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Marly soit qui mal y pense !

Sarkozy n’est pas diplomate : et vice versa

Publié le 24 février 2011 à 4:01 dans Politique

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Le courage n’est pas la vertu première des diplomates. Sinon, ils auraient fait militaires, et d’abord on ne leur demande pas de mener la charge au pont d’Arcole, bien au contraire. Un bon diplomate, ça « arrange les bidons », comme disent les Belges, et cela dans la plus grande discrétion possible, pour laisser aux politiques le bénéfice des poignées de mains, accolades et autres mignardises qui rythment les rapports entre chefs d’Etats sous le regard des photographes.
Moyennant quoi, ils sont très bien payés et mènent une vie agréable lorsqu’ils sont en mission à l’étranger, mais leur situation est beaucoup moins enviable lorsqu’ils reviennent à « la centrale ».

Cette quête du bon poste n’incite donc pas les fonctionnaires de cette administration à se faire remarquer par des prises de positions publiques et fracassantes sur le bien-fondé de l’action menée par le pouvoir politique dans leur secteur de compétence.
C’est pourquoi il faut prendre au sérieux le texte de la tribune publiée dans Le Monde par un groupe de diplomates réuni sous le pseudonyme collectif de « Marly », le nom du bistrot où ils se sont réunis pour la première fois.
Ce texte est une charge au canon contre la gestion sarkozienne de la politique extérieure de la France. Sa lecture attentive montre qu’il ne reflète pas seulement les positions de la vieille garde gaullienne du Quai, de sa « rue arabe » et américanophobe dont les rancœurs passent habituellement, via Claude Angeli, par le canal du Canard Enchaîné.

Un des comploteurs, avec qui nous entretenons une vieille complicité, nous a révélé les raisons d’une révolte qui réunit des vieux ambassadeurs blanchis sous le harnois, et des jeunes qui viennent d’entrer dans la « carrière ».
Le déclencheur de la colère a été un édito de Christophe Barbier, l’homme à l’écharpe rouge de L’Express, qui mettait sur le dos de notre service diplomatique les errements récents de politique étrangère de la France face aux révoltes de Tunisie et d’Egypte. Conscients d’avoir transmis au pouvoir tous les éléments lui permettant de se faire une idée de la situation politique et sociale réelle dans les pays en question, ils ont moyennement apprécié que la seule sanction de cet aveuglement se porte sur notre ambassadeur en Tunisie, Pierre Ménat, qui n’avait fait qu’appliquer les consignes venues d’en haut : pas le moindre contact avec l’opposition. Cela n’empêchait pas quelques diplomates de rang inférieur d’ouvrir leurs yeux et leurs oreilles et de rendre compte à leur administration de ce qu’ils voyaient et entendaient. Les conjurés du Marly ont donc demandé à L’Express de publier leur point de vue sur la question, ce qui leur fut refusé. Ils se tournèrent alors vers Le Monde qui accepta leur texte, ce qui constitue une bonne entrée en matière pour son nouveau directeur, Erik Izraelewicz.

Selon ses concepteurs, ce texte ne vise pas directement la cellule diplomatique de l’Elysée, dirigée par Jean-David Lévitte. « S’il n’était pas là où il est, il l’aurait signé avec nous ! », précise l’un d’entre eux. Ils mettent prioritairement en cause Henri Guaino, responsable à leurs yeux du fiasco de « L’Union pour la Méditerranée », une opération où les contributions des spécialistes du Quai d’Orsay sur cette question auraient été négligées, alors qu’elles auraient pu, selon eux, éviter bien des bourdes.

Sont visés également les « visiteurs du soir » du président, notamment Alain Minc, mais il n’est pas le seul, qui poussent Nicolas Sarkozy à des gestes diplomatiques inconsidérés, comme la querelle avec le Mexique à propos du cas de Florence Cassez. Les chevau-légers du « Marly » font valoir que la gestion des contentieux judiciaires entre deux pays démocratiques est un travail de l’ombre, harassant et fastidieux, à l’image de ce qui se passe chaque jour entre la France et l’Allemagne dans les affaires douloureuses de garde d’enfants de couples mixtes séparés…

Enfin, quelques nominations à des postes prestigieux ont fait grincer quelques dents, comme celle de François Delattre, 47 ans, au poste d’ambassadeur de France à Washington, une promotion fulgurante au regard des habitudes de la maison, dont la cause serait à rechercher dans la gestion habile, et conforme aux vœux de Nicolas Sarkozy, de l’atterrissage de son fils P’tit Louis et de sa maman Cécilia à New York, où Delattre était alors consul général…

Les récents déboires à Tunis d’un autre Mozart sarkozien de la diplomatie, Boris Boillon n’ont pas chagriné outre mesure les « Marly », bien qu’ils se défendent d’éprouver à ce propos une quelconque Schadenfreude, ce sentiment de joie mauvaise devant le malheur des autres qu’ils laissent à leurs collègues germaniques.

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  • 28 February 2011 à 11h22

    Marie dit

  • 27 February 2011 à 19h53

    Bibi dit

    Marie et Aventin,

    J’ai bien affirmé ma position, dans votre sens, sur la discipline.
    Et en effet, l’anonymat est un choix “curieux”.
    Mais, Aventin, ne mélangeons pas tout. La liberté d’expression n’est pas anti-démocratique. Et ce genre de dissensions ne date pas d’aujourd’hui: c’est l’expression publique qui est la nouveauté. Il me semble que le sentiment de (devoir) diriger la politique étrangère est bien ancré, et que l’orientation de cette politique fait l’objet de luttes diverses (courants de pensée/idéologies/affinités) au sein de la maison.
    C’est un moment de remise des pendules à l’heure.
    Et je pense que tout le monde peut bénéficier de la relative transparence de ces événements. Y compris la démocratie.

  • 27 February 2011 à 16h44

    Marie dit

    @Bibi
    “je préfère le débat et la dissension publiques aux querelles plus ou moins étouffées des couloirs et bureaux.”
    Mais ce n’est pas du débat car pour débattre il faudrait que Marly et autres ne se retranchent pas dans l’anonymat!
    Ces groupes sont justes des machines à démolir , machines sans visages c’est très commode., commandités non pour animer un sain débat mais pour mettre à mal tout ce qui n’est pas fonction publique .

  • 27 February 2011 à 15h53

    Aventin dit

    .
    Bibi,
    .
    Mais – c’est peut-être culturel – je préfère le débat et la dissension publiques aux querelles plus ou moins étouffées des couloirs et bureaux.
    .
    Le mépris de la démocratie c’est culturel ? Alors liquidons tout, ce pays est fini. Donnons les clefs à Barroso, au syndicalisme de la fonction publique, à tous les lobbies. A la moindre occasion de boulot sérieux en dehors du pays, je fonce, et je change de nationalité. Ici, c’est cuit. Quant à la laïcité, ses heures sont comptées… se tirer, vite, la Suisse, vite. S’il a un Suisse qui propose du boulot par ici, je suis preneur, qu’il me contacte ! 68 a produit une école de merde, il ne faut pas s’étonner du type de citoyens que cela produit.

  • 27 February 2011 à 15h46

    Bibi dit

    @Aventin et Marie,

    Vous avez raison sur le devoir de réserve et le statut (non-élu) de serviteur public.
    Mais – c’est peut-être culturel – je préfère le débat et la dissension publiques aux querelles plus ou moins étouffées des couloirs et bureaux.

  • 27 February 2011 à 15h42

    Aventin dit

    .
    @Marie,
    .
    Il n’y aura pas d’enquête, pas de sanctions, cette démocratie est morte ; la légitimité populaire est contestée par toutes les voies :
    .
    - L’UE : 80% de nos textes sont issus de l’UE ; le parlement (rôle secondaire au surplus) vote au milieu de 15000 lobbyistes de grands groupes qui sont installés à Bruxelles
    - Le NON au TCE se transforme en OUI à Lisbonne
    - Le parti des médias nous rééduque 24/24 pour nous dire ce qu’est la pensée juste et bonne, notamment en matière d’immigration et d’économie
    - La CEDH fait, inlassablement, une lecture anglo-saxonne des libertés publiques, ce contre la tradition républicaine française, et ses décisions modèlent notre droit interne.
    - Les fonctionnaires s’opposent aux politiques publiques – parfois les empêchent ou les bloquent -, à la décision politique, la contestent même, et désormais les fonctionnaires contestent jusqu’à l’exécutif dans ses décisions en matière de politique étrangère.
    .
    De démocratie il n’y a plus ; le peuple ne sert à rien ; son vote ne sert à rien : liquidons le peuple. Je propose d’en finir avec le droit de vote et de s’en remettre aux experts européens ainsi qu’aux fonctionnaires européens et français ; remettons-nous en à ces gens compétents, sérieux, et politiquement neutres, objectifs même.

  • 27 February 2011 à 15h23

    Aventin dit

    .
    @bibi,
    .
    Pour ma part, j’estime que des polémiques et controverses publiquement exprimées sont légitimes dans une démocratie.
    .
    Elles sont légitimes, comme il est légitime que chaque citoyen donne son avis, mais donner cet avis en tant que fonctionnaire, c’est là un acte grave qui, au surplus, entend nous faire comprendre que ceux-ci ont au moins autant de légitimité que le pouvoir élu à discuter la situation politique. Une grande vague de révocation ne saurait que me réjouir, ces gens la ne sont pas digne du service de l’Etat et de la fonction publique ; ils veulent faire de la politique par leur fonction, c’est grave.
    .
    Il ne faut pas craindre le débat.
    .
    Parlez en à tous ceux qui refusent un débat sur l’islam après avoir interdit celui sur l’identité nationale.
    .
    En dernier lieu, le pouvoir politique ne débat pas de la décision légitime avec les fonctionnaires qui sont au service de l’Etat (Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation.Il dispose de l’administration art. 20 C).
    .
    Et l’État est un organisme qui évolue, il me semble que l’adaptation aux nouvelles réalités est de rigueur.
    .
    Selon la loi du parlement, pas celle du corporatisme ! Le fonctionnaire débat avec le politique : la démocratie est morte.