California nightmare | Causeur

California nightmare

Liberati dépeint la monstruosité dans toute son humanité

Auteur

Amaury Grandgil

Amaury Grandgil
anime le blog mesterressaintes.hautetfort.com

Publié le 24 août 2016 / Culture

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Charles Manson en décembre 1970 (Photo : SIPA.AP21720957_000003)

Simon Liberati a ceci d’intéressant est qu’en lieu et place de se lancer dans ses romans dans une introspection complaisante de sa petite personne, une psy en direct devant tous les passants en somme, il préfère faire véritablement œuvre de littérature. Il évoque ici le crime le plus connu de la « famille » Manson commis en août 1969, le meurtre sauvage de Sharon Tate et de ses amis par des pauvres filles et un raté au nom des délires de leur gourou. Ce massacre marqua véritablement la fin des années 60 et de leurs illusions révélant la réalité derrière les apparences et l’utopie.

Il paraît que certains critiques ont accusé l’auteur de manquer d’empathie envers ses personnages, c’est tout l’inverse. Il s’identifie à chacun d’entre eux, y compris les pires, comprenant la complexité de leur humanité. Il montre aussi qu’un assassin fanatisé n’est pas un monstre en dehors de l’espèce humaine, qu’au contraire il se situe dans la « banalité du mal ». Le pitoyable primate se traînant à la surface de cette boule de glaise qu’est notre maison commune est capable du meilleur, est appelé à la Beauté mais il se laisse souvent aller au pire, à l’abject, se justifiant plus ou moins laborieusement de ses appétits.

Simon Liberati décrit très habilement le processus d’embrigadement des filles et des jeunes gens composant la « famille » de Charles Manson. Celui-ci n’est pas le seul dans son genre, un petit criminel minable ancien proxénète et dealer reconverti dans le sectaire, une affaire beaucoup plus juteuse, mélangeant satanisme, nazisme et utopie hippie dans un curieux mélange. Comme beaucoup de minables il était convaincu que le monde entier lui était redevable à commencer par ses « disciples ». Pour montrer leur allégeance ils devaient tous offrir une somme d’argent conséquente. Manson voulait provoquer « l’Helker Skelter », l’apocalypse. Il avait cru le comprendre en écoutant la fameuse chanson de « l’album blanc » des Beatles persuadé que celle-ci lui était spécialement adressée…


Charles Manson avait pour lui de comprendre instinctivement le fonctionnement des groupes grâce à son passé de taulard particulièrement, d’être un manipulateur hors pair mais pas un antéchrist fascinant ainsi qu’il fût souvent montré dans les médias de l’époque et encore maintenant. Car le spectacle s’empara des meurtres, des imbéciles écrivant toutes les ignominies sur les victimes, faisant des assassins des vedettes monnayant leur témoignage.

Il jouait sur du velours selon l’expression, ses adeptes de par leur conditionnement social étaient tout prêts à le suivre aveuglément, prêts à abandonner leur conscience, leur libre-arbitre. Ils conservent d’ailleurs inconsciemment les habitudes de la petite bourgeoisie dont ils sont tous issues. Les filles demeurent des « girl scouts » dociles, enthousiastes et conformistes, dans une compétition constante entre elles pour obtenir les faveurs de leur messie de pacotille. Les garçons demeurent des « mâles alphas » un peu jaloux du « quarterback », soucieux de leurs « prouesses » sexuelles.

Et ils avaient besoin de cet enfouissement total de leur être au sein d’un « grand tout » beaucoup plus confortable, la réflexion personnelle étant trop fatigante, trop inconfortable à leurs yeux. C’est aussi parce que leurs parents ne leurs transmettaient comme valeurs très étriquées qu’un matérialisme de bas étage, une avidité à posséder des gadgets tous plus inutiles les uns que les autres mais surtout pas d’idéaux ou de culture. L’auteur du livre y perçoit de nombreux prolongements avec notre société contemporaine. Les meurtriers de Sharon Tate ne sont pas très différents des gosses fanatisés par Daech. Ils ressemblent à ces petits occidentaux perdus, égorgeant, pillant, violant en Irak et en Syrie. Et eux également ne sont pas des monstres extraordinaires. Ils sont humains, victimes aussi de la vacuité des aspirations modernes.

En 2016, ce mal, comme le Mal en général, n’est toujours pas compris. Notre monde refuse son existence, ne l’admet pas, le refuse. L’admettre ce serait remettre en question l’individualisme consumériste, le besoin de satisfaire des pulsions n’ayant rien en commun avec l’hédonisme. Le Mal ne se cache pas dans l’ombre d’une caverne ou d’une grotte, il est en plein soleil, le soleil éclatant et le ciel bleu de la Californie dans le cas des tueries ordonnées par Charles Manson. Il se fit au son des « tubes » des Beach Boys, faussement innocents et insouciants. Ceux-ci furent proches de la « famille » du gourou assassin un temps…

Ce livre est un roman noir, et une histoire vraie, comparable dans son intention au De sang froid de Truman Capote. Il est plus dérangeant que l’introspection de privilégiés car montrer la nature humaine dans toute sa crudité a toujours été dérangeant pour ceux préférant le confort intellectuel, les certitudes, le sentimentalisme un peu niais à la mode, les vidéos de gentils petits chatons…

California girls, Simon Liberati, Ed. Grasset, août 2016.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 30 Août 2016 à 10h00

      Singe dit

      Pour parler un peu livre, et non se focaliser sur la personne de l’auteur du texte ci-dessus (on l’accuse d’être narcissique, j’en passe et des meilleures en entretenant finalement son narcissisme en commentant ici :-) )…
      Le bouquin de Libérati tient de cette fascination du pire des occidentaux, rien d’autres.

    • 30 Août 2016 à 9h42

      Singe dit

      A l’exception d’un ou deux commentaires, les opinions sur l’article ci-dessus relèvent surtout du lynchage virtuel. Qui les obligent à le lire ?

    • 29 Août 2016 à 22h25

      Martini Henry dit

      Putain mais qu’est-ce que c’est que cette première phrase? Un incroyable charabia indigne d’une dissertation de première…
      “Simon Liberati a ceci d’intéressant est qu’en lieu et place de se lancer dans ses romans dans une introspection complaisante de sa petite personne, une psy en direct devant tous les passants en somme, il préfère faire véritablement œuvre de littérature.”
      Un coup de chaud?

    • 25 Août 2016 à 12h18

      munstead dit

      Après un lamentable et ennuyeux petit livre sur Jayne Mansfield, Libérati s’attaque à un autre  vieux fait divers américain (of course). Quand on lit que cet ouvrage “de littérature” est “comparable dans son intention au De sang froid de Truman Capote, on se demande si Gradgil a vraiment lu In Cold Blood? S’il l’a compris? S’il sait comment Capote présentait son travail de recherche et de confrontation avec l’assassin? En fait, on ne se pose pas la question. C’est non.

      • 27 Août 2016 à 9h57

        ReCH77 dit

        Je vous trouve un peu dur avec son “Mansfield” qui tient la route (oups !). En revanche, après 15 pages de “California Girls”, j’ai calé. Liberati est devenu un autre raconteur d’histoire qui aplatit son style pour séduire un public paresseux. Où est passée l’exigence littéraire des “113 études de littérature romantique” ?

    • 25 Août 2016 à 11h43

      Etoile Vesper dit

      Le correcteur est en vacances ?

    • 24 Août 2016 à 21h18

      saintex dit

      Ca a changé de sens ?

      • 24 Août 2016 à 21h19

        saintex dit

        Ben non, c’est juste le post de Lisa qui fait le facétieux.

    • 24 Août 2016 à 18h24

      i-diogene dit

      Bah, les notions de bien et de mal sont subjectives..

      Les USA, et la coalition occidentale pille l’ Irak, l’ Iran, la Syrie et toute l’ Afrique a nettement plus grande échelle..
      Le nombre de victimes est directement proportionnel..

      Par contre les techniques d’ endoctrinement sont connues depuis l’ antiquité:

      - Des crétins illuminés qui se laissaient bouffer par les lions dans les arènes au nom d’ un hypothétique Christ, en sont un exemple parlant..: y’ en a plein le calendrier..

      • 24 Août 2016 à 18h28

        lisa dit

        On a beaucoup plus récent comme martyr, en partie grâce aux islamistes

      • 25 Août 2016 à 11h27

        brubru35 dit

        Quitte à comparer les victimes innocentes à des “crétins illuminés” ,les bourreaux les menant à l’arène sont quoi?Et les milliers de personnes qui ont applaudis les spectacles abjects des cirques romains sont quoi?Le contraire des “crétins illuminés”?
        Vos interventions sont aussi intéressantes et importantes que le pet d’une drosophile dans un ouragan.Pis on s’ennuie à mourir tant on sait ,à l’avance,ce que vous allez doctement énoncer sur presque tous les sujets…

    • 24 Août 2016 à 18h01

      Zinho dit

      L’important c’est de s’identifier à l’ignominie, c’est drôlement bath !

    • 24 Août 2016 à 17h33

      IMHO dit

      Oh Christ, c’est reparti ! Et c’est encore pire que la dernière fois mais surement pas que la prochaine !
      Bien sur, les faits sont arrangés pour démontrer la thèse de Grangil qui est que le Mal se cache chez Ikea ou sous la couette des amants qui baisent sans souci .
      Ainsi, les groupies de Manson étaient issues de la ” petite bourgeoisie “, selon Grangil, de la classe ouvrière à problèmes, en réalité, les chansons des Beach Boys sont faussement innocents et insouciants ( ???? ) .
      Enfin bref, c’est mon curé chez les nudistes .

      • 24 Août 2016 à 21h16

        saintex dit

        Je ne vois pas trop après quoi tu en as cette fois, mais si tu veux parler du style littéraire de Grandgil, je signe ta pétition. C’est épouvantable et la première phrase est un morceau d’anthologie. Il devrait se relire à haute voix avant de publier.

      • 25 Août 2016 à 6h31

        IMHO dit

        Je viens de regarder son blog et en effet j’ai tort de m’emporter contre ce qu’il raconte. Il dit ce qu’il dit parce qu’il voit ce qu’il dit, c’est un halluciné, il n’y peut rien, et tout le monde y passe, tout ce qui vit sur cette planète et qui n’est pas en oraison permanente est une larve, je suppose que c’est sa mère qui lui fait sa lessive et son repassage .
        Il n’y aurait pas de quoi s’énerver s’il avait un minimum de moralité qui l’empêchait de cracher sur les non-lui .
        C’est un narcissique absolu en fin de compte, ce qui est d’ailleurs le vice caché des Causeuriens: vous remarquez que le mot narcissisme n’apparaît jamais dans les invectives qu’ils déversent sur les non-eux, car ça leur reviendrait franco de port dans la tronche !
        Donc, Amaury, vaya con Dios, amigo !

        • 25 Août 2016 à 14h58

          saintex dit

          Crois-tu vraiment que, “Il dit ce qu’il dit parce qu’il voit ce qu’il dit” signifie que c’est un halluciné ? C’est assez banal de dire ce qu’on voit. Cela peur se dire, rapporter factuellement les faits.
          Votre distance est ailleurs.
          On peut résumer grosso-modo ta pensée, en plaisantant, en disant qu’il voit des islamistes partout.
          Depuis que je te lis, je comprends que tu trouves tout cela très exagéré.
          Mais vous n’avez pas les mêmes sources et semble t-il, ne vivez pas dans le même monde. Il est normal que les ressentis diffèrent et le jeu ici est soit de confronter deux visions et pensées, soit de se foutre sur la gueule (mode de certains). Dans ce contexte, il est normal que tu penses a priori que les témoignages qu’il transmet sont bidons. D’un autre côté, la relativité que tu exprimes du nombre de musulmans en France valide dans tes messages le peu d’importance à porter à tout cela. Tout devrait se dissoudre. Et bien d’un autre point de vue, il est normal de penser que en te tenant à un état actuel, tu occultes totalement deux phénomènes dynamiques essentiels.
          1 – La natalité des musulmans comparée à celle des autres pousse, en ce moment, vers une islamisation de la France à une échéance de quelques dizaines d’année.
          2 – La revendication identitaire (culture incluant toujours religion) est en expansion évidente. Il y a trente ans, personne n’exigeait de hallal, aucun musulman ne s’offusquait d’une crèche…
          Bien sur, on ne sait dire l’avenir. Mais il est certain que la tendance prime l’état selon des courbes dont la pente ne peut être définie car il y a différents facteurs. f(x) = ax, mais a n’est ni défini, ni stable.
          Pour finir, ce que je pense de Grandgil ne devrait guère plus faire l’objet que ce que tu en penses (sa maman). Ce qu’il exprime, fond et forme, est plus important, même si je suis d’accord qu’il a l’air aussi zen et équilibré que Taubira ou Diallo.

        • 25 Août 2016 à 16h38

          IMHO dit

          Mais il n’est pas question de musulmans dans cet article ni dans ce que j’ai écrit !
          Ce que j’ai essayé de faire remarquer est que Grandgil attribue la pulsion meurtrière des coauteurs des meurtres de Manson à une conversion intérieure, sursaut d’âme, qui leur a fait voir une vie de petits bourgeois américain, vie qui n’étaient d’ailleurs pas la leur, comme une mort spirituelle, et la résurrection dans le crime.
          Notre âme est morte, ressuscitons-la en donnant la mort. Lavons-là dans le sang non de l’Agneau mais d’innocents .
          Et Grandgil sous-entend que ces monstres sont moins pervers que ceux qui “préfèrent le confort intellectuel, les certitudes, le sentimentalisme un peu niais à la mode, les vidéos de gentils petits chaton “, et l’aboutissement logique de son cheminement est l’inévitable banalité du mal .
          En fait Grandgil nous dit ceci : les hommes et les femmes tuées la 13 novembre s’étaient déjà tués spirituellement et leur assassinat a été l’accomplissement de leur destin.
          Je me moquerais bien du mysticisme haineux de ce ventriloque somnambule si sa méchanceté n’était pas si menteuse .

        • 25 Août 2016 à 23h08

          saintex dit

          Pardine, je vois bien qu’il n’est pas question de musulman. Mais comme tu as allumé Grandtruc sur le même mode que sur l’autre fil, j’ai repris le thème pour passer ton mode aux rayons X, voire XL. L’avantage de cet exemple est que, depuis que le sujet de l’islamisation de la France est sur l’écran, je t’ai lu assez de fois pour comprendre l’ensemble de ta position.
          Ma conclusion est en gros que chacun voit midi à sa porte. Mais surtout, entre matin et soir, les ombres portées modifient le même paysage. Les aspects diffèrent d’autant plus si deux observateurs ne sont pas sur le même point, n’ont pas les mêmes lunettes… Pas besoin de faire appel à la psychiatrie ou référence au mensonge. L’intérêt est d’essayer de voir la même chose que l’autre pour pouvoir comparer.
          Sur ce coup, je ne comprends pas ton explication, Grandtruc attribue etc…
          Quant à ce que tu écris qu’il sous-entend, c’est de la boule de cristal et pour la fin, je ne trouve pas de notion de destin.
          Mais j’aime bien ta dernière phrase.

        • 30 Août 2016 à 9h45

          Singe dit

          Questions aux deux vieux du Muppet Show ?
          Avez vous seulement lu le livre dont parle Grandgil ?

      • 30 Août 2016 à 9h44

        Singe dit

        Visiblement IMHO est amoureux

    • 24 Août 2016 à 17h40

      lisa dit

      c’était une allusion à l’homme, titéde l

    • 24 Août 2016 à 17h40

      lisa dit

      tiré de la glaise par son créateur, pas de quoi critiquer…

    • 24 Août 2016 à 21h18

      saintex dit

      Qué pasa ?

    • 24 Août 2016 à 21h17

      saintex dit

      ?

    • 30 Août 2016 à 9h47

      Singe dit

      Grandgil, il doit avoir des lettres, fait allusion à une formule de Robert Musil