distance, dire “bon”, “pas bon”.
      Ensuite si l’on en a le loisir on peut affiner notamment si le sujet s’approche, ou mieux s’il parle.
      Mais la première impression est très souvent la bonne , il est rare que l’on se dise , j’ai eu tort dans mon appréciation, bonne ou pas , sur cette personne.

      Maintenant pour les professionnels de la communication, les politiques et autres comédiens , c’est plus difficile mais on peut quand même ressentir les signaux, surtout si l’on a été alerté par un détail, le bout de fil qui dépasse et fait dévider la pelote.
      En particulier chez les gens qui jouent un rôle, prennent des postures, cache qq chose, essayent de vous aiguiller sur autre chose, de vous distraire s’ils se sentent surpris dans leur “mensonge”, car des lors ils s’enfoncent et vous donnent de plus en plus de preuves de ce qu’ils sont en vrai ou de ce qu’ils ne sont pas, malgré et surtout leur affirmations.

      Alors on souris .
      – 

    • 18 Avril 2017 à 11h30

      Specht dit

      Macron porte une veste à l’ancienne, avec les manches de chemise qui dépassent, un peu comme les méthodes managériales du milieu bancaire qui ont 30 ans de retard.

    • 18 Avril 2017 à 9h11

      Hannibal-lecteur dit

      Ce n’est pas l’habit qui FAIT le moine, comme disent plusieurs posts, mais l’habit révèle un aspect du moine selon le choix de son habit. 
      Et la première photo de Macron -Hamon en manches courtes …beurk. 

    • 18 Avril 2017 à 0h21

      marcopes dit

      Mélenchon

    • 17 Avril 2017 à 20h39

      NICO.FR dit

      A Patrice Brandmeyer
      J’aimerais bien savoir où Jacques Lacan dit que ” Le style c’est l’homme même”. ?

    • 17 Avril 2017 à 13h06

      José Bobo dit

      Leur habit est en fait un uniforme qui fait passer les idées et la fonction avant l’homme charnel: c’est la règle dans la bourgeoisie traditionnelle occidentale. Le seul, en effet, à s’éloigner quelque peu de cette ligne est Mélanchon qui mélange les codes de la bourgeoisie et ceux d’un peuple fantasmé, avec une certaine réussite, il faut bien l’admettre. Et puis il y Marine Le Pen qui jouit de la liberté vestimentaire accordée aux femmes dans notre société, mais qui n’en abuse pas.

    • 17 Avril 2017 à 11h42

      Gbaug dit

      Que du temps perdu à lire cette analyse futile!

    • 16 Avril 2017 à 21h33

      Liamone dit

      L’islamo gauchiste Melanchon parle haut, parle ferme, et parle fort. Il est très persuasif et ceux qui l’écoutent, ouvrent grandes leurs oreilles , clignent des yeux puis demeurent bouche bé car il se remémorent le programme. Et oui! il a écrit son programme ce benêt. Et là! on est servi. Cuba Si. La grande Révolution Bolivarienne nous accompagne, quoi qu’il dise par la suite, avec le bras qui accompagne ses envolées Mussoliniennes. Il ne la ramène pas trop sur l’islamisme militant qu’il observe avec sympathie généralement.

    • 16 Avril 2017 à 11h58

      A mon humble avis dit

      On pourrait aussi analyser les postures (physiques) devant la caméra, qui, pour être muettes, me semblent plus parlantes que les tenues vestimentaires.
      Sur la photo des 5, Fillon et Macron posent déjà pour leur photo officielle de président: buste droit, bras ballants, visage sérieux (un peu moins pour Macron, avec un petit air filou qui en dit long…).
      Mélenchon se marre du bon tour qu’il nous joue, les mains derrière le dos (qu’est-ce qu’il cache?); Hamon a le visage fermé et sombre de celui qui va faire un score aussi minable que lui et son parti; Le Pen est contente d’être là, se sachant gagnante même si elle n’est pas élue.

    • 16 Avril 2017 à 11h52

      madecalain dit

      Bof…….étude sans intérêt : l’habit ne fait pas le moine.

      • 16 Avril 2017 à 12h41

        Malg dit

        J’aimerais beaucoup voir votre réaction en entrant dans le cabinet de votre médecin et le trouvant habillé et maquillé en Marylin Manson !

        • 16 Avril 2017 à 12h49

          gnu dit

          De là à aller analyser et vouloir donner un sens à la couleur d’une fripe, il faut avoir du temps à perdre …

    • 16 Avril 2017 à 10h52

      Habemousse dit

      J’attends des prochaines présidentielles un peu plus de professionnalisme dans la présentation des candidats, qu’on pourrait imaginer sous la forme d’un défilé de haute couture, afin d’aider l’électeur désorienté, à repérer les programmes grâce à l’accoutrement de leur marionnette préférée, et leur mise en valeur par un spécialiste de l’enfumage en direct, M. Pujadas, par exemple :

       - « Et maintenant M.Untel fait son entrée, dossard numéro huit, bien qu’il ne soit pas libéral, sourcils fournis sur sourire niais, très tendance avec sa cravate rouge sang, signée Yves Saint Laurent, sur marcel blanc, symbole de virginité, lavé par Brandt, un usinier français: il défile en slip Petit–Bateau sur sabots de jardin Louboutin et ses semelles rouges assorties ; les aisselles et les jambes sont épilées bénévolement pas une militante exaltée dont le travail, entièrement manuel, ne souffre aucune critique ;vous remarquerez, car c’est exceptionnel, qu’il porte à gauche, etc…»

       Il y aurait beaucoup plus d’assiduité dans l’audimat ; il faudrait demander cependant aux participants de ne pas chanter, sauf en période de grande sécheresse, pour ne pas perturber un climat aussi capricieux que la politique.

       Bien entendu, les bénéfices, tirés des sponsors, iraient dans leur intégralité aux jeunes veuves de vieux éléphants, afin de les aider à entretenir leur château avant de retrouver un bienfaiteur aux dents longues. 

      • 16 Avril 2017 à 22h02

        gigda dit

        :)) Je vote pour votre présentation des candidats … à condition qu’elle soit mise en scène par Fellini= https://youtu.be/QMQ4JicUs1A

        • 18 Avril 2017 à 19h15

          Habemousse dit

          Je me demande si le duo des « Tourterelles immaculées » n’a pas inspiré le tandem Macron-Hollande, par l’insouciance légère, voire paradisiaque qu’il dégage.

           S’ils mettent une cornette je vote pour eux. 

    • 16 Avril 2017 à 10h09

      Laocoon1 dit

      Pourquoi ne pas ‘’décortiquer’’ l’apparence de Mme Le Pen ? Qui visiblement ne se sentant pas à la hauteur portait des chaussures à ‘’patins’’ pour paraître plus grande, on lui accordera que c’est une fantaisie due à la mode !

      ” L’habit ne Fait pas le moine”

    • 16 Avril 2017 à 9h52

      Livio del Quenale dit

      voila a quoi s’amuse une presse débile : un candidat devrait être bon acteur habillé aux normes convenues et surtout dire ce que le public serait sensé vouloir entendre aux dires des gens dit “autorisés” au lieu de s’intéresser au fond des programmes de la personnalité et de l’aptitude des candidats.
      Et ces couillons, de candidats, qui se prêtent à ces jeux affligeants de stupidité, ce qui perso m’exaspère.  

    • 16 Avril 2017 à 9h00

      Habemousse dit

      Hollande craint tant la victoire de Fillon qu’il en remet une couche tous les deux jours avec ses costumes : votre article sert de madeleine de Proust à qui ne saurait pas encore que M. Fillon a menti pour la trois millième fois ?

      Je souhaite que cet acharnement profite à ce dernier et empêche le protégé de M. Hollande de lui succéder tranquillement pendant que son mentor prendrait la tête d’une présidence européenne devenue folle. 

    • 16 Avril 2017 à 8h16

      Clash75 dit

      Voilà où l’on en est conduit face à cette campagne sans tonus quand aux idées . Voter pour celui ou celle habillée avec le moins de mauvais goût. ..

    • 16 Avril 2017 à 7h44

      hoche38 dit

      Merci Monsieur Brandmeyer. Voici le premier article pertinent de la campagne électorale. Il n’y a en effet pas grand chose d’autre à en dire. Les media, c’est à dire la sous-classe politique, ont réussi à la vider de tout autre contenu.