Suivre Causeur :     

C’est le dernier jour…pour changer vos euros

Ceci est une fiction. Pour l’instant…

Publié le 17 février 2012 à 17:28 dans Politique

Mots-clés : , , ,

On l’avait prévenu mais il s’était laissé avoir et maintenant, il faisait la queue devant la banque de France, en face du Bon Marché. Ce n’était pourtant pas très prudent de rester dehors trop longtemps, même avec les masques de la sécurité civile et leurs filtres au charbon actif.

Oui, il aurait pu s’y prendre plus tôt. Depuis des semaines, les chaines d’info continues sur le Net faisaient passer les messages gouvernementaux. « Il ne vous reste plus que quelques mois, quelques semaines, quelques jours ». Les panneaux intuitifs dans le métro aussi, ceux qui affichaient votre nom quand vous passiez devant eux et vous recommandaient personnellement un produit qui correspondait aux informations contenues dans votre I-Phone. Cette technique de marketing intrusive était très critiquée par les associations et le gouvernement de Front Social mais les Firmes restaient puissantes.
De toute manière, ça ne le concernait pas tellement, les panneaux intuitifs : il lisait encore des livres-papiers, qui d’ailleurs ne se vendaient plus tellement…

En attendant, devant la Banque de France, la queue s’allongeait. C’était le dernier jour où l’on pouvait rendre les billets en euros qui traînaient encore chez soi. Il avait du mal à se dire que le temps avait passé si vite. Dix ans déjà que l’on était revenu au Franc… Dix ans… Ce plaisir qu’il avait eu, presque sensuel, à retrouver des coupures de 5, 10, 50 et 100, respectivement aux effigies de Blum, Aragon, De Gaulle et Jules Vallès. Il faut dire qu’à l’époque, on se contentait de peu.

On sortait des grands troubles. Sale époque, les années 2012-2015. Les Français avaient élu le socialiste en 2012. Il s’était contenté, évidemment, de faire sensiblement la même politique que son prédécesseur. Malgré le bon score de la gauche de la gauche, du candidat gaulliste et de celle de l’extrême droite qui à eux trois représentaient plus de la moitié du corps électoral au premier tour, le président socialiste avait décrété le changement dans la continuité : on continuait l’austérité pour rembourser la dette et on remplissait le tonneau des Danaïdes en pressurant la population. C’est à peine si quelques mesures de taxation financière contrebalançaient symboliquement « l’effort demandé à tous ».
Et puis tout s’était précipité.
Il y avait eu en janvier 2013 le coup d’état militaire en Grèce, soutenu par la Russie. Il avait été initié par des capitaines plutôt à gauche, comme au Portugal en 74. La Grèce était sortie de l’Union et de l’Euro par la même occasion dans l’euphorie, les anarchistes du quartier d’Exarchia fraternisaient avec les tankistes sur la place Syntagma.

La chancelière allemande, folle de fureur devant les faillites bancaires des établissements trop exposés, avait osé demander une intervention de l’Eurocorps. Le président socialiste, qui affrontait déjà un mouvement social monstre, avait donné son feu vert. Pendant ce temps, le mouvement social, avec ses millions de manifestants depuis des semaines, refusait la politique dite de « Grande Convergence » avec l’Allemagne (retraite à 70 ans, semaine de 45 heures, disparition du salaire minimum, privatisation programmée de la sécurité sociale). Il se transforma en un mouvement anti guerre et gagna toute l’Europe après le bombardement de Patras en mai par des Rafales et des Eurofighter qui fit une vingtaine de morts et plusieurs centaines de blessés. Tout cela, ajouté aux émeutes de la faim en Espagne, au Portugal, en Irlande et au Royaume-Uni, ainsi qu’aux menaces russo-chinoises de rétorsion, forca le président socialiste à organiser un referendum sur le maintien dans l’Union Européenne de la République Française. Il le perdit assez largement et démissionna dans la foulée.

Le recours fut incarné lors d’élections se déroulant dans une atmosphère de violence par un ancien Premier ministre qui, en 2005, avait été le seul homme politique de premier plan à se prononcer pour le non au referendum. Dans la foulée de son élection, après les législatives, il demanda à l’Assemblée de se transformer en Constituante. Largement soutenue par la gauche et les souverainistes, la Sixième République fit ses premiers pas en février 2014 et, par séries de referendum successifs, appliqua un programme que les historiens qualifièrent de « Nouveau CNR ». Le oui à la fin de l’euro (referendum de juin 2015) obtint une majorité de 87%.

Et voilà pourquoi, dix ans après, cette file d’attente devant la Banque de France n’en finissait pas. Il entra dans la banque. Quand le guichetier lui demanda combien il avait à changer, presque gêné, il répondit :
- 5000 euros…
Le guichetier sourit
- Sacrée somme !
- Oui, j’ai retrouvé ça chez ma grand-mère il y a quelques mois, après son décès.
- Elle faisait quoi votre grand-mère ?
- Ma grand-mère ? Fonctionnaire à la Commission Européenne…
- A la quoi ? demanda le guichetier qui paraissait très jeune.
- Laissez tomber, c’est de l’histoire ancienne.

envoyer par email autre réseau social

A lire aussi

La rédaction de commentaires est reservée aux abonnés

37

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous

mot de passe oublié | Vous n'arrivez pas à vous connecter ?
 

Nos offres

  • 20 February 2012 à 11h32

    red benjamin dit

    Ceci est une fiction plutôt convaincante pour l’instant… peut-être sûre demain?

  • 18 February 2012 à 18h15

    isa dit

    Encore de mon patelin, ce Chich(e)!

    • 18 February 2012 à 18h16

      isa dit

      Pasde hoummous chez nous, je ne sais plus quelle était la signification du mot et même s’il y avait un “e”.

      • 19 February 2012 à 10h09

        saintex dit

        Pas de hoummous ? Que la vie peut être cruelle qui impose des enfances sans hoummous à côté de flopées de pois chiches ! Faut vous rattraper. Chiche ?

    • 19 February 2012 à 18h39

      borgoloff dit

      Isa, si je comprends bien, pour vous souverainiste = FN ?

      Vos facultés de discernement sont peut-être altérées.

      • 19 February 2012 à 19h16

        eclair dit

        @borgoloff
        Isa ne supporte pas tout ce qui a de pres ou de loin rapport avec le FN . Ce qui fait que chaque idée défendue par le FN devient une thèse à proscrire.
        Comme il est souverainiste tout les souverainistes sont des fascistes en puissance.
        Comme tout ceux contre la sortie de l’euro.
        Seul la laicité trouve grâce à ces yeux parce qu’en face il y a le musulmans sinon ceux qui seraient pour la laicité seraient de vilains fascistes. 

        C’est simple si vous avez une idée  ou une thèse qu’à le FN isa ne vous ecouteras pas si vous avez une thèse opposée à une idée du FN elle vous écouteras ets eras sous votre charme. 

    • 20 February 2012 à 9h28

      saintex dit

      Il arrive souvent que je ne vois pas le rapport avec la choucroute. Présentement, je ne vois pas le rapport avec le hoummous.
      Laissez-couler et laissez-dire, Isa, e vado via !

  • 18 February 2012 à 15h57

    isa dit

    Je préfère nettement vos mots mots doux, Saintex aux horreurs que m’a balançé Leroy.

    • 18 February 2012 à 16h07

      saintex dit

      ;o) ou plutôt (o; pour changer un peu de côté

  • 18 February 2012 à 15h24

    laborie dit

    Jérôme a un nouveau soutien, “dédétriche” qui va le réchauffer durant cet hiver frigorifiant…

    • 18 February 2012 à 15h37

      saintex dit

      C’est la première fois que je vois le pseudo…
      Il faut reconnaître que c’est plutôt bien balancé, les deux fictions de M. Leroy.
      Peut-on dire que Ferrat n’avait pas une belle voix parce qu’il était encarté au parti ?

      • 18 February 2012 à 15h55

        isa dit

        C’est vrai, Saintex, mais Ferrat était super gentil, comme le sont mes amis .

        C’est la méchanceté que je ne supporte aps, point les idées voyons.

        Non, déc idemment, je n’aime pas non plus le pessimisme et le radotage.

        Je ne trouve honnêtement pas ça bien.

        il m’est arrivé de trouver des trucs de Leroy fort bien balancés, et là, minimum syndical, je ne dis rien, ou plutôt n’écris rien.

      • 18 February 2012 à 16h05

        saintex dit

        Bien sur Isa, bien sur de bien sur.

        Pour autant, Didierchiche peut de son côté apprécier le texte sans être soupçonné d’inconditionnalisme basé sur la politique.
        Si je dois choisir un a-priori sur cette personne, il sera plutôt positif parce que, chiche, c’est bien l’ouverture, non.
        Et puis le hoummous, hein ? le hoummous !

  • 18 February 2012 à 14h38

    isa dit

    Ouais , Saul, la grippe…

    Genre vous ne connaissez pas le Ruinart, posez donc la question à Saintex qui connaît même la miniscule rue des Saules, au pied de la Butte( dure aux miséreux, etc …).

    Ne me dites pas que vous êtes blindé de lexomil, quand même!

    Blindé contre les déceptions, j’espère!

    • 18 February 2012 à 15h10

      saintex dit

      Non mais, traitez-moi de pochetron tant que vous y êtes !
      Puisque c’est comme ça, je le connais pas Dom Ruinart, ou alors c’est le cousin de M. Leroy, Dôme Ruiné.

      Durs durs, mais tant que les ailes protègent les zamoureux…

      • 18 February 2012 à 15h13

        isa dit

        Non, m’sieur Saintex ch’fous jure, je parlais à Saul, problème de pari!

        Nicht Parissss

      • 18 February 2012 à 15h34

        saintex dit

        Sehr schön Paris mit kleine Isa, Ich vergesse nicht meine Liebelinn.

        J’vais finir par nous faire avoir des ennuis à vous envoyer des mots doux.

    • 19 February 2012 à 7h35

      Saul dit

      rien pigé Isa….
      et non je ne sais pas ce qu’est un Ruinart.
      j’en déduis que c’est du champagne, puisque vous parlez de bouteilles et de “blanc de blanc”, que sur un autre fil vous parliez de champagne pour l’election de sarko et que je ne vous vois pas prendre une simple bouteille de vin blanc comme enjeu d’un pari.

      et non pas de Lexomil, blindé dans le sens où je n’en ferai pas une maladie si le nabot ou flamby sont élus

      • 19 February 2012 à 8h06

        isa dit

        Ok, Saul.
        vous avez tout à fait raison, en plus, on verra qui gagne et chacun choisira sa bouteille.

        Si je perds, je préfère m’achever par du très bon champagne (c’est pour cela que je choisis cette marque).

        Mais un Dom Pérignon fera aussi bien l’affaire:))

      • 19 February 2012 à 8h25

        eclair dit

        @saul le ruinarth c’est juste que c’est la plus vieille maison de champagne. Cela doit faire chic .

      • 19 February 2012 à 8h41

        Saul dit

        Isa,
        argh, j’ai intérêt à gagner alors, car ça m’étonnerait qu’ils fassent des bouteilles à seulement 45 euros

  • 18 February 2012 à 11h58

    borgoloff dit

    Bravo Jérôme ! ! !

    • 18 February 2012 à 12h12

      isa dit

      Et c’est un FN qui lui crie son enthousiasme!

      allez lisez bien tous vos Brasillach and co, c’est une cata que ces extrêmistes du souverainisme!

      • 18 February 2012 à 14h05

        saintex dit

        Alors la Mère, on imprécationnne !
        :o)

      • 18 February 2012 à 14h09

        saintex dit

        Isa,
        La France est peut-être un petit pays, mais l’Europe est au mieux une grande province riche à exploiter, ou plus sûrement la marche d’un empire aux frontières des barbares.

  • 18 February 2012 à 0h54

    Didierchiche dit

    Excellent !

  • 17 February 2012 à 22h57

    eclair dit

    @isa
    Que cela soit hollande ou sarko qui gagne la présidentielle ils sont loin d’être assuré d’avoir la majorité absolue à l’assemblée nationale. 

  • 17 February 2012 à 22h17

    saintex dit

    M. Leroy, votre scénario hélas partiellement réaliste à un plus lointain horizon, semble dire quelque chose qui n’est pas.

    Ce n’est pas intrinsèquement l’Europe qui est en faute, pas plus que l’Euro. C’est l’humain et ses défauts, la rapacité pathologique de ceux qui mènent la danse
    .
    Que l’Europe se divise ou l’euro disparaisse, et vingt ou trente ou cinquante ans après, c’est plus rapide avec les progrès de la communication, il y aura une autre guerre, ici où là, pour les mêmes profonds motifs de piquer toutes la part de l’autre et prendre l’ascendant sur lui.

    Dans l’état actuel des choses, il y a une forte probabilité d’éviter que la guerre ne se déroule pas ici.
    Les maîtres de finance et d’industrie n’ont que faire de l’Europe. Sa production industrielle n’est destinée qu’à son marché intérieur. Mme Merkel ou autre le savent indépendamment d’un nombre de boulons (ou pas) sur un casque.
    Le travail forcé ne doit pas être dans les plans, la paupérisation leur conviendra. Cela permet de transiter en douceur, contre 50 airbus, un envoi d’un bataillon insignifiant deci delà pour accompagner les grands, avec un grand drapeau “démocratie-droits de l’homme” pour flatter la vanité de ceux qui furent. Ils préfèreront les laisser en paix glisser vers un ailleurs dont le nouveau monde, je ne sais encore lequel se foutra.

    Si vous me jugez plus pessimiste ou défaitiste que vous, c’est que vous faîtes de la science-fiction lorsque je ne fais que prolonger la globalité de l’histoire qui s’inscrit déjà. Une guerre, petite ou pas peut inverser une tendance dans un équilibre des forces. Il se peut que la Chine retourne d’où elle vient avec un réveil de l’Europe. Mais vu de la Lune, c’est toujours la même chose pour l’humanité.

    Comment dire ? Boooofff !!!

  • 17 February 2012 à 20h08

    skyhigh dit

    Excellent!!

  • 17 February 2012 à 20h00

    Dio Gêne dit

    Le tonneau des Danaïdes, hahaha. Excellent
    Les socialos au pouvoir par contre, bof, déprimant.

    • 18 February 2012 à 12h28

      Patrick dit

      Troquez votre tonneau contre celui des Danaïdes, et vous serez riche !

  • 17 February 2012 à 19h07

    LEPIEUX dit

    Bravo, jolie fiction, bien écrite, drôle et prémonitoire peut-être

  • 17 February 2012 à 17h30

    Saul dit

    jolie fiction…

    Isa,
    n’oubliez pas, 15 avril ;-)

    • 17 February 2012 à 20h24

      isa dit

      Saul,

      Je vous ai prévenu que ce n’est que du Ruinart blanc de blanc.

      Et si Sarko gagne, je vous offre un tube de lexomil?

    • 18 February 2012 à 12h08

      isa dit

      Ah aussi, Saul, j’engage encore une autre bouteille sur le fait que La Pen ne soit pas au deuxième tour, vous en avez l’air si sûr!

      Quant à l’article, comme d’hab, méchant , pessimiste, et sans intérêt.
      Merci d’être venu.

      • 18 February 2012 à 13h57

        Saul dit

        yenu… nous disons donc deux bouteilles, une pour l’euro, une pour la blonde (c’est quoi du Ruinart ? du champagne ?)

        quant au lexomil, inutile je suis blindé.
        ce serait aussi valable si c’était Hollande qui était élu aussi. je mets les deux dans le même panier de bonnets blancs et blancs bonnets.
        mais je ne m’engagerai pas sur le vainqueur final, les deux ont autant de chances de gagner, et comme je l’avais dit dans un précédent fil, jSarjko est même dans des conditions un chouïa plus favorables que Hollande

      • 18 February 2012 à 13h58

        Saul dit

        tenu…pas “yenu” ! (argh les premiers effets de la grippe…)