Calais-Texas
Aux frontières du réel
Publié le 27 septembre 2009 à 15:23 dans Politique
Mots-clés : Éric Besson

Le désert à la frontière entre le Mexique et les USA. Un camp, moitié bidonville de toiles et de tôles, à proximité d’une petite ville. C’est le matin. Soudain, on entend un bruit dans le lointain. Des dizaines de 4×4, sirènes hurlantes, cernent le camp. Des garde-frontières avec des matraques jaillissent des véhicules. Des centaines de personnes sont tabassées ou arrêtées. Une heure plus tard, dans un bureau, un homme au visage tuméfié répond à un policier.
– Comment tu t’appelles ?
– Eric Besson.
– Eric Besson, Monsieur l’agent.
– Pardon ?
– Quand tu me parles, tu dis “Monsieur l’agent”.
– Oui, Monsieur l’agent.
– T’es français ?
– Oui.
– T’as des papiers pour le prouver ?
– Non, je n’ai plus rien.
– Je vois ça. T’es sale comme un peigne et tu pues !
– Bah, ça fait deux mois que j’attends dans ce campement de la frontière mexicaine. On n’a qu’un point d’eau et puis presque rien à bouffer. Heureusement que des gens nous donnent à manger parfois. Des bénévoles…
– Tu crois que je le sais pas, peut-être ? Ça fait des mois que vous nous pourrissez le secteur. Par contre, qu’il y ait des Français, c’est nouveau. D’habitude, c’est plutôt des Mexicains ou des Salvadoriens, mais des Français, ça, c’est la première fois que j’en vois. Qu’est-ce que t’as sur la gueule ?
– J’ai pris un coup de matraque sur la tronche, Monsieur l’agent. Vous n’y avez pas été de main morte…
– Tu insinues quoi, bouffeur de grenouilles ? Que la police d’un grand pays démocratique comme le nôtre se permettrait de maltraiter des sans-papiers comme toi, mon gars ? Et tu prétends entrer aux USA ? Pourquoi t’as quitté la France, d’ailleurs ?
– Bah, la Gauche a gagné, Monsieur l’agent. Et puis pas n’importe laquelle…
– Qu’est-ce tu veux dire, le Frenchie ?
– Oh des furieux, des vrais marxistes. Pire que Chavez. Le Front de Gauche que ça s’appelle. Depuis qu’ils sont au pouvoir, c’est l’horreur. Ils ont renationalisé à 100 % EDF-GDF, France-Télécom, la SNCF, la Poste et puis, dans la foulée, ils ont pris le contrôle des banques. Ils ont mis un salaire minimum à 2000 euros, ils filent des papiers à tout le monde, ils construisent des hôpitaux et des écoles partout, ils financent la sécu, la semaine de quatre jours et la retraite à 55 ans avec des taxes sur les flux financiers : un vrai cauchemar ! Ils ont arrêté tous les spéculateurs, les dirigeants du Medef et du CAC 40. Le pire, c’est que ça suit partout en Europe, en Allemagne avec Die Linke, en Italie, avec Rifondazione. Affreux, Monsieur l’agent, affreux…
– Ouais, je comprends. Tu veux un statut de réfugié politique, alors ?
– C’est ça, Monsieur l’agent.
– Tu faisais quoi, comme métier dans ton pays ?
– J’étais ministre, Monsieur l’agent.
– Ministre de quoi ?
– Ministre des Affaires raci…, euh, excusez-moi, ministre de l’Identité nationale.
– Et ça consistait en quoi ?
– Bah… à savoir qui était français et qui ne l’était pas, Monsieur l’agent. On contrôlait au faciès dans le métro, on leur demandait de s’inscrire en préfecture et puis on les chopait juste après. J’étais bon, dans mon genre…
– Et en dehors de ça, tu sais faire quoi ?
– Trahir, Monsieur l’agent. Ça, je sais très bien trahir ! C’est pour ça que l’ancien président m’aimait bien. Parce que lui aussi, question traîtrise, c’était un bon.
– Eh bien, prouve-le, Frenchie.
Eric Besson réfléchit, puis se penche vers le policier et parle à voix basse.
– Eh bien par exemple, Monsieur l’agent, dans le camp, avec nous, y’a un ancien gauchiste. Il fait semblant d’être libéral, mais c’est faux..
– Et comment y s’appelle ?
– Cohn-Bendit, Monsieur l’agent.
– Ok. On verra ça. Allez, tu peux sortir.
Le policier s’adresse à un collègue qui tient la porte.
– C’est qui le suivant ?
– Oh ! encore un de ces Français avec un nom impossible…
Il regarde une feuille.
– Brice Hortefeux… Oui, c’est ça : Brice Hortefeux.
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L'auteur
Jérôme Leroy est écrivain et journaliste. Dernière parution, Le Bloc (Gallimard)
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Jerome Leroy dit
Et vous aurez bien raison, Lisa: c’est un très beau roman, comme beaucoup des livres de Jean Raspail, et très émouvant, voire prophétique par certains aspects. Et qu’il soit devenu la Bible de certains racistes qui ne l’ont pas forcément si bien lu que ça ne change rien à l’affaire.
Pour le reste, je veux bien dauber sur l’idéologie anti-raciste, sinon je ne contribuerais pas à Causeur. Mais quand l’anti anti racisme devient le masque du bon vieux racisme, il n’y a pas de raison, non plus, de ne pas dénoncer les impostures ou les incohérences de certains épurateurs ethniques genre RM qui se définissent comme libéral mais n’admettent que la libre circulation des richesses, pas des hommes, et refuse d’admettre que le système économique qu’il prône est par essence cosmopolite.
Che dit
Plutôt que d’avoir une vision manichéenne entre camps du Bien et camps du Mal posons la réflexion. On peut se féliciter que la France par charité chrétienne et esprit d’humanisme soit une destination de rêve pour terre d’asile. Enfin, tant que ça ne devient pas un asile de fou. Que la France accueille généreusement les cas sociaux des autres en échange de contrats commerciaux, pourquoi pas. Rééquilibrons les richesses, un peu de mondialisation la-bas, un peu de tiers-mondialisation ici. Si les grands principes humanistes coïncident avec les intérêts capitalistes tant mieux; tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Maintenant faut-il se préoccuper qu’ils acceptent plus facilement le principe “à tous selon leur besoin” et un peu moins celui de “de chacun selon ces capacités”? J’imagine que cela en fait de bon mi-communiste. C’est mieux que rien, non?
Lisa dit
@Jérôme Leroy,
J’espère que mon message ne vous fait pas me mettre dans le camp des racistes, je ne tire aucune généralité de ces fait-divers !
Mais j’avais comme projet de lire le camp des saints, je vais le faire.
eureka dit
@Nadia : Excuses acceptées. Mais je n’ai pas beaucoup de temps en ce moment pour participer au forum.
PS (hors sujet) : je n’oublie pas le Club des 5.
Gaétan Brunoy dit
Leroy, le racisme est une chose bien précise. Il s’agit d’une doctrine politique préconisant la domination d’une race sur une autre.
Je ne crois pas en la supériorité intrinsèque de mon patrimoine génétique sur celui du groupe de bronzés qu’il vous plaira (renois, rebeuhs, noiches, et même les aborigènes ou les pygmées). Tout en jugeant probable que la science trouve un jour une inégalité, dans un sens ou dans un autre. (Vous voyez, en matière d’antiracisme, je reste malheureusement un agnostique, pas un athée).
Partant, je ne préconise nullement la domination d’une race sur une autre. J’ai d’ailleurs bien vu que ce genre de pratique politique était difficile à soutenir sur le long terme, que ce soit au Mexique, en Guadeloupe ou plus récemment chez nos amis Allemands.
Donc, je ne suis pas raciste. Point final.
En revanche, je suis sacrément islamophobe. Et je continuerai à conchier les sous-cultures joyeusement, parce que j’ai remarqué que ça vous emmerde.
ZapPow dit
@ Raymond2
Brunoy est un surdoué (il l’a modestement avoué dans un fil de discussion), donc ce n’est pas un crétin, donc c’est un gauchiste.
Lewis Carroll avait déjà démontré que la logique pouvait être amusante. Elle peut être vraiment hilarante.
Gaétan Brunoy dit
Nadia, nous ne sommes pas la cause de la misère dans ces pays. Ils s’y mettent tout seuls, à force de surnatalité, de gouvernement par des kleptocraties, de fondamentalisme religieux opposé à toute liberté, toute instruction et toute science.
Même les pays perfusés à la rente pétrolière, malgré leur racket du pauvre connard d’automobiliste occidental, se montrent incapables d’avoir un développement endogène.
Eduquer ces peuples retardés suppose peut-être d’être plus sévère, et non de les enfoncer davantage dans l’assistanat. En somme, des canons plutôt que du beurre : voilà la solution (et ce n’est pas Leroy qui me contredira).
Raymond2 dit
Nadia Comaneci dit à Gaétan Brunoy:
“Même pas vous qui cachez pudiquement un coeur d’or gros comme ça.”
Votre ironie est cruelle, Nadia.