Le burkini, un coup de poignard dans notre imaginaire | Causeur

Le burkini, un coup de poignard dans notre imaginaire

La plage est censée être un lieu de paix

Auteur

Alain Nueil

Alain Nueil
est romancier et professeur de lettres agrégé.

Publié le 29 août 2016 / Religion Société

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(Photo : SIPA.00766561_000001)

La plage a pris, depuis qu’elle a été mise à la mode au début du XXème siècle, une importance considérable dans l’imaginaire occidental et spécialement français. Les « trains de plaisir » de 1936 l’ont fait découvrir aux masses laborieuses du Front populaire, Mai 68 l’a trouvée sous les pavés du Quartier latin, la mairie de Paris transforme chaque année à grands frais les quais en station balnéaire. Nombre de films ont pour cadre le joli sable au bord des flots qui procure tant de bonheur et tant d’émois, de La Plage de Danny Boyle aux Petits Mouchoirs, très utiles quand on pleure sur la médiocrité du cinéma français actuel.

La dénudation des baigneurs sur la plage n’est pas du tout le geste anodin qu’on pourrait croire. La nudité a terrassé chez nous la pudeur, chrétienne ou bourgeoise,  au terme d’un processus tout à fait logique. Se mettre nu devant les flots, ce n’est pas seulement affirmer sa liberté, c’est aussi se dépouiller des conventions et oublier les catégories sociales puisque entre un PDG et le plus modeste de ses employés en maillot de bain la différence s’efface. Les différences politiques et la plupart des différences religieuses ne se voient pas davantage : la plage impose une trêve aux oppositions qui pourraient nourrir des conflits, la plage est un lieu de paix. Les femmes et les hommes diffèrent bien sûr au premier coup d’œil, mais les unes et les autres estiment qu’ils ont le même droit à une place au soleil, et la même part de peau à lui offrir, pour peu que ces dames enfilent un monokini.

On pourrait ricaner de cet hédonisme occidental enduit de crème solaire et dénué de spiritualité, et on aurait grandement tort. De même que les Grecs de l’Antiquité furent selon Nietzsche « profonds à force d’être superficiels », la symbolique de la dénudation sur la plage est beaucoup plus riche qu’il n’y paraît. Se déshabiller devant la mer, c’est rechercher (sans le savoir, évidemment) une innocence paradisiaque puisque la nudité était la tenue vestimentaire imposée par Dieu à Adam et Eve. Se déshabiller devant la mer, c’est revendiquer l’amitié d’un Dieu aimant qui n’est pas encore punisseur. Pas le moindre bout de tissu pour gêner le rayonnement de l’amour de Dieu sur ses créatures. En ce sens, on peut dire sans paradoxe que le nudisme est l’une des activités humaines les plus chargées de spiritualité, et que la nudité totale est le terme logique de la dénudation à l’occidentale. Les ascètes de l’hindouisme qui s’assemblent en foules impressionnantes pour la Kumba Melah au confluent du Gange et de la Yamuna  nous rappellent que se mettre nu, c’est aussi  se dépouiller des vanités de ce monde.

Se déshabiller devant la mer, c’est aussi revendiquer l’amitié et la proximité du monde. Pas le moindre bout de tissu pour empêcher le vent, le soleil et la mer de me toucher. « Elle est retrouvée, quoi ? L’éternité. C’est la mer alliée avec le soleil », nous dit Rimbaud. Or quelle meilleure métaphore de l’éternité qu’un coucher de soleil admiré depuis la plage de Soulac ou celle de Malibu (je choisis à dessein des plages tournées vers l’Ouest) ?

Se déshabiller devant la mer, même pour celles et ceux qui ne ressemblent pas vraiment à la Vénus de Milo ou à l’Apollon du Belvédère, c’est affirmer à la suite de la statuaire grecque que le corps humain est beau, que son effacement sous les vêtements est une absurdité esthétique. Son dévoilement n’est pas une exhibition, c’est au contraire mais une ostension de la dignité humaine et du prix inestimable de chacun des corps humains.

La Bible nous parle de la nudité paradisiaque, les statues grecques nous parlent d’humanisme, et pour compléter ce cocktail fondateur de l’Occident, on pourrait ajouter que la pudeur chrétienne n’a jamais été si intraitable que cela. Beaucoup de peintres fort chrétiens et fort homosexuels ont exalté en même temps leur foi et leur orientation sexuelle en peignant de beaux et jeunes saint Sébastien nus et percés des flèches d’un amour à la fois mystique et charnel. Et ce n’est pas renier l’amour du Christ que de dire que certaines représentations de sa nudité sur la croix lui donnent de jolis pectoraux et de jolis abdominaux. Bref, les relations du christianisme et de la nudité occuperaient des bibliothèques de thèses (des millions de mégabits), celles d’une autre religion centrée plus à l’est tiennent en une courte et sèche phrase de condamnation (½ bit).

Autre chose. Les Anglo-Saxons qui ricanent de cette polémique franco-française et se scandalisent de voir des policiers verbaliser à Nice certaines femmes dans certaine tenue feraient bien de méditer sur le troisième terme de la devise républicaine, « fraternité ». La citoyenneté française est plus exigeante parce qu’elle est plus généreuse. Quel citoyen de Manchester d’origine britannique se sent moralement obligé d’éprouver de la fraternité envers les citoyens d’origine pakistanaise de sa ville ? Aucun, je présume. La réception dans la nationalité française implique que l’on demande au nouveau frère de ne pas afficher tout à coup sa différence par une tenue exotique. Que cette conception française de la nationalité soit peut-être utopique et finalement dangereuse, c’est un autre problème. En attendant, on peut dire que la polémique sur le burkini est tout ce qu’on veut, sauf frivole et inutile.

Burkini, par magazinecauseur

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    • 3 Septembre 2016 à 13h26

      Orwell dit

      Bel apologie du nudisme et du “bronzer idiot”. Personnellement, je ne me rends jamais à la plage durant mes vacances (je préfère la montagne) et je m’en vante. Au-delà de cette plaidoirie édifiante sur le rapprochement spirituel (le costume d’Adam et d’Eve), nous avons surtout affaire au triomphe du grégarisme d’un troupeau sans imagination qui ne rêve que de faire comme tout le monde. C’est le règne du beauf et de la beaufette qui pour la plupart ne songent jamais à plonger un orteil dans l’eau, mais exhiber la religion du corps dans toute sa vulgarité, avec un nombrilisme forcené (“regardez mon embonpoint poilu et mes seins lourds”) Et je parle ici des gens qui gagneraient à rester habillés. Quand aux bimbos fasciné par le désir qu’elles suscitent chez le mâle adepte de la drague, le message est toujours là (“regardez moi dans tout ce que j’ai de superficiel et mes investissements financiers dans le Weight Watching”). Je laisse cette morne étendue de sable aux estivants parqués comme des animaux (contemplez les plages de Rimini avec son parasol et sa place attitrée, où ma soeur m’a entrainé à mon corps dépendant). Vive les vacances sportives, vive les vacances intelligentes ! La France offre une extraordinaire diversité de paysages, de musées et de monuments historiques, laissons les plages aux Méditerranéens d’Afrique du Nord, ils n’ont que cela. Et je ne parle pas des grandes migrations d’Allemands et de Hollandais pour qui l’horizon indépassable est le Sud fabuleux, pauvres hères qu’ils sont perdus dans les froides brumes du Nord. Alors que les fatmas investissent ce camp concentrationnaire, c’est encore là où elles feront le moins de mal. Les croiser dans la rue de la vie quotidienne est bien plus grave et plus emblématique !

    • 1 Septembre 2016 à 16h16

      maxou dit

      Les femmes musulmanes sont éduquées dans la terreur d’être violées, elles n’immaginent même pas qu’elles puissent donner leur consentement, la plupart des femmes de Mahommet étaient des prisonnières de guerre, que celles ci est pu être consentantes après l’assassinat du père, du frère, du mari, me paraît seulement inconcevable, même si enlevées toutes jeunes à leur famille. Ces pauvres femmes traînent derrières elles 1400 ans de douleurs, sans parler des mariages forcés etc etc etc… comment voulez vous que leur jugement soient clairs ?

      • 2 Septembre 2016 à 13h51

        Borsalion92 dit

        En France, ce sont les enfant qui vivent dans la peur d’être violés dans des endroits sanctuarisés comme l’école ou même à l’église, voir dans le huit clos familiale et ce en 2016 et pas au VII ème siècle !

    • 31 Août 2016 à 7h24

      beornottobe dit

      sans illusion ce sera……..! (ainsi on les mettra d’accord)

      • 31 Août 2016 à 11h51

        beornottobe dit

        ” (ainsi on les mettra d’accord)”……
        ……
        en fait ils sont d’accord, mais sous ce semblant de guerre de programme, ils “justifient” (oupssss) ce pourquoi ils sont payés par nos impôts!…….

    • 31 Août 2016 à 5h53

      thierryV dit

      J’en suis venu à penser que le laïcité n’est plus le meilleur défense : sans doute faut il envisager de restaurer la primauté de la religion d’origine .

    • 30 Août 2016 à 23h54

      Livio del Quenale dit

       La plage , en France est un sanctuaire de vacances de liberté non vestimentaire
      et l’arrivée de ces étendards politico-religieux de maillots de bain emmaillotant, vient mettre une zizanie provocante sur nos plages .

      C’est un trouble à l’ordre public.!

      La plages en djellaba c’est au Maghreb !
      On nous y emmerde assez quand nos coutumes ne leur plaisent pas, aussi je n’y vais plus.

      Si on les laisse faire les femmes qui viennent en France pour se libérer de ces entraves devront se plier au diktat.
        A terme toutes les femmes devront suivre cet obscur machisme antédiluvien.

       Bon ! tout le monde a compris la manœuvre ?
      Sauf bien-sur la gauche dans les alléluias comme d’hab. 
      Et la gauche islamico-opportuniste de la “ligue des doigts de l’homme” Parce que pour les droits ces primates repasseront, avec leur autoritarisme désuet.

       Encore un nazisme rampant masqué, ce genre de secte se multiplient !
       Debout les gars réveillez vous, il va falloir en mettre un coup
      Debout les gars réveillez vous, ça envahit le monde.

    • 30 Août 2016 à 16h27

      DG511 dit

      Chapeau, les rôles sont inversés, nous voilà en position de “dhimmi”, chez nous….
      En citoyen de seconde catégorie obligés de se soumettre à:
      - interdictions: de porter des croix où il y a des musulmans……
      - obligations: de céder la place dans certaines piscines….
      - tolérer: les atteintes à l’ordre public que sont les burkinis….
      A ce train nous en serons bientôt à nous convertir pour échapper au statut humiliant de “dhimmi”.
      Si par ailleurs DAECH recule, chez nous nous en sommes réduits à nous justifier sur un burkini….
      On dit que nous sommes en retard d’une guerre, quelle sera notre force de frappe pour celle qui s’annonce.
      Je vous laisse réfléchir là-dessus
      dg 

      • 30 Août 2016 à 19h18

        beornottobe dit

        mais……???? mais…… ????? C’est tout à fait me raisonnement de Martine AUBRY LA “parachutée” à Lille par son parti !……

    • 30 Août 2016 à 14h08

      pic dit

      Vive Montalivet!