Brigitte Bardot n’existe pas | Causeur

Brigitte Bardot n’existe pas

Un essai intelligent de Marie Céhère sur un mythe français mal compris

Auteur

Jérôme Leroy

Jérôme Leroy
Ecrivain et rédacteur en chef culture de Causeur.

Publié le 19 novembre 2016 / Culture

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Brigitte Bardot Maire Céhère

Brigitte Bardot (photo : Wikipédia)

Brigitte Bardot est-elle un mythe ? L’essai enjoué, précis, brillant de notre consoeur Marie Céhère, Brigitte Bardot ou l’art de déplaire, pose la question dans cette France des années 10 où tout comme les fées, les sous-bois, les fantômes, les stations-service au bord des départementales, les dernières séances dans un cinéma d’Aubusson, les stars aussi ont disparu. Où le désenchantement pixélisé des réseaux sociaux joue avec l’éphémère définitif et l’amnésie permanente d’un présent perpétuel qui ne laisse guère de place à la nostalgie, ce dernier mode de connaissance des âmes sensibles telles que les définissait Stendhal. Or, Marie Céhère qui n’a pas trente ans, est d’abord une nostalgique mais pas pour jouir du plaisir d’être triste, ou pas seulement, mais pour tenter de comprendre ce qu’on a pu perdre en route, ce qui fait que nous avons cette impression de plus en plus prégnante que si ce n’était pas mieux avant, c’est pire maintenant.

Oui, Bardot est un mythe et pas des moindres. La preuve, nous dit Marie Céhère, elle n’existe pas : « Brigitte Bardot n’est pas réelle. Le cinéma, la publicité, la presse, la télévision, la rumeur populaire en ont fait un concept, une créature dont le nom et les initiales suffisent, comme une formule, à provoquer des réactions extrêmes. » Déjà, dans un petit livre écrit sur le vif, B.B 60, François Nourissier, nous rappelle Marie Céhère, avait écrit : « B.B incarne ce qu’aiment les Français ». En tout cas, les Français des années 50-60, trop heureux que Bardot l’impudique, la décoiffée, la Vouivre des plateaux de cinéma, Bardot au corps évident et solaire, bouscule malgré eux cette France encore tranquillement patriarcale, peu habituée à voir la part sauvage et mystérieuse du féminin s’exposer dans la radieuse impudeur de la jeunesse. Et cela, que le corps de Bardot apparaisse dans la célèbre scène de danse de Et dieu créa la femme de Vadim ou allongé, nu, sur le toit de la villa de Malaparte dans Le mépris de Godard. Marie Céhère a compris et le montre très bien que le scandale Bardot est un obscur désir inavoué de scandale de la part d’une société qui a envie d’être choquée mais ne le dirait pour rien au monde. « Brigitte Bardot, cette chose qui se promène toute nue ? » aurait demandé Gabin quand on lui annonça qu’elle serait sa partenaire dans En cas de malheur. Oui, c’est exactement ça, Bardot est cette chose qui se promène toute nue dans un monde encore très habillé comme l’avait vu Claude Autant-Lara qui la montre se dénudant dans le bureau solennel d’un Gabin en costume pour le convaincre d’assurer sa défense, ce qui donne un des contrastes les plus érotiques du cinéma de papa.

La haine du féminin qui est si bien portée aujourd’hui, que ce soit par les fanatiques religieux ou les pornographes industriels qui sont, au bout du compte, les mêmes, rendrait-elle une nouvelle Bardot possible aujourd’hui ? C’est une autre des questions soulevées par Marie Céhère. On peut en douter, la nudité n’est plus subversive, elle a été neutralisée par la surexposition ou le refoulement, le gang-bang ou la burqa. Le dossier Bardot s’alourdit car, comme nous l’explique Marie Céhère, il y a un féminisme de Bardot mais un féminisme différentialiste, où la femme s’assume en tant que femme et pas nécessairement contre l’homme : « Brigitte Bardot ne s’est jamais lancée dans une compétition contre les hommes. Ses relations amoureuses, multiples, tumultueuses et publiques, ne revêtaient pas les caractères de la lutte des sexes. A l’instar du MLF qui manifestait dans les années 70 pour l’abolition des lois pénalisant l’avortement, elle revendiquait la possibilité d’exister en tant que femme et non d’être à égalité de pouvoir avec l’homme. » Bref, Bardot la réac, par un paradoxe dont Marie Céhère montre qu’il n’est qu’apparent, est en fait une révolutionnaire dont le mot clé, le sésame émancipateur est « l’autonomie ». Autonomie de son désir, de ses choix professionnels, de ses engouements politiques.

Dernier crime de Bardot, le plus impardonnable peut-être dans une société spectaculaire et panoptique mais qui est aussi la dernière contribution de la star à la construction inconsciente du mythe : sa disparition. Elle arrête brutalement sa carrière en 73, se réfugie sur la côte d’Azur. Ce n’est pas parce qu’elle est oubliée ou moins sollicitée par le cinéma. Simplement, elle ne veut plus être là, ou en tout cas plus là où on l’attend.

Elle aura ainsi conjugué « l’art de déplaire » jusqu’au bout, avec une élégance définitive qui est aussi celle de Marie Céhère dans ce livre vivement recommandable.

Brigitte Bardot, l’art de déplaire de Marie Céhère (Pierre-Guillaume de Roux)

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    • 20 Novembre 2016 à 19h52

      bartolomee dit

      Pour un homme qui n’aurait pas de vapeurs métaphysiques avec la théorie du genre, Brigitte Bardot est en effet un mythe.

      Comme toutes les femmes, anonymes, que vous croisez en coup de vent, à la gare, dans la rue, et qui vous remue les sangs en une fraction de seconde. L’inconnue inaccessible, belle, élégante, féminine, sorte de créature divine, d’autant plus divine qu’elle s’envole subrepticement de votre champ de vision. Soit parce que la foule l’engloutit, soit parce que…le film est fini..

      Elle et des milliers d’autres, on l’aura compris, sont l’incarnation du Désir (le vôtre), pulsion affective et érotique éphémère. Il n’y a pas d’age pour ressentir ça…de 7 à 77 ans !

    • 20 Novembre 2016 à 7h37

      alain delon dit

      Brigitte Bardot n’existe pas, elle excite.

      • 20 Novembre 2016 à 19h13

        IMHO dit

        Un jour ce sera : n ‘existe plus, elle excitait .

        • 20 Novembre 2016 à 20h41

          alain delon dit

          Et non justement, les mythes ne meurent jamais (m’a dit mon médecin traitant)

    • 20 Novembre 2016 à 2h35

      Martini Henry dit

      Et hop! Après le bouquin sur le cinéma italien, j’achète aussi celui-là! Pour ma mère cette fois! Merci Jérôme et Marie.

    • 20 Novembre 2016 à 0h33

      Wil dit

      Hors sujet désolé,je ne sais pas où en parler.Ils me rendent malade.
      Itélé a fait 31 jour de grèves par qu’ils n’ont pas accepté que Morandini viennent pas sur l’antenne d’Itélé.Ils viendront parler bien sûr ensuite de la pauvreté du peuple,ils en étaient à donner des tee shirt sur le parvis de Canal+.
      Où étaient les stars Ferrari,Pulvar et compagnie(.d’ailleurs ou étaient les soi disant intermittents du spectacles,les pauvres chéris aussi ceux là qui ont occupés un ou deux théatres il y a quelques mois et qui ont eu ce qu’il voulaient de l’état.

      • 20 Novembre 2016 à 0h39

        Wil dit

        En quelques jours?
        Ah ben oui mais là le patron est sarkosiste donc on défend pas comme si c’était de soi disant gauche bien sûr.
        Vous tous les intermittents et les soi disant artistes de la télé ou d’ailleurs,je vous pisse à la raie.

        • 20 Novembre 2016 à 0h52

          Wil dit

          Je reviens sur ce que j’ai dit.
          toutes ces conneries ne valaient pas la peine de pourrir un sujet qui vantait la beauté féminine.Pardon.

    • 19 Novembre 2016 à 23h20

      Wil dit

      On fait on devrr

      • 19 Novembre 2016 à 23h40

        Wil dit

        On fait on devrait faire un fil sur toute les femmes qu’on trouve les plus belles belles d’une manière ou d’une autre.Mais pas les Angélina Jolie ou Julia Roberts que personnellement je n’ai jamais trouvées jolies.
        Par exemple,en ce moment,je trouve Mélanie Taravant de France 5 ultra sexy?
        Qui?Je sais.
        Voila c’est ça le but.T’as envie de savoir ou pas ,il faut toujours avoir envie de savoir qui sont les belles femmes du monde…ou pas de toutes façons on s’en fout.
        Les stars on s’en fout.
        Vive les petits boudins dont fait partie Léa Salamé par exemple.
        Paroles de Gainsbourg.
        Quand j’écoute ce guignol sans talent je me pose une fois de plus les questions qui hantent le show bizz,qui connaissait-il ou qui suçait-il?
        https://www.youtube.com/watch?v=iOuEkXcy74o

    • 19 Novembre 2016 à 20h48

      Wil dit

      Même si comme dirait cet ignorant de IMHO je n’ai jamais tripé sur BB probablement parce que je suis trop jeune et que je trouve généralement Gainsbourg surévalué au niveau des mots,Initial BB est pour moi un pure chef d’oeuvre d’arrangements musicaux avec l’orchestre derrière.C’est impressionnant en tant que musicien.

    • 19 Novembre 2016 à 20h13

      laborie dit

      La rencontre du costard croisé d’un Gabin de 54 ans avec la paire de jambes d’une Bardot de 24 ans fallait oser…Autan-Lara l’a fait!pour mon plus grand plaisir de l’époque.

    • 19 Novembre 2016 à 19h26

      IMHO dit

      J’aimerais comprendre .
      Jérome Leroy est né en aoüt 1964, moi en juiilet 1945 .
      Or, Brigitte Bardot Bardot, quand j’ai commencé à m’intéresser aux personnes du sexe, vers quinze ans, Brigitte qui avait alors vingt-six ans, pour moi n’était déjà plus une fille à fantasme ou à désirer .
      Non, celle qui m’émouvait, c’était Fran Kubelik, aka Shirley MacLaine dans la “Garconnière”, qui avait également vingt-six ans, parce qu’elle avait les cheveux courts et que c’était la fille d’à côté, enfin ça aurait pu, enfin oui, peut-être ; .
      Cela me semble quand même plus logique de tomber amoureux d’un jeune femme de votre génération que d’un symbole sexuel de la génération de papa . Bander pour un symbole, c’est bizarre, non?
      Or, Jérôme LeroY avait neuf ans quand Brigitte a tourné son dernier film , et elle en avait quarante-cinq quand il en a eu quinze .
      Il n’a pas pu se faire reluire en pensant à elle, ça ne se peut,
      en soixante-dix-neuf, l’obscur objet du désir, c’était Carole Laure avec ses petits poils à l’air dans Préparez vos mouchoirs
      Donc, on dirait que les journalistes de Causeur font le serment de faire semblant de n’aimer que des vieilleries . Warum ?

      • 19 Novembre 2016 à 19h39

        Wil dit

        C’est sûr que tu ne comprends rien IMHO.
        L’amour,le fantasme ou l’admiration pour la beauté féminine n’ont rien à voir avec l’âge.
        Je suis né en 71 et je trouve que Claudia Cardinale a été une des plus la plus belles actrices que j’ai jamais vu quand elle était jeune.Je suis époustouflé à chaque fois que je la vois dans Il était une fois dans l’Ouest.
        Et pourtant comme JL,je suis dingue des belles femmes beaucoup plus jeunes que moi.
        Je crois qu’on dit un lieu commun du genre”chacun ses gouts” dans ces cas là.

      • 19 Novembre 2016 à 19h54

        Villaterne dit

        En fait vous êtes en train de nous expliquer qu’il est ridicule qu’une personne de 40 ans aime
        - Les albums de Tintin
        - Conduire une traction
        - Lire Balzac, Proust
        - Ecouter Beethoven, Elvis ou les Beatles
        - Pleurer devant un tableau de Monet
        Etc, Etc….
        Bref le passé ne peut qu’émouvoir les contemporains du passé !
        Il arrive parfois IMHO que le désir d’intervenir soit corrigé par l’obligation de se retenir. D’ailleurs c’est ce que j’aurais dû faire ici !

        • 19 Novembre 2016 à 20h17

          laborie dit

          Dans la Traction, le plaisir sublime de respirer, humer, l’odeur du crin de la banquette arrière d’origine…

        • 19 Novembre 2016 à 20h35

          Villaterne dit

          Oui la traction a une odeur bien à elle !
          J’ai pris un réel plaisir à la conduire !

        • 19 Novembre 2016 à 21h08

          laborie dit

          Les garnitures d’époque…

        • 19 Novembre 2016 à 23h28

          IMHO dit

          Et téléphoner à l’international dans une cabine odorante et à un prix exorbitant pour mal entendre et être obligé de parler fort, ça ne vous manque pas aussi, ça ?

        • 20 Novembre 2016 à 10h10

          laborie dit

          Vois pas le rapport sauf téléphoner d’une traction comme le commissaire Bourrel

        • 20 Novembre 2016 à 15h23

          Warboi dit

          Pourquoi s’arrêter à la traction ? Un bon bourrin qui hennit dans le matin c’est quand même ce qu’il y a de plus jovial !

        • 20 Novembre 2016 à 15h27

          thd o dit

          Ne dites pas tant de mal de vos amants, voyons.

        • 20 Novembre 2016 à 15h28

          thd o dit

          Ah, pardon. Vous parliez de transports au sens propre, j’ai lu trop vite articles et commentaires.

        • 20 Novembre 2016 à 17h47

          Warboi dit

          -;)
          Quand vous sortez de votre propagandastaffel habituelle, vous pouvez être très drôle.

    • 19 Novembre 2016 à 18h13

      Cardinal dit

      Il faudrait suggérer à Marie Céhère de regarder les films italiens et américains de la même époque, elle pourra peut être découvrir que Brigitte Bardot n’était pas seule dans le genre, qu’elle avait quelques consoeurs du genre Marilyn Monroe et Sofia Loren pour ne citer que ces deux là.

      • 19 Novembre 2016 à 18h48

        Villaterne dit

        Le sujet est l’empreinte Bardot en France.
        Monroe et Sophia Loren n’ont rien à faire ici !

        • 19 Novembre 2016 à 20h13

          Cardinal dit

          Elles étaient pourtant sur nos écrans avec Gina Lollobrigida, Anita Ekberg, Elisabeth Taylor, Ursula Andress et tant d’autres.
          Ce qui n’enlève rien à BB de quatre ans ma cadette.
          Nous avions de la chance à l’époque avec toutes ces pin ups, seul problème les filles n’avaient pas encore la pilule et ont du attendre 1968 pour être libérées. La bagatelle était un véritable parcours du combattant et, pire, Marthe Richard avait fait fermer les maisons closes dont elle avait été une résidente.