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Les leçons du Brexit

Auteur

Gil Mihaely

Gil Mihaely
Historien et directeur de la publication de Causeur.

Publié le 24 juin 2016 / Monde Politique

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Militantes pro-Brexit, juin 2016. Sipa. Numéro de reportage  : REX40436557_000018.

Militantes pro-Brexit, juin 2016. Sipa. Numéro de reportage : REX40436557_000018.

Quand les yeux du monde entier sont rivés sur les écrans – rouges – des salles des marchés, il ne faut surtout pas perdre de vue les précieuses leçons de démocratie que viennent de nous donner, à nous républicains, les sujets de sa Gracieuse majesté, citoyens du Royaume-Uni. La première leçon du Brexit peut être formulée ainsi : « It’s not the economy, stupid ! » Tout l’inverse de cette célèbre sentence (« It’s the economy, stupid ») d’un conseiller en com’ de la campagne de Bill Clinton en 1992 qui moquait George Bush père, incapable de comprendre les enjeux réels de la présidentielle : ce n’était pas la question de la guerre victorieuse en Irak qui intéressait les citoyens américains mais leur situation économique après plusieurs années de crise. Hier les Britanniques nous ont envoyé le message contraire : ils sont prêts à prendre des risques économiques — l’essentiel de la campagne en faveur du vote « remain » a mis en avant les conséquences économiques catastrophiques d’un vote  « leave » — car ils situent les véritables enjeux ailleurs : dans la réappropriation de leur souveraineté nationale et la réaffirmation de leur existence en tant que corps politique. Il est sans doute vrai que les pêcheurs — très remontés contre Bruxelles et largement favorables au Brexit — espèrent voir leurs filets mieux garnis en poissons. Cependant, pour beaucoup de leurs concitoyens, c’est bien le sentiment d’être dépossédé de la maîtrise de leur destin commun qui a déterminé leur vote.  Cela ne veut pas dire que l’économie ne compte pour rien, mais plutôt qu’elle doit retrouver sa place : derrière le politique.  Les Etats ne sont pas des entreprises à but lucratif et les considérations économiques ne peuvent, seules, déterminer l’ensemble des choix fondamentaux d’un pays. Le sentiment que quelque chose d’essentiel était en jeu explique pourquoi les Britanniques ont été si nombreux à se rendre aux urnes, nous dispensant par la même occasion une deuxième leçon de démocratie. Le taux de participation est en effet exceptionnellement élevé (72,2%). Certes, on est encore loin du taux de participation aux élections législatives britanniques de 1950 (83,9%). Mais il faut remonter au début des années 1990 pour trouver un tel engouement électoral. Ceci explique peut-être d’ailleurs cela. En 1992, les citoyens du Royaume-Uni, contrairement à ceux de l’Irlande, du Danemark et de la France, n’avaient pas eu droit à la parole sur le traité de Maastricht. Idem en 2005, après le « non » français et néerlandais, les électeurs britanniques n’avaient pu se prononcer sur la Constitution européenne, le référendum tant promis ayant finalement été annulé. Troisième et dernière leçon de démocratie : la démission future du Premier ministre Britannique David Cameron annoncée ce matin, conséquence logique de son engagement en faveur du maintien de son pays dans l’UE. Cette décision est d’autant plus remarquable que ce même David Cameron a été triomphalement réélu il y a un an avec une majorité confortable, infligeant une défaite historique  à ses adversaires travaillistes.  Quelle différence avec Jacques Chirac qui se contenta de remplacer de Jean-Pierre Raffarin par Dominique de Villepin comme si, en tant que chef de l’Etat, il ne portait pas la responsabilité du résultat du référendum de 2005. Pourtant, c’était bien Chirac qui avait signé  le « traité établissant une constitution pour l’Europe » en juin 2004 et encore lui, président de la République, qui avait choisi la voie référendaire plutôt que la ratification par le Parlement. De surcroît, cette décision avait été probablement prise parce que Chirac, élu par défaut face à Jean-Marie Le Pen en mai 2002, souhaitait se relégitimer. Reste maintenant à savoir quelle leçon l’Union européenne tirera du Brexit. D’un côté, la sortie du Royaume-Uni risque de la conforter dans sa réticence à sonder les peuples – on sait que le « non » français de 2005 devint un « oui » en 2008 par la magie du traité de Lisbonne. De l’autre, Bruxelles et l’ensemble des gouvernements européens ne peuvent faire comme si de rien n’était. Sans quoi l’Europe politique, déjà en crise, s’expose à des désaveux en série.

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    • 29 Juin 2016 à 4h39

      modigliani dit

      Il y a ceux qui partent et ceux qui disparaissent…
      Même leçon à en tirer 

    • 27 Juin 2016 à 22h57

      varese dit

      Je ne vois qu’un seul enseignement de la victoire du Brexit, un vrai conseil à tous les politiciens en herbe : mentez, mentez, mentez toujours ; plus votre mensonge sera grossier, plus votre victoire sera assurée. En somme, faites comme les hommes politiques depuis des siècles. Il n’y a plus appétissant qu’un gros mensonge bien gras pour séduire le petit peuple.

    • 25 Juin 2016 à 15h56

      Letchetchene dit

      Il fallait voir hier soir sur France 2 “l’idiot utile” le pédophile “Con ben dit”, cet énergumène, je l’ai trouvé horrible pendant toute son intervention il était mauve de colère, ce type c’est horreur malheur , lui qui après s’être “gavé” à Bruxelles pendant des années , voudrait en faire de même chez nous!!!
      Alors maintenant que le BREXIT est passé par ici, ne pourrions pas nous aussi passé par là!!!
      FREXIT ….YES WE CAN

      • 25 Juin 2016 à 18h20

        kelenborn dit

        Merci de rappeler que rouquin était mauve après avoir été rose

        Pour info, un remarquable article d’Emmanuel Grenier sur le site “à la recherche du bonheur” article consacré à l’idéologie des mouvements écologistes et dont voici un extrait tiré du chapitre 2
        ” « La sexualité d’un gosse est absolument fantastique. Faut être honnête, sérieux… un p’tit gosse… Moi, j’ai travaillé avec des tout-petits et avec des gosses qui avaient entre quatre et six ans. Quand une petite fille de cinq ans, cinq ans et demi commence à vous déshabiller, c’est fantastique. C’est fantastique parce que c’est un jeu éroticomaniaque. On retrouve des choses. On retrouve des choses, on trouve des sentiments. On comprend que tout ce monde de l’enfance, tel que le décrivent surtout les religieux, les catholiques, ça c’est vraiment la répression. »
        (Les points de suspension correspondent aux hésitations de Daniel Cohn-Bendit.)
        déclaration faite chez Pivot en 1982

        On ne sait si CB a été traumatisé par le Père Carambar chez les Jésuites!

        MK

    • 25 Juin 2016 à 10h07

      keg dit

      A ne pas écouter son peuple, un jour le peuple vous le fait payer, avec intérêts en prime time!
      Les autres gouvernants sauront-ils en tirer les leçons.

      http://wp.me/p4Im0Q-19k

    • 25 Juin 2016 à 5h54

      thierryV dit

      Le non anglais est une victoire de la détermination sur la programmation . Et même si cela doit coûter cher, nous devons nous en inspirer . Car les temps de la résistance aux”guides” numériques et planétaire va s’imposer . Sous peine de voir la nature humaine disparaître .

    • 24 Juin 2016 à 18h22

      Nolens dit

      C’est beau la démocratie :-)

    • 24 Juin 2016 à 17h49

      mogul dit

      C’est un véritable bouquet de bons articles aujourd’hui  !
      L’allégresse, ça inspire. ☺

    • 24 Juin 2016 à 16h46

      Sancho Pensum dit

      “Hier les Britanniques nous ont envoyé le message contraire : ils sont prêts à prendre des risques économiques — l’essentiel de la campagne en faveur du vote « remain » a mis en avant les conséquences économiques catastrophiques d’un vote « leave » — ”

      Cela n’a rien d’évident. Car il faudrait connaître les CSP qui ont voté pour le Brexit et celles qui ont voté contre. Et si c’était les petites gens, majoritairement préoccupées par la situation de l’emploi, ou leur niveau de salaire, qui avaient voté pour sortir de l’Europe, escomptant une amélioration de leur sort ?

      Les traders de la City ont effectivement beaucoup à perdre, la puissance financière du RU risquant de lui échapper au profit d’autres capitales europénnes. Mais l’homme de la rue ?

      • 24 Juin 2016 à 18h27

        isa dit

        Quand il y a moins de riches, il y a plus de pauvres.
        C’est bête hein, mais n’est comme ça. 

      • 25 Juin 2016 à 7h23

        thierryV dit

        Au moins les britanniques ont ils réussi a s”élever au dessus de cette mouvance majoritaire uniquement préoccupée par le pognon et l’assistanat au prix même de leur identité.Même si ce n’est pas aussi simple , il fallait au moins le faire. Chapeau .

      • 25 Juin 2016 à 7h28

        Archebert Plochon dit

        @Sancho : misère de la sociologie… C’est comme visiter une cathédrale en compagnie d’un historien de l’art : le type nomme toutes les parties et croit en tirer une compréhension du tout. Les anglais ont dit “no” : deal with it.

    • 24 Juin 2016 à 16h39

      charkey dit

      Heu… Berlin… Francfort…
      Retour du politique ? Je suis curieux de voir par quel tour de passe-passe nos élites vont nous expliquer qu’il faut “toujours plus d’Europe”… Oui, si Junker (et d’autres) en avait…

    • 24 Juin 2016 à 16h25

      C. Canse dit

      FH laisse l’initiative à A. Merkel, il n’a même pas eu l’idée de réagir immédiatement, il la laisse inviter à Berlin, Berlin, nouvelle capitale de L’UE ?

    • 24 Juin 2016 à 16h08

      noublions jamais dit

      C bien de rappeler que l’économisme affairé par lequel on tente, plutôt à gauche d’ailleurs ce qui montre l’état de zombitude de ses tenants, de ramener les peuples à la raison, ça ne marche plus.
      Surtout que, quel bilan désastreux depuis qu’à coup de politiques déflationnistes on tente de faire rentrer tous les pays depuis 97 dans le corset de l’euro ! En fait, ce sont de grands comiques pince sans rire que nous découvrons. Si Juncker en avait, il partirait.
      Mais qu’attendre de cet ancien braconnier fiscal qui organisait l’évasion fiscale massive devenu aujourd’hui garde chasse dans le rôle de de la solidarité européenne ? Laissons le cuver sa bibine qu’il affecte tant et levons nos verres au roi de France (toujours) mais, cette fois, aussi au lion anglais qui continue de rugir 

    • 24 Juin 2016 à 16h06

      Zinho dit

      Hollande qui a nommé Moscovici Commissaire alors qu’il avait été un Ministre lamentable et hâbleur, ce même Hollande donc appelle l’Europe a un sursaut. Comment, en nommant Taubira Commissaire ?

      • 24 Juin 2016 à 16h28

        Lector dit

        :) en effet avec une telle équipe de bras cassés, qu’attendre d’autre qu’un saut très périlleux qui va se ramasser ?

    • 24 Juin 2016 à 16h06

      gerard.jourdain@gmail.com dit

      je la sens moi, la fin du modèle démocratique….

      pas vous?

      • 24 Juin 2016 à 16h40

        Sancho Pensum dit

        Si on laisse faire les souverainistes, vu leur pedigree et leurs projets, c’est fort possible.

        • 24 Juin 2016 à 16h43

          Lector dit

          on a laissé faire les oligarques, et vu leur pedigree, la fin du modèle démocratique est sonné de longue date.

        • 24 Juin 2016 à 17h47

          mogul dit

          Très juste ! Avec des résultats aussi brillants, sûr que les zélites peuvent donner des leçons au populisss…

    • 24 Juin 2016 à 15h39

      CYNORRHODON dit

      Dès ce matin, conseil des ministres exceptionnel en France AVEC P. Moscovisci commissaire Européen en charge de l’économie.

      FH collabo, traitre, vendu. Comme les socialauds en 39-40.

    • 24 Juin 2016 à 15h31

      steed59 dit

      très bien résumé, Gil !

    • 24 Juin 2016 à 15h23

      Parménion dit

      Deux minutes après avoir appris la bonne nouvelle ce matin, j’apprenais que l’on nous roulait déjà dans la farine : la “sortie” du Royaume Uni prendra deux ans au moins, plus probablement six ans voire davantage, peut-être huit. Le temps de “négocier” les nouveaux rapports de la Grande Bretagne avec l’Europe, sous la direction de Boris Johnson futur 1er ministre britannique. D’ici là, prière de patienter.

      Une suggestion : pourquoi ne pas organiser un référendum le même jour dans TOUS les pays de l’UE, de manière à savoir une bonne fois pour toutes qui en est et qui n’en est pas ? 

      • 24 Juin 2016 à 15h32

        MPA75 dit

        Ils ne vont pas se presser. Il nous ont toujours emmerdé.
        A ce jeu là, ja parie que Boris Johnson va trainer et prendre la présidence de l’UE le 1/7/2017. Un comble !!!

        Dixit le Monde :
          
        “Le Parlement de Westminster est contre ce départ. Déjà, les chefs de la campagne « Leave » font marche arrière. Ils disent qu’il ne faut pas se presser. Ils veulent faire traîner les choses jusqu’en 2020. Ils ont peur face à l’inconnu. Ils veulent rester dans le marché unique. Ils voient la tornade sur la livre et la City. Ils savent que la récession pointe pour leur pays”

        Voir l’article complet :
        http://www.lemonde.fr/referendum-sur-le-brexit/article/2016/06/24/un-vote-historique_4957252_4872498.html
         

        • 24 Juin 2016 à 16h08

          Zinho dit

          Vous croyez encore un mot de ce que le Monde dit ?

        • 24 Juin 2016 à 17h09

          MPA75 dit

          Je ne suis pas un fanatique de ce journal. Je le cite seulement car les déclarations de B.Johnson ont été entendues ce matin dans ce sens. Attendez quelques jours, et vous verrez

        • 25 Juin 2016 à 18h31

          kelenborn dit

          De la part de l’ImMonde , devenu péchiotte subventionné par le contribuable on n’est pas surpris!
          MK

      • 24 Juin 2016 à 15h43

        la pie qui déchante dit

        pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ???