Cachez-nous donc ce bus que nous ne saurions voir | Causeur

Cachez-nous donc ce bus que nous ne saurions voir

Minorités visibles, vidéo invisible ?

Auteur

Elisabeth Lévy

Elisabeth Lévy
est fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur.

Publié le 10 avril 2009 / Religion Société

Surtout, regardons ailleurs. La vidéo d’une agression sauvage survenue dans un bus en plein Paris est diffusée sur internet. Scandale. Mais pas à cause de la brutalité et de la gratuité de ce tabassage, ni en raison de l’acharnement des agresseurs et de la terreur des passagers. Ce qui soulève le cœur des belles âmes, ce n’est pas ce qu’on voit, c’est qu’on le voie. Le premier coupable, c’est donc le flic ou l’employé de la RATP qui a pris la lourde responsabilité de faire fuiter ces images à l’extérieur1. Et le second le site internet qui, rompant avec l’omerta assez largement respectée par les médias, a décidé de porter ces images à la connaissance du public. D’ailleurs, coup de chance : il s’agit de François Desouche, site identitaire ou d’extrême droite, chacun choisira son lexique.

Imaginons une vidéo montrant une lapidation au Pakistan, une exécution sommaire dans une improbable capitale africaine ou le tabassage raciste de prévenus dans un commissariat parisien. Ou encore des brutalités policières contre de pacifiques manifestants altermondialistes. “Les images qui suivent peuvent heurter la sensibilité”, murmurerait une présentatrice de JT avec une nuance de gravité dans l’œil. On encenserait ceux qui ont réalisé ces images au péril de leur vie ou de leur carrière pour alerter nos consciences. On rappellerait peut-être la grandeur du plus vieux, pardon du plus beau, métier du monde. On chanterait les vertus d’internet qui nous montre ce qu’on veut nous cacher.

Bien entendu, rien de tel ne s’est passé dans le cas de la “vidéo de surveillance” de la RATP. Sa diffusion par François Desouche suscite d’abord dans les médias respectables un certain malaise ou une fin de non-recevoir. On ne mange pas de ce pain-là. Des journalistes capables d’être les gogos de n’importe quel bobard, se découvrant soudain fort pointilleux sur la qualité de leurs sources documentaires et de leurs sources tout court, examinent le film sous toutes ses coutures. Des déontologues sourcilleux qui recopient sans états d’âme les PV d’instruction ou d’interrogatoire que leur refilent aimablement juges et policiers, froncent les narines. “Qui a intérêt à faire sortir cette histoire ?”, se demande-t-on avec des airs entendus. Soucieuse, sans doute, de se montrer médias-friendly, la Préfecture de police saisit l’IGS “pour connaître l’origine de la fuite qui avait permis à cette vidéo, filmée par la caméra de surveillance d’un bus, de sortir sur Internet”. Durant quelques heures, on place même en garde à vue un policier, membre du Service régional de la police des transports. L’intéressé ayant été mis hors de cause, “les investigations se poursuivent donc pour trouver le responsable”, promet la PP dans un communiqué. On est soulagé de savoir que tous les moyens sont mobilisés pour retrouver cet odieux délinquant.

L’authenticité du document paraissant indiscutable, les vigilants, retrouvant leurs vieux réflexes, orientent les soupçons sur le messager, le désormais fameux site François Desouche que l’on ne doit citer qu’en se bouchant le nez. Qu’une information ait transité par ce dernier repaire de la bête immonde devrait suffire à la rendre impropre à la consommation – pas cachère si j’ose dire. Les vertueux s’alarment : n’y a-t-il pas là une manipulation politique venu de là où on pense ? Méfiance.

Autant avouer mon crime, il m’arrive de consulter ce site. On y trouve, en plus d’une indigeste propagande, des informations censurées – ou ignorées – ailleurs. Celles-ci sont à l’évidence sélectionnées dans l’unique perspective de démontrer les dangers de l’immigration. Il est vrai que l’apologie de la France multiculturelle est infiniment plus sympathique que la nostalgie d’une France blanche, largement fantasmée au demeurant, qui rassemble les contributeurs de Desouche. Il est clair que nombre d’entre eux flirtent et plus si affinités avec le racisme. On peut ne pas aimer – certains diront qu’on doit. Faut-il aller plus loin encore et se rendre sourd et aveugle à tout ce qui vient d’un si détestable environnement ? Il est assez plaisant de voir les plus pompeux adorateurs du culte de l’Information se comporter comme des propagandistes de bas étage. Le réel nous déplaît, changeons-le. Une vieille rengaine.

Au-delà des modalités de sa diffusion, décrétées douteuses et fermez le ban, il faut croire qu’il y a quelque chose dans cette vidéo qu’on ne veut pas voir. Ces images durant lesquelles on voit trois ou quatre jeunes gens s’acharner sur un autre et le rouer de coup alors qu’il est pratiquement à terre ont de quoi heurter certaines sensibilités – et même toutes les sensibilités. Il n’est pas sûr, cependant, que la retenue des médias dans cette affaire s’explique par le louable souci de ménager la nôtre.

Il faut en effet le proclamer haut et fort, ce film donne une image négative de la réalité. La Halde et tous ses disciples qui somment publicitaires, cinéastes et gens de télévision de s’employer à donner une image positive de tel ou tel groupe injustement traité par l’histoire et la société, devraient d’ailleurs émettre sous peu une protestation bien sentie. Enfin, plutôt que d’image négative, peut-être serait-il plus indiqué de parler d’image non-conforme – un manifestant molesté par la police, c’est aussi une image négative mais elle ne gêne personne.

Ce qui déplaît, dans la scène de l’agression dans l’autobus de nuit, c’est son casting : les agresseurs étaient “issus de l’immigration” et la victime blanche. Bien entendu, ces faits établis ne suffisent aucunement à conclure à l’agression raciste mais ils ne permettent pas non plus de décréter qu’elle n’avait rien de raciste. Imaginons que les agresseurs aient été blancs et la victime noire ou arabe. On aurait sans doute, pour sa plus grande joie d’ailleurs, évoqué le spectre de Le Pen et dénoncé une ratonnade. On aurait peut-être eu raison de le faire – et peut-être pas.

On me dira que le combat contre le racisme vaut bien quelques petits arrangements avec la vérité. Admettons. Aussi bien intentionnée soit-elle, cette tactique de l’aveuglement appliquée avec constance et avec le succès que l’on sait par la gauche dans la lutte contre le Front national, n’a strictement aucune chance de faire reculer le racisme. C’est même tout le contraire. C’est en planquant sous le tapis la délinquance ou le racisme quand les coupables sont des Français noirs ou arabes – au motif inavoué qu’eux-mêmes victimes de racisme –, qu’on jette la suspicion sur tous. Trois petites frappes qui s’acharnent sur un homme à terre ne représentent rien ni personne d’autre que trois petites frappes. Au lieu de détourner les yeux ou de leur tenir le langage de l’angélisme, il serait temps de leur parler le seul qu’ils comprennent, celui de la force. Sans distinction de race ou de religion.

  1. Mutatis mutandis, ça me rappelle la fureur de l’Autorité palestinienne contre les journalistes italiens qui avaient “sorti” les images du lynchage de deux soldats israéliens et les excuses penaudes de la presse italienne de Jérusalem.
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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 17 Avril 2009 à 1h32

      nadia comaneci dit

      Nous ne couperons pas aux flux migratoires, ils sont vieux comme le monde. Tout ce que nous sommes en droit d’exiger (le mot est choisi sciemment), c’est que ces populations immigrées aient un projet (je veux dire… plus abouti que la queue à la CAF), donc une perspective professionnelle, et respectent nos us et coutumes. Bref, désirent passionnément s’intégrer. On m’objectera que nous voulons bien des immigrés quand cela nous arrange (genre 30 glorieuses)… Ceux-là ont gagné notre respect et le droit à nos droits. Les autres… Mais qui les oblige à venir dans un pays si détestable?! Nous avons le droit de dire STOP, on a plus rien en boutique pour vous hormis une vie misérable d’assistés et pour vos enfants la frustration et la haine ! Pourquoi ne pas employer cette belle énergie à développer votre terre natale ? Bouter ces petits chefs corrompus qui font votre malheur et donc le nôtre ? Changer enfin de siècle ? Car rien ne vaut un petit chez soit qu’un grand chez les autres n’est-ce pas ?!

    • 15 Avril 2009 à 23h40

      gerard dit

      J’étais sans doute trop bavard.
      Je ne m’opposerai pas au hasard…

    • 15 Avril 2009 à 23h35

      gerard dit

      EL vous avez très bien fait de rappeler en note la façon dont avec une constance touchante et sous la menace de leurs maîtres arabes les journalistes nous transmettent le message des fascistes.Hélas cela ne suffit pas aux gogos consentants de prendre pour argent comptant la propagande fabriquée à Damas , Beyrouth ou antenne 2 si on veut bien se souvenir du prétendu assassinat (sic) du gamin dans les bras de son père. Le coup était tellement bien monté qu’Enderlin compte cette comédie parmi ses exploits de “Grand Journaliste”.
      Que la France , et pas seulement elle, adopte cette attitude suicidaire pour acheter ce qu’elle croit être la paix nous mène droit dans le mur : on a pendant des années diabolisé une extrème droite inoffensive en se gardant bien de dénoncer les excès de violence des minorités terriblement racistes et antisémites (rappelons nous Da

    • 15 Avril 2009 à 11h38

      Lassalle dit

      Bonjour,
      Madame, vous dites que le site de FDesouche est nauséabond, qu’il véhicule des idées malsaines en ne mettant en avant qu’une immigration négative. Il ne fait que prendre le contrepied des médias qui tentent, de masquer l’aspect souvent délictueux de la diversité visible.
      Cordialement

    • 15 Avril 2009 à 11h16

      Remote dit

      Minorités visibles, vidéo invisible ?
      L’agressé du bus nous raconte que : ” L’un des assaillants en survêtement, rasé, avait d’ailleurs une couleur de peau très pâle”.
      L’étudiant en question aurait-il réussi à “faire disparaitre le sentiment, la perception de la différence ?”. C’est ce que prônait un certain quidam dans l’émission de télévision “Ô Quotidien” persuadé que les discriminations raciales sont le produit d’une perception de la différence qui existe chez la majorité des français et cela malgré le fait que l’on ne cesse de répéter qu’il n’y a aucune différence biologique entre les races, ils gardent intimement le sentiment de cette différence et que c’est ce sentiment qu’il faudra un jour attaquer et éradiquer.
      A bon entendeur salut ! Si vous pensez que des minorités visibles existent (pas si minorité que ça), vous vous foutez le doigt dans l’œil. Vous êtes victimes d’hallucinations. Les différences physiques n’existent pas, c’est le produit de votre imagination. Apprenez à voir un noir en blanc.

    • 15 Avril 2009 à 0h12

      Gwendan dit

      Si cet étudiant a vraiment tenu ces propos (ceux de l’interview) alors il n’est qu’un petit soumis victime du syndrome de stockholm qui mériterait presque de se prendre une nouvelle rouste. Ma sympathie va plutot au gars qui a essayé de l’aider en lui faisant un croche-pied.

    • 14 Avril 2009 à 22h26

      ramon mercader dit

      ce qui m’a soufflé ,c’est l’interviouve de l’étudian bolossé dans le figaro (le journal des notaires de province )
      comme j’ai déjà écrit sur un autre site ,on a les élites qu’on mérite ,et cet étudiant de spo paris ,pardonnant à ses agresseurs ,sera un jour appelé à de hautes destinées ,je vous laisse imaginer lesquelles (et les conséquences )
      au moins les russes n’ont pas ces pudeurs de jeune vierge,chez eux ,un chef de l’état est un ex du kgb ,un capitaine d’industrie pareil et un ministre de la défense un ancien général (allons rions ,staline était maréchal ,tito pareil et les alliés ,reconnaissant leurs maitres à venir offrirent un bel uniforme de cérémonie au dit josip broz ,lorsque les allemands capturèrent ses frusques lors de l’opération roselsprung )
      mais bon,cette façon un peu outrancière de casser le thermomètre me fait penser à ce rackett dans un train du nouvel an (voyages gratuits pour les casse couilles des banlieues ,mis à dispo par un conseil départemental quelconque en 2006 ou 2007 ,mais avec des gens dits “normaux”),un véritable rodéo pendant lequel les voyageurs avaient été dépouillés de portables,larfeuilles ,tout quoi ,et cerise sur le gateau ,leurs nanas avaient été importunées par les petites racailles ,un peu comme dans la fontaine ,le seigneur boit son vin,caresse sa fille……mais ce que la fontaine avait écrit ,personne n’en parle plus,bref ,lorsque les voyageurs humiliés et dépouillés furent rendus à bon port ,ils envisagèrent de porter plainte de se constituer partie civile ,ce genre de chose ,surtout les femmes sérrées de (très) près par les marloupins qui en auraient bien chopé une ou deux
      ,mais voilà ,après coup ,il y eut une visite du président en personne,jacques chirac ,et les demoiselles retirèrent leurs plaintes
      y eut il une instruction?des interpellations?des condamnations?
      il y aurait eu motif ,pourtant ,vol en réunion ,déjà ,vol à main armée (les petites crapules exhibaient des couteaux longs comme ça ) ensuite
      mais voilà ,le père-la-nation avait mis son véto
      j’ignore quels arguments il a trouvé à cette occasion,mais faire taire des français ,c’est un tour de force,ou alors la lobotomie sociale a bien marché
      alors qu’il eut suffit de 5 ou 6 braves kébourdins ,à l’arrêt du train pour coffrer tout ça ,procédure de flagrant délit ,immédiateté de la peine et on n’en parlait plus
      de même en 98 ,des supporters de l’om (à mon sens le pire de la plèbe ,mais ça n’engage que moi) furieux de la défaite de leur club à l’exterieur ,détruisirent complètement une rame de tgv,là encore ,pas d’interpellation en flag ,mais une équipe de la police scientifique qui recueilli sagement les poils de cul laissés par deux générations de voyageurs
      elle est pas belle la vie ?