Burqa : la débandade | Causeur

Burqa : la débandade

On peut l’interdire sans violer l’Etat de droit

Auteur

Elisabeth Lévy

Elisabeth Lévy
est fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur.

Publié le 27 janvier 2010 / Politique

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burqa

“La burqa n’est pas la bienvenue en France”. J’en suis convaincue, une écrasante majorité de Français quelles que soient sa religion, son origine et ses opinions politiques pourrait faire sienne cette phrase prononcée par le président de la République devant le Congrès réuni à Versailles. Et voilà qu’après des semaines d’auditions, de polémiques, de chicayas politiques entre la droite et la gauche ainsi qu’à l’intérieur de chaque camp, on nous explique qu’on ne peut rien faire ou pas grand-chose, puisque de la loi, reportée aux calendes grecques, on est passé à une résolution qui, dans les faits, n’engagera probablement que ceux qui sont d’accord avec elles. “Une résolution pour expliquer, une loi pour décider”, a déclaré Jean-François Copé qui a peut-être compliqué l’affaire en dégoupillant trop tôt. Après ces explications entortillées, il faut plutôt s’attendre à ce qu’on ne décide rien. À en croire Michelle Alliot-Marie, une loi serait difficilement applicable. On ne s’est pas posé tant de questions en votant la loi Taubira qui impose comme vérité une réécriture de l’histoire mais passons. Tout ça pour ça ?

Le pire, c’est que, pour faire passer la pilule de cette non-décision, on fait des petits cadeaux avec de nouveaux jours fériés, l’Aïd pour les musulmans, Kippour pour les juifs. Jusque-là, des arrangements raisonnables permettaient à chacun de pratiquer sa religion ou de manifester son appartenance sans manquer trop ouvertement à la laïcité – et j’en ai, écolière puis salariée, largement bénéficié. Fallait-il transformer ces arrangements en règle, ce que personne ne réclamait ? Au lieu de porter un coup d’arrêt aux communautarismes, on propose que tous soient égaux devant la loi. Bien joué.

Que penseront l’actrice algérienne Rayhana et ceux qui l’ont agressée ? Quel message adressons-nous à l’imam de Drancy qui s’était prononcé pour l’interdiction, et aux islamistes qui le menacent ? Les filles de “Ni putes ni soumises” qui ont manifesté en burqa devant le siège du PS et qui seraient inspirées d’en faire autant devant celui de l’UMP, le savent bien : le refus de l’islam radical, c’est d’abord à nos compatriotes musulmans que nous le devons. On nous dit qu’ils se sentent tous stigmatisés: il est assez incohérent d’affirmer en même temps que la burqa concerne une infime minorité et que son bannissement stigmatiserait tous les Français musulmans. D’abord, ça reste à prouver – j’en connais pas mal qui seraient plutôt rassurés. Ensuite, faut-il, pour ménager les susceptibilités de celles qui veulent vivre parmi nous sans nous voir et sans qu’on les voie et de ceux qui les y encouragent, stigmatiser tous ceux que l’intégrisme islamiste inquiète – par exemple, les habitants du XVIIIème arrondissement de Paris qui voient régulièrement leurs rues transformées en mosquées et qui s’entendent dire, eux aussi, “qu’on ne peut rien faire” ?

C’est dans cette majorité silencieuse que se recrute la minorité qui, au cours de la dernière décennie, a lâché la gauche pour le FN avant de rallier l’UMP. Peut-être préfère-t-on la jeter à nouveau dans les bras d’un Front relooké sous les traits avenants de Marine Le Pen, histoire de se payer une petite cure de jouvence antifasciste. Si les intégristes sont une minorité ainsi que le répètent à raison tous ceux qui prétendent qu’il n’y a pas de sujet, pourquoi tant d’égards pour eux et si peu pour ceux, qu’en bon français, on appelle les white trash (concept qui admet d’ailleurs une certaine diversité ethnique) ? Les barbes salafistes seraient-elles plus chatouilleuses que les bérets franchouillards ?

Elisabeth Badinter a été claire : la burqa est contraire aux trois termes de notre devise républicaine, en particulier à la fraternité. Et face à cet habit-prison que nombre de Français vivent comme une agression contre leur culture et leur conception du vivre-ensemble, on leur que leur droit est impuissant ? Le droit contre l’arbitraire, c’est une partie de notre culture et de notre identité. Reste qu’il ne les définit pas entièrement. Au-delà du droit, il y a ce qu’on appelait autrefois “les mœurs”, une “façon d’être” française, européenne et occidentale ; c’est ce que les immigrés sont toujours venus chercher en France, une manière d’habiter l’espace public, une certaine grammaire de la coexistence des différences et des singularités. Cette “façon d’être” n’est pas ou ne devrait pas être une affaire de normes. Elle admet et même exige des préférences que le droit, dans sa sage et juste neutralité – la même loi pour tous – ne saurait tolérer.

De fait, nul n’aime voir le droit se mêler de ce qui ne le regarde pas. Lorsqu’on en est à recourir à la norme pour protéger les “mœurs”, c’est qu’on a presque perdu – il n’y a plus consensus sur l’essentiel. S’il n’a jamais semblé nécessaire d’inscrire dans la loi qu’on doit montrer son visage aux autres, c’est sans doute que cela semblait évident à tous. Aujourd’hui, c’est encore évident pour presque tous – à l’exception de cette fameuse minuscule minorité dont les bons esprits nous somment de ne pas nous soucier, sans doute en attendant qu’elle soit moins minuscule.

D’accord, ce n’est pas simple. La perspective de voir le Parlement se prononcer sur un domaine jusque-là strictement privé nous répugne, et à juste titre. Nous n’avons pas envie de défendre nos libertés en prononçant une interdiction. Depuis le cri de Saint Just, “Pas de liberté pour les ennemis de la liberté”, le débat divise chacun d’entre nous. Contrairement à tous ceux qui défendent les lois mémorielles, je reste par exemple convaincue que la liberté d’expression doit être la plus large possible même si elle nous condamne à entendre des choses déplaisantes voire atroces. Mais si on peut combattre la parole par la parole, face aux actes, il faut agir. Les valeurs de la République bénéficient à tous, y compris aux ennemis de la République. Ces valeurs sont notre force. Prenons garde à ce qu’elles ne deviennent pas notre faiblesse.
Nul n’entend renoncer à l’Etat de droit – ce serait renoncer à nous-mêmes. Mais si notre droit est impuissant changeons-le ! On a intégré à l’édifice constitutionnel une notion aussi absurde que le “principe de précaution”, alors soyons imaginatifs. Inscrivons dans la Constitution, la visibilité ou la civilité ou la dignité ou ce que les juristes nous proposeront.
En tout cas, Nicolas Sarkozy devrait s’en souvenir : quand ils en sont à dire “qu’on ne peut rien faire”, les gouvernants disparaissent. Du paysage et de l’Histoire.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 2 Février 2010 à 3h57

      Alan Broc dit

      Bravo pour cet article si bien écrit dans sa forme autant que pour la pertinence de son fond.

      Pourquoi nous sentons-nous aggressés par la burqa ?

      Evidemment la pensée que nos épouses puissent-être contraintes un jour de la porter nous faire horreur, mais il y a une raison plus instinctive, qui m’a été clarifiée par une porteuse de burqa à la télévision. Elle disait tout uniment qu’elle “portait la burqa pour cacher son visage aux personnes impures”.

      Voilà ce que nous sommes pour ces femmes bien plus méprisantes que méprisées, nous les indigènes de la République, c’est à dire nous les Français de souche qu’on accuse si fréquemment de racisme sournois alors que si la France est accueillante c’est bien au départ parce que nous l’avons désirée ainsi et que nous avons construit l’état républicain.

      Le sentiment spontané d’horreur devant la burqa vient de la conscience diffuse de ce mépris invraisemblable par lequel on nous fait comprendre que NOTRE PAYS est bon à prendre, mais sans NOS SOTTES PERSONNES insupportables.

    • 1 Février 2010 à 22h34

      pirate dit

      Bellini, il existe une tradition guyanaise et martiniquaise qui s’appel les Touloulous. Les touloulous interviennent pendant le carnaval, ce sont des hommes déguisés en femme et dont le visage est généralement voilé. En dehors de ça c’est purement et simplement de la fiction et rien d’autre. Tous les jours des femmes voilées de la tête au pied vont autant à votre mairie que chez Dior, ce ne sont pas les mêmes, mais elles ne posent aucun problème à l’ordre public, d’autant que si la demande leur est faite pour des raisons de sécurité de se dévoiler, elles le font sans soucis. Tous les jours des coursiers cavalent casqués intégralement dans des entreprises, avec une cagoule même parfois, et ils ne posent aucun problème à personne. Sauf aujourd’hui, car par contre en période électorale les hommes politiques avancent toujours masqués.

    • 1 Février 2010 à 22h12

      expat dit

      @ bellini: OUI à 3000 %

    • 1 Février 2010 à 14h39

      BELLINI dit

      Derriere le voile intégral; des hommes. Par deux fois: pour le faire porter; mais aussi peut-etre pour le porter…et tant pis pour l’ordre public!

    • 1 Février 2010 à 11h35

      Marie46 dit

      Que le Conseil d’Etat réponde vite très vite à F Fillon sur les modalités d’une loi contre ce défilé de Belphégor! Et que les politiques de tous poils pensent au futur de la France et non aux échéances électorales prochaines, ça nous changera!

    • 1 Février 2010 à 10h54

      freaks dit

      mme Levy , mon cerveau se rallume chaque fois que je viens vous lire sur ce forum et
      peux vous entendre à la télé ! merci pour votre esprit corrosif , vif, objectif .
      en Iran ça a commencé par des femmes de plus en plus nombreuses en tchador , petite fille ça me faisait très peur , comme des corbeaux , puis ce fut les défilés d’homme en chemises noires qui hurlaient et se flagellaient le dos plein de sang dégoulinant , après ce fut la révolution et on a fui en France . J’aime la france , sa liberté , sa culture , son art de vivre , aujourd’hui j’ai peur pour mes enfants , j’ai peur de cette france qui change , s’islamise avec désinvolture mais je n’ai pas le droit de le dire , on est muselé , on est raillé , on me dit que je suis fasciste , raciste ! je culpabilise d’avoir peur , de ne pas vouloir ce futur où la religion musulmane devenue majoritaire instaurera la charia , la lapidation etc , je sais de quoi je parle , je trouve que c’est naif de croire que ce sera autrement !!

    • 31 Janvier 2010 à 20h05

      Grandgil dit

      Je suis “étonné”, enfin étonné, c’est pas étonnant, de la lâcheté des politiques concernant l’affaire que je cite plus bas.

    • 31 Janvier 2010 à 15h47

      expat dit

      Alpin un début pas mal, marché ce matin et j’ai promis à mon fils de faire une lasagne maison, donc dans 15 minutes c’est au fourneaux !
      Okay je vais acheter la version papier (ils ont raison vous voyez de ne pas mettre tout en ligne !)

    • 31 Janvier 2010 à 15h40

      Alpin dit

      @Expat,

      Bien le bonjour,

      En espérant que votre dimanche ne se passe pas trop mal,oui ,le site marianne2.fr ne met pas les tribunes en ligne.

    • 31 Janvier 2010 à 15h37

      expat dit

      Bonjour Alpin – je ne trouve pas en ligne, c’est la version papier ?

    • 31 Janvier 2010 à 15h34

      Alpin dit

      @Bibi,

      Bien le bonjour,
      C’est ainsi que ces dames ont nommé leur papier qui est ma fois fort clair par ailleurs.

    • 31 Janvier 2010 à 15h28

      Bibi dit

      Bonjour Alpin,

      C’est quoi ces expressions grandiloquentes employées dans le titre?

    • 31 Janvier 2010 à 14h57

      Alpin dit

      Bonjour,

      Très intéressante,la tribune d’Aurélie Filipetti et de Janine Mossuz-Lavau:

      “Non à l’excision du visage.Oui à la loi” :Dans “Marianne” de cette semaine n°667.

      Cependant la question de la sécurité ,ne se sépare pas du trouble à l’ordre public que
      représente ce militantisme de l’obscurantisme.

    • 31 Janvier 2010 à 13h24

      Rotil dit

      Ca y est, j’ai compris à quoi me fait penser la dame emburquassée sur la photo…

      A une cocotte en papier !

    • 31 Janvier 2010 à 0h30

      solitude dit

      Jardidi dit:
      “quelle que soit notre laideur, les descendants des immigrés ne seront que des Français comme les autres en trois ou quatre générations.”

      Mais n’en sommes-nous pas déjà à la 3° génération?
      Avec des petites filles qui se voilent parfois contre l’avis de leur grand-père ou sous la pression de la famille réislamisée? Avecdes milliers de mosquées alors qu’il n’y en avait qu’une à Paris,sauf erreur, à la 1° génération.
      C’est à présent que les imams prétendent faire la loi dans les cités pas à l’époque de la première immigration
      C’est donc qu’il n’y a pas eu volonté d’aider à l’assimilation ni de fierté à transmettre une culture et la liberté de penser .

    • 30 Janvier 2010 à 23h07

      expat dit

      Bibi avec un B

    • 30 Janvier 2010 à 23h07

      expat dit

      Sur ce mot, je me couche “Et surtout n’oubliez pas la distinction Yes I can vs we”
      Bonne nuit bibi.

    • 30 Janvier 2010 à 22h44

      Bibi dit

      Rackam,

      The Big Store, pour ce fil…